‹ Petites ignorances de la conversation (volume 2)Chapitre 8 sur 10 · Nous nous rappelons à ce propos une anecdote que ra · texte numérisé non relu

Nous nous rappelons à ce propos une anecdote que ra

On appellait de même cordons rouges les commandeurs de l'ordre de Saint-Louis. Le cordon bleu étant une distinction toute particulière, réservée à un petit nombre parmi ceux qui occupaient un rang très-élevé dans la société, on prit l'habitude de donner, par comparaison, le nom de cordon bleu aux personnes d'un mérite supérieur: le cordon bleu d'une communauté ; — c*est notre cordon bleu.

L'argent d'un cordon bleu n'est pas d'autre façon Que celui d'un fripier ou d'un aide à maçon.

(Régnier. )

Cette comparaison fit si bien son chemin qu'elle alla sans encombre jusqu'à la cuisine : les célébrités dans l'art de Va tel et de Carême étaient aussi des cordons bleus. Ce qu'il y a de plaisant, c'est que celte dernière comparaison est la seule qui soit restée dans la langue. L'ordi'e du Saint-Esprit a

conte M™* de Bawr dans ses Souvenirs en parlant de l'aristarque Mariin : « Il était d'une grande force aux échecs, dit-elle, et regardait jouer quand il ne jouait pas lui-même. 11 arriva une fois qu'une vive discussion s'étant élevée entre deux joueurs sur la prise d'une pièce, la galerie appela M. Martin pour qu'il jugeât le coup. Un des adversaires voyant s'approcher le petit homme, dont il ne pensait pas être connu, crut devoir cntr'ouvrir négligemment sa redingote pour laisser voir un cordon bleu. La chose expliquée, Martin regarde le grand seigneur ; Vous avez tort, monsieur le duc, dit-il, reboulonnez -vous.

été aboli à la révolution, rétabli parla restauration, et aboli de nouveau en 1830 ; toutes les dignités comme toutes les idées qui se rattachaient à cet Ordre ont disparu avec lui ; le cordon bleu , relégué dans la défroque des illustres aïeux, appartient à l'histoire, et il ne sert plus dans notre langage figuré à rappeler un grand mérite ou un grand nom ; il n'y a plus maintenant d'autre cort/oH bleu qu'une bonne cuisinière. Seule la cuisinière a résisté; elle est demeurée sicule debout au milieu des caprices et des fluctuations de la politique. Rien de plus juste, au reste: on peut abolir, selon les temps ou le bon plaisir des hommes, les hochets de la vanité, on n'abolit pas la cuisine.

Voilà d'où descendent les grands noms en passant par les grands hommes pour aboutir aux petites choses. Il y a trois siècles, le giand maître des cordons bleus était Sa Majesté le roi de France Henri III ; aujourd'hui, c'est mademoiselle Marguerite. C'est un trait à ajouter à l'histoire de nos grandes puérilités et de l'instabilité des choses de ce monde.

I^a foi du ehnrboiiiiicr. — La foi simple et naïve (pii croit sans discuter. Le charbonnier dont il s'agit ici, c'est celui qui travaille à faire le charbon, c'est-à-dire celui qui passe une ])onne partie de sa vie au milieu des bois. Continuelle-

ment en présence du spectacle de la naline où tout parle de la grandeur et de la bonté de Dieu, cet homme n'a pas besoin, pour croire, des enseignements et des discussions de la théologie ; il croit simplement, avec son cœur, et il apprend ainsi à ne pas douter.

Selon Fleury de Bellingen, ce proverbe aurait pour origine le conte suivant. « Un chaibonnier estant enquis par le diable de ce qu'il croyoit, luy lespondit : Toujours je crois ce que l'Eglise croit. » — « Et, ajoutent les auteurs de Trévoux, étant pressé par le même esprit de lui dire ce que croyait l'Église, il répliqua : Elle croit ce que je crois. Et ayant toujours persévéré dans les mêmes réponses, il rendit le diable confus. » — M. Drelincourl a dit là-dessus que c'était quelque pauvre jeune diable qui n'était pas des plus fins; parce qu'autrement il aurait demandé au charbonnier : Qu'est-ce que toi et lÉ'glise croyez ? Et alors le charbonnier n'aurait su que répondre. La raillerie de ce ministre calviniste est fade; car en supposant que l'histoire qui a fondé le proverbe soit véritable, le t/ifl7'/?o?ï?ïîVr était très-sage de ne répondre qu'en général au diable qui voulait l'embarrasser, et lui faire perdre sa foi. »

Fîor coiiiiiic 4rtal»aii. — Le héros de celte locution est Arlaban V, roi des Parthes, le dernier

descendant d' A rsace. A l'issue d'un combat acharné contre les Romains, il obtint un traité de paix qui lui laissa tous les honneurs de la guerre. Il fut si fier de ce succès, qu'il prit le double diadème et le titre de Grand lloi.

