‹ Petites et grandes misèresChapitre 33 sur 63 · X. — Tralloment pharniocentlqnc · texte numérisé non relu

X. — Tralloment pharniocentlqnc

Je n’aime point les drogues, et je n’ai recours aux préparations pharmaceutiques que lorsqu’il y a vraiment nécessité.

Mon antipathie ne m’empêche pas de reconnaître l’efficacité héroïque de certains médicaments vraiment précieux; ainsi, je bats des mains devant les victoires journalières de ce tout puissant anti-péi indique que l’on appelle quinquina.

Je connais aussi bien que personne les merveilles souvent produites par l’émétique et l’antimoine.

Enfin j’ai écrit plusieurs articles pour célébrer les louanges du mercure, et pour combattre les craintes chimériques produites par le chloroforme.

Dans la suette déclarée, il est un médicament que je conseille presque toujours, et dont j’ai bien souvent constaté les bénéfices, c’est la poudre d ipecacuanha. Remarquez bien que je dis poudre, et n’allez point me chercher ce sirop vomitif toujours trop faible dans la circonstance présente et surtout trop empâtant.

Demandez au pharmacien quatre paquets, contenant chacun 30 centigrammes d’ipécacuanha ; faites prendre ces paquets au malade soit en précipitante poudre dans un verre contenant un peu d’eau sucrée, soit en enveloppant le médicament avec cette pâte fléxible qu’on appelle pain d’ange, hostie, pain enchanté. (Voyez, au reste, pour tous ces détails, le volume de cette Encyclopédie, intitulé L'Art du miqmr les Malades.)

Vous ne donnerez point ces paquets coup sur coup ;

il faut mettre entre chaque prise un intervalle de quinze a vingt minutes.

La poudre d’ipécacuanha, tout le monde le sait, détermine des vomissements plus ou moins considérables. Aussi 1 a-t-on rangé avec raison à la tête des médicaments vomitifs. Or, tout vomitif une fois ingéré, a besoin d’être aidé par une bonne quantité d’eau tiède.

Ce qu’il y a de plus terrible et de plus désagréable dans l’acte du vomissement, c’est la transe qui le précède. Effectivement, comme il va se passer quelque chose d insolite, la vitalité s’émeut, la nature lutte et regimbe; c’est pourquoi il faut chercher les moyens d’abréger cette petite torture. Eh bien ! il est deux moyens que je vais vous dire :

1° Quand 1 estomac se barbouille, quand les nausées commencent, il faut boire coup sur coup de cinq minutes en cinq minutes de grands verres d’eau tiède.

2° Dès qu’on éprouve l’envie de vomir, on peut mettre les doigts dans la bouche, et, en chatouillant la base de la langue, on détermine un prompt vomissement, on escamote en quelque sorte tous les désagréments du prélude.

Pourquoi conseiller un vomitif au milieu de la maladie dont nous nous occupons; le vomitif qui secoue tout l’organisme n’est-il point capable d’augmenter encore la transpiration?

Vous comprenez que pour forcer le canal digestif au travail extraordinaire que produit le vomissement, il faut y déterminer une action, une commotion, une irritation quelconque; vous concevez que cette irritation appellera à son tour une certaine dose de force vitale, et déterminera vers les parties où elles s’exécutent un véritable afflux sanguin. Par conséquent la concentration maladive qui dans la maladie de la suette se porte spé-

DE LA SÜEÏTE.

cialement à la peau, se trouvera déviée et rappelée au centre par l’action irritante du médicament que je conseille d’avaler.

De plus, le vomitif excitant spécialement les glandes salivaires, débarrassera la partie supérieure du tube digestif de cette sécheresse désolante qui l’empêche de remplir ses fonctions.

D’ailleurs, en recommandant un médicament, il est inutile de vouloir en expliquer les effets. Qui a jamais pu dire comment le soufre guérit des dartres, et comment l’iode raffermit certains tempéraments ?

