‹ Petite histoire du pays Basque françaisChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Habitants

Les Basques et leurs privilèges. — Les races inférieures : Cagots et Bohémiens. — La sécurité du pays : Armandad, Milice, Ouvrages fortifiés.

§ 1. Les Basques et leurs privilèges.

Après avoir étudié séparément l'histoire de chacune des provinces basques et fait ressortir les différences existant dans leurs constitutions et leur régime social, il est intéressant d'aborder l'étude des institutions diverses, mœurs et caractères communs à tous les Basques.

La base de l'organisation politique et sociale chez les Basques était le « for », c'est-à-dire l'ensemble des lois et règlements traitant de tous les sujets, depuis la constitution politique et la haute législation jusqu'aux menus détails de la vie courante. L'origine des fors se perd dans la nuit des temps. Son explication est ainsi définie par J. Vinson : « Les^ fran- « chises et privilèges résultant des fueros avaient pour origine les « premières associations territoriales des Chrétiens, en vue de la « guerre à outrance contre les Maures. Lorsque ces croisés, si «l'expression n'est pas trop hardie, se réunirent sous l'autorité « d'un chef commun élu par eux, roi, comte ou simple seigneur, « ils lui imposèrent certaines conditions relatives surtout à la « possession des terres reconquises. » •

Les fors n'étaient pas les mêmes pour toutes les provinces.

Pendant longtemps ils se transmirent par la tradition. Ils furent du reste retouchés et complétés à diverses reprises et il semble que ce soit au commencement du XVIe siècle qu'ils, aient été définitivement fixés. Les Basques leur étaient particulièrement attachés et ils les défendaient avec la dernière opiniâtreté envers et contre tous (1). Le XVIIIe siècle, jusqu'à la Révolution, a été le témoin d'une lutte incessante des représentants du pays contre un pouvoir central tout puissant, qui battait en brèche les privilèges sous toutes leurs formes.

En outre du for général qu'avait chaque pays, il y avait des fors pour certaines vallées et même pour certaines paroisses ; suivant les circonstances, les unes et les autres pouvaient obtenir des modifications ou des additions à leur avantage. Souvent aussi, pour attirer les étrangers et créer de nouveaux centres d'habitations, on accordait aux nouveaux venus des faveurs et des immunités particulières. Ces conventions qu'on appelait dans la Navarre « carta de poblacion », étaient l'équivalent des « actes de paréage » qui présidaient ailleurs à la constitution des nouvelles « bastides ».

Ce qui importait aux Basques ce n'était pas la manière dont tel ou tel point de droit était tranché, mais de conserver et d'améliorer les franchises qui donnaient aux provinces une indépendance presque complète. Parmi ces privilèges qui étaient fort nombreux, était l'autonomie provinciale, c'est-à-dire l'administration de la province par ses habitants et la répartition par ceux-ci entre les paroisses de l'impôt forfaitaire à payer au pouvoir royal en échange de cette autonomie. 4 Mais par celà même ces privilèges étaient un obstacle à l'unité nationale. Aussi, sous l'administration toute puissante d'un pouvoir fortement centralisé et malgré le serment du souverain, qui n'était plus que l'accomplissement d'une vaine formalité, les fors furent de plus en plus méconnus, jusqu'au moment où la Révolution les supprima définitivement, comme étant une institution désuète et incompatible avec tout progrès.

§ 2. — Les races inférieures.

On remarque dans les fors certains articles réglant les rapports des Basques avec les étrangers. C'est que les Basques

(1) Le chêne symbolise cet esprit d'indépendance et est devenu Pemblèmedes Basques.

n'étaient pas les seuls à habiter leur pays. Au milieu d'eux existaient des populations avec lesquelles ils n'avaient rien de commun et qui sont restées fort longtemps sans se mêler : ce sont les cagots et les bohémiens. Bien que depuis plus d'un siècle leur condition ait totalement changé et qu'ils se soient fondus avec les autres, un observateur éclairé peut, encore aujourd'hui, reconnaître, dans certaines localités, les descendants des cagots et surtout ceux des bohémiens. Il n'est donc pas sans intérêt d'en faire mention.

La question de l'origine des « cagots » ou « chrestias» a été très souvent étudiée. Le Pays Basque n'est pas la seule région où il y en ait eu : on en trouve aussi en Bretagne et dans le Midi de la France. Après avoir émis bien des hypothèses sur leur origine, on semble d'accord aujourd'hui pour en faire des descendants des lépreux.

