BIOGRAPHIES
DESHERBIERS. — Trente-six à quaianle ans, ancien mauvais sujet, marié à son corps défendant, et voici comment. Les clercs d'avoué et de notaire s'enrichissent rarement chez leurs patrons, tôt on tard il faut en finir; il en finit, celui-ci, en faisant Tacquisition de l'une des meilleures études de la capitale, que solda, comme cela se pratique, la dot de madame Deslierbiers. Jamais peut-être femme au monde ne fut moins adorée de son époux; jamais aussi aucun mari n'eut-il pour sa tendre moitié plus de respect, d'égards, d'estime et de considération. — Garçon, Desherbiers était ce qu'on appelle un boute-cn-train, l'àme de toutes les parties, la cheville ouvrière de toutes les réunions de bons enfants. Marié, il est devenu rangé comme une demoiselle, sérieux et gourmand. Si parfois il s'échappe quelques lueurs, quelques étincelles de sa belle humeur dautrcfois, ce ne sera que loin de madame, (pii. de tout temps.
a mnnifrsié une aversion insurnioiilable pour tout ce qu'elle appelle la grosse joie.
MADAME DESHERBIERS. — Vingt-six à vingl-liuil ans, enfant gâtée dans toute racceplalion du mot, petite, pas jolie, mais pleine de goût et d'élégance. Elevée avec tout ce qu'il y a de mieux, dans un des premiers pensionnats de Paris. Mangeant bien, dormant de même, se plaignant sans cesse, se mettant au lit à la moindre contrariété. Méchante comme un démon, disant pis que pendre de toutes ses connaissances, comme toutes les f<!mmes sur le compte desquelles la médisance peut le plus largement s'exercer. Elle professe un souverain mépris pour la famille de son mari, pour ses père et mère, qu'elle voit le plus rarement possible et qui n'ont d'autre tort, les bonnes gens, envers la plus aimée des filles, que celui de traiter un peu trop cavalièrement peutêtre la langue française, et de s'être enrichis dans un modeste comptoir de la rue Saint-Denis. Madame Desherbiers est encore une de ces mères qui s'occupent de leurs enfants devant le monde seulement. Quanta celui qui lui a été donné pour époux, elle ne s'en inquiète nullement, il est bien le cadet de ses soucis ; ils ont ensemble fort peu de relations et ne se voient guère qu'aux heuies des repa?. C'est, ditelle, en parlant de son mari, un pauvre homme qui de sa vie ne l'a comprise, et le ])auvre homme, sans être précisément un aigle, n'est cependant pas non pins une bête, si l'on m croit les on dit. ,\ . B. M. el madame Dcshcrbicrs font lit n part.
.N'APOLINE Petite lille de quatre an-, pâle, ciiétivc
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éliolée; mangeant des bonbons; toujours sur les genoux lie tout le monde ; ennuyeuse à Texcès.
OSCAR. — Petit bonhomme de quatre à cinq ans. devant lequel il n'y a pas de conversation possible, partageant déjù, à l'égard de son petit papa, les opinions de sa petite maman. Les petits Desherbiers sont deux enfantjwpi'il faut, à table, s'empresser de griser, afin que leur bonne les enlève au plus vite.
M. PLUMET. — Cinquante ù cinquante-cinq ans, célibataire, affligé de trente ù quarante mille livres de rente; pas d'état; de ces individus dont l'espèce est assez commune; installés dans un ménage, on ne sait trop pourquoi ni comment. ; gens dont on ne parle jamais. Quand la dame du logis est jeune, ces messieurs sont d'un âge raisonnable ; adolescents, lorsqu'elle est sur le retour. Ils prennent le litre damidu mari, qui souvent ne les aime guère, et sont le parrain du deuxième enfant. Ils font les honneurs de la maison , remplissent ù table les fonctions d'éeuyer tranchant, se rappellent parfaitement le nom des personnes, ont toujours le sourire .sur les lèvres, sont d'une politesse extrême, suivant à la ' ville, à la campagne , partout enfin, la famille à laquelle ils se sont voués corps et biens.