Peut-être cette expression, au lieu de dater des Parthes et de nous venir directement de l'histoire, a-t-elle pris naissance à l'époque du grand succès de Cfjnis, roman où M''''de Scudery fait jouer un rôle à ce même x\rtaban.

On dit aussi dans le même sens. Fier comme un Ecossais , par allusion aux archers de la garde écossaise formée par Louis XI. — Cette garde était la plus ancienne des quatre compagnies qui composaient la garde du corps des rois de France, et tous ceux qui en faisaient partie, désignés sous le nom d'Écossais, étaient fiers de l'ancienneté de leur origine.

■je dîauiant le Récent. — Le Régent est le nom d'un diamant de la couronne qui vaut, dit-on, cinq millions. Le duc de Saint-Simon nous a donné, dans ses Mémoires , des détails sur les circonstances dans lesquelles ce diamant est parvenu, après quelques passes assez difficiles, à monter sur le trône de France : « Un employé aux mines de diamants dans le Mogol, en prit un d'une grosseur prodigieuse, qu'il vint à bout de cacher

en se l'introduisant dans le fondement. 11 arriva en p]urope avec le vol précieux qu'il avait fait. Il le fit voir à plusieurs princes de différentes cours^ qui tous l'admirèrent, mais le trouvèrent en même temps au-dessus de leurs facultés pécuniaires. Le Régent de France fut lui-même effrayé du prix lorsque Law, à qui le propriétaire l'avait présenté, le présenta h son tour à S. A. R... Le Régent opposait la fâcheuse situation des finances. IMais ce qui encourageait le directeur général, c'était l'impossibilité où se trouvait le propriétaire de le vendre sa valeur. C'est ce qu'il lui représenta pour le déterminer à en baisser le prix, et ce qu'il représenta au Régent pour l'engager à faire une offre. On se rapprocha. On offrit deux millions et les rognures qui sortiraient de la taille. Les conditions furent acceptées; et ce diamant qui, après la taille, pesait encore plus de 500 grains, fut acquis à la France. C'est de là qu'il fut appelé le Régent. »

Fourches cau(linc§i. — Cette expression doit son origine h un épisode des guerres sanglantes entre les Romains et les Samnites. — Vers l'an de Rome ^33, les Samnites ayant été vaincus, demandèrent la paix. On la leur refusa. Irrités de ce refus , ils résolurent de mourir ou de se venger. Ils eurent recours à un stratagème pour attirer les Romains dans un chemin étroit passant

entre des rocs à pic des Apennins, couronné de forc'Ls sombres et situé dans la Campanic', près de l'ancienne Caudiuni (ce lieu s'appelle aujourd'hui \aUe Caudina ou Sircila di Arpaia). Dès que les Romains furent engagés dans ce défilé, les Samnitcs fermèrent les issues, et, occupant toutes les hauteurs^ ils raillèrent l'armée romaine sur l'inutilité de ses efforis pour se livrer passage. Les Romains furent obligés de se rendre à discrétion et de passer sous le joug, sorte de gibet qu'on appelait Fourclie. C'est en souvenir du lieu où les Romains éprouvèrent cet affront qu'on a dit que les Samnites les avaient fait passer sous les Foiirclies caudincs, et que l'expression a pris place dans la langue pour caractériser toute concession onéreuse ou humiliante arrachée au vaincu. Le général obhgé de faire une capitulation peu honorable et le souverain qui accepte un traité honteux passent sous les Fourches caudincs.

\a\ coqiicliiolic (lu quartier. — Être engoué de quelqu'un ou très-prévenu en sa faveur, c'est, en style familier, en être entêté, coiffé, embéguiné ^ — L'expression être la coqueUiche de la cour, de la ville, du quartier, qui signifie être

1 De béguin, petite coiffe de toile.

en vogue, 1res à la mode doit s'entendre dans le même sens. « // est la coqueluche de toutes les femmes, toutes les femmes sont coiffées de lui. » (/Vcadémie.)^ — « Si à votre âge vous êtes si vif et si impétueux, quel nom, Théobalde, fallait-il vous donner dans votre jeunesse et lorsque vous étiez la coqueluche ou l'eniêtement de certaines femmes qui ne juraient que par vous et sur votre parole, qui disaient : Cela est délicieux, qu*a-t-il dit ? » (La Bruyère. )

Le coqueluchon ou la coqueluche était une sorte de capuchon que tout le monde a porté à une certaine époque, et qui paraît avoir donné son nom à la maladie que nous désignons encore ainsi, car ceux qui en étaient attaqués portaient une coqueluche ou capuchon de moine pour se tenir chaudement.

