M"""" Emili- (le r.iranlîn
(levait conserver aussi cet air de famille et cet es- ])rit d'envahissement auxquels nous l'avons tout d'abord reconnue.
Si les dames, qui vivent presque toutes aujourd'hui dans l'intimité de cette ample demoiselle, désirent connaître ses nobles ancêtres, nous leur citerons, d'après un critique célèbre, un dialogue entre un auteur et une modiste de 172^4.
L'auteur. Vous plairait-il, mademoiselle, de me dire exactement ce que vous autres, jolies femmes, qui en portez et qui en faites, vous entendez par ce mot les 'paniers?
La dame. Monsieur l'auteur, ce sont des cloches de toile soutenues par des cercles de baleine que les femmes portent sous leurs jupes et dont les pieds semblent être les battants.
L'auteur. Quelle est l'origine des paniers?
La dame. Cette origine se perd dans les ténèbres de la soie et du velours. Les premiers paniers furent d'abord, il y a longtemps...., il y a huit jours, des cercles en fer, en bois et en baleine, garnis d'étoffes, qui servaient à relever les robes ; ils s'appelaient en ce temps-là des verlugadins. La première dame qui en a porté, c'est dame Radegonde, la femme légitime de Polichinelle ; cette dame avait beaucoup d'enfants, et pour les cacher dans son giron, elle imagina cette espèce de cage à poulcls.
L'auteur. Madame , poiirricz-vous me dire tout bas à quoi peuvent servir ces sortes de paniers ?
La dame. Je vous dirai en confidence que rien n'est plus incommode. Dans nos logis, les apppartements sont trop petils, les sofas suffisent à poine à asseoir une femme en paniers ; il faut élargir les portes des maisons et couper les bras aux fauteuils. Deux paniers remplissent la rue, deux paniers remplissent un carrosse à deux fonds; à l'Opéra, pour chaque panier il faut une loge ; à l'église, vingt paniers remplissent le chœur ; la dame en paniers ne peut ni entrer, ni sortir, ni monter, ni descendre; petite, elle rappelle un tonneau ; de grande taille, on dirait un cône en équihbre sur sa pointe; a-t-elle un genou cagneux, le pied vilain, la jambe tordue, le panier, dans son indécent va-et-vient, laisse entrevoir ces difformités détestables; mais qu'y faire, monsieur? c'est la mode, et l'instant n'est pas venu d'en changer.
L'auteur. Madame, pourriez-vous me dire combien il y a de sortes de paniers ? Je n'ignore pas que vous avez la gourgandine, le boute -en-train, le tâtez-y, la culbute, les bêtises, le laisse-tout faire et les mensonges de Paris; cependant, depuis qu'on invente, on a dû trouver quelque chose de nouveau, ne fussent-ce que Xaspxniers percés?
Î>A DAME. Vous avez raison, monsieur, nous avons ta gondole, espèce de panier plus large par le bas que par le haut ; avec la gondole une femme a l'air d'un porteur d'eau dans son tonneau; nous avons tes cadeis, ainsi nommés parce qu'ils s'arrêtent deux doigts au-dessous des genoux; les ])aniers bourrelets, ces bourrelets servent à faire évaser la jupe ; les paniers fourrés sur les hanches et autre part ; enfin mille sorte de paniers selon la taille et l'âge des femmes à la mode, qui rougiraient d'une taille mince et mignonne; hier tout était svelte, aujourd'hui tout est gros; un gros équipage, un gros bien, une grosse table, une grosse femme, et même les gens grossiers pourvu qu'ils aient un gros argent. Quant au laisse-toutfaire, permettez-moi, monsieur, de vous dire que vous êtes dans une grosse erreur, le laisse-toutfaire n'est pas un panier :
L'homme le plus grossier et l'esprit le plus lourd Sait qu'un laisse-tout- faire est un tablier court.
L'auteur. Je vous remercie, madame, de ces renseignements, je vais me hâter de faire ma comédie, et je vous prierai d'y venir en petite loge avec moi, et en petits paniers.