ALFRED DE MEULAN'. — Vingt-quatre ans, souslieutenant dans un régiment d'artillei-iccn garnison à Vincennes, ce qui lui permet d'être toujours à Paris. Élève de l'École polytechnique, titre qui déjà vous pose un jeune homme fort joliment dans le inonde. Ajoutez à cela de beaux Irail.s, une jolie iiuirnure. des clievrux noirs in;ijïui(iqiies et des
moustaches à rnnisson. Tous ces avanlages n'ont pu faire broncher de l'épaisseur d'une ligne la vertu de madame Patrat, à laqnelle il avait tenté de faire agréer ses hommages; ce ne fui qu'en désespoir de cause qu'il tenta de les présenter de nouveau à la femme de l'avoué, qui ne le voit pas d'un œil indifférent.
PATRAT. — Assez bon diable, ni jeune ni vieux, ni beau ni laid, pas méchant, tournant un tant soit peu à l'obésité. Bon type de mari, très-humble et trèsobéissant serviteur des volontés de sa femme; se privant depuis dix ans de fromage, qu'il adore, pour complaire à madame qui ne peut le sentir '.
MADAME PATRAT. — Belle personne de l'âge à peu près de madame Desherbiers, dont elle fut la camarade <ie pension. Grande et bien faite, madame Palral n'a aucune espèce de tournure ; elle se met en dépit du sens commun et ne peut rester un instant en place. Toujours par voies etpar chemins, employant tout sou temps en courses, eu visites, en promenades. De ces gens que vous voyez partout, que vous connaissez depuis une éternité, que vous avez vus enfants, auxquels pourtant vous n'avez jamais parlé cl dont la plupart du temps vous ignorez le nom. Bonne femme au fond, l'oracle de son mari, .quoique pas bien forte. Victime des méchancetés de son amie, à laquelle elle rend bien la justice qui lui est due, quelle n'aime pas, mais qu'elle voit, comme ou se \oit souvent, par habitude. Ce qui n'empèihe pas
■ Le fromage bien cnlcmiu.
ces dames de se combler de caresses toutes les lois qu'elles se trouvent ensemble.
A. B. .M. et madame Patrat n"ont pas dapparlement à part.
M.AD.\>1E TARDIF. — Cinquante-cinq à soixante ans, bonne grosse maman, fort à son aise, ce qui la met à même d'avoir son franc parler avec madame Desherbiers, sa nièce, qu'elle ne ménage pas toujours. L'excellente femme n'a pas été élevée chez madame Campan ; son éducation, au contraire, a été des plus négligées : aussi a-t-elle souvent des tournures de phrases à faire mourir de rire ; au demeurant, fort amusante et fort spirituelle. Elle tutoie indistinctement tout ce qui se présente sans que jamais personne s'en soit scandalisé. Gabrielle- Sophie Topinard, femme Tardif, est d'un tempérament éminemment spongieux. Le moindre mouvement la met en nage, une simple lecture des Petites Affiches suffira pour la faire fondre en larmes. « Jamais elle n'a aimé voir souffrir personne, » disaient dans le temps les mauvaises langues du quartier. Il y a bien longtemps que la chère petite nièce eut fait sauter la chère tante en l'air, mais elle a de bons revenus, la bonne dame, de bons biens au soleil, pas d'enfants; le bon petit oncle n'est pas fort, il est tous les soirs à deux doigts de sa perte ; son épouse a déjà ressenti deux petits avertissements apoplectiques, le sang la travaille jour et nuit : ces considérations font passer sur bien des choses.
M. TARDIF. — Soixante à soixante-cinq ans, petit homme, finet et propret, le teint frès-animé, l'oreille
1?.0 LES PETITES GEXS.
en feu, ne disant jamais rien devant le monde, et, pour cela, n'en pensant pas davantage. Sournois et vicieux, surpris plusieurs fois en criminelle conversation avec la cuisinière. Marguillier de Saint-Euslache, sa paroisse; légilimisle effréné.