Si je recommande l’usage de l’ipécacuanha, c’est que d’une part c’est un médicament incapable de produire de sérieux désordres ; et, de l’autre, c’est que dans les suettes bien caractérisées je l’ai vu produire les meilleurs résultats.

FIÈVRE TYPHOÏDE

f. C’est vraiment une maladie redoutable»

II n’est pas d’années où la fièvre dite typhoïde n’apparaisse dans quelques départements de la France, avec ce caractère destructeur, dévastateur, mortel qui caractérise les plus graves épidémies.

Que de fois, obligé de demander des nouvelles d’une famille depuis longtemps absente, on se trouve souffleté par cette réponse : Tel enfant est mort, monsieur un tel a succombé, madame une telle n’existe plus.

— Ah ! mon Dieu 1 mon Dieul s’écrie le questionneur troublé ; par quel malheur? de quelle manière? de quelle maladie?

Deux fois sur trois on répond alors :

— Ils ont été frappés par la fièvre typhoïde !

Demandez aux personnes charitables qui sympathisent avec tous les malheurs de leurs départements; demandez-leur des nouvelles d’un bourg qu’ils visitent de temps en temps; d’un village où ils ont des relations, en un mot de tout le canton qu’ils habitent, et trop souvent, hélas! ils vous diront :

— La fièvre typhoïde nous a enlevé bien du monde cette année.

Enfin, et principalement, questionnez les hommes qui s’occupent de soigner leurs semblables; interrogez les bonnes sœurs de charité, providence ordinaire de tous les malades qui les entourent; interrogez le vénérable pasteur du hameau; interrogez cet homme méritoire, ce soldat toujours en guerre, ce héros de dévouement et de fatigue, que l’on appelle un médecin de campagne, et soyez-en sûrs on vous répondra sept à huit fois sur dix :

— La fièvre typhoïde nous a donné bien du souci ; elle a terrassé et fait périr une bonne partie de nos intéressantes populations.

II. — Exagération tics systènics médicaux; typhoïdisnic de notre époque.

De même que la mode réglemente les costumes de chaque génération, le système tyrannise les sciences et marque d’un cachet spécial cette étude difficile qui constitue l’art de guérir.

Il fut un temps oü tous les médecins, prenant au sérieux ces légères maladies nerveuses, que nous appelons aujourd’hui névralgies, ne voyaient partout que des vapeurs plus ou moins dangereuses. Vous aviez mal à la tête, mal à la poitrine, mal aux entrailles; dès que vos souffrances n’avaient point un caractère aigu bien prononcé, vous étiez atteint d’une vapeur qui vous tourmentait le cerveau, ou bien d’une vapeur qui torturait les intestins, ou d’une vapeur qui entravait le jeu si nécessaire des organes pulmonaires.

Sans vouloir remonter bien haut, qu’on nous permette de rappeler les enseignements pittoresques de cet

FIÈVRE TYPHOÏDE

homme de talent, mais sophiste à l’excès, qui ne voulut voir dans toutes les maladies qu’une inflammation plus ou moins intense, que àtsphlegmasies. Les gastro-enterites de Broussais ont trouvé tant de partisans dans le monde médical, que les trois quarts au moins des jeunes gens qui étudiaient alors et pratiquèrent ensuite l’art si difficile de guérir, s’imaginèrent que toute la thérapeutique pouvait se résumer dans le traitement des affections franchement inflammatoires; qu’un homme ne devait exercer la médecine qu’en ayant toujours à la main la lancette et les ventouses , et que toute la stratégie médicale se trouvait restreinte à deux moyens : les saignées soit locales soit générales, et les boissons délayantes, c’est-à-dire l’eau de gomme ou de chiendent.