On sait combien la lèpre était redoutée au moyen âge et la terreur qu'elle inspirait ; elle était telle que, bien longtemps après qu'elle eut disparu du pays, les cagots étaient encore considérés comme une race maudite, comme des pestiférés que l'on doit éviter et étaient l'objet d'une réprobation que les fors eux-mêmes sanctionnaient. De là le terme « cagots » qui leur était donné pour bien affirmer le mépris dont ils étaient l'objet. Ils devaient habiter des endroits écartés loin de la population, il leur était défendu de se mêler avec elle dans les rues, dans les lavoirs, dans les bals et dans les lieux de culte.

Dans les processions, ils devaient se placer tout à fait derrière le peuple. A l'église, ils avaient des places réservées à part et une porte spéciale pour eux. Dans beaucoup de ces édifices on peut distinguer encore la porte des cagots, le plus souvent murée. Il leur était défendu de marcher pieds nus, afin de ne pas contaminer le sol et ils devaient porter sur leurs vêtements une marque distinctive pour qu'on pût les reconnaître de loin et les éviter.

Le for prévoyait des peines très sévères contre les cagots qui ne se conformaient pas aux règlements les concernant. Le mariage ou tout commerce illicite avec des personnes qui n'étaient pas de leur race étaient punis de mort.

Par contre ils jouissaient de certains privilèges. Us avaient le monopole de certains métiers, architectes, charpentiers, maçons et leurs biens n'étaient pas limités ; aussi y en avait-il

de fort riches. Ils étaient dispensés de la taille, de toutes sortes de devoirs et de servitudes, tandis que les autres habitants étaient assujettis à une foule d'obligations, et de redevances. C'est ce qui a pu faire dire à un auteur qu'ils jouissaient de plus de privilèges que les nobles, tout en étant couverts de plus d'ignominie que les serfs. Cependant, peu à peu, les conditions sociales des cagots se modifièrent et, sous Louis XIV, il leur fut accordé des lettres-patentes proclamant l'abolition des barrières qui les séparaient du reste du peuple.

Bien différente était la condition des Bohémiens. Ceux-ci s'établirent dans le pays beaucoup plus tard que les cagots, à la suite de plusieurs migrations du Sud vers le Nord. Ils venaient d'Espagne et du Portugal (1). A la fin du XVIe siècle il y eut vers la France un mouvement très important, à la suite d'événements qui se produisirent dans la péninsule.

Le roi d'Espagne, Philippe II, et après lui Philippe III, dans un but d'unité nationale et religieuse, chassèrent de leurs états les Juifs et les Morisques, c'est-à-dire les Maures qu'on avait autorisés, après la conquête de Grenade, à rester à Espagne, à la condition qu'ils se convertiraient, mais dont la conversion avait été le plus souvent une simple formalité.

Aux Juifs et aux Morisques s'étaient joints une foule de gens sans aveu, parmi lesquels un grand nombre de bohémiens. Des milliers de ces malheureux pénétrèrent en France par les Pyrénées et se répandirent dans les provinces basques et dans la Gascogne. Les Juifs ne firent que passer sans s'arrêter ; ils se fixèrent à Bayonne, à Peyrehorade et dans la seigneurie de Bidache, où le comte de Gramont les accueillit bien. Beaucoup se rendirent à Bordeaux, où ils créèrent la première congrégation juive qui, comme celle de Bayonne, s'est toujours maintenue jusqu'à notre époque.

Les Maures obtinrent du roi Henri IV l'autorisation de gagner le midi de la France pour se rendre en Afrique. Par les soins des autorités, des convois importants furent organisés pour les acheminer vers les ports de la Méditerranée, d'où ils

(1) Pas plus que pour les cagots on n'est fixé sur leur origine ; mais d'après la tradition ils seraient originaires de l'Egypte et auraient suivi les invasions arabes dans l'Afrique du Nord et de là dans la péninsule Ibérique.

passèrent, par voie de mer, dans les contrées de leur choix. Quant aux bohémiens, ils ne se bornèrent pas à traverser le pays: beaucoup y restèrent et s'y fixèrent, non sans grand émoi de la part des populations indigènes.

Ennemis de tout progrès, sans patrie, sans moralité, essentiellement nomades, ces nouveaux venus furent très mal accueillis par les Basques pour lesquels le terme de « bohémien » fut bientôt synonyme de « voleur ». Aussi ne tardèrent-ils pas à être l'objet de la réprobation de tous, d'autant plus facilement qu'ils n'apportèrent aucun tempérament à leurs instincts

On en trouve encore dans la Ln mendiant région nord du pays de Mixe,

aux abords de la forêt, à Ispoure, commune limitrophe de celle de Saint- Jean-Pied-de-Port, à Saint-Palais et à Ciboure, où ils sont connus sous le nom de « Cascarots » ; ces derniers se sont mêlés à la population des pêcheurs et s'adonnent à la pêche. On rencontre parmi ces descendants de bohémiens de très jolis types surtout parmi les femmes et on les reconnaît facilement.

