LA NAVARRE SOUS LES D'ALBRET ET LES BOURBONS
Sous le règne de Jeanne d'Albret qui succéda à Henri en 1553, la Basse-Navarre et la Soûle subirent le contre coup des guerres de religion. Lorsqu' après avoir établi le protestantisme en Béan qui le reçut sans de trop grandes difficultés, Jeanne voulut l'étendre aux provinces basques, elle se heurta à une opposition beaucoup plus vigoureuse. Elle n'en fit pas moins preuve d'un prosélytisme des plus actifs: elle envoya des pasteurs dans les principales localités et elle fit faire la première traduction en basque du Nouveau Testament. Ce travail fut confié à Jean de Leiçarrague de Briscous, un converti qui se fit pasteur et dont on sait seulement qu'il fut emprisonné pour cause de religion. Par ses œuvres et ses relations Leiçarrague semble avoir été un homme fort instruit. Il traduisit aussi les Psaumes et divers livres de piété. Tous ces ouvrages furent imprimés à La Rochelle.
Malgré ses efforts, Jeanne ne put pas implanter la réforme dans le Pays Basque. Ses ordonnances n'eurent d'autre effet que de soulever la population, fortement attachée à ses traditions et à sa religion. Le seigneur de Luxe, gouverneur de Mauléon et les seigneurs d'Echauz, d'Armendaritz et de Domezain prirent la tête de ce mouvement. Les pasteurs furent chassés, les livres détruits, le seigneur de Larréa, capitaine dit château de Garris fut pris comme otage. Jeanne comprit qu'elle avait fait fausse route; elle rapporta son édit et le càlme revint ; mais il ne fut que momentané.
En 1569, après une tentative du roi de France confiée à Terride pour rétablir le catholicisme en Béarn, Jeanne d'Albret à son tour chargea Montgomery de ramener le pays sous son
autorité. Après avoir accompli sa mission en Béarn, Montamat, lieutenant de Montgomery pénétra dans le Pays Basque. Il chassa de Mauléon le seigneur de Luxe et ses troupes se répandirent dans le pays qui devint le théâtre de ravages et d'atrocités sans nom.
Mais les catholiques chassèrent les protestants qui furent refoulés dans la Soûle et poursuivis jusqu'à Nay, tandis que de Luxe s'emparait de Saint- Jean-Pied- de-Port, où il commettait les pires excès. Montamat, vint délivrer cette place, poursuivit les rebelles jusque dans la Soûle, où ils se dispersèrent dans les montagnes. Les troubles ne cessèrent qu'après le traité de paix signé, le 8 août 1570, à Saint-Germain et qui mit fin à la troisième guerre de religion.
Jeanne d'Albret étant morte à Paris, le 8 juin 1572, son fils devint roi de Navarre sous le nom de Henri III. Il fit preuve d'une tolérance beaucoup plus grande que sa mère ; les persécutions cessèrent et un calme relatif revint dans les provinces basques. Cependant, après la mort d'Henri III, roi de France, les troubles, conséquences de la Ligue et des guerres de religion, eurent leur contre coup dans le Pays Basque. Tant que Catherine, la sœur d'Henri de Navarre, qui avait été nommée régente pendant que son frère conquérait son royaume, exerça le pouvoir, elle sut maintenir l'ordre, car elle était très populaire dans tout le pays ; mais Henri l'ayant rappelée auprès de lui, l'audace des factieux se réveilla et les troubles recommencèrent.
Le 8 août 1594 le capitaine ligueur de Laur avec cinq ou six cents cavaliers, traversa par surprise la Chalosse et tomba sur Saint-Palais où était l'hôtel des monnaies. La ville fut prise d'assaut, l'hôtel des monnaies saccagé ; les officiers de justice subirent d'atroces vexations et le conseiller de Sponde, ancien secrétaire de la reine, fut .emmené et massacré. Ce ne fut là, du reste, qu'un épisode de la période de troubles et de violences qui marquèrent la fin de la ligue et qui cessèrent définitivement lorsque Henri III de Navarre eut obtenu le trône de France sous le nom de Henri IV.