‹ Petites et grandes misèresChapitre 34 sur 63 · XII. — Précaution# i» prendre cependant · texte numérisé non relu

XII. — Précaution# i» prendre cependant

Je recommande le courage et j’anathématise la pusillanimité, mais pourtant je demande de la prudence. Déjà, à l’occasion du choléra , j’ai parlé des dangers qu il y avait à respirer l’haleine des malheureux atteints de cette terrible maladie. Pour appuyer ce renseignement , j’avais l’opinion écrite du professeur Récamier; nonseulement j’avais son opinion , mais j’avais son expérience *, car c’était en s’exposant aux émanations respiratoires des cholériques que l’illustre professeur avait senti la transmission et l’invasion du choléra.

Ici, je n’ai point à mettre en avant une si grave autorité, et j’ai recours, pour appuyer mes préceptes, aux observations journalières de quiconque examine, constate et réfléchit.

Quand un individu a mauvais estomac, quand un homme éprouve des digestions lentes et pénibles, nonseulement il éprouve des malaises intérieurs, non-seulement il se plaint de pesanteur et de douleurs poignantes , pongitives, pour parler le langage incompréhensible des savants, douleur qui correspond à la région occupée par le centre digestif. Mais cet homme, ce malade, non-seulement a mauvaise bouche, mais exhale une haleine nauséabonde et souvent fétide. Or, cet expiration méphitique produit , sur toutes les personnes qui s’y trouvent exposées , dégoût et répulsion d’abord , puis malaise, puis enfin l’éruption de petits boutons du côté des lèvres , quelquefois môme au milieu des joues.

Ces boutons naissent, croissent, se dessèchent et dispa- ' raissent en moins de deux ou trois jours. Ce n’est qu’un petit mal par conséquent.

Mais, si la simple haleine des gens atteints d’un mal d’estomac, des individus habitués à des digestions laborieuses, peut être dangereuse à respirer pour les personnes les mieux portantes, à plus forte raison la respiration nauséabonde d’un malade atteint de fièvre typhoïde doit-elle être pernicieuse, et par conséquent doit-elle être évitée.

Je l’écrivais, il y a deux ans, à propos d’une épidémie typhoïde survenue au beau milieu de Paris ;

Toutes les personnes qui gardent les gens atteints de la fièvre typhoïde pourront savoir qu’il s’agit d’une fièvre de cette nature par l’espèce de croûte charbonneuse qui se forme sur la langue, par les mucosités gluantes qui encombrent les lèvres et les dents du patient. Alors... oli ! alors on devra se garder d’aller respirer trop directement les exhalaisons fournies par la respiration du malade , alors on aura le soin d’ouvrir de temps en temps l’appartement où le malade se trouve couché I De l’air, du bon air ! Couvrez bien le malade et ouvrez de temps en temps sa fenêtre! Cette aération sera salutaire à tout le monde; au malheureux fiévreux, qui n’a plus d’alimentation possible que dans l’air qui l’entoure et dans les boissons dont on l’abreuve. Il profitera surtout à ceux qui gardent et qui soignent le malade.

Je suis persuadé que cette simple précaution serait un excellent moyen de juguler, d’étrangler, d’arrêter au moins les épidémies de cette nature lorsqu’elles éclatent.

Je donnerais encore bien d’autres détails, mais je m’aperçois qu’en me recopiant j’empiète sur le grand cha-

FIÈVRE typhoïde.

pitre de l’hygiène, c’esl-à-Uire sur les moyens à prendre pour prévenir la fièvre typhoïde.

XIII. - Moyens préventifs. - Hygiène. - Combat do toutes les CAUSC9 «lébllitAnles»

Les causes débilitantes sont en grand nombre. J’ai pris le soin d’en énumérer quelques-unes, mais je n ai mentionné que les principales. Il me faudrait recommencer tout mon cours d’hygiène , retracer de nouveau les inconvénients delà malproprété, les dangers dune nourriture malsaine, les fâcheux résultats des vetements insuffisants. Je renvoie à mes préceptes, et je ne yeux m’arrêter que sur une cause toute spéciale, le méphitisme de certaines localités.

Il est très-vrai qu’à propos des habitations, j’ai dénoncé les inconvénients des eaux bourbeuses et croupissantes, mais il me semble que je n’ai point assez appuyé sur cette importante question.

L’eau est un liquide si nécessaire à tous les besoins de la vie , que tout être doué de l’existence la demande , la recherche et l’aspire, et, quand je dis tout être doué de l’existence, j’entends, non-seulement les hommes, mais les animaux, mais les plantes elles-mêmes... Passons sans discuter, car nous pourrions être entraînés fort loin par cette petite digression.

