LA DOMINATION FRANÇAISE
Le Labourd se trouvait ainsi ramené définitivement sous la domination française après trois siècles de domination anglaise. II n& tarda pas à être le témoin d'événements importants.
En 1462, Louis XI visita le pays et fit un séjour au château d'Urtubie à Urrugne ; il y servit d'arbitre dans un différend entre le roi d'Aragon et celui de Castille.
Peu après, la province fut menacée d'une invasion. Henri VI II, roi d'Angleterre, qui aspirait à reprendre les anciennes possessions anglaises sur le continent, s'entendit avec son beau-père Jean d'Aragon, qui convoitait la Navarre, pour faire une expé-
(1) On voit encore les ruines du château de Belsunce à droite de la route d'Ayherre à Isturitz.
dition commune. Une armée débarqua à Passages et franchit la Bidassoa : mais il n'y eut aucune entente entre les Espagnols et les Anglais et ceux-ci se rembarquèrent sans donner d'autre suite à leur projet (1512),
Ustaritz capitale du Labourd depuis l'occupation anglaise
L'année suivante, après la tentative infructueuse de Jean d'Albret pour reprendre ses anciennes possessions, Louis XII lui retira le concours qu'il lui avait prêté et, .au château d'Urtubie,fut conclu un traité par lequel ce roi l'abandonnait, tandis
que Ferdinand le Catholique s'engageait à ne plus soutenir Mi lan et les Vénitiens (Avril 1513).
Quelques années plus tard eut lieu une nouvelle expédition d'Henri d'Albret pour recouvrer ses états. François 1er ne négligea pas cette occasion de nuire à son ennemi, Charles-Quint ; malgré les engagements pris par son prédécesseur, il envoya à Henri d'Albret une armée commandée par André de Foix, seigneur d'Esparros, frère de Lautrec et il chargea l'amiral Bonnivet de pénétrer en Espagne.
Tandis que l'expédition de Navarre échouait, l'amiral remplissait sa mission, s'emparait de Fontarabie et s'établissait sur la Bidassoa. Mais Charles-Quint ne voulut pas rester sur cet échec et il organisa à Santander une armée dont il confia le commandement au prince d'Orange. Ce général échoua devant Fontarabie et, après avoir bloque la place, il pénétra dans le Labourd et y répandit le meurtre, l'incendie et le pillage. Les villes de Ciboure et Saint- Jean-de-Luz furent en partie réduites en cendres et de là le prince d'Orange vint mettre le siège devant Bayonne.
Le maréchal de Lautrec avait mis cette place en état de défense. Malgré leur nombre et après 3 jours de siège (les 17, 18 et 19 Septembre 1523) les Espagnols durent se retirer sans pouvoir s'emparer de la ville. Ils reprirent Fontarabie, mais les opérations militaires dans la région furent terminées pour quelques années.
Il n'en était pas de même ailleurs. La bataille de Pavie avait été un désastre et François Ier, fait prisonnier et conduit à Madrid, s'était vu dans l'obligation de souscrire aux conditions les plus dures comme prix de sa liberté. Entre autres clauses il avait été stipulé qu'il paierait une rançon de douze cent mille écus d'or, somme énorme pour l'époque, et qu'en attendant qu'il fut en mesure de s'acquitter de cette dette, ses deux fils seraient remis comme otages à Charles-Quint et conduits à Madrid à sa place. Afin d'être sûr que François Ier tiendrait parole, le roi d'Espagne avait exigé que l'échange^eut lieu à la frontière.
Cet acte historique se passa à Hendaye, le 15 mars 1526 ; le roi et ses fils âgés de 10 et 8 ans, qu'on appelait « messieurs les enfants », se présentèrent en même temps sur les deux rives de la Bidassoa. Ils montèrent sur deux bateaux qui se rejoignirent
au milieu du fleuve et, après une courte entrevue, les enfants de France débarquèrent en Espagne avec leur suite, tandis que François Ier trouvait à Hendaye tous les grands seigneurs du royaume qui l'attendaient. Il monta à cheval ens'écriant: «Je suis encore roi de France » et, d'une traite, il gagna Bayonne, d'où il se mit en route, quelques jours après, pour Paris.
Quatre ans plus tard eut lieu, au même endroit, l'échange de «Messieurs les enfants» contre la rançon de douze cent mille écus d'or. Les contributions des provinces furent réunies à Bayonne après la paix de Cambrai (1529). Au fur et à mesure de leur arrivée les écus étaient déposés dans deux salles du Château-Vieux et, lorsque la somme fut complète, le connétable de Montmorency, que François Ier avait chargé de réunir les fonds, invita les délégués espagnols à les vérifier.
