III. — LE LABOURD
Le Labourd sous les vicomtes. — L'occupation Anglaise. — La Domination Française. — Le Labourd au XVIIe siècle. — Le Labourd au XVIIIe siècle. — Guerres DE LA RÉVOLUTION ET DE L'EMPIRE.
§ 1. — Le Labourd sous les vicomtes
Loup-Sanche, au profit de qui le Labourd fut érigé en vicomté en 1023, fut le premier des huit vicomtes qui se succédèrent jusqu'en 1193, époque à laquelle disparut le dernier. Sa capitale était Bayonne. On n'a aucun renseignement sur l'époque de sa fondation. Il en est fait mention pour la première fois au VIe siècle dans le traité d'Andelot, mais il est permis de supposer qu'elle est bien antérieure à cette époque.
Dès le commencement du Ve siècle, en effet, sous l'occupation romaine, une cohorte, commandée par un tribun militaire y tenait garnison (1). D'autre part, les vestiges de constructions romaines trouvés dans les soubassements des murailles élevées à une époque postérieure, prouvent qu'il existait alors,
(1) D'après la « Notice des Dignités de l'Empire » qui paraît remon» ter à, l'année 420,
sur le même emplacement, une véritable ville qui pouvait ne pas être une « civitas » mais qui, comme agglomération, devait avoir une certaine importance. Son nom était Lapurdum et c'est à la fin du XIe siècle ou tout au commencement du XIIe siècle que ce nom cessa d'être en usage et fut remplacé par celui de Bayonne, « ibai ona » « bonne rivière ».
Les vicomtes y résidaient et sans doute agrandirent la ville. Ce sont eux et plus particulièrement Guillaume-Raymond-de- Sault qui firent les premières constructions du château qui est actuellement le Château-Vieux. 11 était leur résidence et fut plus tard celle du prévôt sous l'occupation anglaise et du gouverneur sous l'occupation française. Eudes de Poitiers, duc de Gascogne, successeur de Sanche-Guillaume, racheta les terres que son prédécesseur avait engagées au roi de Navarre et la vicomté de Labourd, ramenée sous l'autorité du duc de Gascogne, fut englobée dans l'Aquitaine quelques années après, lorsque Eudes devint duc d'Aquitaine par le décès de son frère aîné qui portait ce titre.
Elle subit les mêmes changements politiques que cette province.
Eléonore d'Aquitaine, par ses mariages successifs avec Louis VII et Henri Plantagenet, la fit passer sous la domination des rois de France et plus tard sous celle des rois d'Angleterre (1152).
Mais ce changement ne se fit pas sans une certaine résistance de la part de la noblesse habituée jusque là à une indépendance presque complète et en 1174 le vicomte de Dax, Pierre II, celui de Labourd, Arnaud- Bertrand et plusieurs autres seigneurs se soulevèrent. Richard Cœur-de-Lion, fils du roi d'Angleterre, Henri II, qui avait reçu de son père le gouvernement de l'Aquitaine, accourut, assiégea et prit Bayonne, parcourut la province jusqu'au port de Cize et fit tout rentrer dans l'ordre. Après avoir ainsi pacifié le pays, il décida que Bayonne ne serait plus la capitale et il plaça cette ville directement sous l'autorité du roi qui y nomma un prévôt. Quelques années plus tard, Jean-Sans-Terre successeur de Richard, lui concéda une charte de commune et des droits particuliers de juridiction.
Quant au vicomte Arnaud, il transporta sa résidence à Ustaritz qui devint, à partir de cette date, la capitale du Labourd ; il y construisit le château de La Motte auquel a succédé la mairie actuelle. Son successeur, Guillaume-Raymond-de-Sault, fut le dernier vicomte. En 1193 il vendit pour 3680 florins au roi d'Angleterre tous ses droits sur la vicomté, et le régime
féodal prit fin dans le pays, organisé quelques années après, en bailliage dont le siège était à Ustaritz.
§ 2. — L'occupation Anglaise
La séparation de Bayonne du Labourd ne se fit pas sans entraîner de graves conséquences : elle créa des rivalités d'intérêt entre Bayonnais et Labourdins ; pendant près de deux siècles les rixes, les troubles et les émeutes furent l'état à peu près normal du pays. Ils prirent une gravité particulière en 1338.
Le Château- Vieux de Bayonne résidence des anciens vicomtes de Labourd
A cette époque le roi d'Angleterre Edouard III concéda en seigneurie la terre du Labourd à Arnaud de Durfort, gentilhomme Agenais, pour le récompenser de ses services. Les Basques voyant là une atteinte à leur indépendance et aux privilèges qu'ils avaient déjà acquis, se révoltèrent et les choses en vinrent au point que le roi dut révoquer la concession faite à Arnaud de Durfort.
Mais, pour réaliser la paix entre Bayonnais et Labourdins, il fallut recourir à un arbitrage, confié au sire d'Albret dont les
décisions, complétées peu après par une sentence du Prince Noir, mirent fin aux troubles qui avaient désolé le pays pendant trop longtemps et régla les rapports des Bayonnais et des Labourdins (1367).
Par suite de sa position géographique, le pays resta à l'écart des troubles qui ensanglantèrent la France au XIVe et au XVe siècles, notamment pendant la guerre de cent ans. En outre l'administration libérale des sénéchaux anglais, les privilèges dont il jouissait, l'avaient fortement attaché à l'Angleterre.
Cependant la lutte entre la France et l'Angleterre touchait à sa fin: les Anglais avaient évacué la plus grande partie du territoire qu'ils occupaient et une faible partie de la Gascogne restait seule sous leur domination. Après la bataille de Formigny, Charles VII chargea Gaston XI, vicomte de Béarn, de chasser les Anglais de ses possessions de Gascogne.
Après avoir ramené la Soûle sous l'autorité royale (1449), Gaston se dirigea vers le Labourd: il s'empara du château de Guiche, tandis que son frère Lautreç prenait le château d'Hastingues, les deux sentinelles avancées des possessions anglaises vers le Béarn. De là Gaston se rendit à Saint- Jean-de-Luz sans rencontrer de résistance et cette expédition se termina par un traité de paix signé au château de Belsunce à Ayherre (1450) (1). La conquête française ne changea rien à la condition des habitants ; ils conservèrent leur organisation et leurs privilèges moyennant serment de fidélité au roi de France et paiement de 2000 écus.