La Cnreau, dont le fils Dollet fut pendu pour hérésie
5. An>ie de Fisseleu, une des plus célèbres guenons du temps.
6. DiaTie de Poitiers, que le bon roi transmit à son fils avec la couronne.
7. Et enfin, Françoise de Foix, pour qui le noble monarque fit construire à force de millions l'incomparable château de Chambord, l'apanage particulier de l'héritier direct de MM. les Bourbons.
L'enfant du miracle n'a pas eu la pudeur de refuser les titres de propriété du plus colossal monument de l'impudeur de ses ancêtres.
Et dire qu'il y a des gens, à Montréal, qui ne voudraient
^O PETITE HtSTOÏkÊ
pas acheter une maison qui aurait servi de lieu de tolérance.
Ils sont bien scrupuleux !
Donc François 1er fut le plus célèbre paillard de son siècle, c'est connu ; mais ce n'est pas là son seul titre à l'admiration de nos cléricaux.
Les égorgements qu'il commanda en Provence, les trente bourgs qu'il y fit réduire en cendres, ses prodigalités sans nom qui entraînèrent tant d'exactions de toutes sortes, la vente qu'il fit des charges judiciaires, et enfin tout ce que coûta à la France sa rançon après sa captivité en Espagne, voilà surtout ce qui lui donne des droits tout royaux au respect et à la reconnaissance de la postérité légitimiste.
La quotité des impôts — chose incroyable — fut doublée sous ce règne extravagant.
Ce fut la sœur de François 1er, Marguerite de Navarre, qui écrivit YHeptaméroii, cet abominable recueil d'histoires scandaleuses qu'une prostituée de nos jours ne lirait pas sans rougir, et qui faisait alors les déhces de la sainte cour de France.
Enfin François 1er mourut à Rambouillet, en 1547, d'une maladie qu'on ne nomme pas, et qu'il n'avait certainement pas prise à l'église.
Son fils, Henri II, lui succéda avec la fameuse Catherine de Médicis.
A peine lé nouveau roi fût-il sur le trône, que les vexations et les extorsions soulevèrent les habitants de la Guienne, de la Saintonge, de l'Angoumois et de la Gascogne.
Quand une vingtaine de polissons font une émeute sous la république, on dit : Voyez quel abominable gouvernement ! et comrhe le peuple est misérable !
Mais quand des quarante ou cinquante mille malheu-
reux se révoltent contre la persécution d'un roi, on dit : Quel affreux attentat contre l'autorité sacrée !
Mais passons : les cachots regorgèrent de prisonniers, et la France fut arrosée de sang.
Les exécutions, les supplices, les massacres, divertissaient la cour.
" Il se fit, dit Laviconterie, une procession générale à Notre- Dame, oîi le roi assista, après laquelle on brâla, à la Grève, un nombre considérable de protestants. Voici l'excès de barbarie qu'on employait contre ces malheureux : ils étaient attachés, par une chaîne de fer, à une poutre qui jouait en bascule ; on les plongeait ainsi dans un brasier ardent, et cette machine infernale se relevant, leur faisait éprouver, à plusieurs reprises, le plus horrible supplice. Les cris épouvantables d'un de ces infortunés frappèrent si violemment l'âme atroce, d'Henri II, que toute sa vie, il en eut des souvenirs effrayants."
Sa maîtresse, Diane de Poitiers, lui conseilla de redoubler ; cela le guérirait. Il suivit son conseil. Les bûchers et les sanglantes hécatombes se succédèrent sans relâche jusqu'à sa mort.
Henri II fit frapper des médailles en l'honneur de cette grue de hauts parages. On en voit une où elle est représentée avec ces mots en exergue : Omnitim victorevi vici, j'ai vaincu le vainqueur de tous !
Il ajouta une aile au château de Chambord, et sur chaque pilastre, sur chaque cheminée, sur chaque porte, sur chaque fenêtre — partout enfin — il fit sculpter dans la pierre son propre chiffre c'est-à-dire une H surmontée de la couronne royale, entremêlé avec un D et un croissant, chiffre et emblème de la fameuse prostituée.
Quand le comte de Chambord visite clandestinement son domaine, — ce qui arrive assez souvent malgré ces ogres de républicains — il peut s'arrêter avec respect devant ces précieuses reliques.
Ce qui doit l'édifier surtout, c'est de savoir que le père et le fils s'étaient partagé les faveurs de la drôlesse.
