PARIS SOUS LES MÉROVINGIENS ET LES CAROLINGIENS
Sommaire. — Invasion d'Attila. — Invasion franque. — Paris sous les successeurs de Clovis. — Résidences des Mérovingiens. — Monuments des Mérovingiens. — Paris sous les Carolingiens. — Invasions des Normands; siège de Paris. — Paris capitale du duché de France. — Paris au dixième siècle.
9. Invasion d'Attila. — Le cinquième siècle est, pour notre pays, l'époque désastreuse des invasions barbares. La plus terrible fut ceile des Huns, conduits par Attila, le fléau de Bieu;e\\e jeta la terreur clans toutes les villes du nord de la Gaule.
En 451, l'ennemi était loin encore, et déjà les Parisiens se préparaient à fuir, abandonnant leur ville et leurs biens. Une jeune fille , nommée Geneviève1, entourée de quelques femmes vaillantes comme elle, ranima le courage de ses concitoyens et les détermina à ne pas partir, les assurant qu'Attila n'attaquerait pas la ville. En effet, Attila passa sans inquiéter Paris.
10. Invasion franqne; Clovis. —Vers la même époque eut lieu une autre invasion barbare, celle des Francs, qui soumirent la Gaule; ils détruisirent pour toujours la domination romaine et plongèrent de nouveau le pays dans la barbarie.
Clovis (481-511) parait être le premier des chefs francs qui établit sa résidence à Paris, lorsqu'il
1. La légende rapporte que son enfance s'était écoulée dans le village de Nanterre *, où elle était simple bergère. Il est plus probable qu'elle appartenait à une famille de condition aisée, et que ses vertus la rendirent de bonne heure populaire parmi les Parisiens.
fut revenu de son expédition contre les Wisigoths d'Espagne.
Cédant aux pressantes sollicitations de sa femme Gotilde, Clovisse convertit au christianisme et construisit sur l'ancien mons Lucotitius, — montagne Ste-Geneviève, — une église dédiée à saint Pierre. Il y fut enterré, ainsi que la rein^ Gotilde, morte en 545. Geneviève, qui mourut vers le même temps, reçut aussi la sépulture dans cette église, qui prit son nom et le conserva jusqu'à la Révolution1.
11. Paris sons les successeurs de CI» vis. — Au sixième siècle, l'importance de Paris continua à s' accroître. Les quatre fds de Clovis, à la mort de leur père, se partagèrent les provinces conquises par lui et décidèrent que le royaume de Paris formerait le lot de l'un d'eux. Le sort le donna à Childebert; mais, cinquante ans plus tard, en 561, les quatre fds de Clotaire s'en disputèrent la possession, les armes à la main. Ils convinrent enfin que Paris leur appartiendrait en commun, et qu'aucun d'eux ne pourrait y pénétrer sans le consentement de ses trois frères. On voit par là quelle prépondérance- Paris était appelé à prendre sur toutes les autres ■cités de la Gaule2.
12. Résidences €les Mérovingiens. — On a peu de détails sur les résidences parisiennes des Mérovingiens. Ce fut d'abord le palais des Thermes, l'ancienne demeure des empereurs romains, et pro-
1. Le Panthéon a été bâti au dix-huitième siècle pour remplacer l'ancienne église de la riche abbaye de Sainte-Geneviève.
2. Dans ces partages, il ne s'agissait pas seulement de la ville même, mais de tout le territoire qui an dépendait et qu'on appelait Civitas Parisiorurn, cité des Parisiens. Son étendue était à peu près celle des limites de L'évêché et comprenait autour de Paris un périmètre variant eDtre sis et dix. lieues.
bablement aussi une sorte de forteresse construite à la pointe de l'île, sur l'emplacement actuel du Palais de Justice. Mais ils vivaient surtout au milieu de leurs vastes domaines ruraux qu'on appelait villas. Plusieurs de ces villas se trouvaient dans le voisinage immédiat de la ville, à Reuilly, à Nogent-sur-Marne, à Clichy, etc.
13. Monuments mérovingiens. — SOUS ces premiers rois. Paris ne s'enrichit guère que de
Fio. 9. — Les villas mérovingiennes étaient de simples métairies où vivaient les chefs francs. Il ne nous est rien resté de ces habitations, grossièrement bâties.
monuments religieux. Clovis avait déjà construit la basilique* de Sainte-Geneviève; son fils Childebert voulut aussi s'assurer une sépulture royale dans une abbaye * fondée par lui.
Il avait rapporté, d'une expédition en Espagne, un riche butin pris sur les Wisigoths, notamment des vases sacrés et des reliques d'un martyr vénéré au delà des Pyrénées, saint Vincent. L'évêque de Paris, saint Germain, lui conseilla de construire une église où il déposerait ce pieux butin.