Aujourd’hui, nous vivons en plein air de typkoïhsme. Pour un grand nombre de médecins, et par conséquent pour un plus grand nombre encore de gens ignorants , toute maladie douteuse, toute fièvre d’un mauvais caractère, toute affection qui ne suit point sa marche naturelle et fait craindre, par la débilitation qu’elle détermine, des périodes dangereuses ou un dénoùment funeste, est dite et réputée fièvre typhoïde.

— Vous avez des saignements de nez. Monsieur?

— Oui, Docteur.

— Avez-vous éprouvé quelques gargouillements dans le ventre?

— Quelques-uns.

— Des gardes-robes?

— Beaucoup ou beaucoup trop, Docteur.

— Montrez-moi vos gencives Diable! il y a là une

sécrétion anormale; des saburres; une menace fuLliyinosité... C’est bien. Monsieur, ne vous effrayez pas; votre maladie ne peut finir du jour au lendemain, mais nous devons tous en espérer la terminaison prochaine.

1er, ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.

Le médecin, en prononçant ces dernières phrases, croit remplir, aussi consciencieusement que possible, le rôle de rassureur moral, que lui prescrivent et la raison et la simple humanité.

Il dit ; mais dès qu’il est seul au milieu de la famille ou des amis ; il veut rentrer dans la vérité, mettre sa responsabilité à couvert, et c’est du ton le plus magistral, mais en même temps le plus diplomatique possible, qu’il annonce les débuts alarmants d’une fièvre

typhoïde 1 1

III. — La flèvre dite typhoTdo anjoard’hui n’est pas du tout le typhus proprement dit.

Le mot typhus vient d’un mot grec, qui signifie stupeur, et franchement la maladie épidémique, que l’on appelle typhus, est bien faite pour effrayer les gens.

Le typhus, en effet , est un fléau épouvantable, analogue à la peste, plus meurtrier souvent que le choléra; le typhus est une maladie éminemment contagieuse , effroyablement mortelle ; le peuple le sait , les ignorants eux-mêmes finissent par l’apprendre. Il y a dans les narrations des vieux parents ces intarissables conteurs, des détails qui font trembler d’effroi tous ceux qui les entendent. « Le typhus, un jour, s’est « déclaré dans telle contrée... il a tué en quelques se- « maines les deux tiers de la population... on a cru aux « empoisonnements, à toutes sortes d’atrocités politi- « ques ; on a quitté les malades, abandonné les morts, « déserté toutes les habitations, etc., etc. » Aussi, quand on entend parler de fièvre typhoïde, on rêve tout de suite du typhus, on le voit apparaître avec son épouvantable figure, on s’attend à ses infernales dévastations.

FIEVRE typhoïde. 167

Il est bon de le dire à tout le monde, la fièvre typhoïde n’est point du tout le typhus.

Il est des fièvres typhoïdes qui ne durent pas plus de sept à huit jours, comme il en est, il faut l’avouer , qui durent trois, quatre, et cinq fois sept jours, c’est-à-dire quatre ou cinq septénaires.

Le typhus pestilentiel frappe les victimes avec l’instantanéité de la foudre. Il pardonne moins souvent qu’un coup de sabre ou qu’une balle de pistolet ; il est presque toujours aussi inexorable que la rage. La fièvre dite typhoïde, au contraire, parcourt un bon nombre de fois toutes ces fatales périodes, sans déterminer des accidents trop dangereux. Non-seulement cette prétendue fièvre typhoïde est souvent guérissable, mais dans bien des cas, elle se guérit toute seule, par les simples efforts de notre nature.

IV. — C’oflt une lièvre générale^ frappant spécialement «ur la vitalité.

C’est qu’en effet il est bien important de spécialiser, de définir ce que l’on doit appeler fièvre typhoïde.

Pour un bon nombre de médecins, c’est une fièvre d’empoisonnement.

Pour ceux-ci, c’est une fièvre purement inflammatoire.