WîlaÎBi :^IilB. — Quand Louis XIV lit son entrée triomphale à Gand, l'un des députés qui
vinrent lui présenter les clefs de la ville se nommait Grand Vilain. Jl descendait, assure-l-on, d'un bâtard de la maison des piinces d'Isengliien dont un des membres, qui devint i)lus lard maréchal (l7/rl), élait au service de la France. Grand Vilain, que la confiance de ses concitoyens venait d'appeler pour la {U" fois à siéger parmi les membres du conseil municipal de G and, demanda à Louis XIV la faveur d'ajouter à son nom le chiffre lA. Le roi vainqueur la lui accorda, et c'est depuis ce temps qu'une des principales familles de Belgique porte le nom de Vilain XIIIL — Ce chiffre écrit- par un X et quatre I n'a rien qui doive étonner. Sous Louis XIV on l'écrivait ainsi; les actes et les monnaies de l'époque en font foi, et les héritiers de Vilain XIIII ont conscr\é le nom tel qu'ils l'avaient reçu.
Les liattiis payent raiiieiide. — Nous avons dans les mains un dictionnaire de j)roverbes français avec l'explication et les ctijmoloxjies les plus avérées^ où l'oii trouve au mot ame?iile : « On dit, c'est la coutume de Lorris, ou le batu paye l'amende, ou qu'on blàme, ou que l'on condamne celui qui a raison. — Ce proverbe vient d'une équi\oquc : la loi s'adressant au coui)able, lui dit : « Le bas-iti? paye C amende. » — Cette explication ingénieuse n'est peut-être i)as assez avérée. Il
y a eu un temps où la raison était bien réellement la raison du plus fort ; c'est alors que les battus 'payaient l'amende et que les morts avaient tort. Nous voulons parler de l'époque où se pratiquait le combat judiciaire, cette épreuve ordonnée par la justice pour mettre fin à un procès dans les cas douteux. Là où le serment était insuffisant, c'est le combat qui décidait : l'événement de la lutte était considéré comme un décret de la Providence, et l'innocence ou le bon droit devait être inévitablement du côté du vainqueur. Ce jugement de Dieu, comme on l'appelait improprement, décidait de votre sort : si vous étiez battu, c'est que Dieu l'avait voulu : vous étiez coupable, et partant vous deviez payer l'amende ou subir la peine. — C'est vraisemblablement de ce singulier genre de procédure que vient notre expression proverbiale.
Faire des ehàteaux en Espagne. — Transportez-vous dans le pays des rêves, laissez aller à son gré votre imagination vagabonde, fondez sur de vagues espoirs les projets les plus insensés, demandez à l'avenir de réaliser vos chimères, et, comme la laitière et le curé de La Fontaine, vous ferez des châteaux en Espacjne. « Lne rêverie sans corps et sans sujet régente notre âme et l'agite ; queje me mette à faire des chasteaux en Espaigne, mon imagination m'y forge des commodités
et des plaisirs desquels mon âme est réellement chatouillée et réjouie. » (Montaigne). Rêver une fortune, une position brillante, un rang élevé, de la gloire même, c'est plus ou moins rêver des châteaux, et jusque-là on s'explique la comparaison. Mais pourquoi en Espagne ? Serait-ce que dans la péninsule un château est plus agréable et plus délicieux que partout ailleurs? Non, c'est qu'il n'y a pas de château dans ce pays, et que vouloir les honneurs ou la fortune qu'on n'a pas, c'est vouloir des châteaux en Espagne. On ajoute, pour ne laisser aucune incertitude et pour rendre plus exactement compte des mots faire ou bâtir des châteaux, que dans le temps où les Maures faisaient de fréquentes excursions en Espagne, il était défendu de bâtir dans la campagne des châteaux dont les ennemis auraient pu s'emparer et où ils se seraient fortifiés. Nous ne savons si autrefois les châteaux étaient rares aussi en Asie, mais on disait dans le même sens, faire des châteaux en Asie. On dit encore, de nos jours, bâtir des châteaux en l'air, expression qui s'explique d'ellemême : vouloir faire une chose impossible, c'est bâtir des châteaux en l'air.
On rit souvent des fous qui rêvent tout éveillés ; mais ceux mêmes qui se moquent rêvent aussi, à leur insu , et les plus sages ont du parfois aux divagations de leur esprit des instants de bonheur.
