Dulaurc, llisloirc Ucs environs de Paris
monde porta des ceintures dorées, et il ne fallut rien moins qu'un arrêt du parlement * pour les interdire aux femmes de mauvaise vie ; ce qui a fait dire depuis à Etienne Pasquier : « La défense de porter la ceinture était autrefois une tache d'ignominie. » — Pour faire exécuter de tels arrêts, il faut mieux qu'un parlement, il faut une police, et sous Charles VI il y en avait peu. La défense ne fut donc pas observée. A cette époque, les filles folles n'étaient pas encore des filles soumises. Malgré les réclamations de la vertu, malgré les foudres d'un nouvel arrêt (1^^6), la ceinture dorée reparut partout. On finit par en prendre son parti en se disant sagement qu'une bonne réputation vaut mieux que ce signe apparent et souvent
i. Cet arrêt, daté de juin lfi20, défendait aussi à ces femmes de porter la robe à collet renversé, la queue et les boutonnières à leurs chaperons. — Selon quelques-uns, cette défense remonterait au commencement du xiii<= siècle, c'est-à-dire deux siècles plus haut, et elle avait pour point de départ l'anecdote suivante : «C'était, dit-on, la coutume de se donner mutuellement à l'Eglise le baiser de paix, quand le prèire qui disait la messe avait prononcé ces paroles : Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ! — La reine Blanche, épouse de Louis VIII, ayant reçu ce baiser de paix, le rendit à une fille publique, dont l'habillement annonçait qu'elle était mariée et d'une condition honnête. La reine, offensée de la méprise, obtint une ordonnance qui défendait à ces sortes de personnes, dont le nombre était alors très-considérable, de porter des robes à queue, à collets renversés, et avec une ceinture dorée. «
menteur de la vertu et que « peu était, comme dit Pasquier, la ceinture dorée qui ne l'accompagnait d'un bon bruit. » C'est de ce raisonnement qu'est sorti le proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
Cette explication nous éloigne un peu de notre proverbe, dans le sensoù on l'entend aujouid'bui. Selon l'Académie, il signifie: il vaut mieux avoir l'cslime publique que d'être riche. C'est en l'interprétant ainsi qu'on a prétendu qu'il était textuellement dans les proverbes de Salomon, où l'on trouve cette maxime aussi vieille que la morale: « La bonne réputation vaut mieux que la richesse, » mais où il n'est fait aucune allusion à la ceinture et surtout à la ceinture dorée.
Ceux qui pensent que ceinture dorée veut dire richesse donnent pour origine au proverbe cette large ceinture qui autrefois servait de bourse et qui, par suite, était le symbole des biens.
Il y a enfin la version de Fleury de Bellingen : « Nos premiers rois, dit-il, donnoient à leurs sujets de haute qualité, un baudrier, c'est-à-dire une ceinture d'or qui esloit une des marques de chevalerie. Grégoire de Tours rapporte plusieurs exemples sur ce suj(jt. . . d'où notre ancien proverbe tire son origine :
M Bonne et commune renommée <' Vaut mieux que ceinture dorée. «
Fruits secs. — Nous pensions être amené
logiquement, naturellement même à l'explication des fruits secs ainsi entendus par les idées qui se rattachent aux phrases consacrées : — travailler sans fruit; fruits mûrs^ desséchés; ne porter aucun fruit, et les proverbes qui en dépendent; mais les apparences nous auraient trompé. Ces mots nés au sein de l'Ecole polytechnique ont eu pour berceau l'histoire suivante qui a été racontée à M. Génin par un ancien élève de cette école: « Il y avait alors à l'école (il s'agit d'une des premières promotions) un élève venu d'une des provinces du Midi, où son pèj-e faisait en grand le commerce des fruits secs. Ce jeune homme, dont la vocation n'était pas du côté des mathématiques, travaillait peu ou ne travaillait pas du tout. Et quand ses camarades essayaient de le stimuler par la crainte de manquer ses examens et de perdre sa carrière, il répondait d'un ton insouciant et avec son accent provençal; « Eh! qu'est-ce que cela me fait! Eh bien! je serai dans les fruits secs, comme mon père ! » Ce mot, obstinément répété, fit fortune ; le jeune homme fut effectivement dans les fruits secs, et depuis on a dit par allusion et par euphémisqie, un tel sera dans les fjuits secs; — il a été fruits secs: — c'est un fruits secs de l'École polytechnique (et non fruit sec au singulier) '. »