Telle fut l'origine de l'église Saint-Vincent. Chil-
debert y fut enterré en 558. Quand saint Germain y reçut lui-même la sépulture, en 576, elle prit son nom et devint l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés1, qui fut bientôt la plus riche de Paris et peut-être de la France entière.
À la même époque existaient encore autour de Paris quelques églises qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours :
Saint-Julien, où Grégoire de Tours, le célèbre chroniqueur et évêque de Tours, vint vers 580 ; elle est devenue, sous le nom de Saint-Julien-le- Pauvre, une chapelle dépendant de l'ancien Hôtel- Dieu de Paris;
Saint-Laurent, l'église du faubourg Saint-Martin ; — et probablement encore un humble oratoire, élevé sur le tombeau d'un solitaire appelé saint Séverin.
A-ces fondations religieuses, on peut joindre l'abbaye de Saint-Denis, à deux lieues de Paris. Il y existait une modeste église qui rappelait la mémoire des premiers martyrs parisiens ; Chilpéric y avait fait enterrer un de ses fils, mort en 580. Au siècle suivant, Dagobert la remplaça par un édifice somptueux qui aurait été, si l'on en croit les légendes de l'époque, enrichi d'or et de pierreries, et orné des plus belles pièces d'orfèvrerie de son ministre Éloi.
Rappel des constructions de l'époque mérovingienne. — Saint-Germain-des-Prés, Saint-Germain-l'Aux errois, Sainte- Geneviève, Saint- Julien-le-Pauvre , Saint-Laurent, Saint- Séverin . Saint-Denis 2.
1. Ce nom de Saint-Germain-rfe.s-/V<?'s lui fut donné pour la distinguer fin ilnux autres églises : celle île Saint-Germain-fe- Vieux, construite flans la Cité, également au sixième siècle, par Chilpéric, et celle de Saint-Germain-l'AuxeiTois, qui existe encore et dont le nom indique qu'elle était consacrée à saint Germain, évêque, il'Auxrrre.
2. Il s'agit ici, bien entendu, d'églises édifiées alors, mais reconstruites depuis a différentes époques qu'on signalera plus loin.
paeis a l'époque carolingienne. 17
14. Paris sous les Carolingiens. — Avec la dynastie carolingienne, Paris perdit une partie de son importance et cessa d'être la résidence des rois. Charlemagne lui-même, le grand empereur, (768-814) y vint peu ; c'est sur les frontières de la Germanie * qu'il vécut, et sa vraie capitale a été Aix-la-Chapelle *.
Paris bénéficia cependant de l'impulsion qu'il donna au mouvement intellectuel. Par ses ordres, son conseiller Alcuin fonda une école qui probablement était installée au palais des Thermes; de plus, les abbayes, déjà si puissantes, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis devinrent aussi des centres d'études pour les moines et le clergé.
15. Invasions des Xormamls ; siège tle Paris. — Avec le milieu du neuvième siècle commencent les invasions des pirates normands*. Deux fois il fallut traiter avec eux et leur donner de grosses sommes d'argent pour les éloigner.
Au mois de septembre 885, les Normands reparurent. La ville était de nouveau renfermée tout entière dans l'île, ce qui facilitait la défense. Les deux ponts étaient garnis de tours. Quant à l'île ellemême, un rempart de pierre en faisait comme un immense château fort.
Eudes, comte de Paris1, fils de Robert le Fort, organisa la résistance. A côté de lui et de son frère Robert, étaient venus se placer l'évêque Gozlin2 et
1. Il y avait sous les Mérovingiens, dans chacune des cités de la Gaule, un Comte chargé de gouverner et de défendre la cité. Mais à la période où nous sommes arrivés, une importante révolution se fit. Ces fonctions passèrent comme un héritage du père au fils. C'est ce qu'on a appelé V hérédité des offices.
2. Avant d'être évêque, il avait été abbé de Saint-Germain-des-Prés. De là, le nom de rug Gozlin donné de nos jours à une rue voisine de l'église. Cette rue s'appelait, il y a vingt ans, rue Sainte-Marguerite, probablement à cause d'une enseigne où figurait cette sainte.
son neveu Eble, abbé de Saint-Germain-des-Prés, puis d'autres seigneurs encore, tels que le marquis d'Anjou, Hugues l'Abbé.
Lorsqu'en arrivant devant Paris, le chef des Normands, Sigfried, vit ces préparatifs de défense, il proposa d'abandonner l'attaque, demandant seulement qu'on lui permit de remonter librement le cours de la Seine. On refusa.