A l'époque où la maladie fut générale *, l'usage de la coqueluche se répandit beaucoup. Le capuchon devint une sorte de mode, surtout pour les

1. a Nous vîmes en l'an 1557, en plein été, s'élever par quatre jours entiers un rhume qui fut presque commun à tous, par le moyen duquel le nez tlislillait sans cesse comme une fontaine, avec un grand mal de tète, et une fièvre qui durait aux uns douze et aux autres quinze heures, que plus, que moins: puis soudain, sans œuvre de médecin, on était guéri : laquelle maladie fut depuis, par un nouveau ternie, appelée par nous coqueluche. Il me souvient, il est vrai, que lorsque MM. Mangoi, de Monte-

feiiinics, cl c'est ainsi qu'on a élé amené à appeler la coqucluclie du (fiiaruer l'homme que toutes les femmes ont en tète.

Hlanger «le la vache enragée. — Éprouver de grandes privations, une grande misère, se procurer péniblement les ressources les plus indispensables à la vie. Les jeunes gens qui se laissent nourrir par leur famille et qui, peu soucieux du lendemain, s'abandonnent à la mollesse, auraient souvent besoin de manger de la vache enragée.

11 est défendu de manger de la chair des animaux atteints d'épizooiie ou mordus par un chien enragé. Les pauvres, privés de tout, ne tienneiit pas toujours compte de cette défense, et pour manger de la viande, ils mangent même de la vache enragée. — Ce n'est pas sans raison que dans ce proverbe on a dit vache et non pas bœuf: les pauvres et les gens de la campagne ne mangent presque jamais autre chose que de la vache.

Ion, Béchet, avocats, et moi, ayant sous divers personnages à plaider une cause aux généraux des aides, concernant le diocèse d'Aulun, nous fûmes inopinément surpris de cette fluxion et toux, de telle iaçon que, pour ce jour et deux ensuivants, nous eftmes surséance d'armes. » (Etienne Pasquier. — Recherches de la France.) — Cette maladie avait déjà régné en 1510, et reparut avec les mêmes symptômes en 1577.

Ce proverbe se dit aussi, par extension, des épreuves de tout genre qui, dans le cours de la vie, doivent fortifier l'esprit ou grandir le courage. « O tendres mères, défiez-vous des méthodes faciles ; les méthodes faciles font les cerveauxparesseux, les cerveaux paresseux font les sots ; aimez vos enfants, accablez-les de caresses, gâtez-les, donnez-leur mille douces jouissances, mais ne supprimez point pour eux les difficultés de la vie ; surveillez-les beaucoup, ne les aidez pas trop, empcchez-les de se casser le cou, mais laissez-les se casser la tête contre tous les obstacles de l'étude ; laissez-les se tourmenter, se décourager, se tromper, s'interroger, se juger, se tromper encore, s'exercer enfin ; épargnez-leur tous les chagrins du cœur, si vous le voulez, si vous le pouvez, mais ne leur épargnez jamais les angoisses de l'intelligence; bourrez-les de friandises, de gâteaux, de dragées, de confitures, mais ne supprimez jamais de leur ordinaire ce mets généreux qui donne la force et le courage, ce plat merveilleux qui change les ingénus en Ulysses, et les poltrons en Achilles, cette ambroisie amère qui fait les demi-dieux , cet aliment suprême dont se nourrissent dès l'enfance les grands industriels, les grands guerriers et les grands génies : la vache enragée.

« Si vous interrogiez l'histoire gastronomique des hommes célèbres de notre époque... vous se-

riez élonnés de la consommation effrayante que ces illustres personnages ont faite de ce bétail privilégié. Un vieux professeur disait qu'un homme qui n'avait point mangé de la vache enragée n'était qu'une poule mouillée. L'image est un peu tourmentée : un homme qui ne sera jamais qu'une poule , parce qu'il n'a pas mangé une vache, c'est assez mauvais comme style, mais comme pensée, c'est bien profond.

