CHAMPS
Voila deux petits personnages. Les connaissezvous ? — Oui. — Ils sont camarades. Le premier est im citadin : il habite une ville. Boston est une ville, une grande et belle ville. Le deuxième est habitant de la campagne. C'est un bon paysan. Il y a des paysans en France : ils habitent la campagne, les champs.
Habites-tu la ville ou la campagne, George? — J'habite la ville. — Oui, comme le rat do ville. Et toi, Henriette ? — J'habite les champs, comme le rat de^ champs. Suis-je un paysan, monsieur? — Non: tu n'es ni un paysan ni une paysanne. Il n'y a pas de paysans en Amérique.
Comment vous présenter cette fable, mes amis I votre vocabulaire français est si petit ! Il y a un dîner dans l'histoire de nos rats. Comprenez-vous ? — Oui. — Le dîner est un repas. Nous prenons trois repas par jour. Tu ouvres de grands yeux, Charles. Tu ne comprends pas jour. Lève-toi, viens à la fenêtre. Voilà le soleil, au milieu du ciel. Vois-tu le soleil? — Je le vois. — Eh bienl il se lève là, à
Torient, au commencement du jour, le matin. Il est là, au-dessus de nos têtes, au milieu du jour. Il descend là, à l'occident, à la fin du jour : il se couclie. Comprends-tu maintenant /our ? — Oui, je comprends très-bien.
Quand nous levons-nous, au commencement, au milieu, ou à la fin du jour ? — Nous nous levons au commencement du jour. — Quand nous couchonsnous? — A la fin du jour.
Voyez! j'ai une montre dans ma poche. Je tire la montre de ma poche. Regardez : voilà les heures. Une, deux, . • . douze. Il y a douze heures depuis le commencement du jour jusqu'à la fin, depuis le matin jusqu'au soir. Marie, à quelle heure te lèvestu? — Je me lève à sept heures. — Et toi, George? Et toi, Henri ? Et toi, Hortense ? A quelle heure te couches-tu, François ? — Je me couche à neuf heures. — Et toi, Amélie ? — Je me couche à huit heures.
Je continue : il y a trois repas, le déjeuner, le dîner et le souper. Nous déjeunons le matin. Quand dînons nous? Quand soupons-nous ? Quel est le principal repas?
Au dîner, au déjeuner et au souper, nous mangeons et nous buvons. Ne comprenez- vous pas? . . . Voilà un morceau de sucre, George. Prends-le. Mets-le dans ta bouche. Tu manges le sucre. Estil bon ? — Excellent, monsieur, — Regardez mon geste : nous buvons aux repas. — Nous comprenons. — Les rats aussi boivent et mangent, comme nous. Que mangeons-nous? — Nous ne pouvons pas le dire
en français. — J'ai ici sur ma table des tableaux. Soyez attentifs. Voilà un bœuf, un mouton,, un veau. Voilà un poisson. Voilà une pomme, une poire, une pêche, un abricot, une prune, une cerise, une fraise, une framboise et une mûre. Voilà des petites groseilles. Voilà une pomme de terre et un chou. Voilà des petits pois. Aimes-tu les chous, Paul? — Non: j'aime les pois.
Que mangeons-nous? Mangeons-nous du bœuf?
— Oui. — Du mouton, du veau, du porc ? Mangestu des fruits, mon amie, des pêches, des poires ? Aimes-tu les fruits? Quel fruit préfères-tu? — Je préfère la pêche. — Et toi, Louis ? — Je préfère la poire. — Manges-tu des pommes de terre au déjeuner? — Oui. — Au souper? — Non.
Que buvons-nous au déjeuner? Bois-tu du café ou du thé, Henriette ? — Non. — Tu ne bois ni café, ni thé, ni vin, ni bière. Tu bois de l'eau. L'eau est la principale boisson. Les rats boivent aussi de l'eau, n'est-ce pas ? — Oui, monsieur. — Les Allemands boivent de la bière et les Français du vin.
Ecoutez la fable des rats.
Un Rat de ville invite à dîner un Rat des champs. L'invitation est acceptée. Le jour de la fête arrive. L'hôte a préparé un grand dîner. Il a mis la table sur un riche tapis de Turquie. Quel luxe, mes amis ! Le campagnard est dans la joie. Voilà les deux camarades assis au festin. Ils mangent avec bon appétit et grande félicité des amandes, des raisins, du sucre • . • Mais écoutez I la porte s'ouvre . . . nos
rats disparaissent. Cependant le bruit a cessé ; le silence règne ; les camarades reviennent. " Achevons notre festin, dit le citadin. — Non, non, réplique le rustique. Je pars : adieu I Venez à la campagne. J'ai une pauvre table : des noix et du fromage de Hollande. Voilà tout. Mais nul bruit ne vient m'interrompre et je mange à loisir." Sans tranquillité pas de plaisir.
Le Rat des champs a-t-il raison ? — Il a raison. — Avons-nous tort de préférer la simplicité tranquille au luxe inquiet ? — Nous n'avons pas tort. — L'inquiétude ne gâte-t-elle pas les plus doux plaisirs ? — Si, je pense, mais je ne comprends pas gâte. — Regardez ce livre-ci : il est beau, n'est-ce pas ? — Oui.
— Regardez celui-là: est-il beau, en bon état? — Non, monsieur. — Au contraire, mon ami: il est gâté. L'inquiétude gâte-t-elle les plaisirs ? — Oui.
— Préférez- vous les plaisirs du Rat des champs, ou ceux du Rat de ville? — Nous préférons les plaisirs du Rat des champs. — Pourquoi ? . . . Vous ne savez pas ? Sont-ils gâtés par l'inquiétude ? — Non. — Et les plaisirs du Rat de ville? — Ils sont gâtés. — Eh bien I nous préférons les plaisirs du Rat des champs parce qu'ils sont tranquilles, parce qu'ils ne sont pas gâtés par l'inquiétude. Comprenez-vous ? — Oui. — Je finis la leçon. Nous parlerons demain de la salle de classe.