Alors commença ce siège qui devait durer un an — de novembre 885 à octobre 886 — et dont l'histoire est une page glorieuse, parmi tant d'autres, dans les annales de Paris.
Pendant de longs mois, les Parisiens eurent à subir plusieurs assauts, qu'ils repoussèrent victorieusement; ils virent enfin apparaître l'armée de Charles le Gros sur les hauteurs de Montmartre. Ils s'apprêtaient à faire une sortie, quand ils apprirent que l'empereur venait de traiter honteusement avec les Normands, achetant leur retraite au prix de 800 livres.
16. Paris, capitale «lu «luclié «le France. — Ce qu'on appelait alors la France , c'était la région comprise entre la Seine et la Loire» Paris en était le centre, le cœur ; aussi, quand le pays, après la déposition de Charles le Gros, eut à se nommer un roi, en 888, ce fut Eudes, comte de Paris, qu'on élut. C'est à partir de cette date que Paris devient réellement capitale.
A cette époque, les guerres avaient rendu déserts le faubourg de la rive gauche et la montagne Sainte- Geneviève : les Parisiens n'habitaient plus que la Cité1. Les maisons étaient en bois. Quant aux rues,
i. Les renseignements sont rares sur l'étendue de Paris à cette époque, car le plan le plus ancien de la ville n'apparait qu'au seizième siècle.
paris a l'époque carolingienne. 19
elles n'étaient pas nombreuses : Tune allait du Petit Pont au Grand Pont, l'autre conduisait de la cathédrale au Palais, devenu depuis notre Palais de Justice ; entre ces deux points, une place assez vaste où se trouvaient les maisons des commerçants ; enfin, aux deux extrémités de l'ile que la Seine baignait librement, des terrains vagues * où paissaient les animaux. Tel devait être le Paris d'alors.
17. La rive gauche au dixième siècle» — Au dixième siècle, les abbayes de St-Germain-des-Prés et de Sainte-Geneviève, si ravagées par les Normands, ont reconstruit leurs murs d'enceinte, réparé leurs églises, et déjà viennent se grouper sous leur puissante protection de nombreux serfs ou colons, qui en reçoivent une terre à labourer, un champ à cultiver l.
Pour tous ces laboureurs, quelques églises se sont élevées, car les abbayes ne sont pas des paroisses et leurs églises ne sont destinées qu'aux moines qui y vivent. De ce nombre est Saint-Étienne-des-Grez2, voisine de Sainte-Geneviève, qu'on racheta du pillage des Normands en 857.
18. Le Parloir aux: Bourgeois. — A côté de Saint-Etienne, un peu au-dessous, était une sorte de forteresse dont les fondations avaient été construites par les Piomains et où les principaux habitants se réunissaient pour délibérer sur les
1. Sept de nos arrondissements actuels n'étaient ainsi qu'un vaste champ de culture, s'étendant le long de la Seine jusqu'au pied des collines de Meudon et ne s'arrêtant qu'aux carrières où plus tard se bâtiront Vaugirard et Montrouge.
2. Cette église exista jusqu'à la Révolution. Elle avait donné son nom à une rue, la rue des Grez, à laquelle on a depuis donné le nom du jurisconsulte Cujas.
affaires de la ville : on l'appelait le Parloir aux Bourgeois (fig. 10) ; ce fut le premier Hôtel de Ville des Parisiens.
Fig. 10. — On croit que le premier Parloir aux Bourgeois attenait à l'enceinte de la rive gauche, près de la rue Soufflot. C'est là que les Parisiens délibéraient en commun sur les affaires de leur ville.
La rive droite est moins habitée encore. La région la plus voisine de la Seine est restée couverte de bois, et c'est dans une chapelle appelée Notre-Dame-des-Bois, que les fidèles vont honorer les reliques de Sainte-Opportune1.
Rappel des constructions de l'époque carolingienne. — Le Grand Ponl, le Petit Pont, le Palais, Saint-Étiennedes-Grez, l'ancien Parloir aux Bourgeois, la Chapelle de Notre-Dame-des-Bois.
QUESTIONNAIRE
1. Parlez d'Attila. — 2. Comment s'illustra Geneviève? — 3. Sur quel emplacement et à quelle époque a été construit le Panthéon ? — A. Qu'appelait-on villas? — 5. Quels sont les principaux monuments du Paris mérovingien? — 6. Quelle fut la situation de
Paris sous les Carolingiens? — 7. Que savez-vous des invasions des Normande?
— 8. Quels étaient les principaux monuments du Paris carolingien? — 9. Qu'était-ce que le Parloir aux Bourgeois ?
— 10. Comment l'appellerait-on aujourd'hui ?
1. Cette même chapelle devint plus tard l'église importante de Sainte- Opportune, située entre les Halles et la rivière.