REMÈDE DE MADEMOISELLE DESPOSE
En 1802, mademoiselle Despose, recommandable octogénaire, me donna la recette d’un remède contre la rage. Elle avait fait emploi de ce remède depuis scs jeunes années, et toujours avec succès. Je ne tardai pas à avoir occasion de le conseiller à une personne mordue, et qui se trouva préservée. Depuis lors on s’eSt bien souvent adressé à moi. Je ne puis dire le nombre de circonstances dans lesquelles ôn est venu me trouver;
DK LA HAGE.
mais j’en pourrais citer de plus ou moins fréquentes, survenues dans douze communes de l’arrondissement, et une assez grave à Rochefort. Ce remède d’ailleurs se trouve dans Rozier; mais voici sa composition d’après mademoiselle Despose :
On pi’end une poignée de pâquerettes avec leurs racines bien lavées;
Une idem de sauge, une autre de rhue;
Racine d’églantier coupée en minces éclats ;
Deux ou trois scorsonères ;
Deux ou trois gousses d’ail , suivant leur grosseur;
Une pincée de sel.
J’ajoute à ces substances de l’absinthe et du romarin, afin de corriger le mauvais goût de la sauge et de la rhue.
On pile le tout dans un mortier. Si ce mortier est de marbre, on y mêle deux tiers de litre de vin blanc. Le liquide est introduit dans une bouteille avec une bonne partie du marc.
Le malade prend chaque matin, pendant neuf jours, un demi-verre de cette liqueur. Il ne doit déjeuner qu’aprèsun intervalle de deux heures. A mesure que le breuvage devient trouble , on ajoute un peu de vin qui s’aromatise dans la bouteille. /
Je recommande la cautérisation des plaies lorsqu’elles sont récentes, et je conseille d’acheter chez un pharmacien quatre gouttes d’alcali volatil fluor, étendues de soixante grammes d’eau. C’était un remède uniquement employé comme souverain par M. Affre, autrefois curé (lè Saint-Geours-d’Auribat.
Afin de prévenir une trop forte chaleur dans les voies digestives, je conseille l’usage d’une salade ordinaire avec abondance de vinaigre. Le vinaigre seul, tôut le le monde a pu lire dans les journaux, donné ptir mé-
prise, a guéri, en Italie, un homme déjà atteint de la maladie de la rage.
On m a dit quelquefois que nos malades pouvaient avoir été mordus par des chiens qui n’étaient point enragés. Cependant je donnais le breuvage comme pouvant calmer l’imagination. Le voyant constamment suivi de succès, j’ai fini par me persuader qu’il agissait sur la transpiration, et que, par sa force, il devait chasser ou neutraliser le venin de l’hydrophobie.
Une seule occasion m’a fait de la peine. On était venu d’une commune voisine me demander le remède pour une enfant de dix ans, qui mourut hydrophobe. Mais je sus, à n’en point douter, qu’au lieu de lui faire prendre la potion on s’était contenté de mener l’enfant à Salies, et de la plonger dans une fontaine salée. La mère, qui avait soigné cette pauvre enfant, craignit d’avoir contracté la maladie, et prit le remède qu’elle avait conservé intact.
Je ne recherche ni éloge, ni récompense, mais mon sang fermente dans mes veines lorsque j’entends parler de rage et qu’on ne se souvient plus qu’il a existé un Rozîer.
Je vous prie, Monsieur, de vouloir agréer l’assurance de mon entière considération.
De Laurbns.