Si beaucoup d'entre eux se sont fixés, il y en a qui ont conservé leur vie nomade et qui sont connus sous le nom de « Gitanes ». Les uns s'adonnent au commerce des chevaux et courent les foires et les marchés ; d'autres font des paniers que les fem-

qui se conciliaient si peu avec le caractère basque.

A plusieurs reprises ils furent traqués et persécutés avec la dernière violence ; ils furent bannis et expulsés en masse ; mais ils sont toujours revenus, envers et contre tous.

C'est en vain que les fors prévoyaient contre eux une législation des plus sévères et des plus cruelles ; ils finirent par s'établir définitivement dans le pays et par y prospérer. Bien qu'ils se soient en grande partie fondus dans les populations, il y a des endroits où ils ont conservé leur type très caractérisé et où on peut les reconnaître aisément.

mes vendent de maison en maison. Ils vivent dans des voitures et campent au bord des chemins, comme faisaient sans doute leurs ancêtres, dont ils ont conservé l'esprit d'indépendance et les habitudes nomades et de rapine.

Aussi ne saurait-on être surpris que les habitants des campagnes leur aient voué une haine qui n'est que trop justifiée par les trop nombreux vols dont ils sont victimes de la part de cette population incorrigible et sans scrupules.

§ 3. — La Sécurité du Pays

Il faut remonter assez haut dans l'histoire des Basques pour trouver trace d'organisation d'une force publique. Elle naquit de la nécessité de mettre un terme aux brigandage^ qui désolaient le pays, grâce à la facilité qu'avaient leurs auteurs de franchir la frontière pour échapper à toute poursuite.

C'est au Xe siècle que, pour la première fois, fut conclu un accord entre le vicomte de Béarn et celui de Soûle, en vertu duquel ces seigneurs s'engageaient à poursuivre les auteurs des crimes et délits commis chez le voisin. Mais ce n'es); que deux siècles plus tard que l'on trouve un véritable traité conclu dans le même but. Il fut passé entre le gouverneur de la Navarre et le Sénéchal de Gascogne pour la répression des crimes, des délits et l'extradition des malfaiteurs dans le Labourd.

On alla même plus loin et on chercha aussi le moyen de prévenir les meurtres. Dans ce but un règlement fut élaboré en vertu duquel le nombre de personnes pouvant voyager ensemble et armées était fixé en tenant compte des conditions de chacun ; 4 avec un chevalier, 3 avec un gentilhomme. Les roturiers ne devaient pas porter d'armes (1 308).

Pour l'exécution de cette convention, il se forma dans les localités des deux côtés de la frontière des associations armées, afin d'assurer la police et l'arrestation des malfaiteurs. Si le coupable d'un délit dans une paroisse passait dans une autre, il y était poursuivi jusqu'à ce qu'il fut arrêté. Dans ce cas il était remis entre les mains des autorités qui avaient qualité pour le faire juger.

Ces sortes de confréries semblent avoir eu un autre but, c'est de faire aussi obstacle aux empiétements et aux abus commis par les seigneurs indigènes, qui avaient une tendance à rançonner et à pressurer les populations.

Quoi qu'il en soit, ces associations se généralisèrent; il s'en forma en Labourd, en Soûle, en Navarre et dans le pays basque espagnol, où il semble bien qu'elles aient pris naissance, car on

en constate sous le règne de Sanche-le-Fort au commencement du XIIIe siècle. Elles étaient organisées par compagnies de 10, 50 et 100 hommes, ayant chacune leurs chefs respectifs, qui étaient nommés par la paroisse. On les désignait sous le nom de « Armandad » en pays basque français et de « Hermandad » sur le territoire espagnol.

Cette organisation se transforma peu à peu en prenant un caractère de plus en plus militaire et les armandads arrivèrent à former une véritable petite armée, à laquelle on donna le nom de Milice. Cette troupe était organisée de la manière suivante :

Chaque communauté, suivant son importance, était taxée par l'assemblée provinciale pour un certain nombre d'hommes qui étaient fournis soit par enrôlements volontaires, soit par le tirage au sort. Ces soldats étaient armés et équipés aux frais de la communauté. Les officiers étaient aussi nommés par les assemblées paroissiales, sauf certains désignés par le bailli ou le gouverneur qui était de droit le commandant de la milice. Le régiment était divisé en compagnies dont le nombre a souvent varié.

