‹ Petites et grandes misèresChapitre 43 sur 63 · XI. — Les courourai · texte numérisé non relu

XI. — Les courourai

Je traversais le bois de Boulogne pour aller visiter un petit malade à Neuilly. Mon coeber, homme fort expert dans tout ce qui touche aux chevaux, arrêta tout à coup la voiture, et se penchant vers moi m’annonça une curiosité.

— De quoi s’agit-il, m’écriai-je?

— Un coureur. Monsieur; vous allez voir.

— Un coureur à pieds?

— A pieds pour aujourd’hui, mais à cheval dimanche. Oh! là! là! le gros bonhomme. Il aura besoin celui-là de faire au moins trois à quatre tours de bois.

Au même instant nous vîmes passer un domestique en livrée courant tout essoufflé, portant au cou une de ces grosses cravates de laine que l’on appelle cache-nez, et revêtu en plein été de trois à quatre paletots. Cet homme, assez gros de figure, la sueur au front, le rouge au visage, courait au pas gymnastique, et courait si bien, ([u’un tilbury le suivait au trot. Le tilbury portait problahlement son maître, car le grand monsieur qui s’y trouvait jetait de temps en temps des exclamations gutturales qui semblaient des cris de conseil, ou du moins d’encouragement. Le tilbury nous jeta sa poussière, le coureur disparut au détour d’une allée, et m’adressant à mon coeber, je lui demandai ce que tout cela voulait dire.

Page 1