Cette vérification demanda deux mois, car les Espagnols se montrèrent d'autant plus difficiles qu'il se trouva un grand nombre d'écus faux, ou d'un poids insuffisant. Lorsqu'on fut complètement d'accord, Montmorency se mit en rapport avec don Pedro connétable de Castille, qui avait plein pouvoir pour représenter l'empereur et attendait à Fontarabie que la rançon fut prête. Il fut convenu que eon échange avec MM. le^ Enfants et Eléoiiore de Castille, sœur de Charles-Quint qui devait épouser François Ier, se ferait sur la Bidassoa le 1er Juillet 1530, avec le même cérémonial que celui de François Ier et de ses enfants.
Au jour fixé, le convoi transportant la rançon partit de Bayonne. U était composé de 30 mulets portant chacun 40.000 écus, accompagnés par 100 hommes de guerre à pied n'ayant que des bâtons et 300 hommes d'armes. Après bien des malentendus et des tâtonnements provenant de la méfiance des uns vis à vis des autres, l'échange put se faire dans les conditions fixées. La reine et les princes prirent place dans une gabarre, tandis que le trésor était placé sur un bateau semblable. Les deux embarcations furent dirigées Tune vers l'autre et se croisèrent au milieu du fleuve.
A peine débarqués, la reine et les fils du roi se rendirent à Saint- Jean-de-Luz où ils passèrent la nuit et de là à Bayonne.
La Bidassoa fut encore le théâtre de plusieurs entrevues et échanges de grands personnages. Dès que Catherine de Médicis eut fait émanciper Charles IX, à l'âge de 13 ans, elle lui fit faire un voyage à travers le royaume et la cour vint en 1565 dans le Labourdj où elle rencontra Elisabeth sœur de Charles IX, mariée à Philippe II roi d'Espagne. A son retour le roi l'accompa-
gria jusqu'à Hendaye et il séjourna à St-Jean-de-Luz, où il confirma l'ordonnance de ses prédécesseurs exemptant les habitants des aides et des tailles.
A cette époque, le pont reliant Ciboure à Saint- Jean-de-Luz était en fort mauvais état et on éprouva les plus grandes difficultés à faire passer les bagages de la cour. Le roi ordonna d'en construire un nouveau, mais Ciboure ne voulut pas contribuer à la dépense et ce n'est que beaucoup plus tard, en 1606, qu'il fut reconstruit.
§ 4. — Le Labourd au xvne siècle.
Le 9 Novembre 1615 eut encore lieu à Hendaye le double passage de l'infante Anne d'Autriche qui venait épouser le roi Louis XIII et de madame Elisabeth, sœur de ce roi, fiancée au roi d'Espagne Philippe IV. L'échange des princesses eut lieu près de Béhobie dans la plus grande magnificence des deux côtés.
Des événements moins pacifiques ne tardèrent pas à se produire. Pendant que Richelieu assiégeait la Rochelle, dernier boulevard du parti protestant, les habitants de l'île de Ré, bloqués par une flotte anglaise, étaient dans la plus grande détresse. Un convoi de secours et de ravitaillement fut organisé dans les ports du Labourd. St- Jean-de- Luz arma 15 pinasses et 25 barques chargées de vivres et de munitions qui se joignirent à des navires armés à Bayonne sous Je commandement d'Andoin et de Valin. Cette flotte força le blocus, ravitailla l'île de Ré et permit ainsi à Richelieu de mener son entreprise à bonne fin.
Peu de temps après, la province elle-même devint le théâtre de la guerre. Pendant la période française de la guerre de trente ans la France eut à lutter contre l'Espagne et l'Autriche étroitement unies. Si les événements principaux se déroulèrent sur le Rhin, dans les Pays Bas et en Italie, la frontière franco-espagnole fut aussi le théâtre d'opérations très préjudiciables au pays.
A la déclaration de guerre qu'elle reçut en 1635, l'Espagne répondit par l'invasion du territoire. St- Jean-de- Luz et Ciboure furent occupés par les Espagnols qui y commirent les pires excès et mirent les habitants dans la nécessité de se réfugier à Bayonne. On estime que sur 660 maisons, 437 furent rasées
ou brûlées; la communauté perdit 15 grands navires, 40 pinasses et une centaines de chaloupes avec leurs apparaux (1) .