Pour ceux-là, c’est un mouvement fébrile, analogue à celui qui accompagne la rougeole ou la petite vérole. C’est une fièvre simplement éruptive , mais dont l’expansion se porte spécialement sur la muqueuse intestinale, où elle détermine l’inflammation et l’érosion d’un certain nombre de monticules, cryptes ou plaques, de ces tubercules, si minutieusement décrits par Peyer et Brummer.

Il est vrai que cette expansion intérieure, cette éruption spéciale à la muqueuse est accompagnée d’une coïncidence, ou si vous l’aimez mieux, d’une sympathie. La peau du ventre et de la poitrine, c’est-à-dire la surface cutanée, voisine des intestins, se revêt de petites taches rosées, bien moins larges que des lentilles, et que cependant l’on a surnommées taches lenticulaires.

Il en résulte que certains médecins ont regardé ces taches comme l’un des caractères les plus importants de la fièvre dont il s’agit.

Eh bien ! au risque de brusquer bien des susceptibilités, de contrecarrer bien des croyances et de renverser bien des erreurs, je me crois en droit de déclarer que la fièvre dite typhoïde, n’est point le résultat d’une contagion, n’est point simplement inflammatoire, n’est point une conséquence de l’éruption folliculeuse qui se passe dans l’intestin, encore moins, par conséquent, de l’éruption roséolée qui apparaît à l’extérieur.

Le sentiment que je vais émettre, le jugement que je vais prononcer, fort heureusement pour la science, n’émane pas de moi tout seul : Récamier l’a dit, Récamier l’a démontré ; la fièvre dite typhoïde, est une fièvre générale portant spécialement sur la vitalité.

Adressant ces renseignements à des lecteurs qui n’ont aucune notion de la physiologie, et par conséquent de la vitalité, proprement dite, je n’entrerai point dans les divisions assignées par l’illustre professeur dont nous venons de parler. Qu’importe aux gens- du monde les fièvres sthéniques et asthéniques, les fièvres ataxiques et les fièvres réfractaires. Sans doute, Récamier ouvrait un vaste champ aux réflexions du patricien et éclairait de son génie toutes les recherches des gens désireux de savoir, lorsque, avec ce style magistral et serré qui rappelait

’ FIÈVRE TWHOÏDE.

les axiomes du grand Hippocrate , il entrait hardiment dans toutes ces considérations. Mais ici de semblables détails seraient mal compris, et par conséquent inutiles : le seul renseignement qu’il m’importe d’enregistrer, c’est, qu’au dire de l’illustre maître, la fièvre appelée typhoïde n’est point simplement une fièvre inflammatoire, une fièvre exenthématique, mais bien une fièvre biosique, c’est-à-dire une fièvre portant spécialement sur la vitalité.

C’est pour cette raison que cette maladie est caractérisée par un foule de symptômes, qui sont la conséquence de la débilitation ; permettez-moi d’entrer dans quelques détails.

— Son action sur le tube digestif»

Dès que cette fièvre particulière est déclarée, la foudre a frappé, elle a spécialement ébranlé les trois colonnes du grand édifice qui constituent l’existence ! Les trois fonctions fondamentales de la vie, les trois piliers de la vitalité proprement dite, sont — je l’ai fait remarquer dans mon Cours d’hygiène ; — l’appareil digestif, l’appareil circulatoire et respiratoire, et ce double appareil qu’on appelle système nerveux.

La fièvre typhoïde exerce sur le tube digestif une action si manifestement délétère que bien des auteurs ont prétendu qu’elle n’était qu’un symptôme de la désorganisation de cet important appareil.

En vérité, l’erreur était bien pardonnable, dès que la fièvre typhoïde apparaît, la bouche se sèche, la langue, d’abord grasse et gluante, finit par se raccornir et se fendiller, comme un morceau de chair soumise à l’action du feu.

Ce n’est pas tout : les gencives se couvrent d’une exu-

dation toute particulière qui, d’abord blanche, diaphane, et presque imperceptible, s’épaissit, se rembrunit et finit par encombrer les deux mâchoires d’un mortier noirâtre et fétide que les médecins ont appelée fulliginosité.

