CHAPITRE III
Sommaire. — Les premiers Capétiens. — Louis VI; corporation des Marchands de l'eau. — Puissance de l'Église. — Philippe-Auguste ; le Louvre, Notre-Dame, l'Université. — Enceinte de Philippe-Auguste. — Pavage des rues de Paris. — Le style ogival naît dans l'Ile de France au xnc siècle. — Paris sous Louis IX. — Prévôt des marchands ; prévôt de Paris. — Corporation^ et confréries. — La Sainte-Chapelle. — Physionomie de Paris au xme siècle. — Noms des rues.
19. L«es premiers Capétiens. — L'avènement au pouvoir royal d'Hugues Capet, duc de France,
Fio. H. — Prieuré de Saint-Martin-des-Champs. — L'enclos formait une vaste enceinte fortifiée et flanquée de tours rondes. L'une d'elles, appelée la tour du Vert-Bois, parce qu'elle est à l'angle de la rue de ce nom et de la rue Saint-Martin, avait été condamnée à la destruction pour des raisons d'alignement, et doit sa conservation à Victor Hugo. Ce prieuré a été supprimé par la Révolution ; son emplacement est occupé actuellement par le Conservatoire des Arts et Métiers. — 1. Entrée du prieuré; 2. Cimetière; 3. Pré ; 4. Église du prieuré; 5. Réfectoire; 6. Cloitre ; 7. Salle du Chapitre ; 8. Tour des Archives ; 9. Jardins.
en 987, assura à Paris la suprématie sur toutes les
villes situées entre la Loire et la Seine, et les rois en firent dès lors le siège principal de la royauté et leur résidence ordinaire.
Le fils d'Hugues Capet, Robert le Pieux, (996- 1031) fit de nombreuses donations au clergé. Plusieurs diplômes * qui nous sont parvenus l'attestent. L'un des plus intéressants est celui où figure pour la première fois le nom du village de Charonne, actuellement l'un des faubourgs de Paris. Henri Ier, son fils, (1031-1060), fut aussi un grand fondateur de couvents, parmi lesquels le prieuré de Saint -Martin- des- Champs (fig. 11) auquel il donna de grands biens.
20. Louis VI (1108-113?); corporation des Marchands de Fea.ii. — Le roi favorisa l'établissement des communes * en s'alliant avec elles pour abaisser les seigneurs, dont beaucoup ne reconnaissaient plus le pouvoir royal.
Paris, dès cette époque, avait une administration municipale , représentée par les confréries de marchands, qui défendaient les intérêts du peuple contre le bon plaisir du roi et les vexations des grands.
La Corporation des Marchands de l'eau était celle qui avait le plus d'influence. Louis VI lui accorda, entre autres franchises, le monopole des transports par eau entre Paris et Mantes; tout bateau qui n'appartenait pas à la corporation devait payer un droit de passage sous peine d'être saisi, ainsi que les marchandises qu'il transportait.
On ne sait si c'est à Louis VI qu'il faut attribuer la construction d'une enceinte des faubourgs de la rive droite, mais il est certain qu'il en existait une de son temps. Paris commençait à s'étendre au delà
des rives, de chaque côté du fleuve. Cependant la rive droite n'était habitée que dans la partie que limitent aujourd'hui, entre les quais et la rue de Rivoli, l'église Saint-Germain l'Âuxerrois à l'ouest, celle de Saint-Gervais à l'est; au delà, c'étaient des champs, des bois, des marais.
Louis VI fonda l'église Saint-Jacques-la-Boucherie dont la tour reconstruite au xvp siècle, orne le centre d'un de nos squares. Nicolas Flamel*, dont le nom est resté à l'une des rues voisines, fut un des bienfaiteurs de cette église. Louis VI fonda également l'abbaye de Saint-Victor sur l'emplacement où l'Entrepôt des vins a été installé au commencement de notre siècle. Il n'en reste plus que le nom donné au quartier environnant l.
21. Puissance de l'Eg-lise. — L'Église était toutepuissante à cette époque, et souvent les rois eux-mêmes étaient forcés de céder devant elle.
Un jour Louis VII (1137-1180) revenant de la chasse, fut surpris par la nuit dans le village de Créteil. ;i trois lieues de Paris. Il s'y arrêta avec sa suite pour y diner et y coucher, aux frais des habitants. C'était l'usage alors que les habitants fournissent des vivres à leur seigneur; mais le roi n'était pas seigneur de Créteil, car c'était une possession de la cathédrale de Paris. Quand les chanoines de la cathédrale apprirent ce qui s'était passé, ils en furent fort affligés, se disant, l'un à l'autre : « C'en est fait de l'Église, les privilèges sont perdus ; il faut ou que le roi rende la dépense, ou que l'office cesse dans notre église. » C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent. Lorsque, le lendemain, Louis VII vint ù la cathédrale, il trouva les portes fermées. On lui en expliqua les raisons.
1. C'est sous ce règne que le grand Abélard fit à Paris les célèbres prédications qui lui attiraient des milliers d'auditeurs.
Aussitôt le roi exprima tous ses regrets, et en attendant que l'évêque et les chanoines vinssent au-devant de lui, il resta à genoux devant la porte, et comme gage de son repentir, leur fit don de deux chandeliers d'argent.
22. Philippe -Auguste (1180-1333). L.e Louvre, Notre-Dame, l'Université. — Philippe- Auguste continua l'œuvre de Louis VI en fortifiant le pouvoir royal. Il accorda toutefois de nouveaux privilèges aux Marchands de feau, et leur donna le droit de vérifier les poids et les mesures. Il commença à bâtir le Louvre1, afin de pourvoir à sa sûreté personnelle, et aussi pour en faire une prison.
Pendant tout le moyen âge, la tour du Louvre a été le symbole de la puissance féodale du roi : les vassaux de la couronne étaient dits dépendre du roi à cause de sa tour du Louvre 2. *
Philippe créa l'Université de Paris, corps chargé d'enseigner les sciences alors connues; enfin sous son règne fut entrepris le plus beau monument du Paris du moyen âge et aussi du Paris actuel, Notre-Dame de Paris.