Richelieu envoya le dtic de Lavalette pour tenir tête aux ennemis et pendant huit mois les adversaires se firent une guerre d'escarmouches au grand préjudice des populations.
Les hostilités prirent fin en 1637. Pour en éviter le retour, Richelieu décida d'occuper la vallée de la Bidassoa et de prendre Fontarabie. Il confia cette mission à Gondé (Monsieur le prince, père du grand Condé) aidé du duc de Lavalette et du duc de Gramont. Une armée de 30.000 hommes, investit la place, et pour éviter qu'elle fut ravitaillée par mer, une flotte française, sous les ordres du cardinal de Sourdis, vint croiser sur la côte. Le 22 Août en rade de Guétaria elle détruisit complètement la flotte espagnole commandée par don Lope de Hoces.
Mais ce succès n'eut pas de lendemain. Les opérations mal conduites, par suite de la rivalité de Lavalette et de Gramont, traînèrent en longueur et les Espagnols eurent le temps de for* mer une armée de secours qui parvint à se dissimuler derrière le Jaïsquibel et, prenant les Français à l'improviste, le 8 Septembre 1639, les obligea à lever le siège (2). Depuis cette époque une procession se rend chaque année, à cette date, de Fontarabie à l'église de Notre-Dame-de-la-Guadeloupe située sur ta Jaïsquibel pour commémorer la délivrance de la place.
Quelques années plus tard se produisit sur les bords de la Bidassoa un événement plus pacifique, mais d'une importance capitale pour les deux pays ; la signature du traité des Pyrénées et le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie- Thérèse, fille du roi d'Espagne Philippe IV.
Les négociations pour la paix avaient commencé le 13 août
(1) Saint- Jean-de-Luz et Ciboure furent occupés pendant plus d'un an par les Espagnols.
(2) La responsabilité de cet échec fut attribuée à Lavalette qui passa en Angleterre pour éviter la colère de Richelieu. Il n'en revint qu'après la mort du cardinal.
1659 dans Tîle de Y Hôpital (1) considérée comme territoire neutre entre la France et l'Espagne. Conduites par Mazarin pour la France et don Luis de Haro pour l'Espagne, elles donnèrent lieu au traité des Pyrénées, dont les préliminaires furent signés par les deux plénipotentiaires, le 7 novembre, après trois mois de pourparlers et de discussions.
L'année suivante eut lieu le mariage et la signature du traité. La cour de France arriva à Saint-Jean-de-Luz le 8 mai 1660. Le 3 Juin fut célébré à Fontarabie, en présence du roi d'Espagne, le mariage par procuration. Louis XIV était représenté par don Luis de Haro et l'officiant était l'évêque de Pampelune. Trois jours après, les deux cours se réunirent pour la remise officielle de l'infante et la signature définitive du traité dans l'île des Faisans, qui porte depuis cette époque le nom d'île de la Conférence. A cette occasion un magnifique bâtiment avait été construit et décoré sous la direction du célèbre peintre espagnol Velazquez (2). Les deux cours y rivalisèrent de luxe et d'élégance.
Le mariage définitif fut célébré dans l'église de Saint-Jean-de- Luz par Mgr d'Olce, évêque de Bayonne, le 9 Juin et, six jours après, la cour reprenait le chemin de Paris, laissant dans cette petite ville le souvenir d'une magnificence qu'on rappelle encore aujourd'hui.
Le traité des Pyrénées fut suivi, peu de temps après, d'une autre convention qui, pour être moins connue, n'en eut pas moins les conséquences les plus heureuses pour les riverains de la Bidassoa. Depuis les temps les plus reculés des démêlés se produisaient constamment entre les habitants des deux rives du fleuve ; les Espagnols prétendaient que toute la rivière leur appartenait ; les Labourdins revendiquaient les mêmes droits et c'était là le sujet de violences et de rixes qui motivaient souvent l'intervention des pouvoirs publics.
A plusieurs reprises même des membres du Parlement de Bordeaux furent envoyés pour se mettre en rapport avec les représentants de l'Espagne et étudier la question. Ces délégués avaient pris l'habitude de se réunir' dans l'île de l'Hôpital qu'on avait fini par considérer comme un terrain neutre et c'est cette considération qui justifia le choix fait par Mazarin et
(1) On la nomme aussi «Ile des faisans ».
(2) Velazquez y fui atteint d'un refroidissement dont il mourut quelques jours plus tard.