Tous, à certains jours de la vie, nous avons eu nos joies imaginaires, car on en fait partout des cliàteaux en Espagne :
On en fait à la ville ainsi qu'à la campagne; On en fait en dormant, on en fait éveillé. Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé.
Peut se croire, un moment, seigneur de son village. Le vieillard, oubliant les glaces de son âge, Se figure aux genoux d'une jeune beauté, Et sourit; son neveu sourit de son côté, En songeant qu'un matin du bonhomme il hérite. Telle femme se croit sultane favorite ; Un commis est ministre, un jeune abbé.'prélat ; Le prélat.... Il n'est pas jusqu'au simple soldat. Qui ne se soit un jour cru maréchal de France ; Et le pauvre, lui-même, est riche en espérance. \,Collin-d'Harleville. — Les châteaux en Espagne, acte 111, scène Vil.)
Lorsque M"""" de Villars était à Madrid, en qua liié de dame d'honneur de la reine, elle désirail beaucoup revenir dans son pays pour y faire dei clîâteaux en Espagne : — « Il n'y a qu'en France disait-elle, qu'on bâtit des cliàtcaux en Espagne mais quand on est en Espngne, on n'a pas envi d'y bâtir des cbàteaux. »
Tirer le diable |u»r la qcieiie. — « 11 fauj que la queue du diahleiui soil soudée, chevillée vissée à l'échiné d'une façon bien triomphante pour ([n'clle résiste à l'innombrable multilude de gens
qui la liront perpétuellement. » (Victor Hugo. Lucrèce Borgia.)
Tirer le diable par la queue^ c'est se procurer pénihlenicnt le nécessaire pour vivre, c'est être réduit aux expédients. On a prétendu qu'il s'agissait « du diable d'argent que tout le monde voudrait attirer à soi. » Mais cette explication laisse beaucoup à désirer. Nous préférons pi endre le diable plus au sérieux et le considérer ici comme une image représentant toutes les choses auxquelles on n'a recours qu'à la dernière extrémité, et qu'on s'estime encore heureux de trouver, d'obtenir même par la piière, quand on n'a plus d'autre moyen d'échapj)er à une situation misérable. J.e Mont-de-piélé, par exemple, c'est le diable, et lorsque nous lui portons notre linge en le priant de nous prêter de l'argent à douze pour cent, nous lirons le diable par la queue. Pour explicpier l'image, on peut se figurer un homme qui , à bout de ressources et ne sachant plus à qui s'adresser, finit par recourir h l'assistance de ce diable dont il avait d'abord refusé le secours. Le diable à son tour fait le difficile, il se souvient des rebulïades qu'il a essuyées, il tourne le dos à celui qui l'a d'abord méprisé, — et c'est alors qu'il faut, pour le ramener, le tirer par la queue. Les jeunes gens qui ont escompté leur avenir à de ruineuses conditions, ont plus d'une fois ramené ainsi par le pan de l'iia-
bit cette monstruosité sociale qu'on appelle un usurier, et ils savent par expérience ce que veut dire : tirer le diable par la queue.
