LES BOURBONS
Avec ce dernier rejeton de la Médicis, finit la branche des Valois, et la branche dite de Bourbon monta sur le trône dans la personne d'Henri IV.
Entre parenthèse, Bourbon signifie bourbeux. Ce nom vient d’un fief qui tomba dans cette maison par un mariage. Il y à comme cela des coïncidences très curieuses.
Henri IV était protestant ; il dut se faire catholique.
On peut juger de la sincérité de sa conversion par son exclamation restée célèbre :
__Bah ! Paris vaut bien une messe !
En tout cas, s'ilse fit sincèrement catholique, son zèle de néophyte ne se manifesta guère par l’austérité de ses mœurs.
Qu'on en juge par la nomenclature de son petit sérail :
La Dayelle, La Tignonville, La Martine, La Mon taigu, L'Armandine, La Fleurette, La Glandée, La Blainville, La Clein, Gabrielle d'Estrée, Catherine du Luc, Catherine de Verdun, Charlotte de Beaune, N. de Rebours, Corisande d'Andouins, Chardotte des Essarts. Jacqueline de Bueil, Antoinette de Pons, Marie de Beauvilliers, Henriette de Balzac, Françoise et Char. lotte de Montmorency !
On voit que ce saint monarque n’a pas volé le surnom qui lui est resté de roi vert-galant.
Du reste, il eut deux femmes qui ne restèrent pas en dette avec lui.
La première, Marguerite de Valois était la sœur de François [I, de Charles IX et d'Henri LI ; c’est assez dire,
Elle se crut probablement obligée de soutenir la reputation de ses frères.
En tout cas, elle passe pour avoir eu des relations un peu plus que /raternelles avec l'un d'eux. Mais dans les familles royales, vous savez, il ne faut pas y regarder de trop près.
Elle eut pour principaux complices de ses faiblesses. le duc de Guise, la Mole, Bussy d'Amboise, le duc d’Alençon, Carillac, et tous ses palefreniers.
Le dévergondage et la lubricité de cette femme étaient els que Charles IX ne se privait pas de dire :
En donnant ma sœur Margot au prince de Béarn. je lai donnée à tous les huguenots du royaume !.….
Et cette femme entendait trois messes par jour, et communiait trois fois par semaine. (Voïr Brantôme).
Belle famille, hein !
La seconde femme d'Henri IV fut Marie de Médicis, qui fut célèbre pour ses intrigues avec le fameux Concini, maréchal d'Ancre.
Son propre fils dut l’emprisonner au château de Blois.
Elle devint reine de France du vivant même de la première femme d'Henri IV, qui avait divorcé.
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Les rois ont toujours eu ce droit-là.
Mais revenons à notre vert-galant.
Comment commence-t-il ?
Pour faire couler des torrents de sang pour s'emparer d’une couronne, en vertu d’un droit chimérique contestable à tous les points de vue.
Il était brave, bel homme, et gai viveur. Les peuples se sont toujours laissés prendre à cette glu.
Aussi l’appelait-on le bon roi Henri.
Or, à quoi se réduisait cette bonté ?
On cite des faits. (Celui-ci par exemple : Concini avait enlevé la fille d’un meunier ; Henri IV le prive de paraître à la cour. Qu'est-ce que cela prouve ? Qu'on ctait tellement habitué à voir les rois agir en monstres. que chacun était prêt à s’extasier devant le plus mince des actes de justice émanant du pouvoir royal. Car enfin, être privé de paraître à la cour pendant quelques jours, est-ce là une punition pour un attentat comme celui qu'avait commis Concini ?
On parle de la fameuse foule au pot ; où est elle ? On ne l’a pas encore vue en France ; et du reste l’on a fort mauvaise grâce de citer cette parole pour vanter l'amour qu'Henri IV portait au paysan, quand on lit ces mots textuels dans une ordonnance du bon roi :
‘ Le paysan surpris avec un fusil autour d’une remise à gibier, sera mené fouettant, tout autour du buisson où il aura été trouvé, jusqu'à effusion de sang. ”
Un roi qui punit un délit de chasse par un châtiment que notre civilisation refuse de faire subir à un meurtrier, mérite-il qu'on le cañônise pour sa bonté ?
L'Etoile rapnorte qu’un jour il fit battre de verges des gens qui ne voulurent pas partager leur diner d’auberge avec lui, qu'ils ne connaissaient pas.