J’ai expliqué dans mon Cours d’hygiène que la langue était le miroir de l’estomac, ce qui veut dire que, quand la langue est si sèche, si râpée, si malade, la muqueuse qui tapisse l’intérieur du centre digestif présente nécessairement quelque chose d’analogue.

Or, mettez sur la langue desséchée d’un individu ai, teint de fièvre typhoïde quelques gouttes d’un breuvage rafraîchissant, une petite portion d’une boisson tonique excitante et réparatrice, la langue n’en sentira rien, le palais, la gorge et les joues n’en seront même point avertis, parce que l’organe du goût, non-seulement est affecté d’une sécheresse déplorable, mais atteint d’une maladie désastreuse.

Ainsi se passent et sont en quelque sorte escamotées, les sensations et les travaux ordinaires de tout le tube digestif.

La transformation alimentaire se fait mal, l’afflux des liquides nécessaires pour changer le chime en chyle se trouve considérablement appauvri, et il en résulte de mauvais matériaux pour la réparation générale.

Que m’importe l’irritation de l’intestin grêle 1 Pourquoi mettre en première ligne l’inflammation des plaques qui parsèment cet organe? Sans doute, ces plaques une fois enflammées peuvent produire des abcès, et ces abcès, peuvent déterminer des perforations; accident notable, puisqu’il est mortel; mais, j’en ai la conviction, l’inflammation des plaques de Peyer ne doit pas être regardée comme cause , mais bien comme résultat. La preuve en est, que des gens atteints de fièvre

FIÈVRE TYPHOÏDE. 171

typhoïde, ont succombé à cette affection avant d’avoir la moindre inflammation et par conséquent la moindre ulcération sur les plaques sus-mentionnées.

Vous allez voir, du reste, comme cette conviction va rendre facile l’explication de tous les symptômes qui nous restent à noter.

action snr la clrcnlailon dn sang»

C’est la transformation des matières alimentaires qui fournit les matériaux indispensables à ce liquide nourricier que l’on appelle du sang.

J’ai expliqué que le sang veineux était bien différent du sang artériel ; j’ai montré que l’organe de la respiration était chargé de changer le sang noir en sang véritablement nourricier. (Voyez le Cours d’ Hygiène publié dans \ Encyclopédie de la santé.) Or, nous disons que la fièvre typhoïde est un mal qui diminue de moitié, au moins, la force de chaque organe, et qui entrave par conséquent le travail de toutes nos fonctions.

Suivez bien cette explication, je vous prie, elle est un peu scientifique, mais j’espère la rendre assez limpide pour que tout le monde puisse y voir clair.

L’homme est attéré, appauvri, manifestement débilité. Par suite cette délibitation, la transformation alimentaire se fait mal ; par suite de cette mauvaise élaboration, les matériaux destinés à pourvoir le corps entier, non-seulement de nourriture, mais de chaleur et de force, se trouvent dans les plus mauvaises conditions. D’une part, les matériaux sont mauvais , de l’autre, la mécanique est entravée, la respiration se fait avec peine, les battements du cœur sont désordonnés et nécessairement la vie se trouve en péril.

Via. — Son action «nr le système iimsciilaire et sur l’appareil nerveux.

J’ai dit que le sang était le grand modérateur des nerfs; j’ai démontré que la première condition d’une parfaite santé était l’équilibre de la force nerveuse d’une part, de la force sanguine de l’autre. Or, dans les fièvres dites typhoïdes, comme il y a prostration , débilitation générale, non-seulement le système nerveux, mais tout l’appareil musculaire se trouve enchaîné, entravé et rappelle les désolantes impuissances de toutes les paralysies.

