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et vingt milles de distance, foisonnent de truites et prodiguent aux pêcheurs mille tentations auxquelles ils cèdent invariablement tous !
En somme, de toutes les places balnéaires de la province, la Malbaie, unique en son genre, sans comparaison comme sans rivale, est à bon droit la plus fréquentée malgré des désavantages réels, car elle est de toutes celle qui offre le plus d’attraits au tourists qui sait goûter la nature, au poëte qui la chante et à l’artiste qui la peint.
Il semblerait qu’en voilà assez sur le compte d’un seul et même endroit, quelque admirable, quelque attrayant qu’il puisse être. Eh bien! non, j'en demande pardon à genoux, mais je ne puis encore me résoudre à laisser la Malbaie sans reproduire au moins quelques coups de pinceau qu’en fait le peintre de la nature canadienne, M. J. M. Lemoine, dans ‘‘l’Album
du Touriste.”
Pour l'édification du lecteur, nous reproduisons cidessous le texte même des pages 355 et 358 de l’ Album du Touriste auxquelles nous faisons allusion.
C’est à la’ Malbaie qu'il faut aller pour jouir de l'âpre, de la grande nature, des larges horizons. Ce ne sont plus les beaux
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champs de blé de Kamouraska, les coquets et verdoyants côteaux de Cacouna ou de Rimouski, où le /angoureux citadin (langoureux pour languissant) va retremper ses forces pendant la canicule ; c'est une nature sauvage, indomptée, des points de vue encore plus majestueux que ceux que présentent les côtes et les murailles du Bic. s
Précipices sur précipices : gorges impénétrables dans la saillie des rochers; pics qui se perdent dans la nue, où grimpe, en juillet l'ours noir en quête de bluets ; où broute, en septembre, le caribou ; où le solitaire corbeau, l’aigle royale vont faire leurs nids en mai; bref, les paysages alpestres, les impratiquables Aigklands de l’Ecosse, une nature byronienne, tourmentée, entassée dans le nord, loin des sentiers de l’homme civilisé, dans le voisinage de certain volcan, qui de temps à autre se réveille, secoue les environs de manière à causer de piquantes surprises, mais sans danger aucun pour les romanesques habitants.
Selon les uns, pour jouir en toute plénitude de ces austères beautés, il faut être à une époque privilégiée de la vie. Si done vous voulez savourer à grands traits la rêveuse solitude des plages, des grottes, des grands bois de la Pointe au Pic ou du Cap à l’Aigle, ou capturer par centaines les frétillantes truites du lointain lac Gravel, il faut avoir bon œil, bras nerveux, jambe souple, posséder les roses illusions de la jeunesse, ‘l’âge des longs espoirs où tout chante en dedans de nous.” Vous pouvez toujours, avant, pendant et même après la lune de miel, séjourner sans danger, sur
PUNTO EE T se snsn see ..ces rivages...
La Malbaie ne paraît pas avoir joué un rôle bien marquani pen- : dant le siége de 1759, bien qu'il y eût une descente. D’après une entrée dans le Journal de M. James Thempson, déjà cité, et plus tard employé au bureau du génie, (Thompson ou le Journal ?) il paraîtrait que la Malbaie fut choisie en 1776 comme lieu de détention des prisonniers américains. M. Thompson fit alors ériger un corps de logis convenable pour ces messieurs; les prisonniers y travaillèrent eux-mêmes.
Les étrangers paraissent presque prendre possession de la Malbaie, à l’exclusion des indigènes, tant que dure la belle saison. Au siècle prochain, les touristes parleront des anciens habitants, des descendants des Æighlanders de Fraser comme d’une race éteinte, dont les savants tenteront peut-être de tracer la complexe généalogie,—perdue dans la nuit des temps,—à celle des Pictes ou des Lapons. Il n’y aura qu’un rejeton qui fleurira vivace jusqu’à la fin des siècles : la tribu des charretiers, race démoralisée, par ses exactions et sa soif homérique pour les spiritueux.
