‹ Petite histoire des rois de France [microforme]Chapitre 11 sur 17 · L8 == Lé · texte numérisé non relu

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Ce qui n'empêche pas que ce roi Henri quatre, Ce Vert-galant qui sut aimer, boire et combattre, Soit le meilleur de ceux qu’on appelle les rois.

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Nous sommes à Louis XIII.

I1 succéda à son père à l’âge de dix ans, et son premier acte royal fut de faire assassiner le maréchal d’Ancre sur les marches même du Louvre.

Puis il dirigea toute sa haine contre sa mère, qu'il accusait d’avoir voulu l’empoisonner, et d’avoir trempé dans l'assassinat d'Henri IV.

Il la fit emprisonner au château de Blois.

Echappée par une fenêtre, la malheureuse reine parcourut une partie de l’Europe en fugitive, et mourut à Cologne dans la misère.

C'est probablement pour cela, qu'on a décerné au bon roi le surnom de /uste.

Voici deux traits qui donneront une idée de la façon dont ce juste entendait la justice.

Il assiégeait Montrevel. La ville se rend. Le bon roi accorde la vie sauve à tous les officiers, mais 17 fait pendre tous les soldats !

Au siége de la Rochelle, il fait égorger un troupeau de femmes, d'enfants et de vieillards, sortis de la ville pour échapper à la famine qui y sévissait !

Et les exécutions de Duchalais, du maréchal d'Ornano, du duc de Montmorency, de Cinq-Mars, de Thou, de Marillac, d'Urbain Grandier, et de tant d’autres qui furent pendus, décapités, écarletés et brûlés, sous les prétextes les plus absurdes, et sans presque aucune forme de procès, ce sont des actes de justice peut-être !

Le temps que Louis XIII ne passait pas à signer des arrêts de morts, il l'employait à la chasse.

Laissant le sort du royaume aux mains de Richelieu,

il ne s’occupait que de bien retenir le nom de tous ses chiens.

De son côté, sa femme Anne d’Autriche—qu’on nomme ainsi parce qu’elle était espagnole--scandalisait le royaume par ses intrigues avec son beau-frère, avec le duc de Buckingham, et avec bien d’autres.

Elle ne donna un héritier à la couronne qu'après vingt-trois ans de mariage, Mais... is pater est.

Enfin le règne de Louis XIII fut un chaos d'intrigues, de cruautés et de scandales. Si c'est par cela qu’on mérite le nom de /wste, il y a droit.

Favorites : Marie de Hautefort, Mlle de Montfaucon, et Louise de Lafayette.

On a contesté les relations criminelles du roi avec cette dernière. Examinons la question.

Louise de Lafayette succéda à Mlle de Montfaucon dans les bonnes grâces du roi. Celui-ci lui laissa gouverner le royaume, la combla d’honneurs et de présents, ne cachant à personne ni ses tête-à.tête avec elle, ni son admiration pour sa beauté. Et cela pendant de longues années.

Et l’on prétend que ce ne fut là qu'un amour purement platonique...! Pour le croire, il faudrait donner raison aux historiens qui prétendent que ce pauvre énervé de Louis XIII avait d’autres vices plus honteux encore, et que le petit Louis XIV n'avait droit au trône de France qu’en vertu de l’axiome légal que j'ai cité plus haut.

J'aime autant cette version-là que l’autre ; mais je ne vois pas ce que nos légitimistes auraient à y gagner.

Louis XIII mourut dans l'abandon le plus complet ;

pas même une garde-malade pour lui donnér un bouillon.

Voici comment le peint Victor Hugo :

Celui qui vient après fut moins joyeux ; ses lois Buvaient du sang ; il fut comme un couteau qui tombe ; Son trône ténébreux eut une odeur de tombe,

Et le vautour y songe encore au haut du mont ; Faible et lugubre, il eut pour bras Laubardemont ; Pour cerveau Laffen:as, pour âme La Reynie ; Un homme rouge fut son spectre et son génie ; Son amitié menait, pour peu qu’on s’y fiât, Concini dans l’égout, au billot d’'Effat ;

I1 semblait à ce roi, sombre tête perdue,

Que toute branche était comme une main tendue Demandant. un cadavre ; il ne refusait pas ;

Les arbres devenaient potences sous ses pas ; Jamais il ne laissait son prévôt la main vide ;

I] jetait au supplice, affreuse goule avide

Qu'il croyait voir toujours dans l’ombre mendier, Tantôt Galigaï, tantôt Urbain Grandier ;

Il cherchait le charnier, comme Henri ja mêlée ; I] ne haïssait point P’odeur de chair brûlée ;

Des chambres de torture il écoutait les bruits ; Ce vendangeur avait pour pommes et pour fruits Les paniers du bourreau pleins de tête coupées ; Dans sa tenaille ardente il tordait les épées ; Son maître lui faisait faire ce qu’il voulait ; D'un massacreur horrible il était le valet ;

Le sang l’éclaboussait des talons au panache ;

I1 séparait les duels avec un coup de hache ; Dépeuplant le sillon, décimant le manoir,

Il a sous les chouquets étendu le bras noir

A Paris, à Toulouse, à Nante, à la Rochelle ; Et de tous les gibets il a tenu l'échelle ;

Et sa main en avait gardé le tremblement.

Ce temps fut morne, obscur, douloureux, inclément, Implacable, et la Grève en fut la seule fête. Tant que dura ce roi, le peuple eut sur la tête, Aù lieu d'azur, au lieu d’astres, au lieu de ciel, Onne sait quoi de bas, d’infâme et de cruel ; n entendait la mort marcher sur cette voûte ; règne eut pour plafond l’échafaud qui s’égoutte ; Donc ce roi, c’est le Juste !

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