Comme les hommes ont un besoin quotidien d’une eau plus ou moins pure , comme les animaux domestiques en réclament eux aussi une dose considérable, chaque ville voudrait avoir une rivière , chaque village ambitionne un étang , chaque ferme cherche à se procurer une source. Comme on ne crée point les rivières à discrétion , comme les étangs d’eau vive sont assez rares, comme les sources enfin ne sont point très-mul-

182 KNCYCLOi'ÈDIE DE LA SANTÉ.

ti pliées, on supplée à leur absence par des moyens artificiels , et de là nous viennent tant de canaux remplis d’eau nauséabonde, tant de mares fétides, tant de trous humides , que l’on décore du beau nom de puits.

Or, il est tels et tels canaux, tels étangs, telles mares qui sont pour bien des pays des causes permanentes de fièvre typhoïde. Comment? par les odeurs nauséabondes et méphitiques qu’ils répandent dans toute leur contrée.

— Que voulez-vous faire à cela? me dira un critique.

— Ce que je veux faire, c’est montrer le mal. Ce que je veux faire, c’est demander aux administrations une surveillance capable d’empêcher tous ces dangers. Ce que je veux faire enfin , c’est plaider la grande cause de l’assainissement général.

N’est-il point, au milieu de ces contrées, des gens un peu plus riches que les autres; de gros propriétaires, quelquefois môme de nobles châtelains qui répandent dans tout le pays des miettes de leur opulence, qui , souvent poussés par la plus louable humanité, font travailler à leur habitation, inventent des terrassements, se cotisent pour faire des routes, uniquement, remarquonsle bien, pour faire travailler ceux qui n’ont point d’ouvrage, pour obliger, au nom du salaire, au lieu d humilier par un semblant d’aumône.

Eh bien I que ces braves gens abandonnent un moment leurs murailles, leurs fossés et leurs terrassements ; qu’ils consacrent tout l’argent qu’ils dépensent pour eux à l’assainissement de leur pays ; qu’ils fassent dessécher les marais; qu’ils demandent a la science des puits artésiens, des sources d’eau vive, capables de laver et purifier ces étangs, ces trous ignobles, ces mares infectes. Que, de par le droit municipal, après avoir donné l’eau nécessaire aux habitants et aux bestiaux, ils

FIKVRE TYPHOÏDE.

obligent les gens routiniers à combler, et à murer au besoin, les puits malodorants qui servent à leurs usages journaliers, et je vous le déclare avec toute la conviction d’un homme qui a profondément étudié le sujet, nous verrons cette fièvre désastreuse, dite si malheureusement fièvre typhoïde, diminuer au moins des neuf dixièmes dans notre bon pays de France.

UV. — Invasion. — TraUenicnt spécial de cette première

période.

Nous attendrons longtemps encore, je le sais, avant que les vœux hygiéniques de toutes les personnes expérimentées soient exaucés complètement. Ce que j’en dis n’est point pour décourager les hommes dévoués, les savants consciencieux, dont toute l’ambition est de plaider pour le bien public. Mais , tout en désirant le succès de leurs travaux et la victoire de leur philantropie, mon devoir est d’indiquer les moyens de supporter de trop fréquentes défaites.

La fièvre typhoïde est déclarée j elle est survenue par une cause épidémique, ou par une raison complètement inconnue, mais enfin la voilà :

Prostration, affaiblissement, débordement d’entrailles, visage caractéristique, langue gluante, bouche encombrée de saburres, fièvre bizarre, et d’un caractère hyipocrite; ce sont bien tous les symptômes de ce qu’on appelle généralement fièvre typhoïde.

Que faire alors? comment arrêter le mal? comment conjurer les accidents ordinaires de cette sinistre maladie.

Tout d’abord, il faut rassurer le moral ; il faut dire et Tépéter au patient qu’il n’est point atteint d’un mal incurable, bien s’en faut; que sur 100 personnes atteintes

de fièvres typhoïdes, il y en a 90 qui guérissent, ou qui ne succombent que par des imprudences.

Une fois le moral relevé, si vous avez affaire à une constitution robuste, à un organisme doué d’une certaine résistance, laissez passer tranquillement la tempête, abandonnez l’ennemi aux simples forces de la nature : tranquillité d’esprit, séjour au lit, boissons délayantes, diète momentanée; n’exigez rien davantage, et vous verrez la maladie, semblable à ces ours carnassiers qui ne touchent point au chasseur, assez habile pour faire le mort , tourner et retourner le malade pendant quelques jours, et puis se retirer sans lui avoir fait aucune blessure considérable.*

La médecine expectante, la médecine expectantel... Si vous saviez que de maladies se guérissent par ce système; rappelez-vous Fabricius et ses victoires. Le célèbre Romain avait été nommé le temporisateur, et c’était en temporisant qu’il finissait toujours par rester victorieux. Il en serait souvent ainsi de nos batailles médicales, si l’on nous laissait agir suivant les nécessités; si par des interrogations, des récriminations et des préjugés, on n’influençait pas si souvent les décisions du médecin.

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