IX. — Traitement physique
J’en ai fait l’énumération , en rapportant les détails de l’aventure personnelle qui commence l’article précédent; mais il ne suffit pas d’énumérer, il faut expliquer, il faut répéter, il faut frapper à coups redoublés, pour que l’empreinte de ces conseils reste gravée dans toutes les mémoires.
J’ai dit dans mon Cours d’hygiène populaire qu’il fallait à tous les malades une dose d’air pur et vivifiant. Or, de toutes les maladies peut-être , la suette est celle où l’aération est le plus nécessaire. Quand un homme tombe en syncope par une émotion morale comme par une cause morbide, il est d’usage de le porter au grand air. En pareil cas c’est l’instirtct qui conseille; c’est cette sagesse vulgaire pittoresquement appelée sa-
gesse des nations, qui exhorte, qui pousse, qui détermine. Et de fait, quand une personne atteinte de syncope se trouve sous l’influence d’un bon air, elle se ranime, les forces lui reviennent, elle est guérie presqu’à l’instant. J’explique dans la Médecine des Accidents et le mécanisme de la syncope, et le bon résultat du grand air dans cette occasion. Je n’ai donc point à le détailler ici. Mais ce qu’il m’importe de faire remarquer, c’est que la peur tient par plus d’un coté à la syncope proprement dite. Elle y tient si bien que souvent elle détermine des évanouissements.
Un homme tremblant, un homme effrayé est un individu dont le cœur, et par conséquent les poumons, se trouvent arrêtés, entravés, mal à l’aise. Par conséquent tous les peureux se trouvent atteints de quelques-uns des symptômes qui caractérisent la syncope. Par conséquent l’aëration lui sera véritablement efficace.
Je demande de l’air; mais remarquez bien que je ne demande point un courant d’air : le courant d’air, en effet, est à l’air atmosphérique ce que le foyer d’une lentille est aux rayons solaires; rien n’est bon, rien n’est bienfaisant comme l’influence d’un soleil printanier. C’est lui qui ravive les fleurs, qui éclaire et fait vivre le monde. Mais , si à l’aide d’un instrument de physique vous appelez et vous concentrez en un seul point la chaleur et l’éclat de l’astre des jours, vous pouvez blesser, éblouir et brûler; il en est de même de l’air atmosphérique ; rien n’est bon comme ce merveilleux fluide que les anciens appelaient notre élément; rien n’est doux à respirer comme l’air bienfaisant des campagnes, comme l’air tamisé des forêts. Mais si cet air condensé se précipite dans une gorge de montagnes, s’il arrive mugissant par une porte entrebâillée ou par une fenêtre entr’ouverte , oh ! alors, il devient refroidissant et dan-
DE LA SÜETTE.
gereux. C’est aux courants d’air que nous devons la plus grande partie de ces maladies inflammatoires que 1 on nomme angines, fluxions de poitrine, inflammation d’intestins.
ün courant d’air serait d’autant plus pernicieux au milieu du travail sudorifique de la suette, que pendant ce travail, le corps entièrement mouillé se trouve d une susceptibilité extraordinaire. Exposez la main sèche au milieu d’un bon air, vous n’y sentirez aucune sensation pénible; mais exposez dans le même milieu la main préalablement mouillée, et vous la sentirez se refroidir à l’instant; par conséquent, si tout le monde doit craindre les courants d’air, les gens atteints de la suette doivent doublement les redouter.
Avec du bon air je veux une température douce et supportable , point de vêtements exagérés , c’est-à-dire point de lits trop couverts, pas de boissons trop chaudes; je dirai plus, ne donnez au malade que des boissons à la température de la pièce qu’il habite.
Tout le monde, j’en suis persuadé, comprendra ces deux recommandations. Dans l’épreuve maladive que nous appelons suette, la transpiration d’effet qu’elle était d’abord, devient cause, et par conséquent une source de souffrances interminables.
Je vous l’ai dit ; les premiers symptômes de la suette consistent dans un accablement extraordinaire. Il y a dans cet accablement non-seulement afl’aissement moral, mais affaissement physique ; l’un et l’autre d’ordinaire déterminent une transpiration manifeste. On sue quand on a peur, on sue dans l’inanition. Or, la sueur produite par la maladie dont nous nous occupons, devient si abondante et si exagérée, qu’elle augmente à chaque instant la délibitation générale. Il est donc importanl d’éviter tout ce qui peut augmenter cette transpiration,
La surcharge des vêtements, l’excès de couverture ne font-ils pas suer d’ordinaire?
Et les boissons chaudes? Si jamais au milieu des frimas de l’hiver il vous est arrivé, après un refroidissement, d’avaler un bol de tisane presque bouillante, une tasse de bouillon d’une température élevée, non-seulement vous vous êtes trouvé réchauffé bien vite; mais vous avez senti la sueur monter à votre visage, mouiller votre poitrine, et bien souvent ceux qui vous regardaient ont vu cette transpiration bienfaisante venir perler sur votre front.
Épargnez donc les pauvres gens atteints de la suette, et n’accélérez point leur maladie en leur donnant des boissons qui puissent augmenter leur transpiration.
Enfin, comme traitement physique, je demande une légère alimentation, un breuvage un peu substantiel. Le malade a tant besoin de réparer ses forces ! Non-seulement il est accablé par la maladie; mais la sueur qu’il produit semble emporter avec elle une partie de sa résistance et de sa vitalité.
Donc il faut venir en aide et apporter quelques secours à cet homme qui vient de tant dépenser.
Je vous ai dit qu’en pareille circonstance la langue devenait sèche comme un parchemin, et que très-probablement tout l’intérieur du canal alimentaire se trouvait dans le même état; il est évident que dans une position semblable la digestion d’un aliment solide deviendrait difficile, laborieux, très-probablement même tout à fait impossible. Aussi n’est-ce ni du pain, ni des viandes que je demande, mais du bouillon, des bouillies, des fécules étendues d’eau.
Procédez avec précaution ; commencez par quelques cuillerées, et, si l’estomac les accepte, si la transformation digestive s’exécute sans trop de souffrance, dou-
DE LA SUETTE
blez, redoublez même ; il s’agit de ravitailler une place assiégée par un redoutable ennemi.