Qui sait si, au siècle prochain, quelque savant, en villégiature à la Malbaie, ne tentera pas de leur appliquer la théorie de Darwin sur l’‘Origine des races ”’ et d’expliquer scientifiquement une ancienne tradition selon laquelle le premier charretier de la eôte nord serait issu d’une Laponne et d’un marsouin, au temps d'Eric le Roux, monarque en renom parmi ces peuplades ?
Mais on prétend que ceci se serait passé sur la côte sud, au Cap au Diable, et on en expliquerait le nom.
Toutefois, en disant que les touristes semblent avoir exclu les aborigènes de la Malbaie, ceci ne doit s'entendre que de la Pointe au Pic; car le village proprement dit, autour de l’église, près du pont et le long de la rivière Murray, en gagnant l’intérieur, est fort populeux.
La Malbaie renferme quatre ou cinq grands hôtels, capables de gontenir 600 à 700 touristes. D abord, l'hôtel renommé de madame Duberger; celui de Mme. Micheletti; ceux des Warren et de quelques autres, avec palais de Justice, prison, une belle église catholique, une chapelle anglicane, un juge résident, l’hon. juge Henri- Elzéar Taschereau, un shérif, un greffier, deux médecins.
‘“ Précipices sur précipices ....” On s'arrête effaré. ... Quoi! C’est comme cela que la Malbaie commence! Quoi! j'arrive à la Malbaie, moi, touriste ingénu, et.... crac! la première chose que je fais est
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de tomber dans un précipice de quinze cents pieds de hauteur ! Et encore si c'était tout! Mais me voilà qui dégringole de ce premier précipice dans un autre, qui bondis d’abîme en abîme en me demandant si jamais il y a un bout ? C’est qu’une fois tombé là-dedans, on ne s'arrête plus qu’au centre de la terre. Il n’y a rien de tel que les précipices pour avoir l'esprit de corps ; à peine arrive-t-on au fond de l’uu qu’uu autre est là qui attend, tout prêt à vous relancer à l’abîme qui le suit et qui, à son tour, vous jette à son voisin, comme si ça n était pas de vos affaires.
Mais, envoyons fort. ‘Gorges impénétrables dans la saillie des rochers ”.... Ce sont les précipices qui devraient être impénétrables. Un beau gras de jambe en vérité pour le pauvre diable arrivé à trente mille pieds sous terre, au fond du vingt-huitième précipice, avec l’Album sur son cœur, que de savoir qu'il y a dans la Malbaie des gorges impénétrables ! Il trouve qu’il a assez pénétré comme cela: Cependant, nous oserons demander à M. Lemoine dans quelle saillie de rochers il est allé prendre ces gorges impénétrables, (comme si l’on allait chercher des enfoncements dans des bosses) où en a-t-il vu, même de pénétrables, dans cette pauvre Malbaie chargée de tant d’horreurs ? Ah ! nous comprenons. Comme il n’y apas de gorges du tout dans ce pays, il est évident qu’elles sont impénétrables. Qu'on est heureux de pouvoir deviner !
“Pics qui se perdent dans la nue...” Allons, arrêtezvous, morbleu ! Vous faites de la Malbaie un endroit absolument impossible, une création insensée qu'on ne:
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réverait pas même dans le délire. Jusqu'à présent ce ne sont que des précipices sur précipices, des gorges impénétrables, des pics qui se perdent dans lalune.... Mais qu’en restera-t-il donc ? Que restera-t-il nu touriste et sur quoi pourra-t'il mettre pied, s’il ne trouve en arrivant que des précipices qui s’entassent, des gorges où l’on ne pénètre pas et des pics qui se logent au firmament ? D’autres, heureusement, que l’auteur de l’Album ont découvert que la Malbaie ne renferme que des montagnes très-ordinaires, qui ne se perdent nulle part et n’ont aucune prétention à escalader les nues.
