XV. — I.CS purgatifs
On a représenté les purgatifs comme des antidotes . certains de la maladie typhoïde. On a fait un système ■ d’une observation pi’écieuse 1 je le regrette pour deux . raisons : la première, c’est que je déteste les systèmes;, la seconde, c’est que je vais conseiller les purgatifs, et que je ne voudrais point avoir la réputation clesysté--
matiser.
3c ne crois pas que la fièvre tvphoide soit le résu -
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tat (l’un empoisonnement. 3’ai déjà dit ce que je pensais de sa nature et de ses différents caractères ; mais si je rejette l’hypothèse d’empoisonnement, je ne puis nier les effets de cette maladie sur tout l’appareil digestif.
De même que la langue du patient atteint d’une fièvre typhoïde se charge tout d’abord d’un limon, d’un empâtement et de ce qu’on a appelé des fulliginosités; de môme toute la muqueuse intestinale se trouve encombrée, comme graissée par des liquides épais et dénaturés ; qu’il importe de balayer au plus vite. C’est pourquoi, dans la première période de la fièvre typhoïde, je conseille des purgatifs et spécialement des purgatifs salins. La bouteille d’eau de Sedlitz est mon grand cheval de bataille. J’exige 60 grammes de sulfate de magnésie pour un litre d’eau, et j’en fais prendre un verre tous les quarts d’heure, avec la recommandation d’en aider les effets par deux ou trois litres de limonade cuite. La limonaiJe cuite, tout le monde sait cela, se prépare en jetant des citrons coupés sur des morceaux de sucre, puis en versant de l’eau bouillante sur le sucre et le citron.
Revenons à nos purgatifs. 11 est bon nombre de gens qui font abus de cet ingrédient et qui, pour tous les cas de maladies, ont en réserve, dans un coin d’armoire, une dose du purgatif qui a conquis leur prédilection. Tantôt c’est la fameuse médecine Leroy, tantôt c’est un élixir fort connu dans les campagnes; d’autres fois, ce sont des pillules dont on a fait l’achat à la ville voisine, ou dont un beau jour de bénéfice on a fait provision au marché. Eh bien! je réprouve les pilules; elles ne sont point suffisamment digérées par un estomac débilité et ne peuvent servir de purgatifs dans les premiers symptômes de la fièvre typhoïde. Je condamne également l’élixir, attendu que l’eau-de-vie allemande , (jui lui sert
de véhicule, peut être dangereuse pour un organe déjà atteint d’une pénible inflammation. Quant à la médecine Leroy, je la déclare un remède de cheval ; elle a sauvé plus d’une personne atteinte de maladies chroniques, je l’ai constaté, j’en conviens, et je l’expliquerai dans un autre ouvrage; mais administrée dans une maladie aiguë , elle peut devenir excessivement dangereuse.
Une dernière réflexion en faveur du médicament que je propose. En cas de fièvre typhoïde, les purgatifs agissent non-seulement d’une façon physique, mais d’une manière intellectuelle; la plupart des paysans qui tombent malades n’ont de confiance que dans les médicaments qui les font évacuer. Si vous leur conseillez une purgation, et que cette purgation produise d’abondants résultats, non-seulement ils vous en ont une reconnaissance considérable, mais ils se regardent comme en voie de guérison.
— J’avais-t’y de l’humeur! j’avais-t’y de l’humeur! Mais, sauf respect, j’ai tout rendu et me voilà bien soulagé 1
A la manière dont se sont dites toutes les phrases de cette nature, on comprend que la peur est en déroute et quede moral a repris sa vigueur.
liCs saignées et leurs dangers.— Le^ saignées blanches et leurs services.
Puisque toute cause débilitante concourt à la naissance d’une fièvre typhoïde, on conçoit que les médicaments débilitants ne peuvent être ordinairement employés pour la combattre. Or, il n’est pas besoin d’être médecin pour savoir que la saignée générale ou locale, ôtant du sang, ôte des forces, et l’on concevra très-bien que
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les émissions sanguines , pratiquées sans discernement dans les fièvres franchement typhoïdes, peuvent avoir de grands dangers.
