CHAPITRE II
Linguistique, Littérature et Divertissements
La LANGUE. — LES PRODUCTIONS littéraires et le chant. — LES DANSES. — LE THEATRE. — LES JEUX.
§ I. — La Langue
On ne saurait mieux donner une idée de la langue basque, qu'en faisant connaître l'opinion d'une des personnes les plus autorisées dans les questions de linguistique, M. le professeur Gavel, qui a bien voulu fixer, dans les lignes suivantes, ses caractères essentiels.
« La langue basque est fort belle. Sa prononciation égale presque en douceur et en sonorité celle de l'italien et de l'espagnol, surtout dans les dialectes qui n'abusent pas de Y h. Son système grammatical est fort logique et fort simple, et le seul défaut qu'on puisse lui reprocher est une exagération des procédés synthétiques dans la conjugaison. Mais ce défaut est en voie de disparition, car une évolution, plus ou moins avancée actuellement, suivant les dialectes, mais que l'on constate dans tous, tend de plus en plus à substituer à ce système trop compliqué des procédés plus analytiques: d'autre part, la construction n'a rien de rigide et l'abondance des suffixes permet la formation facile de mots dérivés. Tous ces caractères font du basque une langue très simple, et particulièrement propre à la poésie. Les dangers qui Je menacent sont, surtout de l'autre côté des Pyrénées, une exagération de purisme qui détourne la masse de s'en servir pour les usages littéraires, et la manie d'y introduire des néologismes peu compréhensibles et fabriqués suivant des
idées préconçues souvent arbitraires: ces néologismes ne font, en réalité, que défigurer l'idiome et lui donnent un caractère artificiel.
La langue basque présente de très grandes différences suivant les régions. On peut classer les dialectes en deux groupes : le biscayen forme à lui seul l'un de ces groupes ; parmi les autres variétés on peut citer le Guipuzcoan, le Haut-Navarrais, le Labourdin, le Bas-Navarrais Occidental, le Bas-Navarrais Oriental, le Souletin et le Roncalais (ce dernier en voie de disparition). Quand un Bas-Navarrais écrit ou prêche en Basque, il labourdinise d'ordinaire plus ou moins son dialecte, conformément à certaines règles traditionnelles. Aucun dialecte n'est, en réalité, supérieur aux autres: dans chacun d'entre eux les qualités et les défauts se compensent.
Le Basque a subi une influence latine et romane considérable. Certains indices très sûrs, faciles à reconnaître pour le romaniste, montrent que cette influence a commencé dès l'époque romaine. Par la suite, les langues qui ont le plus influé sur le basque sont, bien entendu, l'espagnol et le gascon, et sans doute aussi autrefois le vieil aragonais. On peut même dire que pour étudier le basque scientifiquement, les connaissances les plus nécessaires sont celles du latin, de l'espagnol et du gascon.
On a vu plus haut que la question se pose de savoir si l'euskarien est la langue primitive des ancêtres des Basques d'aujourd'hui, ou s'ils l'ont emprunté à des populations voisines. Quoi qu'il en soit, voici ce que l'on peut considérer comme scientifiquement établi :
1° — Bien que la langue des Ibères soit mal connue, il semble que son système de déclinaison soit à peu près le même que celui du Basque.
2° — Les noms de lieux, et même les noms de personnes dans l'ancienne Aquitaine et dans le Nord de l'Espagne (vallée de l'Ebre et régions pyrénéennes) ont souvent une apparence tout à fait basque, et offrent un sens clair en cette langue.
On est en droit d'en conclure que très probablement le Basque est, ou bien la langue même que parlaient les Aquitains, ou la survivance d'un idiome très proche parent de la langue aquitaine, et que l'une et l'autre, à leur tour, devaient être plus ou moins apparentées à l'Ibère.
Quant à l'origine même de la langue basque, c'est une question qui, actuellement, ne peut encore être résolue. Les analogies de structure générale ne prouvent rien quant à la parenté
des langues, à moins qu'elles ne soient accompagnées d'autres similitudes précises. L'un des traits caractéristiques du basque est la passivité du verbe: le verbe transitif y est conçu passivement ; lorsqu'un Basque veut dire « J'ai une maison », il pense en réalité « Une maison est eue pour moi ». Or, il est aisé de reconnaître, à certains indices non équivoques, que le latin, le grec et les langues germaniques ont eu, à une époque ancienne de leur existence, une conception du verbe fort voisine de celle du Basque ; et cependant on ne saurait en conclure à une parenté quelconque. Au cours de son évolution, une langue passe souvent par des états opposés: de synthétique, elle peut devenir analytique ou vice-versâ. D'autre part, les comparaisons que l'on a faites entre le Basque et certaines langues du Caucase ou de l'Asie accusent quelques ressemblances de vocabulaire, mais rien de plus. Encore faut-il observer (et cela seul suffit à montrer combien ces ressemblances sont trompeuses) que certains des mots basques dont on a cru trouver l'équivalent en japonais, dans les langues caucasiques, en hébreu (1) ou même en égyptien, sont précisé- Un musicien ment de ceux que le basque a empruntés au latin. D'autres similitudes portent sur des mots comme aita « père », ou comme ses pronoms personnels, qui sont communs à de nombreuses langues fort diverses, et par conséquent ne prouvent rien.