Pour satisfaire les caprices de cette insatiable femiîie/ Henri II lui donna l'immense château de Chenonceaux, aujourd'hui la propriété de M. Wilson, le gendre du président Grévy. Il fit bâtir pour elle Anet, cette merveille de la renaissance. Il lui donna le duché de Valentinois ; et, dans un moment de libéralité vraiment royale, il lui fit cadeau de toutes les te7-res vacantes du royaume !
Et le peuple p>ayaît !
Et ce qui peint bien la profi^nde dépravation, la démoralisation sans nom qui caractérisaient la cour des rois de France, c'est que toutes ces abominations se fiiisaient à la connaissance, et très souvent avec la connivence des épouses légitimes de ces heureux monarques.
Il y a des histoires là-dessus qui semblent absolument incroyables à notre époque révolutionnaire et pervertie.
Mais les monuments sont là ; et il suftit de visiter les châteaux que je viens de nommer et des centaines d'autres repaires royaux, pour se convaincre que tout était possible à ces libertins couronnés qu'un odieux régime mettait au-dessus de toute loi et de tout blâme.
Or, pendant que le roi faisait un si bel usage des biens de la nation, sa femme Catherine de Médicis rivalisait de débauches avec lui. Sa cour de dames est restée célèbre sous le nom de petite bande. Il s'y passait de belles choses.
On coirait que la fameuse Diane fût la seule drôlesse à régner sur ce roi corrompu ; mais on peut y ajouter entr'autres les chastes bergères suivantes : Philippe Duc, Nicolle de Savigfiy et la Flamiu, qui toutes coûtèrent des sommes fabuleuses à la France.
Enfin Henri II mourut, accidentellement tué dans un tournois par un nommé Montgomerry,
b'ES ROIS DE FRANCE. ^â
Son fils, l'imbécile et scrofuleux François II, lui suc Céda.
On le maria à la belle Marie Stuart. Il ne régna que quinze mois, et mourut d'un flux d'oreilles.
Ce fut sa mère qui gouverna pour lui.
Pendant ces quinze mois, elle fit brûler et périr daiis les tortures plus de mille personnes.
L'inquisition s'établit en France.
La guerre civile, les révoltes, les villes prises d'assaut et brûlées, des populations paisibles massacrées sans distinction d'âge ni de sexe, voilà le sommaire de ce chapitre honteux de l'histoire de France, qui fut le règne de François II.
C'était le digne prélude des deux régnes atroces qui le suivirent.
On n'avance dans cette histoire qu'en frissonnant. C'est comme une échelle monstrueuse où chaque échelon nous conduit dans des bas-fonds toujours de plus en plus horribles.
Charles IX, le second fils de Catherine de Médicis, succéda à son frère.
Les historiens semblent ne pas trouver de mots assez forts pour peindre cette bête féroce qui se plongeait dans le sang avec sa monstrueuse mère, comme s'ils y eussent trouvé des voluptés infernales.
D'abord, Charles IX était une espèce de maniaque souillé de tous le vices, et capable des crimes les plus lâches. Brantôme, son historien et admirateur, nous dit sans gêne :
" Le roi ne faisait point de difficulté de fausser sa foi toutes et •quantes fois qu'il lui venait en fantaisie. " {I^k de CJuirles X),
Ce prince était tout ce qu'il y a jamais eu de plus sauvage. A la chasse, il éventrait le gibier de sa main, se cou\Tait de sang jusqu'aux yeux, tordait et arrachait les entrailles des bêtes avec frénésie. Sur la route, il s'arrêtait et coupait la tête des chevaux, des ânes, des mulets, pour se repaître de leur agonie et se couvrir de leur sang.
De la part d'un homme comme celui-là, encouragé par sa mère, un autre monstre, la Saint-Barthélémy ne surprend plus.
Des historiens royalistes ont prétendu qu'il ne prit aucune part personnelle à cet effrayant massacre. C'est fausser l'histoire :
Ecoutez ce qu'en dit Papyre-Masson :
" C'est alors que Charles IX, irrité de voir cette proie échapper à la boucherie, saisit une arquebuse avec la fureur d'un maniaque sanguinaire, et tira à plusieurs reprises sur les fugitifs. "
Et Brantôme :
" Il y fut plus ardent que tous ; si que, lorsque le jeu se jouait, et qu'il fut jour, et qu'il mit la teste à la fenestre de sa chambre, et qu'il voyait aucuns dans les faubourgs de Saint-Germain, qui se remuaient et se sauvaient, il prit une grande arquebuse de chasse qu'il avait, il en tira tout plein de coups à eux. ..Incessamment il criait : Tuez ! tuez ! "
" Le roy, ajoute-il plus loin, prit fort grand plaisir à voir passer sous ses fenestres plus de quatre mille corps de gens tués ou noyés, qui flottaient aval sur la rivière. "
Le lendemain, Charles IX alla visiter les restes de l'amiral Coligny qu'on avait pendus au gibet de Montfaucon.
