‹ Petite histoire du pays Basque françaisChapitre 10 sur 27 · RÉUNION DE LA BASSE-NAVARRE AU ROYAUME DE FRANCE · texte numérisé non relu

RÉUNION DE LA BASSE-NAVARRE AU ROYAUME DE FRANCE

Un des premiers actes du nouveau roi fut de réunir à la couronne les duchés, vicomtés, baronnies et autres seigneuries

lui appartenant. La Soûle en faisait partie, mais non la Basse- Navarre qui resta exclue de cette union jusqu'en 1620. A cette époque le roi Louis XIII vint dans le Béarn pour pacifier le pays qui, ne pouvant renoncer à son autonomie, faisait une opposition systématique au pouvoir central. En même temps qu'il rétablit le catholicisme comme religion d'Etat, Louis XIII remplaça les fonctionnaires royaux par des créatures à lui. Un édit rendu à Pau, au mois d'Octobre 1620, déclara l'union des deux couronnes de France et de Navarre.

Bien que le pays conservât, comme la Soûle, ses privilèges, ses états particuliers et ses tribunaux, ce nouvel état de choses fut très mal accueilli par les populations, qui ne perdirent pas une occasion de protester contre des mesures qui leur étaient imposées malgré elles. Pendant la période qui suivit on assista à la lutte d'une minorité avide de conserver ses privilèges contre une administration implacable et toute puissante, visant à une unité de plus en plus complète. Il n'en est pas moins vrai que le rôle politique de ces deux provinces finit en 1620 et que, depuis cette époque, leur histoire est liée à l'histoire générale de la France.

Les années qui suivirent furent du reste des années de calme pour le pays qui, par sa situation géographique, était loin des lieux où se passèrent les événements importants des règnes de Louis XIV et de Louis XV. A peine vit-on passer quelques corps de troupe au moment de la guerre de la succession d'Espagne.

L'administration d'intendants de rare valeur, tels que de Sérilly, d'Etigny, Lebret, etc., fut marquée par une période de développement économique et de prospérité. De cette époque datent les premières routes royales qui mirent en relations faciles des contrées jusqu'alors à peu près étrangères les unes aux autres.

Cependant les signes précurseurs de la Révolution se firent sentir dans les provinces basques comme dans les autres, bien que la convocation des Etats Généraux n'y ait pas provoqué le même enthousiasme. Les Basques estimaient en effet que leur constitution était la meilleure et que tout ce qu'ils pouvaient désirer devait s'inspirer de principes consacrés par plusieurs siècles d'expérience. Ils n'en durent pas moins subir la loi commune ; ils connurent les clubs, les sociétés de sansculottes, les représentants du peuple et la terreur qui laissa dans leur pays, comme ailleurs, dés traces sanglantes.

§ 6. — Guerre^ de la Révolution et de l'Empire (1 )

Nous terminerons ce résumé d'histoire de la Navarre par le récit des événements militaires dont elle fut le théâtre pendant la Révolution et sous l'Empire.

A la suite de la déclaration de guerre de la Convention à l'Espagne, le 7 Mars 1793, toute la frontière fut envahie. Or, celle des Pyrénées occidentales était ouverte et aucune force organisée n'était prête à s'opposer à une invasion espagnole. Mais l'énergie des hommes surmonta tous les obstacles. Les généraux Moncey et la Génétière réussirent avec des éléments disparates à constituer une armée qui put, pendant deux ans, empêcher les Espagnols, mieux ravitaillés et plus nombreux, de fouler le sol de la patrie.

La ville de Saint- Jean-Pied- de-Port, depuis longtemps déchue de l'importance qu'elle avait eue autrefois, devint le centre de la résistance dans la région. C'est que sa position stratégique était de premier ordre ; car, cette place prise, c'était la route de France ouverte soit vers Saint-Palais, soit vers Bayonne. Aussi est-ce dans ses environs que se déroulèrent les combats qui marquèrent la campagne 1793-1794.

Le général en chef espagnol, Ventura Caro, disposait de 22 . 000 hommes, auxquels Moncey avait à opposer 8.000 hommes au plus. Pour renforcer ce contingent insuffisant on fit appel aux Basques qui, sous les ordres de leur compatriote Harispe (qui finit maréchal de France), constituèrent des compagnies franches appelées à rendre les plus grands services.

Il n'en est pas moins vrai que, dès le début, la campagne fut défavorable aux Français. Les premiers engagements eurent lieu dans la vallée de Val -Carlos et aux abords du fort de Château-Pignon qui commandait la route de communication entre la France et l'Espagne. Les Français furent repoussés. Le général La Génétière fut fait prisonnier avec une partie de sa troupe et le général Moncey put à grand peine réunir les débris de l'armée et se retirer sur les hauteurs dominant immédiatement Saint- Jean-Pied-de-Port.

Mais Ventura Caro ne sut pas profiter de la victoire ; il se borna à occuper solidement les hauteurs conquises, laissant à l'armée française le temps de se refaire. Dans ce but les mesures

(1) Pour suivre les opérations consulter la carte qui est à la fin du volume.

les plus énergiques furent prises sous l'impulsion des représentants du peuple Féraud et Monestier : la discipline fut rétablie par les moyens les plus violents, les cadres furent complétés, le ravitaillement fut assuré de telle sorte qu'au mois d'Avril de l'année suivante (1794), l'armée put se remettre en campagne et tenter des opérations d'une plus grande envergure.