Il est pourtant un groupe de langues avec lequel des rapports assez précis ont été signalés: c'est celui des idiomes dits chamitiques. Ici la parenté paraît probable, bien que déjà assez lointaine. Il n'en résulte pas, bien entendu, que les Basques
(1) Le mot makhila « bâton » est un do ceux que l'on a rapprochés de l'hébreu ; mais, comme l'a fait observer Schnchnrdt, c'est simplement
doivent être considérés comme de race chamitique ; car ils ont pu, au cours des temps, changer de langue et abandonner celle qu'ils auraient parlée antérieurement pour adopter celle d'un peuple voisin, venu d'Afrique ou d'ailleurs.
Il est également possible qu'antérieurement à la latinisation des régions voisines de leur pays, les Basques aient fait quelques emprunts au celtique. On soupçonne du moins certains mots euskariens d'avoir cette origine. Quant aux éléments, peu nombreux d'ailleurs, qui, dans le vocabulaire basque; sont de provenance germanique ou arabe, ils n'ont été adoptés que par l'intermédiaire des langues romanes. »
§ 2. — Les productions littéraires et le chant.
Le Basque est d'un naturel peu intellectuel. En littérature, il a produit peu, tout au moins dans les provinces basques françaises et les livres écrits en basque sont, pour la plupart, des traductions d'ouvrages français, espagnols ou latins.
Un des rares ouvrages basques, est la collection des proverbes d'Oyhénart de 1638, qui a été rééditée à Paris en 1847.
La langue basque, du reste, n'était guère utilisée pour les actes écrits quels qu'ils fussent et, jusqu'à ces dernières années, on se basait sur ce qu'on n'avait jamais pu découvrir dans les archives de France et de Navarre une charte écrite en basque, pour en conclure que cette langue 'ne fut jamais ni la langue officielle, ni la langue du palais. Les fors eux-mêmes étaient écrits en latin, en français ou en espagnol, mais jamais en basque. On ne peut plus être aussi affirmatif aujourd'hui.
On connait, en effet, les pièces suivantes écrites en Basque: deux livres de notaire du Pays de Soûle des XVIe et XVI Ie siècles ; des délibérations du conseil municipal deBidart du XVIIIe siècle ; un exploit d'huissier signifié en 1591 et un contrat d'échange de terres de 1721. Le Basque était donc employé quelquefois, comme langue officielle ; mais c'était évidemment l'exception.
Du reste, les pièces, quelle que soit leur nature, parvenues jusqu'à nous, sont des plus rares pour une autre raison. II était d'usage, lorsqu'une personne mourait, de ramasser et de brûler les papiers qu'elle avait dans sa maison, de peur que quelquesuns de ces papiers ne produisissent des maléfices et n'attirassent le malheur sur le logis.
Les productions littéraires se sont donc transmises surtout oralement, et c'est ce qui explique leur petit nombre parvenu jusqu'à nous. Ce sont surtout des contes, des devinettes et des chants, produit spontané de l'imagination populaire.
Les contes portent sur les sujets les plus divers; ce sont des légendes dans lesquelles le surnaturel se mêle à un réalisme grossier. Dans un même conté ou trouvera des naïvetés enfantines mêlées à des trivialités frisant l'indécence. Nous en avons donné quelques exemples dans le chapitre précédent, après avoir fait une soigneuse sélection. Il en existe beaucoup d'autres, mais dont la plupart ne sauraient trouver leur place ici. Nous ne nous étendrons donc pas davantage sur cette partie de la littérature basque qui ne présente que très peu d'intérêt.
Les devinettes méritent qu'on leur consacre quelques lignes.
Anciennement, les Basques avaient l'habitude de se réunir pendant les longues soirées d'hiver et de résoudre des énigmes qu'ils se proposaient les uns aux autres. Le nom de ce jeu, qui n'est plus pratiqué de nos jours, est: « Papaïtac ». Les deux interlocuteurs se plaçaient vis à vis l'un de l'autre et commençaient, -après avoir récité la formule consacrée:
« Vous, un Papaïtac ; moi, un Papaïtac. Je sais une chose. Vous savez une chose. Qu'est-ce ?
Qu'est-ce qui regarde la maison, en allant à la montagne et la montagne en allant à la maison ? •
Réponse: Les cornes de la chèvre.