" Aucuns, dit Brantôme, qui étaient avec lui se bouchaient le nez à cause de la senteur, dont il les en reprit et leur dit : Je ne le bouche comme vous autres, car V odeur de son ennemi est très-bonne."
Et, je le répète, Brantôme était un admirateur de Charles IX. Pour lui, ce fut un roy par/ait.
DES kOIS DE PRAS^CË 75
A part ces témoignages positifs, il y a encore celui du maréchal de Jessé, cité par Voltaire :
" Il avait vu, dans son enfance, un vieux gentilhomihe âgé de plus de cent ans, qui avait été fort jeune dans les gardes de Charles IX ; il interrogea ce vieillard sur la St-Barthélemy, et lui demanda s'il était vrai que le roi eût tiré sur le peuple : C'était ?}ioi, monsieur, répondit le vieillard, Qui chargeais son arquebuse ! '*
On pourrait encore invoquer les lettres du cardinal d'Ossat, une dépêche de Philippe II citée par le P. Theiner, ainsi que le récit des ambassadeurs vénitiens ; mais à quoi bon ?
Ceux qui cherchent à exonérer Charles IX, n'ont d'autre ressource que de faire retomber tout l'odieux du crime sur sa mère, qui cherchait, disent-ils, à se défaire des ennemis de son fils, pour ne pas dire des protestants.
Or, massacré par une reine ou massacré par un roi, on n'en est pas moins massacré.
Que dis-je ? ce serait là une bonne note en faveur du régime.
Qu'il serait gentil de revenir à ces temps heureux où une empoisonneuse adultère pouvait, à un moment donné, vous faire massacrer par milliers dans vos lits, parce que vous êtes les adversaires de son fils !...
On ne s'accorde pas sur le chiffre des victimes de la Saint-Barthélémy.
Henry WTiite, la Popilinière et Maufaucon s'arrêtent au chiffre de 20,000 ; Larousse le porte à 25,000, de Thou à 30,000, Sully à 70,000, l'évêque Péréfixe à 100.
Or, moi, je dis qu'il n'en faut pas tant pour être meurtrier, et mériter la corde.
Qu'un président de république essaie seulement de tué? un homme !
Mais dans nos époques révolutionnaires, voyez-vous, dans notre temps tout imbu de l'esprit du siècle et en
j6 PETITE HISTOIRE
proie aux tendances modernes, si l'héritier de cette longue suite àUllustres dieux, le comte de Chambord luimême, s'avisait de commettre le moindre infanticide, on serait capable de l'envoyer au bagne comme le dernier des manants.
On ne respecte plus rien !
Sous le règne de Charles IX tous les vagabonds, les fainéants, les débauchés, les repris de justice eurent le poignard à la main, et coururent sus aux honnêtes gens, au nom du roi et de la reHgion.
Les horreurs du régime monarchique n'ont jamais été plus loin.
Le frère de ce monstre, un autre monstre lui-même, Henri III enfin, raconte que Charles IX fut un jour bien près de l'assassiner.
Enfin, l'abominable despote mourut à vingt-quatre ans, empoisonné, suivant la croyance la plus accréditée, par sa propre mère.
Une horrible sueur de sang lui coulait par tous les pores.
Favorites : Hélène Bon, Marguerite Rotins, Madeleine de Bourdeille et Marie Touchet.
Ce brave homme avait toutes les vertus.
Henri III !
En voilà un qui doit être intéressant dans certain quartier.
Le club FuUum aurait dû le prendre pour son saint patron.
S'il eût vécu du temps de M. de Germiny et de quelques autres personnages bien connus à Montréal, quel chef il aurait été pour la confrérie !
Il avait d'abord été choisi comme roi de PoloAe, pendant la maladie de Charles IX. Ses vices honteux ne le rendirent pas populaire ; on le chassa.
Son frère lui laissait le trône de France ; cela faisait son affaire ; il accourut.
Ayant trempé dans les innombrables assassinats de la Saint-Berthélemy, il était digne de recevoir la couronne des mains de son abominable mère, et de la porter sans déroger.