N’exagérons rien cependant. Il est des cas oü, chez les individus les plus faibles, on est contraint d’ouvrir la veine, ou tout au moins on est obligé d’appliquer des sangsues. C’est un bien dur moyen à employer pour sauver une maison de l’incendie que d’en abattre plusieurs murailles ; mais, quand la nécessité y pousse et que l’expérience commande, il faut obéir, car il vaut mieux conserver les trois quarts d’une maison que de la perdre tout entière.
Donc, si dans certaines circonstances un médecin appelé pour combattre la fièvre typhoïde conseille de tirer du sang, malgré tous les dangers de la saignée, il ne faudra pas s’en émouvoir.
J’avoue qu’à la saignée véritable, je conseille de préférer bien souvent les ventouses et vésicatoires volants, que Itécamier appelait des saignées blanches. Je ne veux entrer ici dans aucun détail sur ces deux moyens médicamenteux. On me permettra de renvoyer à ce que j’en ai dit dans mon volume intitulé : l'Art de soigner les malades.
X.VI1» — Chaqae crise peut nécessiter une médicamon» talion différente.
J’ai longuement expliqué ce qu’il fallait entendre par le mot de crise; j’ai dit qu’à un moment donné, généralement vers le septième, vers le quatorzième ou vers le vingt et unième jour, la fièvre typhoïde changeait de face, et, de générale qu’elle était, devenait particulière ou locale, c’est-à-dire qu’elle frappait spécialement ou sur les entrailles ou sur les poumons, ou sur le centre
nerveux. L’on conçoit que, dans ces différentes circonstances, \\ faut agir tout différemment.
Si la maladie a frappé particulièrement sur le système nerveux, il faut la combattre par les médicaments antinerveux, l’opium, la morphine, le musc, en un mot, les antispasmodiques proprement dits.
Si l’incendie s’est déclaré du côté des poumons, c’est de ce côté qu’il faut porter tous les secours : vite des dérivatifs, des synapismes bien rubéfiants, des vésicatoires bien camphrés, et puis surtout l’émétique à haute dose. L’émétique, ce remède souverain, qu’à son apparition on faisait condamner et proscrire par les autorités gouvernementales ! l’émétique , ce remède empirique , que devrait rejeter pour être logique notre médicale Académie; l’émétique, enfin, qui, non content de faire avorter les fluxions de poitrine, sauve du croup, détruit les fièvres bilieuses et combat si énergiquement les menaces d’apoplexie.
Enfin, si la maladie est concentrée sur les entrailles, il faut tâcher d’en arrêter les progrès par les moyens reconnus efficaces en pareilles circonstances : lavements adoucissants , embrocations bienfaisantes , applications émollientes, etc., etc. Si je voulais entrer dans le détail des bains prolongés, décrire les douches de vapeur, passer en revue la grande série de ces médicaments que l’on intitule antiphlogistique, il me faudrait analyser ici la thérapeutique tout entière.
Je pense que de toute cette discussion jaillira une grande vérité, c’est que la maladie dite fièvre typhoïde est trop compliquée pour être soignée uniquement par des gens qui n’ont fait aucune étude médicale.
Encore un petit article, et nous quitterons tout ce scientifique sujet.
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X^VIII» — * DlfüciiUo do la manœuvre alimentaire.
J’ai gardé ce paragraphe pour le dernier, parce que je le considère comme le plus important.
En expliquant que la fièvre typhoïde était une maladie caractérisée par une débilitation générale, j ai laissé entrevoir, à tous ceux qui réfléchissent, les recommandations que j’aurais à faire au sujet de l’alimentation.
En effet, pourquoi mange-t-on? — Je ne parle pas des gourmets ou gourmands, qui ne voient dans les aliments qu’une source de jouissances, qu une occasion de plaisirs, qui mangent sans besoin et ingèrent à outrance. — Un homme sage ne mange que pour se sustenter, pour réparer ses forces et faire contre-poids aux usures quotidiennes causées par les mouvements de la vie. Or, il est bon nombre de malades, qui , dès qu’ils se sentent faibles et débilités, s’imaginent que la faute en est à la diète qu’on leur fait subir, et dans les campagnes, spécialement, la plupart des malheureux atteints de fièvre typhoïde croient avoir besoin de nourriture, et pensent sortir de peine en prenant quelques aliments.