Qu'est ce qu'une barrique contenant deux sortes de vin qui ne se mêlent pas ?
Réponse: L'œuf.
Qu'est-ce qui n'a jamais été et ne sera jamais ? Réponse: Un nid de souris dans l'oreille d'un chat. Qu'est-ce qui fait le plus vite le tour du monde ? Réponse : La mauvaise renommée.
Quelle est la chose la plus leste du monde et que rien ne peut arrêter ?
Réponse: L'esprit.
Qu'est-ce qui est échelle le jour et perche la nuit ? Réponse: Un lacet de corset.
Qu'est-ce qui a robe courte et jambe longue ? Réponse: La cloche.
Qu'est-ce qui est blanc et n'a pas de farine; noir et n'a pas de charbon ; fait parler et n'a pas de langue; court et n'a pas de monture ?
Réponse: Une lettre.
Qu'est-ce qui, resserré, est un bâton, étendu, un toit ? Réponse: Le parapluie.
Les demandes et les réponses se suivaient ainsi plus ou moins longtemps, suivant le degré d'imagination des deux interlocuteurs.
La poésie basque mérite qu'on s'y arrête un peu plus longtemps.
Il est assez difficile de fixer ses origines qui sont certainement fort anciennes, ayant cela de commun avec celle des peuplades primitives.
Les cérémonies funèbres, pendant lesquelles on improvisait des complaintes spontanées qui accompagnaient les morts jusqu'à leur dernière demeure, précédèrent sans doute les joutes littéraires qu'on retrouve à une époque postérieure.
Ces dispositions naturelles à la versification étaient assez répandues ; elles s'exerçaient surtout dans les fêtes locales où des hommes et souvent des femmes luttaient pour développer les sujets divers, tels que celui-ci : « Célébrer les charmes de la vie du paysan et celle de l'ouvrier sandalier. » Chacun développait son sujet et répondait aux arguments de son adversaire.
Ces sortes de concours étaient fort appréciés et, lorsqu'on en organisait, nombreux étaient les spectateurs qui s'y rendaient des localités voisines et même éloignées.
A part dans les cas précédents, on peut dire que la musique accompagnait presque toujours la poésie, que cette dernière fut chantée avec ou sans accompagnement.
Les chansons populaires sont de longues tirades en vers de 15, 13 ou 8 pieds, presque toujours en quatrain. Elles se chantent sur des airs variés appartenant pour la plupart au mode mineur.
La musique a [es formes les plus diverses, depuis la mélodie jusqu'aux poèmes à. l'allure lyrique ; mais ce qui la caractérise, c'est son rythme vigoureux en même temps que souple et c'est ce qui constitue son originalité.
Anciennement les seuls instruments de musique, encore employés de nos jours, étaient le chirola, petit flageolet à trois trous donnant des sons aigus, en usage dans tout le pays. Il était accompagné, en Labourd et dans une partie de la Basse- Navarre, d'un tambour ; partout ailleurs, de la zoïna, sorte de caisse de bois avec des cordes sur lesquelles on joue à la
Un auteur basque
manière d'un violon avec un morceau de bois pour archet. Souvent un seul musicien joue de ces deux instruments à la fois. Malheureusement aujourd'hui on leur substitue souvent des pistons, des trombones et autres instruments de cuivre qui dénaturent complètement ce genre de musique. Dans certaines localités voisines de la frontière, il est fait usage de l'accordéon, très en honneur dans les provinces basques espagnoles.
Les chants basques sont les plus divers, suivant leurs auteurs et leurs objets.
Il convient tout d'abord de citer les chants de métier, d'une grande diversité: (chant du laboureur, chant du forgeron, chant du batelier, etc. . .) Une mention spéciale doit être réservée aux fileuses qui, soit qu'elles se réunissent, soit qu'elles fussent seules, avaient des chants caractéristiques, mais complètement oubliés.
Il en est de même des chansons que l'on chantait en automne à la campagne, lorsqu'on se réunissait, le soir,pour dépouiller le maïs, et de celles composées par des femmes dont le type a complètement disparu.
C'étaient des femmes âgées, sans famille, vivant de la charité publique, qui circulaient de maison en maison et de localité en localité. Sortes de troubadours, elles étaient généralement bien accueillies ; car, non seulement elles portaient des nouvelles d'une famille à l'autre, mais elles se faisaient l'écho des racontars et de tout ce qui se passait dans les diverses parties du pays. Ces femmes composaient des complaintes versifiées avec des couplets se succédant à l'infini et chantaient devant les auditoires nombreux qui se réunissaient pendant les longues soirées d'hiver.
Il est regrettable que ces airs n'aient pas été notés, car on les ignore totalement aujourd'hui.
Les autres chants les plus répandus peuvent se classer dans une des divisions suivantes: chants légendaires, chants religieux, chansons morales, chansons d'amour et chansons satyriques, auxquelles il faut ajouter un grand nombre de romances et de chants divers dont plusieurs ont été conservés.