En Soûle il était de 12 formant un effectif total de 1000 hommes fournis par le second ordre et commandés par des officiers fournis par le premier ordre. Lors de la réunion de la Soûle au Béarn, les deux milices furent fusionnées et fournirent un effectif total de 3000 hommes.

Dans la Basse- Navarre, les vallées de Cize et de Baïgorry, les pays d'Ossès, d'Irrissarry et d'Iholdy formaient un régiment de 700 hommes ; le pays de Mixe était taxé pour 500 hommes et l'Ostabaret et l'Arberoue pour une compagnie de 100 hommes. L'effectif du régiment levé par le Labourd était de 1000 hommes.

Lorsqu'ils étaient mobilisés les hommes de la milice recevaient une solde payée par le pays pendant les trois premières journées; les journées en sus étaient à la charge du trésor royal. Souvent, on ne levait qu'une partie du régiment et presque toujours il y avait un certain nombre d'hommes sous les armes.

En temps de paix la milice assurait la police dans les communautés et dans la province. Lors des troubles occasionnés par le Syndic Chourio, dont il a été question au chapitre III, le bailli du Labourd fut conduit à la mobiliser pour rétablir l'ordre. Un certain contingent était aussi levé quand de grands personnages traversaient le pays et qu'on voulait leur rendre les honneurs militaires.

En temps de guerre elle était mobilisée en entier et se joignait à l'armée active, mais il ne semble pas qu'elle constituât une troupe de grande résistance. 11 lui arriva quelquefois de se débander dans des moments difficiles. Cependant pendant les guerres avec l'Espagne des XVIe et XVIIe siècles,elle fut presque toujours sur pied. Les milices des provinces basques furent conservées pendant tout l'ancien régime. La Révolution modifia complètement les corps combattants et les supprima toutes par Décret du 4 Mars 1791 (1).

Pendant les périodes de guerre, les Basques comptaient surtout sur les défenses naturelles que constituaient les montagnes et un pays essentiellement accidenté : mais ils n'en furent pas moins conduits à créer des ouvrages de défense sur les points particulièrement importants, c'est-à-dire sur les voies de communication. 11 y en avait deux principales entre la France et l'Espagne: l'ancienne voie romaine qui a été utilisée jusqu'au milieu du XIXe siècle et qui passe par Sorde, Garris, Ostabat, Saint- Jean-Pied-de-Port et Roncevaux et la route

Paris-Madrid qui passe plus près de la mer et traverse Bayonne, Saint- Jean-de-Luz, Hendaye et Saint-Sébastien.

Sur la première de ces routes on trouve une ville fortifiée, Saint-Jean-Pied-de-Port qui, au point de vue stratégique, a une position des plus importantes, attendu qu'elle commande T accès en France et en Espagne .Aussi sa création, comme ville et comme place forte, est-elle fort ancienne, car ses premières fortifications remonteraient au commencement du VIIIe siècle.

Après avoir subi, sans doute, bien d'autres changements, elles furent remplacées au XIIIe siècle par celles que l'on distingue encore très nettement aujourd'hui autour de la vieille ville et qui ont servi de soubassement à des ouvrages postérieurs datant de Vauban. C'est aussi ce célèbre ingénieur militaire qui fit construire la citadelle à l'emplacement occupé par un ancien château sur lequel on n'a que de rares renseignements. D'après certaines pièces on serait porté à croire qu'il remontait au VIIIe siècle, c'est-à-dire à une époque très voisine de celle de la fondation de la viliel

Saint- Jean-Pied-de-Port joua un rôle important, au point de vue militaire, pendant toutes les guerres du moyen âge et lors des tentatives des deux d'Albret pour reconquérir la Navarre. Lors du démembrement de 1512 elle revint définitivement à la France pour n'en plus être séparée.

Après être restée plus de deux siècles sans jouer un rôle militaire, cette place fut encore utilisée pendant les guerres de la Révolution et celles de l'Empire, qui ont fait l'objet d'une relation succincte dans la première partie de cet ouvrage. De 1814 à 1914 la citadelle eut généralement une garnison; pendant les dernières années elle était d'une compagnie fournie à tour de rôle par les régiments de Bayonne et de Pau. De 1914 à 1918, elle a servi successivement à interner des prisonniers allemands et plus tard des disciplinaires militaires. Actuellement, son rôle militaire est terminé et la place a été déclassée.

Sur la route de Paris à Madrid, couvrant le pays du côté de la frontière, se trouvait Bayonne qui a toujours été, jusqu'à la fin du XIXe siècle une place forte importante. Mais avant d'y parvenir l'ennemi trouvait dans le Labourd d'autres points fortifiés qui n'étaient pas négligeables, à Hendaye et à Saint- Jean-de-Luz.