Non-seulement les malades le croient, mais leurs parents, leurs voisins, leurs voisines, en un mot tout leur entourage, dépensent des torrents de paroles pour démontrer aux patients qu’ils peuvent, et bien plus, qu’ils doivent manger 1
— Pardienne, comment ne veux-tu pas être faible, tu n’as rien dans ton pauvre corps.
— Tiens, la Marie-Jeanne, la femme à Mathurin, tu sais bien, elle a eu la même maladie, absolument la même, elle se mourait d’inanition. Un do ses oncles, qui est forgeron-vétérinaire, lui a tàté le pouls, et lui a dit tout de suite, faut manger, ma chère; elle a obéi, et
au bout de deux ou trois jours elle filait son fuseau devant sa porte.
^ — Moi, c’est plus fort I J’ai eu mon fils atteint d’une lièvre typhoïde; il a tramé comme çà quelque temps, parce que son père n’aime pas les médecins, et que nous n’avions consulté personne. Ma foi, à la fin des fins , je fais de l’autorité, je vais chercher un docteur. — M’ame Verinat, qu’il m’a fait : votre fils se meurt de faim ; faites-lui prendre un peu de bouillon d’abord, et petit à petit vous en arriverez à des potages. Je l’ai fait, et tous les malaises ont disparu, et mon garçon est promptement entré en convalescence.
— Etc., etc., etc.
C’est, qu’effectivement, il arrive un moment, dans certains cas de fièvre typhoïde , où l’on doit viser à réparer les forces par un peu de nourriture. Ce sont les cas où la fièvre est toute simple, et où les secousses qu’elle produit commencent à disparaître; en un mot, ce n’est qu’après une crise favoraWe, une détente manifeste, un mieux évident sous le rapport organique. Mais ,
1° Il faut généralement que les sept premiers jours soient passés;
2° Il faut que la fièvre, de générale qu’elle était, ne se soit pas localisée sur quelque organe important, poitrine, cerveau, etc.;
30 II faut que les douleurs des entrailles et de l’estomac aient considérablement diminué.
Car, s’il y a commencement d’une fluxion de poitrine, d’une inflammation du cerveau, ou de tout autre accident , la moindre nourriture non-seulement pourrait causer une indigestion, mais hâter le développement des accidents qui menacent, et déterminer une explosion inflammatoire, capable de devenir mortelle.
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Quand on se trouve dans les conditions de tenter un peu de nourriture, il est urgent de manœuvrer avec une excessive précaution.
On commence par une cuillerée d'eau de poulet, et Ton voit si ce léger aliment est agréable à la bouche et bien supporté par l’estomac ;
Puis on essaie d’un peu de bouillon coupé, et l’on en étudie les résultats.
Si la bouche s’humecte, si le bienfait est réel, on donne toutes les deux heures une à deux cuillerées de bouillon coupé ;
Plus tard, on donne du bouillon véritable ;
Plus tard , on arrive aux fécules , aux œufs à la coque.
Bref, il faut d’intelligentes et patientes transitions.
Si, au contraire, il a été décidé que la nourriture serait dangereuse ; de grâce, de la sagesse, de la rigueur de la sévérité ! il ne faut se laisser émouvoir ni par les plaintes, ni par les supplications.
— Mais c’est une affreuse cruauté! vous dira le malade.
Ne répondez rien.
— Mais vous vous entendez avec le médecin pour me faire mourir; c’est infâme!
Ne répondez rien encore.
Que de fois j’ai laissé pleurer des patients qui me criaient la faim, me pressaient de les nourrir, et recevaient avec colère mes refus et mon ordonnance.
Un moment de faiblesse de ma part, une simple complaisance, eût pu les tuer -. ma sévérité les sauvait.
Je le répète, en terminant, la fièvre typhoïde est une maladie souvent fort compliquée; on peut en prévenir et en détourner les atteintes; il est possible d’en amortir les coups; mais, en vérité, quand^lle est survenue, déclarée, il est sage, il est presque toujours indispensable, pour bien régler la conduite à tenir, pour choisir dans les décisions à prendre, d’avoir les avis d’un médecin.