Il est probable qu'il y a eu autrefois des poésies chantées, rappelant soit les actions d'éclat de la période héroïque, soit les nombreux épisodes guerriers qui marquaient les expéditions lointaines de. ces marins hardis et courageux. Voici une strophe isolée qui, dans sa simplicité, rappelle les anciennes épopées :
Debout, gens de la maison, il fait grand jour; Du côté de la mer résonne la trompette d'argent Et aussi se remue la rive des Hollandais.
Mais le chant héroïque, par excellence, est celui d'Altabiscar. La défaite de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne à Roncevaux et la mort de Roland et de ses compagnons fut
partout une source de légendes et de poésies. Les Basques, eux aussi, l'ont célébrée, et, bien que plusieurs critiques aient contesté l'antiquité de ce poème, il ne mérite pas moins d'être considéré comme le type du chant épique basque (1). En voici la traduction :
Un cri s'est élevé
Du milieu des montagnes des Basques ' Et l'etcheco-yauna debout devant sa porte, A ouvert l'oreille et a dit « qui est là? que me veut-on ? » Et le chien qui dormait au pied de son maître S'est levé et a rempli les environs d'Altabiscar de ses aboiements.
Au col d'Ibaneta un bruit retentit.
Il approche en frappant à droite, à gauche les rochers ;
C'est le murmure sourd d'une armée qui vient.
Les nôtres y ont répondu du sommet des montagnes ;
Ils ont fait entendre le signal de leur cor,
Et l'etcheco-yauna aiguise ses flèches.
Ils viennent! ils viennent! quelle haie de lances! Comme les bannières de toutes couleurs flottent au milieu
[d'eux !
Quels éclairs jaillissent au milieu de leurs armes! Combien sont-ils ? enfants, comptez-les bien. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze,
[douze,
Treize, quatorze, quinze, seize, dix- sept, dix-huit, dix-neuf,
[vingt.
Vingt et, par milliers, d'autres encore.
On perdrait son temps à les compter.
Unissons nos bras nerveux et souples, déracinons ces rochers,
Lançons-les du haut de la montagne en bas
Jusque sur leurs têtes ;
Ecrasons-les, frappons-les de mort.
Que voulaient-ils de nos montagnes ces hommes du Nord ? Pourquoi sont-ils venus troubler notre paix ? Quand Dieu fit ces montagnes, il voulut que les hommes ne
[les franchissent pas.
(1) Dans son ouvrage « Légendes épiques i recherches sur la formation des chansons de gestes », M. Bedier a montré que le chant d'Altabiscar a été composé il y a un peu plus d'un siècle seulement.
Mais les rochers en tournoyant tombent, ils écrasent les
[troupes,
Le sang ruisselle, les débris de chair palpitent. Oh ! combien d'os broyés ! quelle mer de sang !
Fuyez ! fuyez ! vous à qui il reste de la force et un cheval. Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge ; Ton neveu bien-aimé, Roland le robuste, est étendu mort
[là-bas.
Son courage ne lui a servi à rien pour lui. Et maintenant, Basques, laissons ces rochers, Descendons vite en lançant nos flèches à ceux qui fuient.
Ils fuient, ils fuient! où est donc la haie des lances! Où sont ces bannières de toutes couleurs flottant au milieu
[d'eux ?
Les éclairs ne jaillissent plus de leurs armes souillées de sang. Combien sont-ils ? enfants, comptez-les bien. Vingt, dix-neuf, dix-huit, dix-sept, seize, quinze, quatorze,
[treize,
Douze, onze, dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois,
[deux, un.
Un ! il n'en paraît pas un de plus.
C'est fini. Etcheco-yauna, vous pouvez rentrer avec votre chien, Embrasser votre femme et vos enfants, Nettoyer vos flèches, les serrer avec votre cor, et ensuite
[vous coucher et dormir dessus.
La nuit les aigles viendront manger ces chairs écrasées, Et tous ces os blanchiront dans l'éternité.
Les chants religieux sont plus nombreux ; en voici un pris entre plusieurs :
Notre-Seigneur, dans cette sainte hostie, Caché pour le bien de tous les hommes, Adorons avec un cœur humble Et aimons véritablement lui seul.
Bon Jésus, plein d'amour,
Vous êtes l'aliment de tous.
Ah ! comblez-nous de bénédictions
Et nous aidez toujours de vos bienfaits.
Paysage Basque
Vous tous, anges glorieux, Remerciez pour nous, Maintenant et toujours, la trinité De ce que nous avons reçu tant de faveurs.
Dans certains endroits le peuple concourt à la célébration du culte par des chants auxquels tout le monde prend part. Les deux strophes suivantes sont empruntées à un de ces cantiques :
Y-a-t-il rien de plus nécessaire En ce monde que de se sauver ?
