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Se dressant à travers les tombeaux écroulés,
Disaient à ces vivants : Qu'est-ce que vous voulez ?
Mais qu'importe ! il fut grand ; il mit le monde en flamme ; 11 fut le nom vainqueur que la foudre proclame ;
Et les drapeaux au vent, les tambours, les canons,
Les batailles nouant leurs orageux chaînons,
Les plaines par la mort des villes élargies, ‘ Le réseau flamboyant ces vastes stratégies,
Turenne, Luxembourg, Schomberg, Lorge, Brissac,
Et Namur massacrée et Courtray mise à sac,
L’incendie à Bruxelle et le pillage à Furnes,
Les fleuves rougissant de sang leurs sombres urnes,
Gand, Maëstricht, Besançon, Heidelberg, Montmédy,
La boucherie au nord, la tuerie au midi,
L'Europe ravagée, écrasée, étouffée,
Lui firent dans son Louvre un colossal trophée
De ruine, de nuit, de cendre et de tombeaux.
Mais c’est peu, les cités ainsi que les flambeaux
Brüûlant et répandant leur lueur sur la terre ;
C’est peu l’éclat guerrier, la gloire militaire,
Cette goutte de sang qui s’élargit toujours ;
C’est peu, le choc des camps, l’écroulement des tours ;
La guerre, cheval fauve, au-dessus des frontières,
Jetant au front des rois ses ruades altières,
C’est peu ; c’est peu l’épique et vaste assassinat
De l’Artois, de la Flandre et du Palatinat ;
Remplacer les moissons par des flots de fumées,
Coucher sur les sillons des cadavres d’armées,
Briser les escadrons contre les escadrons,
Ce n’est rien ; ce n’est rien la clameur des clairons,
L'obus crevant les murs, les places bombardées, j Gengiskhan et Timour passés de cent coudées ! F
Cinq cent mille bannis, cent mille massacrés, Dix mille brûlés vifs, rompus vifs, torturés, Patients en chemise au seuil des basiliques, Tourbillon des bûchers sur les places publiques, Acre fumée ayant des râles dans ses plis, Surprises, guet-apens, gens tués dans leurs lits,
Juges fatals passants ainsi que des tonnerres,
* Princes tordant des seins de femme, octogénaires
Dont la barre de fer fait crier les vieux os,
Tous les dogues du meurtre ouvrant leur noirs naseaux, Rivières rejetant les noyés sur leurs plages,
Cavalerie affreuse écrassant les villages...
Oui, ce fut comme un vol de sanglants éperviers ; Montrevel sur Tournon, Lamoignon sur Viviers ;
Oui, ce fut monstrueux, oui, ce fut lamentable ; [n On tuait dans la rue, on tuait dans l’étable ;
On jetait dans les puits l’enfant criant Jésus,
La mère, et l’on mettait une pierre dessus ;
On sabrait du pasteur la vieille tête chauve ;
Les crosses des mousquets écrasaient dans l’alcôve
La nourrice au berceau, l’aïeul à son rouet ;
Siècle affreux ! Les dragons chassaient à coups de fouet Devant eux des troupeaux de femmes toutes nues ;
La débauche inventait des rages inconnues ;
L’orgie imaginait des supplices
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Et c’est pourquoi ce roi rayonne ; il est flagrant
à Que l’autre étant le Juste, il faut qu’il soit le Grand. Li O Grandeur, de charnier et de meurtre mêlée,
6 Qui de têtes de mort apparaît étoilée !
| Lion superbe ayant le chat pour compagnon !
de. Conquérant coudoyé par les supplices ! nom
h4 Où la veuve Scarron jette son ombre vile !
(à Spectre qui s’est laissé manier par Bâville !
Es Glaive altier dont la fouine a léché le fourreau !
dr Lauriers où sont marqués les dix doigts du bourreau ! 1 O peuple que son roi broie et détruit ! désastre pi D'un monde sur qui tombe et s’écrase son astre !
Tout le soir de ce règne appartient aux hiboux ; Dans ce noir crépuscule ils sortent de leur trous ; Des billots, les poteaux mélent leurs vagues formes, Et l’ou voit se dresser, monstrueuses, énormes,
Une roue au couchant, une roue au levant,
Où pendent, disloqués, dans les souffles du vent, Deux cadavres, sur qui tout le genre humain prie, L'un est la conscience et l’autre la patrie !