‹ Petite histoire des rois de France [microforme]Chapitre 12 sur 17 · DRE · texte numérisé non relu

DRE

PS ONE D en es D ah

te RC CSN *, D me

Celui qu'on appelle son fils lui succéda sous le nom de Louis XIV.

Il régna soixante-douze ans, et donna son nom à son siècle.

La France n’a jamais eu de despote plus absolu.

Il entrait au parlement tout botté et cravache en main, en disant : L'Etat c'est moi !

I1 prétendait posséder tous les biens de ses sujets, avoir droit de vie et de mort sur chacun d'eux, et ne devait de compte qu’à Dieu seul.

Si l’on veut se convaincre de la chose, on n’a qu’à lire cette espèce de testament politique qu'il laissa à Son successeur, sous le titre de : Znsfructions pour le Dau- Phin.

On y trouvera cette phrase monumentale :

‘ Tout ce qui se trouve dans l’étendue de nos Etats, de quelque nature que ce soit, nous appartient : les deniers qui sont dans notre

cassette, ceux qui demeurent entre les mains de nos trésoriers, e{ ceux que nous LAISSONS dans le commerce de nos peuples !”’

Que nous laissons est sublime.

On trouve encore dans le même document des phrases comme celles-ci :

‘6 Celui qui a donné les rois aux hommes a voulu qu’on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à lui seul le droit d'examiner leur conduite ; sa volonté est que quicongue est né sujet obéisse sans discernement.

‘ Les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés

‘ Les rois sont des arbitres souverains de la conduite et de la fortune des hommes.”

Quelles abominables doctrines |! Et l'on voudrait les ressusciter. Car, l’on a beau dire, à quoi se résume le fameux principe du droit divin ?

Il est du reste clairement formulé par De Maistre, le fameux principe :

‘ Contre notre légitime souverain, dit-il, fut-il même un Néroti, nous n'avons d'autre droit que de nous laisser couper la tête, en lui disant respectueusement la vérité”,

Eh bien, merci !

Mais revenons à Louis XIV.

A quinze ans, il cassait déjà le parlement de Paris et le transportait à Pontoise.

Les cinquante premières années du règne de Louis XIV furent des années sanglantes pour la France.

La soif de conquêtes, la passion pour la gloire militaire, qui tourmentaient le jeune despote, couvrirent l’Europe de sang, et en définitive sans aucun bénéfice pour personne.

On s’amusait à piller, à brûler, et à saccager les villes, La gloire couvrait tout.

Et puis aprés cela, bonbances ! On construit des palais, on organise des fêtes sans nombre, on engloutit des milliards dans le luxe et la débauche.

Et ie pauvre peuple suant, geignant, épuisé, mourant de faim, paie, paie et paie toujours !

L'orgueil du bon roi était satisfait, tout le monde devrait l'être.

Murmurait-on?, A la Bastille !

Poètes, chantez ma gloire : voici des pensions !

Toi, Corneille, tu n'as pas l’épine dorsale assez flexible, meurs de faim !

Puis les désastres arrivent :

La France battue à Hochstaedt !

La, France battue à Ramillies !

La France battue à Turin !

La France battue à Oudenarde !

La France, ruinée, écrasée, dépouillée, saignée à blanc, découragée ; la Bastille regorgeant de prisonniers —parmi lesquels le Masque de fer, le frère même du grand roi, dit-on ;—-trois millions de protestants bannis, chassés, expulsés !

Et par-dessus tout, le royaume gouverné par d'insolentes drôlesses, affichant leur impudeur et leur luxe scandaleux à côté du trône, aux yeux du public accablé d'impôts et d’exactions !

Le règne de Louis XIV fut un grand règne, grâce aux nombreux génies qui l’illustrèrent. Mais, quant au ‘ grand roi lui-même, que Dieu préserve les peuples de

grands rois comme celui-là.

On devrait nommer cela de grands fléaux.

Quand Louis XIV mourut, il laissa pour legs à la France, quatre milliards cinq cents millions de dettes.

Il avait dépensé follement environ vingt milliards ; et encore avait-il falsifié les monnaies, et fait banqueroute, en réduisant les rentes dont il avait grevé l'Etat.

Louis XIV avait un don : il savait parfaitement faire accorder sa dévotion, qui etait grande, avec sa lubricité, qui n’était pas mince.

Son hypocrisie allait jusqu’au sublime.