Y-a-t'il un bonheur comparable à Celui d'arriver au ciel ?
Parlez, Dieu bon, me voici, Venu pour vous écouter.
Je veux accomplir vos volontés ; Venez me rendre fort.
Il faut arriver aux chansons d'amour pour trouver un répertoire un peu plus complet. Il y en a de toutes sortes, depuis celle de l'amoureux, pleine de feu, jusqu'à la complainte de l'amant délaissé. Une des caractéristiques de ces chansons est d'avoir, plus/ encore que les autres, de longues périodes. On peut en juger par les deux strophes suivantes:
Moi, j'ai une amie ; oh ! comment est-elle ? Elle n'est ni petite ni grande, entre deux ; Elle a l'œil joli, tout amour,
Elle est entrée dans mon cœur pour n'en plus sortir.
Quand même je vous dis adieu, ma mie,
N'ayez aucun ressentiment contre moi ;
Mais gardez votre amour dans le cœur.
Je ne vous quitterai point que quand je serai au tombeauc
Un amoureux désabusé s'exprime ainsi :
Ma bien-aimée au sourcil noir,
Aux dents blanches, aux yeux noirs,
Je t'aime ; toi, tu ne m'aimes pas,
Et pourtant tu es celle que je préfère.
Sur ta conscience pèsera
Le poids de ma peine et de ma douleur.
On peut rattacher aux chansons d'amour, les « Toberâc », sérénades données le jour de l'annonce du mariage à l'église, ce qui correspondait à la publication des bans et avait même ce nom. L'après-midi de ce jour, après vêpres, cinq jeunes gens dressaient une pique devant la maison de la fiancée: deux la soutenaient, deux autres la frappaient en cadence, tandis que le cinquième chantait, en observant la même mesure, des vers en l'honneur de la fiancée. Celle-ci donnait, après le concert, un repas appelé le dîner du ban.
Le répertoire des chansons satiriques, lui aussi, est assez riche. Elles s'improvisaient principalement pendant les fêtes de villages et souvent aussi dans des concours. Celle qui est reproduite ici est une satire contre les filles paresseuses:
La mère, le matin crie : « Enfant, lève-toi î « La nuit n'est-elle pas assez longue pour toi ? «Prend la bêche, car la terre du jardin a besoin « D'être retournée. »
La fille de répondre du lit avec désinvolture: « Laissez jusqu'à demain la terre du jardin, «Court espace de temps, car aujourd'hui je « Dois aller au marché. »
Elles ne veulent pas suer les fillettes d'aujourd'hui: Pour les travaux de la terre elles sont trop délicates ; Oh ! froides paresseuses ! C'en sera bientôt fait De l'agriculture !
A vous, je demande, ma tante Marie, si c'est bien de plaisir Pour les jeunes filles, que la ville, tant il est vrai que J'ai grand plaisir d'aller là-bas.
Tant qu'elles sont jeunes filles, leur physionomie est aimable ; Nouvelles mariées, humbles à l'égard de leur mari ; Négligées dans la suite ; ne pouvant raccommoder les trous
[de leur robe.
On voit que ce n'est pas de nos jours seulement qu'on s'est plaint de la désertion des campagnes.
Peuvent être rattachées au genre satyrique les chansons de l'« Erreginetan », coutume depuis longtemps disparue.
On élisait une reine parmi les jeunes filles les plus favorisées
de la nature ; on l'ornait de fleurs et de rubans à profusion et on l'asseyait sur une chaise en vue de tous.
Des femmes se tenant autour d'elle improvisaient des complaintes ou des compliments à l'adresse des passants, en les invitant à' déposer une offrande sur un plateau déposé aux pieds de la reine.
Malheur à ceux qui n'en donnaient pas ou qui en donnaient jugées insuffisantes ; car la verve satirique de ces femmes s'exerçait à leurs dépens.
L'erreginetan avait certaines ressemblances avec les malades célébrées dans d'autres régions.
On ne saurait mieux clore, semble-t-il, ces quelques indications sur la poésie et les chants populaires, que par une chanson pour enfants. Celle-ci présente des tournures et des expressions d'une grande ancienneté et en même temps si naturelles qu'on croirait entendre cette leçon du premier âge. Elle a pour titre : « Les Cinq doigts ».
Ce premier, C'est le gros, Plus que les autres Il est plus gros.
Ce troisième Le plus long, Plus que les autres Il est plus long.
Ce deuxième, Ce serpent, Plus que les autres Il est serpent.
Ce quatrième Si tardif,
Plus que les autres Il est tardif.
Ce cinquième Le plus petit, Plus que les autres Il est petit.
Ixigilingli !