Comme il y a faiblesse du système nerveux, toutes les sensations, toutes les pei’ceptions se trouvent perverties. Plus d’intelligence vigoureuse ; les malades prétendent que leur tête est vide et c’est à peine s’ils peuvent réfléchir et penser. Les yeux sont d’une débilité extraordinaire, les oreilles sont affectées de surdité ou de bourdonnements. Quelquefois, cependant, à côté de ce silence nerveux, se produisent des cris, des exacerbations, des souffrances véritables; on ne peut apercevoir une lumière sans en éprouver de la douleur ; on ne peut entendre le moindre son sans en être profondément affecté.

Ce qui se passe dans les organes importants des différents sens, a lieu par la même raison dans les papilles nerveuses qui viennent s’eflleurir à la peau, ou qui vont présider aux sensations internes de toutes les grandes cavités. Le système nerveux est l’organe spécial de la sensibilité et du mouvement. Coupez un nerf, et toutes les portions musculaires et toutes les parties cutanées où se rendaient ce nerf et ses divers embranchements, tombent dans l’insensibilité et la paralysie.

En conséquence, les masses charnues et toute l’enve-

FIÈVRE TYPHOÏDE

loppe humaine, prenant leur part, eux aussi , de la débilitation déterminée par la fièvre typhoïde, agissent mal ou n’agissent plus, sentent exagérément ou ne sentent pas du tout. De là des paralysies partielles, de là des érosions, des écorchures; que dis-je? des écorchures, des ulcères et des symptômes de gangrène I Dans certaines fièvres typhoïdes, en effet, il semble que le malade se trouve tué pièce par pièce, et il meurt en quelque sorte par morceaux.

TlIIa — De générale qu'elle était, la (lèvre typho’ide (end ù localiser son action.

Je comparerais volontiers la fièvre typhoïde à l’une de ces révolutions sinistres qui, de temps en temps, s’abattent sur un empire, épouvantent toutes les sociétés et bouleversent pitoyablement les États.

Hélas! depuis un demi-siècle, la France en a plus d'une fois ressenti les secousses, et il est bien peu de mes lecteurs qui n’aient pu en considérer quelque exemple. Permettez-moi de vous remettre sous les yeux quelques-uns des détails de ces calamités. Prenons pour échantillon les terribles journées de juin , dans l’année 1848. Tout était préparé pour une émeute; le gouvernement, mal assis, n’avait ni assez d’expérience pour prévoir, ni assez de popularité pour se défendre. Un triste jour, voilà que toute la capitale retentit des glas funèbres de la générale, le tocsin se fait entendre et tous les habitants paisibles s’interrogent épouvantés! Des barricades s’élèvent de toutes parts; l’insurrection éclate dans pinceurs quartiers à la fois , et sans le courage de la garde nationale, — qu’on a si souvent tournée en ridicule, — sans l’énergie de notre brave armée, Paris, mis à feu et à sang, était menacé du plus effrayant des chaos.

17i ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.

Heureusement les défenseurs de la société se réunissent et livrent bataille; heureusement les révolutionnaires faiblissent et reculent, et, après une bataille de plusieurs jours , les émeutiers se trouvent rejetés dans un seul et unique quartier.

Ce n’est point ici le lieu de redire la sanglante histoire du faubourg Saint-Antoine, l’admirable martyre de l’archevêque de Paris, la victoire chèrement achetée par des généraux faits à tout autres combats; ce que je tiens à bien constater et à bien faire remarquer, c’est qu’après avoir bataillé dans tous les quartiers de Paris , l’émeute vigoureusement combattue fut contrainte de se renfermer dans un seul et unique faubourg.

Oh ! sans doute, si la victoire n’était pas restée du côté de la civilisation , bien que momentanément localisée dans un seul endroit, l’émeute triomphante se serait répandue de nouveau dans toutes les rues de notre grande cité; elle eût envahi tous les postes de quelque importance, et qu’en serait-il advenu, grand Dieu 1 Remercions le ciel qui nous en a préservé.

Eh bien ! ce qui se passe dans une révolution de cette nature s’exécute d’une certaine façon dans la révolution vitale que nous avons appelée fièvre typhoïde.