Je n’entreprendrai pas de faire la liste des instruments de son libertinage ; il faudrait pour cela plusieurs chapitres. Je ne citerai que ses principales favorites ; celles qu’il faisait asseoir à côté de la reine.

Les voici :

Mme de Beauvais, Mille d'Agencourt, Louise de la Vallière, Françoise de la Beaume, La duchesse de Fontanges, Mme de Montespan, Mme de Maïntenon, Olympe Mancini, Marie Mancini, Hortense Mancini, Anne Mancini !

Quatre sœurs ! Excusez du peu.

On a tenté de réhabiliter la vertu de Mme de Maintenon, parce qu’elle s'est montrée implacable envers les protestants. Eh bien, voyons cela.

D'abord personne ne conteste que la veuve de ce pauvre Scarron ne fût longtemps la confidente intime des amours du roi avec la Montespan. Ce n’est déjà pas un si honorable rôle, on en conviendra !

Plus tard, elle fit chasser sa bienfaitrice.

‘ Mme de Montespan, dit Eugène Pelletan, ah et remplacée par la femme qu’elle avait prise par la main dans le lit de Ninon de Lenclos, etc... ”

On prétend que Mme de Maintenon ne fut que l'épouse de Louis XIV. Eh bien, comptons, s'il vous plaît. La Montespan fut disgraciée pour les beaux yeux de Mme de Maintenon en 1681 ; la reine ne mourut qu’en 1683 ; et le mariage secret n'eut lieu qu’en 1684. Plus de trois ans d'intimité aussi chaste que constante ! Le caractère scrupuleux des deux personnages étant donné. Jugez !

Maintenant, pour se rendre compte du degré d’immoralité où ces beaux exemples avaient conduit et la cour de France et la noblesse du pays, il suffit de se rappeler la fameuse histoire des poisons, dans laquelle les noms les plus brillants de France furent si étrangement compromis.

Les meurtres, les infanticides, les plus horribles sacrilèges, étaient à l’ordre du jour.

On sait tout ce que révélèrent d’infamies les procès de la Brinvilliers et de la Voisin.

A chaque instant les tribunaux étaient saisis de quelque affaire mystérieuse de sortilège ou d’empoisonnement, que le roi s'empressait d’étouffer, dans les intérêts de quelqu'un de sa famille ou de ses proches.

Témoins, l'affaire de Chasteuil, de la Filastre, et de Mme de Bouillon.

Enfin les. vices de la royauté avaient gangrené la France jusque dans la moelle.

Ah ! si l'on pouvait tout dire, sans blesser les oreilles de l'enfance ! |

Qu'on lise seulement Ravaison : les cheveux en dressent.

Mais j'abrège. Franchement j'ai hâte de sortir de cet

è mmonde bourbier. Terminons par les vers de Victor 4 Hugo :

rise nn © me SE ® 3, h œ Ë & £.p, S 2.

[= re © LA se — @ a o® 2 > 5 © + D FT er 8 9 ER + ve Len À © a

La terre avait pour but d’occuper son ennni ;

Et toute la puissance et l’empire et la gloire

Et l'amour et l’orgueil faisaient dans la nuit noire

Au-dessus de sa tête un abîme étoilé ;

Gloire à lui ! sous ses pieds, tandisque, dieu voilé

Par toutes les splendeurs sur son front réunies,

Homme soleil ayant pour rayons les génies,

Vétu d’or, triomphant, heureux, vertigineux,

Ne faisant pas un pas qui ne fût lumineux,

Flamme, astre, il empourprait son olympe superbe,

Le peuple, n’ayant pas de pain, mangeait de l'herbe !

La nudité hurlait et se tordait les mains ;

Les affamés gisants râlaient sur les Chemins ;

La France esclave avait un haillon pour livrée ;

Un hiver, onen vint à ceci que, navrée,

N'ayant plus une ronce à manger, ne sachant

Que faire, ayant brouté tous les chardons du champ.

La misère attaqua les mornes catacombes ;

Le soir on enjambait le mur triste des tombes ;

Des cimetières noirs l’homme chassait les loups ;

De la bière pourrie on écartait les clous,

Et le peuple fouillait de ses ongles les fosses ;

Les femmes blasphémaient et pleuraient d'êtres grosses,

Et les petits enfants rongeaient les os des morts ;

Les mères des cercueils tâchaient d'ouvrir les bords,

Cherchant ce qu’on pourrait manger dans ces décombres,

Creusant, mordant ; si bien que les trépassés sombres, Û

RE RS De Un mA PE A ee Si ere à

rs

Page 1