Jusqu'à cette époque la cour de France n'avait été que débauchée ; elle devint crapuleuse, sale, dégoûtante. On ne rougissait plus, même des crimes contre nature.
Des vices odieux, inconnus en France, y avaient été introduits par l'infâme Italienne ; et, encouragés par l'exemple et la sanction royale, ils s'étalaient hardiment sous le regard public.
On ne se donnait même plus la peine d'être poli ; la grossièreté des manières et du langage allait de pair avec la brutalité du libertinage. Les conversations ne roulaient que sur des sujets obscènes ; on ne lisait que les écrits les plus licencieux ; les femmes vivaient comme des ménades, et juraient comme des porte-faix.
Quant au roi, tout en affichant ses liaisons avec Refiée de Rieux et Marie de Cièves, il s'occupait principalement de ceux que l'histoire a nommés les mignons d'Henri III : Maugiron,Saint-Maigrin, d'Epemon, Joyeuse, Saint-Luc, Livarot, Villequier, Duguast, et surtout Caylus, intéressants personnages tout fiers de \z. position de confiance qu'ils occupaient auprès du bon roi.
Ils avaient formé ensemble une confrérie qui avait ses statuts, ses règles, ses emblèmes, et — comme de raison— un costume particulier.
Quand Maugiron, Caylus et Saint-Maigrin moururent de la façon tragique que l'on sait, l'histoire dit que le saint roi les embrassa tendrement, les fit raser et garda précieusement leurs cheveux. Il défit lui-même les bo7(cles d'oreilles qu'il avait données à Caylus. Des boucles d'oreilles !
7S PETITE HISTOÎRE
On assure que ce fut en refusant de faire partie de cette confrérie que le duc Henri de Guise encourut la haine de l'aimable monarque, qui devait lui ôter la vie.
Cet assassmat est l'un des plus célèbres de l'histoire de France.
Le roi attira de Guise aux états généraux de Blois, fit semblant de se réconcilier avec lui, et, pour détourner ses soupçons, alla jusqu'à l'accompagner à la sainte table.
Deux heures après, le pauvre duc tombait sous le poignard de Loignac et de cinquante autres séides apos' tés par le roi lui-même.
Pendant le crime, l'assassin royal, qui était à genoux sur un prie-dieu, à côté d'un moine, dans la chambre voisine, relevait la portière de temps en temps, pour demander si cela ne serait pas bientôt fini.
Quand de Guise fut mort, le saint roi se leva et alla lui donner un coup de pied au visage !
Le lendemain Xillustre dieul du comte de Chambord faisait assassiner aussi, pour trois cents écus, le cardinal archevêque de Lyon, dans les oubliettes de la tour des Moulins.
Et ces infâmes républicains qtvi persécutent l'Eglise au point d'exiger que les jésuites fassent inscrire civilement leurs maisons d'éducation !
Mais le cardinal de Guise n'est pas le seul des membres du clergé qui ait eu à souffrir par les ordres du dernier des Valois.
Un saint moine du nom de Poncet avait, dans un sermon prononcé à Notre-Dame, dénoncé les monstrueuses débauches du roi et de son entourage ; le lendemain il était jeté à la Bastille, et il n'en sortit jamais.
L'abbé de Rosières, archidiacre de Toul, s'étant permis certaines épigrammes sur le même sujet, fut enfoui dans un cachot souterain de la même forteresse.
" Ce cachot était si profond, dit Camille Reynadier, que lorsque les eaux du fossé étaient grosses, elles y pénétraient abondamment.
et le malheureux n'avait alors d'autre refuge qu'une grosse pierre placée au milieu du souterrain ; les crapauds et les rats pullulaient, et il fallait que le captif tînt le pain, seule nourriture qui lui fût accordée, caché sous ses vêtements, pour le soustraire à ses hôtes dégoûtants."
Ah ! si la république se payait le luxe de traiter ainsi ceux qui l'anathématisent !...
Enfin, Henri III, après avoir empoisonné sa mère, meurt excommunié, sous le couteau d'un moine fanatique appelé Jacques Clément.
Il fut frappé au moment où il donnait audience sur sa chaise percée. Ce n'est pas le seul personnage de sa famille qui donnât audience sur ce trône-là.
Ces manières ne seraient pas considérées comme absolument pohes chez des roturiers ; mais l'étiquette, c'est un peu comme la morale ; il y en a une pour les rois et une autre pour le vulgaire.