Roche Tappéîenne. — C'était sous Roniulus (l'an 7Zi6 avant J. C. ). On était en guerre avec les Sabins, et ïarpéius était gouverneur du Capilole. Tarpéia,'sa fille, promit à Tatius, général des Sabins, de lui livrer la citadelle, à condition que ses soldats lui donneraient ce qu'ils portaient à leur bras gauche ; elle entendait désigner par là leurs bracelets d'or. Lorsque Tatius fut maître du Capitole, il jeta sur Tarpéia ses bracelets et son bouclier qu'il portait aussi au bras gauche, ses soldats l'imitèrent et Tarpéia fut écrasée sous le prix de sa trahison. — Les Romains qui savaient perpétuer les souvenirs donnèrent à la colline où Tarpéia fut ensevelie le nom de mont Tarpéien on roche Tarpéienne, et il fut décidé qu'on précipiterait du haut de cette colline ceux qui se seraient rendus coupables de trahison ou de faux témoignage. —Les locutions trouver sa roche Tarpéienne, cire précipité de la roche Tarpéienne ont été fréquemment employées pour exprimer la perte de la popularité. « Et moi aussi, on voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe : et l'on crie maintenant dons les rues : La grande trahison du comte (le Mirabeau.... Je n'avais pas besoin de
cette leçon pour savoir qu'il est peu de distance du Cùapitole à lu roche Tarpéienne ; mais l'homme qui combat pour la patrie ne se tient pas si aisément pour vaincu. » (Mirabeau. )
Coup de Janine. — Donner à quehju'un le coup de Jarnac, c'est, dit l'Académie, « lui faire un mauvais tour auquel il ne s'attendait pas, et qui le met en très-mauvais état, qui le ruine, qui détruit sa fortune. Cela se dit toujours en mauvaise part. » — Cette expression rappelle le duel qui eut lieUj à Saint-Germain, avec tout l'appareil des combats juridiques, enlie Jarnac et La Chateigneraye, favori de Henri IL Quoique La Chateignerayc fût très-lié avec Gui de Chabot, seigneur de Jarnac, il se permit contre son ami une grosse médisance : il dit à François 1'"'" que Jarnac s'était vanlé d'être en de très- bons termes avec Magdelcine de Puiguyon, sa belle-mère. Le roi voulut plaisanter Jarnac, mais ce jeune seigneur lui répondit : Sauf le respect dû à Votre Majesté, La Chateigncraj e a menti. Sur ce démenti, devenu public, on demanda à François la permission de combattre en champ dus, mais ce prince ne voulut pas l'accorder, et c'est seulement la première année du règne de Henri II que le duel put avoir lieu. Les deux adversaires ayant employé à s'exercer dans les armes les délais exigés alors par les formalités du combat judiciaire.
Jariiac avait appris un coup extraordinaire, qu'il ne manquait jamais, et il fit h La Chateigneraye le jour du combat (10 Juillet 15^7 ) une blessure au jarret, à la suite de laquelle ce dernier mourut. Ce coup était d'autant plus inattendu que La Cliateignerayr, comptant sur la faiblesse de son adversaire, avait fait préparer, au dire de Brantôme, un repas splendide, pour régaler ses amis le jour même du combat. Ce sont les circonstances de ce duel fameux qui ont fait appeler coup de Jarnac un coup violent et imprévu.
frisette. — « Les savants (foin des savants !) ([ui expliquent toute chose, (|ui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l'étymologic! de ce mot-là, la grisetle. Ils nous ont dit, les insensés! qu'ainsi se nonnnait une mince étoffe de bure à l'usage des filles du peuple, et ils eiî ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l'habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! » (Jules Janin.)
Nous qui ne sommes pas des savants, mais qui croyons un peu à l'existence des causes, nous no voyons pas pourquoi l'on n'accepterait pas cette explication qui, à tout prendre, en vautbienune autre*.
1. Celle deM°>« la comtesse de Bradi, par exemple. Après avoir constaté que du temps de Louis XV, les seigneurs de la cour uNuicni en mOnic temps poiii uiaîtrcsscs'des femmes de tliéàuc,
Que les ouvrières, ces jeunes filles qui, naguère, suppléaient à l'élégance par la bonne grâce de leurs allures, aient porlc presque toutes des robes en griselte; qu'elles aient su, à force d'art, faire des merveilles avec cette étoffe; qu'on se soit habitué à les voir ainsi velues, simples et prop/reltes, et qu'on ait fini, sans à peine y prendre garde, par les appeler grisettcs du nom même de leui'S robes, c'est là un petit enchaînement de circonstances qui ne nous paraît pas absolument saugrenu. Nous nous rangeons d'autant plus volontiers à l'avis des savants que les savants ont eu le bon goût, M. Janin voudra bien le reconnaître, de ne pas trop creuser les |)rofondeurs de la science. Sur notre terre classique de la fantaisie
de graïuJos «laines et de jeunes lilles du peuple (mode aussi ruineuse qu'immorale), M'"'^ de Bradi continue ainsi : « I^'actiiceoula danseuse s'enorgueillissait si, dans son antichambre, nu reconnaissait la livn'e d'un lionime que l'on rencontrait à Voisailles ; niais la grande dame et la petite ouvrière s'en clïrayaient éi;alemenl. Aiin que les billets fussent poriés et reçus sans que l'on en causât à L'ceil-de-bœuf ou dans les maisons d'appientissage, on habilla de gris les laquais destinés h ces fonctions, toutes de confiance, et le nom de grisou leur fut donné, ainsi que nous voyons dans les comédies et romans de cette époque. Les grandes dames avaient des titres, on n'imagina point de les désigner particulièrement; mais les ouvrières en mode, en couture, qui recevaient le laquais ainsi travesti, furent par analogie nom mets (/r/.sr^f^'s, ce qui signifiait filles jolies, pauvres et séduites. »
et de ia forme, la robe c'est la femme ; or, demander à la robe l'origine du nom de la femme, c'est un véritable trait de lumière, c'est puiser les choses à leur vraie source, c'est faire preuve d'esprit plus encore que de savoir.
