‹ Petites et grandes misèresChapitre 2 sur 63 · PETITES · texte numérisé non relu

PETITES

ET

DE LA RAGE

*• — •J*' mot (l’abord sur les ouvrages (]ui traitent de In rage.

Il y a plus (le trois cents traités écrits sur cette matière ; j’avoue bien humblement que je ne les ai pas tous lus , mais j ai pris la peine de consulter les principaux. J’y ai gagné un gros mal de tête, et je les ai quittes avec un découragement qui m’a serré le cœur.

Si vous saviez la triste chose que certains livres de médecine, que tous ces traités spéciaux que l’on appelle rncmofirnphies ; tous se ressemblent, ou à peu près, quand ils traitent le même sujet ; M. A... écrit tant bien que mal son opinion sur une maladie, il indicpie sa théorie, sa manière de voir, il propose tel ou tel traitement; M. R..., (jui vient ensuite, paraphrase tout ce qu’a dit M. A...: M. C... se croit obligé d’analyser ce qu’ont

pensé MM. A... et B..., et ainsi de suite jusqu’à M. Z..., en sorte que toutes ces opinions, ramassées, controversées, blâmées ou admises, forment un petit gâchis scientifique au milieu duquel le lecteur se trouve fort embourbé.

Un médecin qui entreprend un livre et qui tombe dans l’ornière habituelle, commence par une définition plus ou moins claire de la maladie, et puis bien vite il aborde ce qu’on appelle Vhhiorique. Il analyse tout ce qu ont écrit sur la matière les Grecs, les Barbares, les Arabes, les Romains, etc. Tous ces détails n’avancent pas la question d’une ligne, mais ils avancent le livre d’une centaine de pages; d’ailleurs cela donne un air d érudition qu’on peut bien acheter par quelques heures passées dans une bibliothèque. Après la définition vient la nébuleuse question des causes, chapitre interminable dans lequel on expose le oui, après avoir exposé le non. Singulière lanterne magique, dans laquelle mille tableaux, mille opinions se succèdent pêle-mêle : cette partie fait encore cent pages, quelquefois deux cents. Très-bien!

On a trouvé dans ces temps modernes un nouveau moyen d’allonger le volume ; on fait une centaine de pages de statistique. Des chiffres! et puis des chiffres! des tableaux comparatifs! cela ne se lit jamais, cela ne prouve pas grand’chose, mais cela est savant, plus savant, très-savant. Aussi quand arrive la conclusion, le point capital de toute l’affaire, quand on aborde enfin l’article important des remèdes à employer, l’auteur, essouflé du chemin qu’il a parcouru, fatigué des recherches qu’il a faites , satisfait des longues phrases qu’il a pris la peine d’aligner, se traîne quelques instants dans les banalités, et tourne court pour s’asseoir sur cette borne de granit qu’on appelle : Fin du volume.

DE LA BAGE.

L6 livre entier a quatre ou cinq cents pages, le traitement n’en prend qu’une vingtaine; mais le traitement, est-ce que tout médecin ne l’organise pas comme il le veut?

Pour mon compte, je ne prendrai jamais une pareille méthode. Ici, d’ailleurs, dans cette publication destinée aux gens du monde, je n ai pas besoin de la gravité d’un professeur qui monte en chaire ou d’un savant qui élabore une difficile démonstration, j’aime à causer sans prétention et à laisser là les routines. Que les médecins me critiquent, peu m’importe 1 Un enfant, un nain dans la science ne saurait marcher comme ces messieurs , vrais géants académiques, scientifiques tambours-majors!

EI< »— les torts do certains Journaux.

Je crois imprudents et dangereux tous ces récits de mort, tous ces détails de tortures, toutes ces narrations plus ou moins dramatiques, le plus souvent intitulés : E ncore un cas d’hydrophobie.

Les histoires de certains vols, les descriptions romanesques de certains suicides, les épouvantables récits de quelques assassinats n’ont pas peu contribué, à mon avis, à augmenter la liste déplorable des gens qui prennent le bien d autrui , des lâches qui se donnent la mort, et des assassins qui volent la vie pour empocher la bourse du prochain.

Supposons un homme malintentionné, poussé dans le chemin glissant du désordre par la main hideuse du vice : cet homme a des passions qu’il veut contenter, et point d argent pour les satisfaire. Le malheureux ru-^t momentanément oontre les lois de l’impossibilité quHc tiennent en cage -. un journal lui tombe sous la main ve journal lui apprend le vol au bonjour, le vol au

ENCYCr.OPÉDIE DE LA SANTÉ.

change, le vol à la tire, etc. ; toutes ces descriptions ouvrent la cage à cette béte féroce, qui, après avoir étudié son rôle, va le répéter en public avec le sang-froid d’un acteur consommé.