La direction des opérations fut confiée à Moncey qui avait avec lui les généraux Dumas, Marbot et La Tour d'Auvergne. Ce dernier, une des plus belles figures de cette époque, commandait les grenadiers, un corps d'élite, dont le plus bel éloge a éié fait par les ennemis eux-mêmes en lui donnant le nom de « colonne infernale ».

Les Espagnols occupaient fortement les hauteurs s'étendant d'Orbaïceta au pic de Lindux, ainsi que celles de Château-Pignon, se reliant aux précédentes par les cols d'Ibaneta et d'Urculu.

L'objectif était de s'emparer de cette armée par un mouvement enveloppant et de marcher ensuite sur Pampelune. Dans ce but quatre colonnes avaient été formées, dont l'une devait faire une démonstration devant Château-Pignon, la seconde prendre de flanc l'ennemi par les Aldudes, tandis que les deux autres feraient un large mouvement enveloppant en passant l'une par le Bastan et l'autre par la vallée de la Soûle.

Le succès de ce programme dépendait de l'exactitude à l'exécuter et c'est ce qui fit défaut. Il n'y eut pas d'entente dans la marche des diverses unités qui ne se rejoignirent pas en temps utile. Le général en chef espagnol Colomera se rendit compte du mouvement enveloppant qui le menaçait ; il évacua Roncevaux et Burguete pendant la nuit et se retira vers Pampelune. Le but cherché n'était pas atteint et l'armée ennemie ayant renforcé la garnison de Pampelune, il devenait impossible de tenter un coup de main sur cette place. L'armée prit ses quartiers d'hiver et, au printemps suivant, le général Moncey se disposait à reprendre les opérations lorsque la paix de Bâle vint mettre fin aux hostilités (22 Juillet 1795).

Cependant l'heure du repos n'avait pas .encore sonné pour les provinces basques. Cette même frontière, témoin des guerres de la Révolution, vit encore les dernières légions de l'Empire-

lutter vainement, en 1813 et 1814, pour sauvegarder le sol de la patrie.

Après la bataille de Vitoria (21 juin 1813), une partie de l'armée française s'était dirigée vers Pampelune, tandis que l'autre partie s'était repliée sur Hendaye. La situation devenait critique et c'est ce qui conduisit Napoléon à confier le commandement des troupes échappées au désastre de Vitoria, au maréchal Soult duc de Dalmatie. Le maréchal commença par réorganiser l'armée et par donner un peu de cohésion aux éléments très divers mis à sa disposition ; puis, il prit ses mesures pour commencer les opérations.

D'après les instructions de l'empereur il devait reprendre Pampelune, Saint-Sébastien, et refouler les alliés au delà de Pancorbo, afin de dégager la vallée de PEbre. Tandis que le général Rey, assiégé dans Saint-Sébastien, était momentanément livré à lui-même, Soult, décida de commencer par débloquer Pampelune où le général Cassan, assiégé par les troupes alliées commandées par Picton, O'Donnel et Carlos de Ëspana, se trouvait dans une situation très critique. Dans ce but, il forma son armée en trois colonnes: l'une commandée par Reille devait passer par le Lindux et Roncevaux ; la seconde confiée à Clauzel devait rejoindre la première par l'Altabiscar ; le général Drouet d'Erlon devait conduire la troisième par le Bastan et le col de Velate.

Mais il ,se passa exactement ce qui s'était déjà produit en 1794 avec Moncey et le résultat fut le même. Les colonnes Clausel et Reille se perdirent dans le brouillard et furent retardées dans leur marche ; celle de Drouet d'Erlon, arrêtée pendant 20 heures au col de Maya, ne les rejoignit pas en temps utile. De ce fait Wellington qui croyait jusque-là que ces mouvements étaient une feinte; destinée à masquer l'effort principal vers Saint-Sébastien, en comprit la portée réelle. Il eut le temps d'envoyer par la vallée de la Bidassoa d'importants renforts qui, passant par Velate, tombèrent sur les corps de Clausel et de Reille avant que d'Erlon ait pu les rejoindre.

Obligée d'accepter la bataille à Sauroren, l'armée française, malgré sa valeur, fut fortement éprouvée. Refoulée vers la France par divers chemins, les troupes se débandèrent et la défaite se transforma en déroute. L'armée perdit dans cette affaire 378 officiers, 13.000 hommes et laissait la frontière ouverte à l'ennemi (31 juillet 1813).

Pendant que le gros des troupes se reformait sur les bords de la Nivelle, les divisions Harispe et Foy cantonnaient entre

Saint-Jean-Pied-de-Port et Hélette. Elles se réorganisèrent et avaient mis le pays en état de défense, lorsque les hostilités reprirent dès le commencement de 1814.

L'armée qui opérait en Labourd sous les ordres des généraux Clàusel, d'Erlon et Villatte, avait été obligée de se replier sur la rive droite de la Nive,sans cependant perdre le contact avec les corps d'Harispe et de Foy. Mais après la bataille de Saint- Pierre-d'Irube, lorsque ces positions eurent été évacuées, ces deux divisions durent suivre le mouvement et après avoir essuyé un combat importante Garris, le 15 février, elles passèrent derrière la Bidouze et quelques jours après, derrière le gave d'Oloron sur les hauteurs de Sauve terre, tandis que le reste de l'armée reculait sur Peyrehorade et sur la rive droite du gave de Pau, dégageant ainsi tout le Pays Basque.

Ces opérations militaires furent les derniers événements importants dont la Navarre ait été le témoin.

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