Don Luis de Haro pour leurs négociations et l'entrevue des deux cours.
Après la paix des Pyrénées, les négociations se poursuivirent sur cette question et se terminèrent par un traité, signé le 9 octobre 1685, qui reconnut des droits égaux aux habitants des deux rives. Toutefois, pour éviter les querelles entre les pêcheurs français et espagnols, il fut stipulé qu'ils pécheraient à jour passé.
Depuis cette époque, un navire de guerre de chaque nationalité stationne dans la rivière à Hendaye et à Fontarabie pour assurer l'exécution de ce traité. Les commandants de ces bâtiments règlent au mieux les incidents qui se produisent et sont aussi chargés, à tour de rôle, de l'entretien de l'île de la Conférence, terrain neutre comme les eaux qui l'entourent, et du monument commémorât if du traité des Pyrénées (1).
§ 5. Le Labourd au xvme siècle
Pendant le XVIIIe siècle et jusqu'à la Révolution, il ne se passa dans le Labourd aucun fait bien saillant.
Il fut traversé par Philippe V allant prendre possession de son royaume, par les armées françaises au cours de la guerre de la succession d'Espagne, par quelques grands personnages, sans qu'aucun fait bien intéressant se détache de cette période qui fut pour le pays une époque de décadence et d'épreuves. Saint- Jean-de-Luz et Ciboure, autrefois si florissants, furent atteints, dans leur source de prospérité, par la paix d'Utrecht (1713), qui fit perdre à la France ses colonies d'Amérique avec lesquelles ces ports étaient en relations continuelles. Les prises de nombreux corsaires, qui s'illustrèrent par bien des exploits maritimes pendant la guerre de sept ans, ne compensèrent que très imparfaitement la ruine d'un commerce dont profitait toute la province. En outre, ses privilèges étaient de plus eh plus méconnus, les agents de la Ferme imposaient des taxes de plus en plus lourdes, malgré les protestations des représentants du pays. Cette situation alla en empirant jusqu'à la Révolution.
(1) A l'époque de la pêche du saumon et de l'alose, les Espagnols et les Frangais pèchent à jour passé. Au premier coup de midi sonnant à l'église d'Irun un des stalionnaires tire un coup de canon qui est, pour ses nationaux, le signal de commencer la pêche et pour ceux de la nation voisine de la cesser. Le lendemain, l'autre stationnaire opère de même et ainsi de suite.
Le Labourd accueillit mal le changement de régime qui ruinait l'autonomie locale et les privilèges ; plus tard la suppression du culte, dans un pays essentiellement religieux, mit le comble au mécontentement. Il n'en dut pas moins subir la loi commune: l'assemblée provinciale et le bailliage d'Ustaritz furent supprimés et remplacés, comme dans les deux provinces voisines, par le régime administratif imposé à toute la France. Un district fut créé ayant son siège à Ustaritz avec un directoire de cinq membres et, peu de temps après, sa direction fut transportée à Bayonne, où elle resta jusqu'à la création de l'arrondissement en Février 1800.
§ 6. Guerres de la Révolution et de l'empire
Les guerres de la Révolution eurent leur contre-coup dans le Labourd. Tandis que, en Avril 1793, Moncey résistait non sans peine en Basse-Navarre à la poussée des Espagnols, les troupes françaises, qui couvraient le pays du côté de Sare, furent contraintes de se replier derrière la Nivelle, abandonnant à l'ennemi tout le territoire situé au sud de cette rivière y com pris Hendaye. Mais les Espagnols ne surent pas profiter de ces avantages et ils laissèrent le temps aux représentants du peuple, Pinet et Cavaignac d'organiser la résistance. Ces conventionnels eurent recours aux mesures les plus violentes et les plus radicales et, moins d'un an après, ils avaient en main une armée capable de reprendre l'offensive.
Le 24 juillet 1794 dix mille hommes pénétrèrent dans la vallée du Baztan, tandis que 7000 hommes s'emparaient des montagnes de Véra. Le 1er août Irun et Fontarabie se rendaient et Saint-Sébastien était pris le 4, ce qui permettait à l'armée de s'établir solidement en Espagne et d'occuper tout le Nord du Guipuzcoa et de la Biscaye.