Tout d’abord la terreur est partout; l’épouvante est de tous les côtés; la fièvre est générale; mais à cette action menaçante, s’oppose bientôt une réaction naturelle et plus ou moins vigoureuse, alors l’ennemi combattu se retranche dans certains quartiers, il se concentre soit dans la cavité abdominale, soit dans les organes pulmonaires, soit, enfin, dans l’importante région qu’habite le centre nerveux.

S’il reste vaincu, le malade peut chanter victoire, la fièvre typhoïde est en déroute et aux angoisses de la

FIÈVRE TYPHOÏDE

souflrance succèdent les jours si désirés de la convales-

Mais il faut être bien averti delà localité où se réfugié l’ennemi ; il ne faut point vouloir combattre une inflammation intestinale, quand il s’agit d’une fluxion de poitrine, et toujours attentif aux symptômes qui partent de la tète, il faut bien voir si la fièvre ne tente pas d attaquer le cerveau.

. - Marche par étape 5 crises et changcinents h

vue»

Encore deux ou trois mots scientifiques, encore quelques détails physiologiques, et quittant les généralités, nous aborderons l’importante série des applications.

Toute maladie aiguë affecte une marche régulière, et, par une bizarrerie inexplicable, elle adopte des périodes, des moments d’exaspération, des jours de trêve et de repos.

Ainsi bien des fièvres éruptives (c’est-à-dire déterminant des boutons à la peau), adoptent des phases identiques-, elles ont tant de jours pour s’annoncer, tant pour apparaître et se développer, tant pour se flétrir, se dessécher et disparaître définitivement. Pour la rougeole et pour l’érésipèle, par exemple, c’est une affaire de neuf jours.

La fièvre typhoïde, elle, marche sept jours par sept jours. Le médecin qui en découvre les premiers symptômes , peut indiquer presqu’à coup sûr les jours où la maladie changera de face , les jours où elle pourra s’affaiblir on s’exaspérer, les jours enfin où s’exécuteront ces transformations que l’on appelle crise. — Une crise est le moment où s’opère les concentrations et réactions dont nous parlions un peu plus haut.

Une crise, a dit quelque part mon ami le docteiu’

encyclopédie de la santé.

Charmasson, instruit là dessus par l’illustre professeur Recamier, une crise est la localisation dans un organe du corps d’une maladie tout d’abord générale.

On comprend que si cette crise a lieu sur un organe important, elle met la vie en péril. Si elle a lieu, au contraire, sur un organe sécréteur, sur les glandes sudorifères ou sur la vessie , elle devient précieuse et bienfaisante. C’est ainsi que la transpiration dans certaines maladies, que des urines abondantes dans d’autres affections, deviennent le signal d’une détente, et les premiers symptômes du rétablissement.

X. — .«pitlication ! — Tontes les causes débilitantes peuvent causer la fièvre typhoïde.

Cette vérité ressort de tout ce que nous avons dit un peu plus haut, et je tiens à la bien faire ressortir, pour faire comprendre que mes digressions n’ont pas été tout à fait inutiles.

lant de médecins, je le disais en commençant, considèrent la fièvre typhoïde comme un empoisonnement;' tant d’autres la considèrent comme une inflammation pure et simple; tant d’autres, enfin, la regardent comme une fièvre éruptive (dont les boutons apparaissent sur cette peau particulièi’e que l’on nomme muqueuse), que l’on voit bien des batailles perdues par les fautes de stratégie que causent ces différentes erreurs. Les uns saignent à outrance, les autres purgent exagérément, les troisièmes n’ont recours qu’aux boissons délayantes. Tous ont tort, parce que la fièvre typhoïde est une attaque directe à la vitalité, et que tout ce qui débilite, facilite le développement de cette maladie.