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que cette question n'a plus guère aujourd'hui qu'un intérêt historique. L'étoffe, en effet, a perdu son nom, et le type grisette, personne ne l'ignore, a presque entièrement disparu. La coquetterie, le goût du luxe et bien d'autres choses encore ont fait de tels progrès que la grisette (étoffe) est remplacée, à l'heure qu'il est, par la mousseline et la soie. Les grossiers tissus ont été renvoyés, tout honteux, aux classes indigentes. La grisette (jeune fille) a suivi la marche ascendante de son époque; elle s'est créé des relations, des habitudes nou> elles, et l'on peut dire qu'elle est tout ce qu'on voudra, excepté une grisette. Il y a encore çà et là quelques jeunes filles qui portent l'humble robe d'indienne, mais elles représentent une imperceptible minorité ; ce sont celles qui se distinguent par une extrême misère ou par un rare attachement aux traditions du passé.
Prendre l'occasion aux cheveux. — Ne
pas laisser échapper le moment favorable de faire une chose, le saisir juste quand il se présenlc.
Celle loculion vient de ce que les anciens représenlaient l'Occasion sous la figure d'une femme qui n'avait point de cheveux derrière la tête; ils voulaient expiimer par là qu'une fois qu'on l'avait laissée passer, il n'était plus possible de la saisir. Nous citerons, pour en faire foi, cette inscription sur une statue de l'Occasion, tirée de l'Anthologie : Quel est l'artiste qui t'a faite ? — Un Sycionien. — Quel est son nom ? — Lysippe. — Toiménie, qui es-tu? — L'arbitre suprême de toutes choses, l'Occasion. — Pourquoi te tiens-tu ainsi sur la pointe du pied ? — Je ne me fixe jamais davantage. — Pourquoi t'a-t-on mis des ailes aux pieds? — Parce c|ue mon 'vol devance le vent. — Pourquoi ce rasoir à ta main ? — Pour montrer aux hommes que je suis plus tranchante qu'un glaive. — Et cette chevelure qui descend si longue sur ton front? — C'est pour être facilement saisie par le premier cpii me rencontrera. — Tu n'as pas un seul cheveu derrière la tête? — C'est afin que nul de ceux qui m'auront une fois laissée échapper ne i)uisse me ressaisir dans mon vol. — Pourquoi l'artiste qui t'a sculptée t'a-t-il placée sous ce portique?— Étranger, c'est pour l'instruire. » — (Posidippe. )
Snrdaiiapalc. — Nous devons un mot de souvenir au roi dont le nom sert à ([ualifier tous
ceux qui se livrent à une vie sensuelle et dissolue. — Sardanapale est le quatrième et dernier roi d'Assyrie. Les gouverneurs de Médic et de Babylone, Arbace elBdecis, indignés de voir leur roi s'abandonner aux plaisirs et à la mollesse, se révoltèrent contre lui. — Sardanapale^ indigné à son tour, prit les armes et les battit trois fois. Vaincu enfin, il se réfugia dans Ninive qui fut assiégée bientôt par les révoltés. Il s'y défendit quelque temps; mais les débordements du Tigre renversèrent les murs de cette ville, et pour ne pas tomber entre les mains des vainqueurs, Sardana- [rÂn se précipita dans uw ])ùchcr. Il avait régné do 763 à 7/iO, avant J.-C. — Au rapport de Diodore de Sicile, de Strabon et de Pline, la ville d'Anchiale, en Cilicie, bâtie par Sardanapale, renfermait son tombeau. On y lisait, dit-on, celte inscription : Sai'clanapale, qui ne refusa jamais rien à ses sens, vécut beaucoup en peu de temps. Passant, bois, mange et le réjouis, car le reste n'est rien.