Le premier ouvrage au bord de la Bidassoa fut construit par l'amiral Bonnivet lors de la campagne entreprise dans la Gui-

puzcoa en 1521. Mais ce n'étaient que quelques terrassements de peu d'importance qui ne semblent pas avoir eu un caractère de permanence.

Un fort véritable fut élevé un siècle plus tard, en 1618, sur l'emplacement qui sert actuellement de promenade aux habitants. Sa construction répondait à un double but. On désirait opposer un obstacle sérieux aux incursions des Espagnols dans le Labourd lors des guerres fréquentes qui eurent lieu entre les deux pays. En second lieu il devait protéger les habitants qui revendiquaient vainement, depuis des siècles, les mêmes droits que les Espagnols sur la Bidassoa. Le fort d'Hendaye devait être du côté français le pendant du château de Fontarabie sur la rive gauche de la Bidassoa.

Cet ouvrage joua un rôle dans les guerres qui eurent pour théâtre la vallée de ce fleuve au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Devenu inutile, il fut déclassé après la guerre de 1870 et démoli à la fin du siècle dernier. Les restes de murailles et de tours très apparents que l'on peut encore apercevoir à marée basse donnent une haute idée de ce que devait être cet ouvrage fortifié.

Le vieux château de Mauléon

Le fort de Socoa, qui existe toujours, fut construit à peu près à la même époque que celui d'Hendaye. 11 avait pour but de protéger les navires dans le petit port et en rade de Saint- Jeande-Luz contre les incursions des navires ennemis, notamment contre les Espagnols. Il était déjà commencé quand, ert .1636, les Espagnols occupèrent Saint- Jean-de-Luz et la partie côtière du Labourd pendant la période française de la guerre de trente ans. Ces derniers V améliorèrent et quelques années plus tard, Vauban doubla le fort primitif en faisant un ouvrage moderne pour l'époque. Pendant leur occupation du pays, les Espagnols en firent deux autres ; l'un à Bordagain qu'ils appelèrent « fort de Castille », en l'honneur de leur général qui était l'amiral de Castille ; l'autre à Sainte-Barbe.

Le premier a disparu sans qu'on puisse dire à quelle date; il n'a laissé aucun vestige. Quant au second, il en reste encore quelques pans de mur avec meurtrières. Ils n'eurent ni l'un ni l'autre un rôle militaire bien important. Cependant, lors de la guerre de 1914-1918, il y eut une garnison à Saint- Jean-de-Luz et le fort de Socoa reçut une batterie de quatre pièces pour protéger la rade contre les sous-marins allemands.

Il convient de citer aussi le fort Ferragus de Biarritz, construit au commencement du XIVe siècle, à l'Atalaye, pour protéger le port situé à cette époque à l'endroit où est le Port- Vieux.

Dans la Soûle, le seul ouvrage militaire de quelque importance, était le château de Mauléon. A l'origine il se composait d'une simple tour qui fut plus tard entourée de fossés et de murs. Démoli pendant les guerres de religion, puis reconstruit et démoli de nouveau sur l'ordre de Louis XIII par les soldats de Poyanne, à la suite des troubles auxquels donna lieu le différend entre Troisvilles et les Etats ; il fut reconstruit peu après par Henri de Toulongeon, gouverneur du pays. Il a joué un rôle sous les vicomtes, pendant l'occupation anglaise, lors des guerres de religion et à propos de l'épisode de Troisvilles. Il en reste des tours et des murs qui donnent une idée de ce qu'il était autrefois.

En outre de ces ouvrages qui avaient un but exclusivement militaire, il y avait dans tout le Pays Basque un certain nombre de constructions qui, tout en servant d'habitations pour la plupart, étaient en même temps de véritables ouvrages de

défense. Ces édifices, que Ton appelait des « maisons fortes », étaient construits avec l'autorisation du roi et devaient pouvoir contribuer à défendre le pays en cas de besoin. La plupart datent du XIVe siècle et on peut citer, parmi les principaux, ceux d'Urtubie, de Saint-Pée, d'Espelette en Labourd et, en Basse-Navarre, ceux d'Ayherre, Garris et Baïgorry.

Le château d'Echauz à Saint-Etienne-de-Baïgorry

En Soûle, il y a quelques maisons fortes, mais en nombre beaucoup plus restreint. On peut encore voir quelques-uns de ces édifices qui, bien que différents les uns des autres, présentent certains caractères communs souvent reconnaissables.

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