Aussi, lorsque les opérations reprirent l'année suivante, à la faveur de ces^ positions, elle parvint à séparer les deux corps ennemis qui couvraient la Navarre. Elle rejeta l'un sur Pampelune, l'autre sur Pancorbo au delà de l'Ebre. La paix de Bâle mit fin aux opérations. Dans le cours des mois d'Août et de Septembre l'armée regagna la France et traversa le Labourd pour se rendre en Vendée et en Italie.
Pendant cette campagne les représentants du peuple commirent un acte inqualifiable. Irrités de l'échec du début de la campagne, ils accusèrent les Basques d'intelligence avec les Espagnols et, par mesure de représailles, ils ordonnèrent
la déportation en masse des habitants de Sare, Ascain, Biriatou, Itxassou, Espelette, Souraïde, Cambo, Larressore, Macaye, Mendionde et Louhossoa.
Tous ces malheureux, sans distinction d'âge et de sexe,furent arrachés à leurs demeures, entassés dans des chariots et internés dans les Landes et le Gers, à 20 lieues au moins de la frontière. Parqués dans des locaux malsains, mal et insuffisamment nourris, dénués de tout, ils périrent en grand nombre de faim et de misère. C'est seulement le 30 septembre 1794 que les survivants furent autorisés à revenir dans leurs foyers.
Après une période de paix de 15 ans, le Labourd vit de nouveau des passages de troupes et des préparatifs de guerre. En 1808, Napoléon se rendit à Bayonne pour y recevoir l'abdication de Charles IV, roi d'Espagne, en faveur de son fils Ferdinand et la cession à son bénéfice des droits de ce dernier sur la couronne. Pendant son séjour, il visita la province à plusieurs reprises, notamment Hendaye, Saint- Jean-de-Luz et Biarritz.
Quelques mois plus tard commença la guerre d'Espagne, pendant laquelle, de 1808 à 1814, six cent mille hommes de troupes traversèrent le Labourd. Puis vinrent les jours malheureux et l'invasion. Lorsqu'après la bataille de Vitoria (1813) notre armée fut obligée de se replier sur la frontière, le général Villatte s'établit sur les hauteurs qui séparent la vallée de la Bidassoa de celle de la Nivelle, tandis que le maréchal Soult Faisait, avec les autres divisions, une tentative pour débloquer Pampelune. Cette opération n'ayant pas réussi, pas plus qu'une diversion pour secourir Saint- Sébastien, où le général Rey se trouvait dans une situation critique, le maréchal Soult, n'eut d'autre but que de protéger \p territoire contre l'invasion.
Il établit son quartier général à Saint- Jean-de-Luz et échelonna les divisions Reille, Villatte et d'Erlon de la mer aux montagnes, où elles se tenaient en contact avec les divisions Harispe et Foy qui, après Sauroren, s'étaient repliées sur Ossès et Saint- Jean-Pied-de-Port. Wellington attendit, pour attaquer, les capitulations de Saint-Sébastien et de Pampelune, qui eurent lieu les 8 septembre et 31 Octobre. Après une série de combats sur tout le front, les troupes françaises furent obligées de reculer devant les forces alliées bien supérieures en nombre et s'établirent en partie sur les hauteurs couvrant Bayonne,
à Arbonne, Arcangues et Bassussarry, en partie sur celles de Villefranque et d'Orlopo, où elles se maintenaient en contact avec les troupes de la Basse-Navarre.
Après avoir donné un mois de repos à ses troupes, Wellington, qui avait établi son quartier général à Saint- Jean-de-Luz, attaqua de nouveau, le 9 décembre, l'armée française. A la faveur du brouillard, il réussit à traverser la Nive et le 12 il livra sur les hauteurs de Saint-Pierre-d'Irube et de Mouguerre une sanglante bataille qui contraignit une partie de l'armée de Soult à se replier sur la Bidouze, tandis que l'autre partie passait sur la rive droite de l'Adour, laissant tout le pays, sauf Bayonne qui était investi, au pouvoir de l'ennemi.
La chute de Napoléon mit fin quelques mois plus tard à l'occupation du Labourd. Depuis cette époque sa pajx n'a plus été troublée et les quelques redoutes dont on aperçoit encore les traces sur certaines hauteurs, sont les seuls vestiges d'une lutte dont Napoléon a pu dire dans le mémorial de Sainte- Hélène: «La campagne du maréchal Soult est très belle ». Un monument que le Souvenir Français a fait élever sur Jes hauteurs de Mouguerre, à l'occasion du centenaire de la bataille de Saint-Pierre, rappelle une époque malheureuse, mais à jamais glorieuse, pour les armées françaises.