‹ Petites fêtesChapitre 2 sur 6 · LA PRINCESSE DARIALOF · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DARIALOF

a... Non. Cela n'était plus possible ! Cet homme avait une façon par trop irrespectueuse (malgré la correction de son opiniâtreté) de tout vouloir sans pourtant rien demander... Sa cour assidue me fatiguait d'ailleurs, et j'ai aussi bien fait de le décourager. Ne regrettons rien. » Sur cette pensée, qui la réhabilitait à ses propres yeux pour quelques minutes, la princesse Darialof, comme si elle s'abandonnait, à demi évanouie, à des bras empressés, se laissa couler dans le vaste siège drapé de fourrures où elle était si peu assise ! détourna la tête vers la porte par laquelle venait de sortir Marcel Debreux, abaissa, par une savante progression qui lui était habituelle, les deux blancs rideaux de ses paupières, et murmura d'une voix dont la lenteur harmonieuse était à elle seule une

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séduction, ces simples mots : « Bon voyage ! » — Il y a un peu de l'âme de chacun dans la voix, et l'on peut souvent diagnostiquer de la première au seul timbre de la seconde. La voix de la princesse était étrange, presque terrible d'impersonnalité calme et hautaine. Tout ce qu'elle disait, cette voix, semblait receler dans son contralto quelque chose d'implacable comme le Destin, et les mots les plus simples, les phrases les plus inolfensives: « Bonjour, cher ami », ou « Quel temps fait-il? », sortant à l'unisson de cette bouche tranquille et magnifique, avaient l'accent et presque la signification d'un arrêt. La princesse eût donné lecture à ravir d'une sentence de mort. Et si cette voix était sa force, elle était aussi sa première gardienne. Tour à tour arme et bouclier, elle lui servait pour l'attaque et la défense. A l'avoir entendue rien qu'une fois, l'on sentait qu'il était difficile de ne pas sortir quand elle avait commandé : « Sortez! » tout comme il eût été impossible de ne pas se précipiter à deux genoux sur le tapis si elle avait chuchoté : « Viens ! »

Femme du prince Darialof que d'assez importantes charges retenaient la plupart du temps à Pétersbourg, sa grande beauté l'avait rendue fameuse à Paris en dix minutes, depuis cinq ans qu'elle était apparue un soir chez la marquise de Bernay-Lambeau, avec une cravate de deux cent mille francs de rubis au cou, un véritable collier

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