§ 3. — Les Danses
La danse est un des plaisirs favoris des Basques et dans presque toutes les communes on danse tous les Dimanches pendant le Carnaval. Ce genre de divertissement était si en honneur qu'autrefois les prêtres eux-mêmes y prenaient part.
Dans certaines localités, lors de la Fête-Dieu, pendant la messe, il est d'usage de danser devant le Saint-Sacrement. Au premier abord cette coutume peut paraître étrange ; mais lorsqu'on a assisté à ces cérémonies et remarqué le sérieux et le recueillement des assistants aussi bien que celui des danseurs, on
comprend que ces danses n'ont aucun caractère profane, et font partie d'un rite dont l'origine se perd certainement dans la nuit des temps.
. Il y a une telle variété de danses que leur étude complète ferait l'objet d'un gros volume. C'est dire que dans un ouvrage comme celui-ci, on doit se borner à signaler les plus connues.
La plus célèbre est le saut basque, danse noble, virile et belle. Les hommes seuls y prennent part. On en compte une vingtaine, chacune ayant son pas et sa musique ;
Pendant le- carnaval on organise la « danse des volants », pour laquelle les danseurs revêtent un habillement des plus voyants orné de rubans multicolores. Ils dansent avec une baguette à la main et ils les entre-choquent suivant un rythme donné.
La « farandole » ou « danse à la corde » est constituée par une longue suite de jeunes gens reliés par des mouchoirs. Le long ruban se déroule, s'éloigne, revient en diverses courbes et le tout se termine par une sarabande folle.
Dans la « danse des chaises », trois chaises sont disposées d'une certaine façon et les danseurs doivent évoluer de manière à ne jamais se rencontrer.
La danse du verre présente surtout de l'intérêt quand elle est dansée par le zamalzaïn, danseur affublé d'une sorte de large jupe qui l'empêche de voir à ses pieds. Il doit, en dansant, se rapprocher le plus possible du verre sans cependant le toucher.
Dans la danse du poulet on enferme un de ces volatiles dans une boîte posée à terre et ayant à sa partie supérieure une ouverture par laquelle passe la tête de l'animal. Dans le cours de leurs évolutions les danseurs et les danseuses.donnent des coups de sabre sur la tête du malheureux animal ; le gagnant est celui qui détache la tête. Il est regrettable que Ton puisse encore assister à des jeux aussi barbares.
Enfin il convient de citer les danses en honneifr surtout en Labourd, le «fandango » et l'« arin arin », danses sans doute originaires d'Espagne, et d'une grande légèreté.
Les femmes ne prennent part à la danse que rarement et qu'à certaines danses dans lesquelles les danseurs ne se touchent pas, ce qui leur donne un caractère de vivacité et de grâce qu'on ne rencontre pas toujours dans ce genre de divertissement.
Il y a une très grande variété dans les danses qui diffèrent notablement d'une province à l'autre et dont beaucoup ne sont plus en usage. Aussi font-elles l'objet d'études suivies au Musée Basque dont le directeur, le commandant Boissel, prépare un travail d'ensemble sur cette question encore peu étudiée.
§ 4. — Le Théâtre
De tous les divertissements des Basques le plus original est sans contredit le théâtre, qui est essentiellement rural. On représente des pièces tragiques, comiques et bouffonnes.
Les premières sont les pastorales, pièces en vers, analogues aux mystères du moyen âge et qui ne semblent plus avoir leurs similaires qu'en Provence ou en Bretagne. La scène est une estrade de fortune élevée sur des barriques ne comportant aucun décor ; les acteurs sont exclusivement des hommes et, s'il y
Un théâtre
a des femmes dans la pièce, leurs rôles sont remplis par de jeunes garçons (1). Les costumes sont choisis sans règle, suivant le goût des acteurs, ce qui fait qu'on trouve dans la même pièce les anachronismes les plus déconcertants.
Au point de vue du sujet, les pastorales se classent en sept cycles: sujets de l'ancien testament, du nouveau testament, de l'hagiographie, de l'antiquité profane, des chansons de gestes, des romans d'aventure et de l'histoire légendaire. Voici le titre d'une pastorale de chacun de ces groupes: Abraham, S. Pierre
(1) Quelques pièces ont été jouées par des femmes, mais c'est évidemment l'exception. Dans ce cas les hommes n'y prennent pas part.
apôtre, S. Eustache, Œdipe, Roland, Robert le Diable, et Thibaut de Champagne.
On connaît en tout quatre-vingt-quinze pastorales, dont soixante-sept sont conservées à peu près intégralement. On peut en voir à la Bibliothèque Nationale à Paris, à celle de Bordeaux, à la Bibliothèque Municipale et au Musée Basque de Bayonne. Elles sont manuscrites et la plus ancienne est de 1723.