D’un autre côté, voici un jeune homme découragé, qui a rêvé gloire et fortune ; une ouvrière qui gagne douze a quinze sous par jour, et qui s’est fourré dans la tète que le bonheur de ce monde était dans les cachemires et dans la bombance; ou bien c’est un imbécile qui se trouve déshonoré parce qu’il est mal reçu de certaines gens. Ceux-1;\ n’assassineront pas, ne voleront pas, mais ils sont pris d’un dégoût épouvantable pour la vie. — Comment sortir de cette fange? Par quelle porte quitter ce hideux spectacle? Quel moyen pour s’affranchir de toutes ces tortures?

Attendez! le journal arrive. Il va vous apprendre l’asphyxie par le charbon ; il vous dira comment on se noie résolument; il vous indiquera la manière de se brûler gaîment la cervelle; et toutes ces belles recettes seront dorées, parées, embellies par des lettres posthumes, toutes pleines de sottise et de sentimentalité. — Si vous avez le courage de vous tuer, on parlera de vous dans le journal. Comprenez-vous?

.Te désire être dans l’erreur. Mais il me semble, à moi, que toutes les descriptions des accidents de la rage prédisposent considérablement les lecteurs à périr de ce terrible accident.

Tout le monde admet que la peur d’une fièvre intermittente fait déclarer l’accès redouté. Tout le monde comprend que la peur de mour ir peut aller jusqu’à tuer les individus. Un homme tombe dans la rivière; s’il a peur de se noyer, il se noie. Un autre gravit une haute montagne et se trouve dans un chemin bordé d’un précipice; s’il jette les yeux dans le goulfre avec la crainte

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d’y tomber, ses yeux s’obscurcissent, sa tête se perd, et il se précipite forcément dans l’abîme qui semble l’appeler.

Eh bien! la rage est un gouffre tellement effrayant, que rien qu en parlant, moi, je me sens vivement impressionné. Je pose en fait que la crainte de mourir enragé est la cause, chez l’homme, delà moitié des cas d’hydiophobie; je pose en fait que la terreur inspirée par la vue d’un homme atteint d’accès nerveux qui ressemblent

a la rage, empêchant les secours, empêche toute guérison.

»«. «iigiicM cnrncférisUftiBcs du chien einngé.

Le chien pris de la rage baisse la tête, hérisse son poil, tourne les yeux, serre et traîne la queue. Il s’en va, en trébuchant, se jetant à droite et à gauche, marchant vite et s’arrêtant avec effroi. Tous ces symptômes precedent la première crise, et, chose bizarre, les animaux eux-mêmes reconnaissent le mal prêt à faire ex-

chieT'’ ^ P"'*® les autres

ms s enfuient, la basse-cour se réfugie au poulailler, chevaux hennissent et tremblent, les bœufs eux-mees semblent, par des cris plaintifs, appeler le secours.

1 ar un dernier instinct d’affection, le chien atteint de a ra^c quitte la maison de son maître. On dirait nue

morrir^^r menacent, sachant qu’il và

' "f au moins que des inconnus,

siunes de n voilà bien les

0^0,0 .i’appuie sur ce caractère,

ne cite noinî d t “ Pa'ce qu’on

âlTL^T la science de faits réels et authenti-

ins to ■ 4ue CCS avant-coureurs ne se soient

pas toujours montrés. ^

Mais il est deux caractères plus remarquables encore ,

c’est la demi-strangulation qu’éprouve le chien enragé et son horreur pour les liquides. La contraction des voies aériennes de rarrière-bouche, c’est-à-dire de la gorge, détermine une salivation abondante, pousse à la gueule une sorte de bave gluante qui devient le siège du virus et le moyen de transmission.

Ce n’est qu’après un premier accès survenu, quand la bave est bien épaisse, la gorge bien échauffée, que le poison de la rage se développe; il semble le produit de cette sécrétion irritée, enflammée. Alors le chien ne peut plus aboyer; il grogne, il a la voix rauque et comme étouffée.

Quant à l’horreur des liquides, à l’appréhension même des aliments, ces symptômes sont tellement manifestes, qu’ils me paraissent de tous les caractères les plus appréciables et les plus certains. Dans tous les faits rapportés que j’ai parcourus, dans tous les traités que j’ai étudiés, dans toutes les discussions dont j’ai recherché l’analyse, je n’ai trouvé que deux ou trois lueurs de doute sur ce sujet. Ainsi, on a parlé d’un chien enragé qui, après avoir mordu et empoisonné par ses morsures trois à quatre personnes dans un champ, s’était enfui en passant une rivière à la nage. On a parlé d’une louve, également enragée, qui, après avoir ravagé toute une étable, après avoir laissé dans chacune de ses morsures des germes de contagion, s’était mise à manger un des derniers agneaux tombés sous sa griffe. Une exception n’a jamais infirmé une règle.

Que ces deux histoires soient véritables ou apocrj'phes, il n’en reste pas moins prouvé que tout animal enragé, bien qu’il subisse une soif inextinguible, éprouve une telle horreur à la vue d’un liquide quelconque, qu’il entre en fureur en l’apercevant. L’effet est tellement prompt, tellement marqué, que chez les hommes at-

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teints d’hydrophobie la vue d’un peu de sang, d’un peu de lait, la vue de quelques larmes roulant sur la joue des assistants, a souvent suffi pour déterminer le retour des accès.