Autre conséquence. Il est un bon nombre de causes débilitantes auxquelles on ne fait point assez d’attention, et

fièvre typhoïde.

qui deviennent fréquemment les sources de la makdie Lt nous nous occupons. Tels sont les excès intellectuels ou physiques, la malpropreté et le méphitisme qu’elle engendre, la mauvaise nourriture et le peu de réparation qu’elle fournit, telle est surtout la peur ; la peur au visage blême, à la tête creuse, aux jambes tremblantes, la peur toujours niaise et par conséquent ridicule. En vérité, c’est une bien cruelle ennemie que la peur, et elle nous jette trop souvent dans les précipices

les plus dangereux.

En vous parlant de la rage, j’ai montre que la peur la faisait souvent déclarer ; en traitant du choléra , j ai avancé que la peur tuait la moitié au moins des cholériques. Au sujet de la suette, j’ai dit que la peur seule rendait souvent cette affection redoutable, et voilà, qu’à propos de fièvre typhoïde, la quatrième misère dont nous nous occupons, j’accuse la peur de répandre et de

multiplier ce redoutable fléau.

Je vous certifie cependant que ce ne sont point là des accusations systématiques, les preuves sont en grand nombre pour appuyer mon assertion. Qu’on examine et que l’on réfléchisse, la peur n’est-elle pas une des causes les plus débilitantes d’ici-bas?

■jjl, llè%Te typhoïde est épîclémiqucj mais on peut ■*évo€|iicr en doute sa qualité contagieuse»

Je pourrais répéter ici tout ce que j’ai dit au sujet du choléra; je n’ai jamais compris les fossoyeurs scientifiques qui, la cornue sous le bras, le microscope dans la poche et le scalpel à la main , s’ingénient à creuser les (fuestions les plus dangereuses.

Ehl pour Dieu, Messieurs, laissez donc vivre notre monde un peu tranquille? Vous avez des raisons de croire

àlacontagion, dites-vous, mais vous ne pouvez révoquer en doute qu’il y a des raisons contre.

Et que m importe à moi le bonheur que vous avez eu de pouvoir, dans telle ou telle circonstance, suivre la marche de la maladie qui nous occupe, de pouvoir en quelque sorte nous en fournir la généalogie? Un tel est arrivé, dites-vous, encore bien portant en apparence, mais apportant les germes de la fièvre typhoïde ; la fièvre s’est déclarée avec une intensité considérable, bientôt la sœur du malade est tombée malade à son tour, puis une voisine, puis un voisin.

Qu’est-ce que tout cela prouve, mes chers confrères? Que la fièvre typhoïde est déterminée par toute cause débilitante. Votre voyageur s’était probablement fatigué outre mesure, sa sœur se sera inquiétée, fatiguée, elle aussi, les voisines ont eu peur, les voisins ont tremblé, et voilà comment la maladie a gagné de proche en proche. Vous hochez la tête d’un air dédaigneux, vous vous drapez dans votre scientifique conviction. Ma foi, vraiment, tant pis pour vous ; montrez-moi le virus de la fièvre typhoïde , comme celui de la variole, comme celui de certaines maladies spécifiques ; tâchez d’inoculer la maladie, si vous le pouvez ; alors, mais seulement alors, — et tout en haussant dédaigneusement les épaules à mon tour, — je vous donnerai gain de cause , et j’avouerai que vous avez raison.

Ce qu’en attendant je puis déclarer, certifier et prouver au besoin , c’est que la fièvre typhoïde ne se gagne pas par le contact ; c’est que les émanations putrides des malheureux tués' par cette maladie ne sont pas même manifestement dangereuses.

Donc, il ne faut pas craindre de soigner une personne atteinte de fièvre typhoïde; il ne faut pas s’émouvoir et trembler, parce que dans le même bourg, dans la môme

FIÈVRE TYPHOÏDE, 179

maison, dans le même appartement se trouvent des gens atteints de cette maladie désastreuse, et j’estime que ces assertions sont bien plus humaines, et, par conséquent, bien préférables à toutes les vôtres.

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