« Servez souvent ce méchant plat sur la table de la famille, ou, si quelqu'un vient l'y poser malgré vous, ayez du moins le courage de ne pas le fiurc emporter. » (M'"*^ Emile de Girardin. )

niallieiii* niiv vaincus! — l^cs oies du Capitolc. — Les Gaulois avaient vaincu les Romains dans la fameuse journée d' Allia. Ils étaient entrés dans Rome abandonnée; ils avaient pillé, saccagé, incendié la ville; ils avaient tout massacré sans distinction d'Age ni de sexe, et n'avaient trouvé de résistance qu'au (^apitoie où les Romains s'étaient fortifiés. Les Gaulois firent donc le blocus du Capitole. Mais le siège traînait en longueur, dej^uis plus de six mois les assiégeants étaient immobiles au pied de la forteresse, et pendant ce lemps une violente épidémie s'était déclarée. Les Romains, de leur côté, pressés de plus en plus par la faim, commençaient à perdre courage. On fit des proposi-

tious d'accommodement ; Sulpicius, l'un des tribuns militaires, s'aboucha avec Brennus, le général des Gaulois. Ils convinrent que les Romains payeraient mille livres d'or, et que les Gaulois sortiraient de Rome. Ces conditions acceptées, les Gaulois usèrent de tous les moyens pour tromper leurs ennemis: ils se servirent de faux poids, ils firent ouvertement pencher la balance, et Brennus enfin jeia dans le plateau son épéeet son baudrier. Quand Sulpicius demanda ce que cela voulait dire, le général gaulois répondit: « Eh! quelle autre chose sinon malheur aux vaincus 1 — C'est alors que survint Je dictateur Camille. 11 reprit l'or et ordonna aux Gaulois de se retirer en leur disant ; « La coutume des Romains est de racheter leur patrie avec le fer et non pas avec l'or. » Un mot, à propos de ce siège fameux, sur

L'aquatique animal sauveur du Capitole.

Camille qui avait été choisi par les Romains pour prendre le conmiandement ne voulait l'accepter qu'autant que leur choix aurait été ratifié par les citoyens rcnfeimés dans le Capitole. Mais comment arriver au Capitole tant que les ennemis occuperaient la ville ? — Pontius Cominius s'offrit pour cette mission périlleuse. Ce jeune Romain, à force de prudence et d'énergie, parvint à tromper la vigilance des ennemis, et fut assez heureux pour

remporter la nominaiioii de Camille comme dictateur. Mais Pontius, qui avait dû gravir un rocher très-escarpe, avait laissé des traces de son passage. Les herbes couchées et la terre éboulée en plusieurs endroits montrèrent aux Gaulois qu'il y avait un chemin accessible pour conduire au Capitole. Ils se mirent en devoir au milieu de la nuit de profiter de cette découverte. Ils étaient sur le point de se rendre maîtres des retranchements, car personne ne les avait entendus , lorsque les oies sacrées qu'on entretenait dans le Capitole, près du temple de Junon, coururent aux Gaulois avec de grands cris et en un instant réveillèrent tous les Romains. — Plutarque fait remarquer que les oies ont l'ouïe trè-s-fme, que celles du Capitole étaient assez mal nourries depuis le siège, et qu'elles s'effrayèrent d'autant plus facilement à l'approche des Gaulois, que la faim les tenait éveillées.

C'est en mémoire de cette action mémorable que les oies étaient promenées en triomphe tous les ans dans la ville de Rome.

Pois$«on d'Avril. — L'origine de l'attrape, du picge innoccni connu sous ce nom est assez souvent attribuée à l'histoire suivante : François, duc de Lorraine, que Louis Xlll retenait prisonnier au chiileau de Nancy, parvint à se sauver, le 1"' avril, en traversant la rivière à la nage; — ce qui fit dire

aux Lorrains que c'était un poisson qu'on leur avait donné à garder *.

Il faut beaucoup de bonne volonté pour admettre cette origine. Ce duc de Lorraine, prisonnier de Louis XIII, n'est guère connu dans l'histoire: le roi d'Yvetot , sous ce rapport , lui rendrait des points. On n'a jamais parlé de sa singulière évasion que pour expliquer le poisson d'Avril^ et il est difficile de croire que la facétie fût devenue populaire dans presque toute l'Europe si elle n'avait eu d'autre cause que cette fuite à travers la Meurthe.