Les acteurs d'une pastorale
Avant de commencer la représentation, les acteurs se réunissent, forment un cortège à cheval et parcourent le village pour rendre visite aux autorités. Les bons marchent les premiers, les
méchants les suivent et les plus méchants, le roi des Turcs et les Satans, ferment la marche. Puis vient la représentation.
Elle est annoncée par un acteur qui fait le résumé de la pièce et la commente en ajoutant quelques réflexions morales. Elle se déroule ensuite sans entr'actes, les tabeaux s'échelonnant quelquefois pendant plusieurs heures sans interruption. Les événements se succèdent sans transition, les jeux de scène sont naïfs et enfantins, les anachronismes et les réflexions les plus étranges se rencontrent dans la bouche des personnages les plus fantaisistes et sont d'un effet très particulier.
Mais ce qui frappe, c'est l'idée dominante de faire triompher le bien et condamner le mal. Plus la pastorale est simple et naïve, plus elle est conforme à la tradition, plus elle est appréciée. On n'y recherche pas les effets propres aux représentations modernes ; tout y appartient à d'autres siècles et à d'autres mœurs.
Les acteurs de pastorales ne dansent généralement pas, sauf les satans, dont c'est le rôle, et qui donnent plusieurs fois, pendant la même représentation, une danse, toujours la même, sur l'air de: «Bon voyage, monsieur Dumollet ». Ces danses tiennent lieu d'en tr' actes et permettent aux acteurs de se reposer.
Enfin, lorsque la pastorale est terminée, il est d'usage que tous les acteurs chantent en chœur un cantique, mais qui n'a aucun rapport avec la pièce qu'ils viennent de jouer. Cette coutume semble tomber en désuétude.
Les pièces les plus caractéristiques du théâtre comique sont les mascarades souletines, ainsi nommées parce qu'on ne les joue qu'en Soûle. Ce sont des danses costumées, sur certains sujets et dont les acteurs ont un rôle parfaitement déterminé. La troupe, formée dans une localité, se rend dans une autre Où elle exécute une série de danses sur des thèmes donnés.
Les principaux acteurs sont: le Cherrero, armé d'un balai et qui fait faire la place pour la troupe ; le Zamalzaïn ou hommecheval; Joana, le monsieur; Anderia, la demoiselle; auxquels se joignent, suivant les cas, des bohémiens, des chaudronniers, des paysans, etc. . .
Les danses sont la branlia jaustia, la danse de l'escargot, la danse de l'homme et du paysan et enfin les « fonctions », scènes comiques où chacun reproduit, en dansant, des scènes de son métier. Le zamalzaïn exécute la danse du verre dont il a été ' question.
La représentation est terminée par un saut basque, dansé par les principaux acteurs, le cherrero, le chat, le zamalzaïn et la cantinière.
Les charivaris constituent la partie bouffonne du théâtre.
Les charivaris nocturnes ne sont pas spéciaux au Pays Basque. Ce sont des concerts à l'intention des veufs ou des veuves qui se remarient ; ils sont donnés pendant la nuit avec toutes sortes d'instruments cacophoniques et sont l'occasion d'apostrophes et des chants les plus inconvenants.
Tout autre est le charivari de jour, dans lequel l'âne joue un
Un combat (Scène de pastorale)
grand rôle. Dans les temps anciens, il était d'usage de punir la femme coupable en la mettant à califourchon sur un âne, le dos vers la tête et tenant la queue de l'âne.
Plus tard on se contenta de reproduire cette scène au moyen d'acteurs. Puis les choses se transformèrent et changèrent de caractère. Sur un char traîné par une troupe d'ânes à la file, se tenaient des jeunes gens travestis qui faisaient toutes sortes d'espiègleries.
Dans la vallée de la Nive on donne des parades charivariques, pièces burlesques dont le thème est fournipar quelque événe-
ment récent, le plus souvent un mariage mal assorti. Ces représentations sont parfois d'un goût douteux et vont jusqu'à friser l'indécence.
En résumé, des pièces du théâtre basque, les pastorales seules présentent un réel intérêt ; car elles sont d'un autre âge et font, revivre un peu du lointain passé. Mais il ne faut pas se dissimuler que le théâtre basque est voué à une fin prochaine.
Acteurs d'une mascarade souletine
On peut déjà constater une tendance à sacrifier pour l'étranger d'anciens effets de scène, produit naturel du terroir ; tandis que l'habillement était laissé au caprice des acteurs et donnait aux représentations de pastorales un cachet d'originalité très spécial, on loue des hardes à des costumiers de Paris ou de Bordeaux et ces vêtements souvent usés et défraîchis, qui peuvent encore avoir bon air sous les feux de la rampe et au milieu de décors avec lesquels ils sont en harmonie, produisent le plus lamentable effet sur un théâtre populaire encadré par la verdoyante nature du pays de Soûle et en plein soleil.
