‹ Petites et grandes misèresChapitre 46 sur 63 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

REMARaUES.

I» Remarque.

L’obésité n’est pas, comme on le croit généralement, la preuve d’une santé excellente ; elle n’est pas même simplement l’exagération du tempérament que l’on appelle lymphatique; elle constitue souvent une véritable maladie, et elle est la source d’affections plus ou moins redoutables.

Ainsi ;

La graisse , encombrant la poitrine , presse sur les poumons , entrave le jeu de ce grand muscle horizontal que l’on appelle diaphragme, empêche le cœur de se contracter assez énergiquement pour envoyer à tous nos organes le sang artériel qui leur est indispensable , et alors il y a gêne dans la respiration, gêne dans le centre de la circulation ; c’est pourquoi les personnes obèses sont souvent asthmatiques et se trouvent essoufflées après quelques mouvements.

I>a graisse, entravant le travail nécessaire des gros viscères, tels que le foie, la rate, les reins, etc., y détermine la stagnation des liquides sécrétés, et yproduittout mécaniquement des engorgements; or, ces engorge-

nients peuvent amener des obstructions, des tumeurs, de irritations, ou le terme fatal de tout encombrement chronique, la dégénérescence cancéreuse.

La graisse , mettant obstacle aux contractions des artères, et par conséquent à la circulation artérielle, jette forcément les nerfs et les parties charnues dans un état de pauvreté fort compréhensible. Un homme obèse n’a point la vigueur des athlètes; un homme trop replet perd line certaine portion de ses facultés intellectuelles ; on voit des gens accablés d’embonpoint qui sont doués d’une exquise sensibilité et qui font preuve d’une intelligence supérieure; mais c’est l’exception. Quand les forces vitales sont obligées de travailler sans cesse à la nutrition matérielle, elles négligent forcément la digestion intellectuelle, et l’esprit s’appauvrit aux dépens du ventre.

Enfin, la graisse, pressant sur les petits vaisseaux sanguins qui se rendent à la peau , détraque la circulation qui nourrit l’enveloppe humaine. Les gens obèses ont généralement la peau blanche et pâle sur la plus grande surface du corps; mais, par contre, il y a des portions de peau où le sang se précipite avec plus de force qu’il ne le devrait faire; une fois arrivé à cette surface, il y reste, il y produit de petites indigestions partielles, et alors surviennent les boutons, les couperoses, les taches, et quelquefois même des affections dartreuses.

Zt Remarque»

Plus les aliments que prend le tube digestif sont nourrissants et réparateurs , moins le tube digestif chargé d’opérer leur transformation a besoin do capacité et d’étendue. Au contraire, moins les aliments sont réparateurs, plus le tube digestif s’agrandit.

L’ART DE MAIGRIR

Nous l’avons dit en parlant de la digestion ; chez les herbivores, les bœufs, les moutons, etc., la longueur du tube alimentaire est de quinze h dix-sept fois celle de tout le corps; chez l’homme, au contraire, le tube digestif n’est pas plus de cinq à six fois aussi long que le corps tout entier.

D’un autre côté, le tube digestif, le canal alimentaire, l’estomac et les intestins étant élastiques, deviennent beaucoup plus larges chez les personnes qui se nourrissent exclusivement de légumes que chez celles qui mangent presque constamment de la viande. Or, le tube digestif étant plus large, les suçoirs absorbants, les petits canaux chylifères qui s’ouvrent dans la plus grande paitie de son étendue, ont l’ouverture plus large, la bouche plus béante et plus avide; et voilà pourquoi les herbivores deviennent si gras, tandis que les carnivores sont la plupart si maigres ; voilà pourquoi de bons religieux ou religieuses qui font constamment maigre, ont souvent plus d’obésité que les Anglais, si grands mangeurs de viandes et si petits mangeurs de pain.

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La tranquillité d’esprit , le calme des passions , l'insouciance devant toutes les injustices de ce bas monde ;

L’inactivité physique, l’immobilité et le sommeil , favorisant considérablement l’acte digestif, sont des causes d’obésité.

Nous avons remarqué des patrons très-gros à côté de commis très-maigres; nous avons fait voir que les femmes du monde, qui prennent si peu d’exercice, prennent une assez belle corpulence , et nous avons montré que les ecclésiastiques, qui sont toujours résignés à la

volonté de Dieu, qui n’ont plus au fond du cœur le moindre grain d’ambition, arrivent souvent à beaucoup d’embonpoint.

Est-ce à dire que je les blâme? non, certes! Je raisonne, j’explique, et, plus loin , je donnerai les moyens de combattre les inconvénients matériels de l’obésité, par un plan de conduite aussi moral qu’hygiénique.

4* Bemarque*

La graisse, comme le fait observer un auteur tout moderne, est composée de

Soixante-dix-neuf parties de carbone.

Quinze parties et demie d’hydrogène,

Cinq parties et demie d’oxygène.

Or, tout ce qui, dans la réparation alimentaire, fera entrer beaucoup de carbone , ou tout ce qui laissera à notre organisation le plus de carbone possible, facilitera la formation de la graisse et prédisposera à l’embonpoint.

Un mot d’explication me paraît ici nécessaire.

L’air atmosphérique est un composé d’oxygène et d’azote; nous inspirons l’air atmosphérique pur et nous l’expirons impur, c’est-à-dire chargé de gaz acide carbonique. Dans nos poumons, en effet, il se passe quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans une cheminée allumée; le sang veineux, au contact de l’air, se transforme en sang artériel , et de noir qu’il était devient rouge et rutilant dans l’acte de la combustion , et cela par un mécanisme analogue , c’est-à-dire que l’oxygène de l’air, se combinant avec le carbone du sang veineux, forme du gaz acide carbonique que nous expirons, comme le charbon enflammé forme avec l’oxygène de l’air une

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si grande quantité de gaz acide carbonique que, s’il ne sortait pas par la cheminée, il pourrait produire 1 asphyxie. , „ . .

Eh bien! l’on doit comprendre que plus 1 air est vit et

pur, plus il enlève de carbone à notre organisation; plus l’air est rare et vicié , au contraire , plus mal il opère la transformation sanguine , plus il rend la circulation du sang lente et pauvre, et plus il laisse de carbone à notre organisation. Aussi avons-nous vu que les mineurs enfermés dans leurs trous , que les religieuses enferinees dans des cellules ou des chapelles , où l’air n’est point assez renouvelé, tendent à 1 obésité.

Aussi avons-nous vu que l’exercice et les mouvements, activant la respiration, combattent avantageusement l’embonpoint.

S° Hcniarqne.

Les plantes herbacées contiennent une portion notable de carbone ; les fécules en renferment encore davantage , et il est facile de concevoir comment ces sortes d’aliments favorisent la formation de la graisse.

Mais avec le carbone nous avons dit que la graisse contenait de l’hydrogène et de l’oxygène. Or, la chimie nous apprend que l’hydrogène et l’oxygène forment de l’eau, donc l’eau, les aliments aqueux, les liquides de toute nature doivent concourir au développement de l’obésité.

0‘ Hcniarqao,

Les boissons fermentées agissent aussi d’une autre façon.

En petite quantité, elles facilitent la digestion; en

grande quantité, et prises habituellement, elles ôtent l’appétit, mais elles hâtent la sortie des sucs gastriques; elles déterminent une sorte de chylification artificielle ; elles poussent à l’embonpoint aux dépens de la chair et des os.

D’après les faits et les remarques qui précèdent, nous pouvons établir un plan de conduite rationnelle.

Ce sera le sujet de notre troisième partie.

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