J ai cru nécessaire de m’appesantir sur tous ces détails, car enfin tout le monde craint les chiens enragés . et il est bien nécessaire qu’on ne s’imagine point apercevoir la rage dans un chien qui grogne, dans un chien qui a peur, ou dans un chien qui est pris à la gorge par cette maladie si commune qu’on appelle la maladie des chiens.

Toutes les fois qu’un chien soupçonné de rase ne fera pas peur aux autres animaux, toutes les fois qu’il n aura pas dans la gueule cette bave gluante, écumeuse caractéristique, toutes les fois surtout que ce chien n aura horreur ni de l’eau, ni des aliments, la question est toute tranchée, le chien n’est pas hydrophobe.

IT. - Pant-II tonjour» tnop les chiens sonpçonnds do rage»

Oh I sam doute, quand un chien est maniüstemeM

3 • '' -'y ’ " ■■éoriminations ni œ"

Sidérations qui tiennent.

Une fois I■anin.al tué, ii faut i'enterrer très-profondé, ment; laver avec de l’eau de chaux les murs et l'endroit OU ,1 aura été renfermé ; détruire tous les usten 1 "s nu auront serv, è lui présenter quelque chose; bS même la paille sur laquelle il aura couché, et cette be

2- faite, on doit avoir la précaution de se atert mains avec du vinaigre.

Mais c’est une imprudence que d’exterminer sur nlaep hts^ens soupçonnés de ra«e et qui „nt St ;cC:

En voici la raison ;

Jamais un chien véritablement enragé n’a pu guérir. Dès que les premiers accès se déclarent, ils vont augmentant toujours, et finissent par l’étouffer dans une période de quarante à soixante heures. Il est donc sage de garder enchaîné, enfermé, hors d’état de faire aucun mal, sans doute, mais enfin de garder certains chiens soupçonnés de rage, car, s’ils ne meurent pas, la maladie n’était point réelle, et, si la maladie n’était point réelle, les personnes qu’ils ont mordues ne sauraient être enragées. Au reste, quoique je ne sois pas tout à fait d’accord avec le conseil de salubrité pour le traitement de la rage, je suis heureux de me rencontrer avec lui dans la recommandation que je viens d’énoncer, et j’applaudis à la prévoyance de l’autorité, qui a donné l’ordre aux écoles vétérinaires de l’ecevoir et de tenir enfermés tous les chiens soupçonnés d’hydrophobie. Pourquoi dans cha- ((uo localité importante, à côté de la mairie, ou tout auprès des gendarmes, ne consacrerait-on pas une cage, une niche bardée de fer, une espèce de prison où l’on liendrait renfermés les chiens errants qui auraient mordu quelques personnes I Aujourd’hui que tout le monde s’occupe delà maladie dont nous nous entretenons, tout le monde devrait travailler à en diminuer les épouvantables résultats. S’il faut se cotiser, payer un petit impôt, que chacun mette la main à la bourse, que partout s’organisent des refuges, des dépôts, et, soyez-en persuadés, la moitié des chiens accusés de rage prouveront en ; survivant qu’ils n’étaient pas enragés. Alors les gens I mordus ])ourront se rassurer, et ne demeureront pas quarante jours et plus sous la poignante impression de la crainte et du désespoir.

DE LA RAGE

V. — La chalciii* et la soif ne sont point les causes ordinaires de In rajçe.

Ce n’est ni à la chaleur, ni à la faim, ni à la soif, qu’on doit attribuer la rage spontanée qui se déclare chez les chiens. Ce n’est pas à la chaleur , car sous le soleil brûlant d’Égypte, comme dans les sables flamboyants de l’Afrique, M. Larrey, d’héroïque mémoire, l’a parfaitetement remarqué, on ne rencontre point la rage. D’un autre côté, M. Magendie, l’homme aux grandes expériences , le pourfendeur de tant d’animaux domestiques, M. Magendie, qui a sur la conscience tant d’assassinats commis sur les chats, sur les chiens , et surtout sur ces pauvres lapins, M. Magendie s’est mis en tête, un certain jour, d’examiner si la faim et la soif détermineraient la rage chez les chiens. Il les a fait bien et dûment enfermer dans des cages ; il les a fait exposer au soleil de midi a la grande chaleur de l’été; les pauvres animaux sont morts de faim, morts de soif peut-être, mais sans la plus petite apparence d’hydrophobie. Ce fut un grand désagrément pour toutes les théories émises.

Ce n est point à l’aridité des mois de juin et de juillet qu’d faut attribuer la rage; ce n’est point aux glaces de décembre ou de janvier.

Au printemps comme à l’automne, il se passe dans animalité quelque chose d’analogue à ce qui survient dans la végétation. Chez les êtres vivants les maladies |»oussent comme les feuilles, les souffrances mûrissent comme les fruits. C’est aux influences printanières, aux •secousses automnales qu’il faut attribuer les causes déterminantes de la rage.

Les causes prédisposantes sont inhérentes à la nature du chien et du chat.

IB

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