‘ Une nature byronienne, entassée dans le nord, loin des sentiers de l’homme civilisé....” Allons, voilà que la Malbaie n’est plus même un lieu quelconque, qu. existe réellement, malgré les formes fantastiques dont on la revê:, c’est une nature et une nature loin des sentiers de l’homme civilisé ! Mais alors, comment y arrivez-vous donc à cette Malbaie, s’il n’y a même pas de sentiers qui y mènent ? Comment avez-vous pu pénétrr* vous, M. J. M. LeMoine, jusqu'à cette nature entassée dans le nord ? Y êtesvous {arrivé parëles gorges impénétrables, ou bien l'aigle de Jupiter vous a-t-il porté de pic en pic perdu jusqu’à cet énorme paquet septentrional ?.... Dire que cet entassement de cataclysmes, effroyable comme le chaos, est tout simplement le chef-lieu d’un comté ! Qui ne comprendrait que l’influence indue doive avoir beau jeu*dans un endroit pareil ?
Pérdti dans les précipices sur précipices de cette natare bÿrotiënne, l’auteur de lAlbum ne s’est plus räppélé qié l’homme civilisé de nos jours a des ehemitis dé fer et des routes carossables, et qu’il laisse d'habitude les sentiers au pauvre sauvage, enfant des bois, qui n’a besoin que de pouvoir poser un pied devant l’autre pour aller où bon lui semble, Mais le lyrisme dédaigne tant le simple bon sens et la réalité dés choses !
‘# Dans le voisinage de certain volcan (certain volcan !) qui secoue les environs, de manière à canser de piquantes surprises, mais sans danger aucun pour les romanesques habitants....” Quand un volcan vous secoue dans les environs, cela vous donne de piquantes surprises; on en devient romanesque. Piquantes est le mot juste pour exprimer ces sortes de surprises-là,. “ Selon les uns, pour jouir en toute plénitude de ces austères beautés, il faut être à une époque privilégiée dé la vie....” Ils n’ont vraiment pas de chance, ceux qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus à cette époque-là. :
Pour les gens sérieux, il y a quelque chose de si austère à être secoué dans les environs par un certain volcan, selon lés uns, qu’il leur est bien pénible asstirément d’avoir dépassé l’époque de la vie qui leur en donne le privilégé. Quant à la piquante surprise, je crois qu’élle est ici bien plutôt pour le lecteur qui connait la Malbaie et qai, en lisant l’Album, se demarndé de duel étrange bolithé tombé sur lés Laurentides l’auteur a voulu faire la description.
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‘ Si donc vous voulez savourer à grands traits la réveuse solitude des plages (c’est la solitude qui est rêveuse), ou capturer par centaines les frétillantes truites du lointain lac Gravel, il faut avoir bon œil, bras nerveux, jambe souple, posséder les roses illusions de la jeunesse, l’âge des longs espoirs où tout chante en dedans de nous.”—Ainsi, pour savourer la rêveuse solitude des plages, il faut avoir le bras nerveux, et pour capturer les frétillantes truites un lac lointain. qui s'appelle Gravel, il faut posséder les roses illusions de la jeunesse et que tout clfante en soi. Ona un orchestre dans le corps, les truites frétillent, le diable y est. Cela n'empêche pas qu’on prenne les truites par centaines. Ces petites bêtes-là ne sont pas farouches, c'est clair. Mais quand on possède les roses illusions, les truites, qui aiment les couleurs tendres probablement, et qui sont touchées de ce que l’on conserve des illusions à leur endroit, viennent à l’envi se faire capturer, toutes frétillantes, entre nos jambes souples.
‘“ Les étrangers paraissent presque prendre possession de la Malbaie, à l’exclusion des indigènes, tant que dure la belle saison.” —Comment ! des indigènes ! Tout à l’heure, on les appelait romanesques habitants ; vingt lignes plus loin, M. LeMoine dira : ‘‘ En répétant que les étrangers semblent avoir exclu les aborigènes...” Il faut s'entendre. Les gens de la Malbaie sont-ils indigènes, aborigènes ou romanesques habitants ? Vous allez voir qu’on ne tardera pas à les appeler individus.
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