Ceux qui ont ainsi pensé ont été demander des raisons à une source beaucoup plus généralement connue. Ils ont prétendu que les plaisanteries du l*^*" avril étaient une allusion aux démarches ironiques que l'on ht faire à Jésus-Christ, au commencement d'avril, en le renvoyant d'Anne à Caïplie, de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, etd'Hérode à Pilate. On a complété cette explication en ajoutant que le mot poisson dont on ne voit pas encore

1. Suivant quelques-uns, le duc de Lorraine n'aurait pas fait naître le poisson d'Avril, il en aurait profité. II se serait échappé déguisé en paysan à la faveur de cette plaisanterie. Une personne aurait prévenu le factionnaire, le factionnaire l'oflicier l'olTicier le gouverneur, mais la crainte du poisson d'Avril aurait fait hésiter chacun, et le prince aurait eu le temps d'échapper aux recherches.

la significalion élail une corruption du mot Passion. Ainsi le poisson d'Avril serait une parodie de la Passion de Jésus-Christ. Si cette origine est la vraie, ce que rien ne nous autorise à garantir, nous ne comprenons pas comment les sottes plaisanteries du 1" avril ont pu s'établir parmi les chrétiens.

Rîre sardoiiiqnc. — Rire convulsif, mortel, et, au figuré, rire forcé, rire de Satan. — Il y a en Sardaignc une espèce de renoncule appelée sardonie qui contracte de telle sorte les muscles de ceux qui en ont mangé que les lèvres se retirent et que les malades semblent rire en mourant. — Otte explication , généralement admise, n'est pas celle qu'a donné M""* Dacicr dans sa traduction de V Odyssée: « On appelait ris sardonien, dit-elle, un rire forcé qui cachait une douleur intérieure et l'on donne plusieurs raisons de ce nom. La plus vraisemblable est celle que l'on tire de l'ancienne coutume des habitants de l'île de Sardaigne. On prétend qu'il y avait une certaine fête de l'année où ils immolaient ;ion-seulement leurs prisonniers de guerre, mais aussi les vieillards qui passaient soixante ans, et ces malheureux étaient obligés de rire à cette horrible cérémonie; d'où l'on a appelé ris sardonien tout ris qui ne passe pas le bout des lèvres, et qui cache une douleur véritable. »

Paniers. — Les paniers, on le sait, sont des jupons auxquels étaient fixés plusieurs étages de cercles en fer d'abord (c'était l'enfance de l'art), puis en bois et enfin en baleine. — Destinés à suppléer à l'insuffisance bien constatée des jupons ordinaires, les paniers avaient le double mérite de donner aux dames du xviiP siècle de fortes hanches, el^ par opposition, des tailles extrêmement fines. Oans ce bienheureux temps des paniers, c'était comme aujourd'hui : toutes les femmes étaient bien faites, car toutes étalent dans le cas des femmes qui écrivent leurs mémoires, et qui, comme .Ar^^'^de Launay, ne se montrent qu'en buste.

Nous avons dit bien /iitVe^ pour parler avec les mots de tout le monde, mais nous ferons nos réserves. On a beaucoup exagéré le mérite des tailles de guêpes ; avoir quelques centimètres de circonférence à la taille et plusieurs mètres un peu plus bas, c'est une beauté que nous apprécions peu. Une femme dont le buste ne tient que par un fil au reste du corps, nous inspire un sentiment pénible, et elle s'éloigne trop de la nature pour être à nos yeux une femme bien faite.

Mais « Pourquoi .AI"'*" de***, qui est jeune et

belle, s'environne -t- elle d'ombre comme une vieille coquette fanée? — Pour vous païaître toujours blonde. — Elle n'est donc pas blonde ? —

Non elle est rousse. — .Mais il y a des cheveux roux d'une teinte superbe que les peintres estiment beaucoup. — Les peintres, mais pas les coiffeurs, et vous savez bien qu'en fait de beauté cène sont pas les artistes qui donnent la mode, ce sont les couturières et les coiffeurs*.»

Cette vérité était du temps de Louis XV comme elle l'estdu nôtre, et M*'^''' Clairon a dû paraître singulièrement hardie quand elle a osé, en pleine vogue de paniers, se montrer sur la scène avec les simples hanches que Dieu lui avait données. — Supposez que 31'"" Doche fasse brusquement, au Vaudeville, son entrée sans ciinoline !

La crinoline, qui occupe une place si importante dans notre société, sur les trottoirs et dans les voitures publiques, n'est autre chose que le panier en progrès. Le besoin de s'élargir qui s'est emparé des femmes depuis le jour où elles ont échappé aux fourreaux de parapluie du premier empire, les aurait inévitablement ramenées aux paniers du dernier siècle si les progrès de l'industrie n'avaient permis de substituer le crin à la baleine. Avec les grâces naturelles à son sexe, M'"" Crinoline devait, sans rien pordre de son ampleur, être moins lourde, moins empruntée, plus souple que M. Panier, son père; mais elle

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