Enfin, tandis que les représentations étaient gratuites, elles
sont payantes aujourd'hui ; on ne peut l'éviter, étant donné le renchérissement de toutes choses, mais ce n'en est pas moins un de leurs anciens caractères qui a disparu.
Pour réagir contre ces indices de décadence, les organisateurs du Musée Basque de Bayonne, cherchent à exercer une action salutaire sur les pastoraliers. Des résultats heureux ont déjà été obtenus et plusieurs ont compris qu'il y avait le plus grand intérêt à conserver les traditions qui ont fait pendant des siècles le succès et l'attrait du théâtre basque. Tout en s'en félicitant, il ne faut pas cependant se faire d'illusions, car il est. certains courants qu'on peut ralentir, non remonter. Le théâtre basque, surtout le théâtre tragique, pourra se maintenir encore quelque temps ; il ne saurait faire de doute que sa fin est à prévoir dans un avenir peut-être éloigné, mais inéluctable. Du moins aurat-il eu sur les autres l'immense supériorité d'avoir un historien de premier ordre, M. le professeur Hérelle, qui l'a étudié sous toutes ses faces et a réuni dans plusieurs ouvrages du plus haut intérêt, les résultats de plus de vingt ans d'études et de recherches.
§ 5. — Les Jeux
Le seul jeu éminemment national est le jeu de pelote. Dès sa plus tendre enfance le petit Basque a une pelote dans sa poche et, dès qu'il trouve un camarade et un mur, fût-ce celui de l'église, on peut être sûr qu'il ne perdra pas l'occasion de « faire une partie ».
Il y a quatre sortes de jeux de pelote qui se jouent avec gant ou sans gant ; ce sont : le rebot, la longue, le blaid en place libre ou en trinquet et le pasaka.
Le rebot, de beaucoup le plus élégant, se joue contre un mur appelé « rebot » avec un butoir portatif. La balle, lancée de ce butoir, doit frapper le rebot pour être saisie au bond ou à la volée par un autre joueur placé au delà d'une ligne appelée « paso » et renvoyée à l'autre extrémité de la place. Un joueur du camp opposé cherche à son tour à faire passer à la balle la ligne du paso. Les joueurs sont au nombre de dix ou de huit, partagés en deux camps. Toute faute du joueur d'un camp vaut un point au camp opposé. Les coups douteux sont jugés par un jury dont les décisions ne sont jamais contestées.
Le blaid est une variété du jeu de pelote dans laquelle cha
Le jeu de pelote-
que camp, composé généralement de deux ou trois joueurs, renvoie, à tour de rôle, la balle contre un mur. Il peut se jouer soit contre un fronton, en plein air, soit dans un trinquet, à mains nues ou avec gant de cuir, chistera, palette ou raquette.
Enfin le pasaka se joue en trinquet seulement, c'est à j dire en salle couverte. Il consiste à faire passer la balle par-dessus un filet tendu à un mètre du sol.
Dans tous ces jeux, la faute d'un joueur vaut un point au camp opposé ainsi que le droit de buter qu'il conserve jusqu'à ce qu'un des joueurs de son camp ait commis une faute. Dans ce cas l'adversaire jouit des mêmes privilèges.
La longueur des parties est conventionnelle ; dans la pratique elle ne dépasse pas cinquante points et le plus souvent elle est de trente points, surtout dans les parties à mains nues à deux contre deux.
On constate avec peine que ces anciens jeux tendent à disparaître et, seules les personnes d'un certain âge peuvent s'en souvenir. Cependant, un grand pas a été fait dans la voie de leur rétablissement. Il s'est fondé, en 1921, à Bayonne, un groupement national, «La Fédération Française de la pelote basque », qui s'attache à remettre en honneur ce jeu par trop délaissé.
Son action s'exerce sur toutes les manières, de jouer, dans les trinquets, ou en plein air, à main nue ou avec chistéra. Sous son cative direction ont été réalisées une renaissance et une codification de la tradition. Il s'est créé en outre, pour réaliser son programme, des sociétés dans plusieurs localités du Pays Basque et les amateurs du jeu de pelote ont déjà eu la satisfation d'assister à des parties dignes de celles qui passionnaient leurs ancêtres.
Nul doute que, d'ici peu de temps, on ne voie s'étendre à tout le pays un mouvement qui donne, dès à présent, de si belles espérances.
Les Basques jouent aussi aux boules et surtout aux quilles.
Il y a souvent, à ce dernier jeu, des parties importantes.
Enfin le jeu de cartes ne leur est pas étranger. Hommes et femmes le pratiquent beaucoup et font usage de. cartes espagnoles sur lesquelles, à la place de nos traditionnels carreau, cœur, trèfle et pique, sont représentés des soleils, des épéés, des roses et des bâtons.
Les jeux préférés sont le « mus » et « las florés », qui se jouent aVec la même ardeur des deux côtés de la frontière.