‘ On le loue beaucoup, dit Laviconterie, d’avoir accordé quelques vivres à Paris qu’il assiégeait ; mais cela n'empêche pas que
trente mille hommes y moururent en un mois de Ja famine, qui était son ouvrage. Cela n'empêche pas que son désir effréné de régner n’ait causé le parricide de cette mère si malheureuse et si barbare, qui tua son enfant, et en appaisa avec effroi sa faim horrible. ”
François Ier avait vendu les charges judiciaires ; Henri IV les rendit héréditaires. Lequel est le plus coupable ?
Enfin Henri IV mourut, en 1610, assassiné par un fanatique du nom de Ravaillac.
Maintenant ces bons légitimistes de France chantent à tue-tête devant les images du Sacré-Cœur :
Vive Henri Quatre !
Vive ce roi vaillant !
Ce diable à quatre A le triple talent
De boir’ de battre
Et d’être vert-galant.
Et nos saints hommes d'ici joignent les mains avec admiration.
Ils oublient, s’ils l'ont jamais su, que leur saint Henri IV a fait mourir un cardinal en prison... et pendre un jésuite, ce qui est bien pire.
Victor Hugo fait un portrait bien touché des quatre règnes qui ont précédé la révolution française.
Voici ce qu'il dit d'Henri IV :
Le premier, c’est la joie. Il fit tout en riant,
I] riait à la guerre, et riait en priant ;
Le jour qu’il vint au monde, adopté par la gloire, Son aïeul fit chanter sa mère, et le fit boire ;
Ce roi de belle humeur a ri jusqu’au tombeau ; C’est en riant qu’il fit de Dieu son escabeau ;
Il marcha sur l’autel pour monter sur le trône ; Des meurtriers des siens il recevait l’aumôêne ;
Il riait tant, qu’il fit exiler d’Aubigné,
Car le joyeux ne peut que chasser l’indigné ; Suivi de ses fléaux, éliaites valetailles,
T1 s’épanouissait, il aimait les batailles
Et les filles, cherchant gaiement tous les hasards,
Oh ! d'Estrée et de Bueil, d’Entrague et des Essarts | Nuits ! parcs mystérieux, murmures des cascades |
O danses et chansons sous les pâles arcades ! Nymphes reines ! ô rois satyres et sylvains !
O bon Henri ! beautés folles aux yeux divins !
Ces chiennes de l'amour, comme il s’en faisait suivre ! Comme il les enivrait de l’extase de vivre !
Comme il leur prodiguait les bijoux florentins,
Les fêtes, les ballets, les concerts, les festins
Sur qui, pour laisser voir les cieux, le plafond s'ouvre,
ses lits de brocart d’or dans les chambres du Louvre, t
les vastes palais et les riches habits, Et dans la pourpre en feu la braise des rubis, Et les perles des mers dans les flots de la soie | O temps heureux |
Autour de ce trône de joie, Les juges, pour servir la royauté fougueux, Allaient expédiant dans l'ombre un tas de gueux ; On pendait des rrarauds et des rustres, rebelles A la taxe, à la taille, aux aides, aux gabelles, Vanupieds refusant les impôts ; il faut bien Que quelqu'un paie en somme, et le roi n’y peut rien.
Et le soir à travers le doux bruit des fontaines, Quand les rires, mêlés aux musiques lointaines, Semblaïent accentuer la flûte et le hautbois,
.Quand dans le jardin sombre, épaissi comme un bois,
On voyait des amants errer, et sous les branches D'ardents profils chercher de vagues gorges blanches ; Quand dans les fleurs de lys planait l’amour ailé, Quand Danaé vaincue offrait tout bas sa clé, À l'instant où le roi, ravi, charmant, affable,
upiter fou, riait avec toute la fable, Gai, ne quittant Léda que pour reprendre Hébé, Et rendait le baiser qu’il avait dérobé A quelque Gabrielle, à quelque acqueline, Une brise jetait du haut de fa colline, Une häleine de tombe entre les deux baisers ; Et, non loin de ces yeux et de ces ris, brisés, Nus, gtelottant au vent sous les poutres muettes, S’entrechoquant l’un et l’autre et heurtés des chouettes, Envoyant des bruits sourds jusqu’au royal balcon,
Les squelettes toidaient leür Chaîne à Montfaucon !
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