SCÈNE r
M. MORISSEAU, M. JOLI VET.
MORissEAr. — Et par quel hasard vous troiivoje ici?
joLivET. — Je suis venu pour mon certifical de vie.
MORISSEAU. — Ail! oui-da; et moi, comme témoin.
JOLIVET. — D'un mariage?
MORissEAi. — De la naissance d'un enfant au fils Mcot.
JOLIVET. — Comment, le fils Nicol a donc déjà des enfants?
MORissEAi. — Déjà? mais savez-vous qu'il y a tantôt six ans qu'il est marié?
JOLivET. — PaspossiJjJe.
MORissEAU. — C'est pourtant comme ça.
JOLIVET. — Mais c'était lui-même, il y a deux jours, un enfant.
MORISSEAU. — Eh bien, oui ! à nos âges le temps passe si vite; et madame Jolivet?
JOLIVET. — Vous lui faites lionneur; mais comme ça.
MORISSEAU. — Est-ce qu'elle ne serait pas satisfaite de sa santé?
JOLIVET. — Mais non, pas trop. Voilà six mois que ma femme Ole ce que nous appelons un mauvais colon.
MORissEAU. -r- Je n'en savais rien ; tant pis.
JOLIVET. — Elle n'a pas d'appétit, ne dort pas, et se plaint continuellement de maux de tête et d'oppressions; ça pourrait très-bien lui jouer quelque mauvais tour. Elle n'a plus de jambes, et par-dessus le marché, plus goùl à rien. Enfin, si vous voulez que je vous dise, je la crois plus malade cncorequ'elle ne se l'imagine; je vousjureque tout cela n'est pas gai.
MORISSEAU. — Vous avcz sans doute vu quelqu'un?
JOLIVET. — Qui n'ai-je pas vu!
MORISSEAU. — Quel est voire médecin?
joLivET. — M. Leprompt.
MORissEAU. — Ah! c'est M Leprompl!
JOLIVET. — Vous le connaissez?
MORISSEAU. — De nom, seulement. El que dit-il?
JOLIVET. — Mais qu'il faut attendre.
MORISSEAU. — C'est donc ça que nous ne vous voyons plus.
JOLIVET. — Je sors si rarement, je suis toujours à la maison; il fallait une occasion comme celle-ci pour me faire sortir.
MORissEAr. — Je conçois ; vraiment je vous plains de tout mon cœur : j'en suis fâché, une si excellente femme!
JOLIVET. — Oui, elle n"étail pas sotte.