18s liront B'ieii appris, ricii oublié. — En
histoire, les mots appartiennent à ceux qui les ont dits, et nous ne prétendons pas retirer celui-ci à M. de Talleyrand. Il est enregistré sous son nom, et, d'ailleurs, il est si bien établi ainsi dans toutes les mémoires, qu'on aurait grand'peine à le faire pa.^ser au com])tc d'un autre. Nous pensons seu-
leiiient que ce mot élait peut-être une réminiscence. Talle\ ranci a conim à I.oiulres le ciicvalier de Panât, et il a fort bien pu lui entendre exprimer, sur les Bourbons, celte idée qu'on retrouve, à la date de janvier 1796, dans inie lettre de M. de Panât à Mallet du Pan : « Vous nous parlez souvent de la folie de Vérone. Hélas ! mon cher ami, cette folie est générale et incurable. Combien vous vous trompez en croyant qu'il y a un peu de raison dans la cour du frère! nous voyons tout cela de près, et nous gémissons : personne n'est corrigé ; personne n'a su ni rien oublier ni rien ap-' prendre K >'
E(i*e à quîa. — Sont à quia les personnes réduites à ne pouvoir plus répondre. Si toutes les demandes attendent une réponse, tous les pourquoi appellent un parce que. Le parce que est donc la tète, le premier mot de la i)lupart des discours qui répondent à une question. — Quand le discours ne vient pas ou qu'on est à bout de raisons, on ne peut rien ajouter à ce premier mot, le seul en pareil cas qui ne fasse jamais défaut, et c'est alors qu'on est réduit au parce que, c'est-à-dire à quia.
l.Mcnioircs de Mallet du l\iji, par M. A. Sayous,
Par hazard disputant, si quelqu'un luy réplique Et qu'il soit à quia : Vous estes hérétique, Ou pour le moins fauteur; ou vous ne sçavez point Ce qu'en mon manuscrit j'ay noté sur ce point.
( Régnier.)
Etre à quia se dit, par extension, des personnes à l'extrémité, qu'on n'espère plus sauver ; on l'applique quelquefois aussi à ceux que le mauvais état de leurs affaires a privés de toute ressource.
La coiuiiiérc la carpe et le brochet son coiupère.
Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou :
Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; Ma commère la carpe y faisait mille tours Avec le brochet son compère.
(La Fontaine. — Le Héron. "^
Quand on a, comme La Fontaine , l'art des épithètes heureuses, on peut se passer aisément de motifs pour les employer : leur bonne grâce naturelle et le tour familier qu'elles donnent à la pensée légitiment suffisamment leur présence. Dans cette occasion, cependant, on peut supposer que ce n'est pas sans raison qu'il a dit : ma commère la carpe et le brochet son compère. Non qu'il ait su à n'en point douter que ces deux poissons avaient
toujours vécu dans la meilleure intelligence, mais il faisait allusion aux rôles de carpe et de brochet que jouèrent dans un jeu de société, appelé jeu des poissons et très en vogue de son temps, Voiture et le duc d'Enghien. Peut-être ne relira-t-on pas sans plaisir quelques passages de la lettre que la commère Voiture écrivit, en souvenir de ce jeu^ à Monseigneur le duc, son compère, lorsque, dans la bataille de Rocroy, il fit passer le Rhin aux troupes qui devaient joindre celles de M. le .Maréchal de Guébriant (16^3).
« Hé bon jour , mon compère le Brochet, bon jour, mon compère le Brochet. Je m'estois toujours bien doutée, que les eaux du Rhin ne vous arrestcroient pas, et connaissont vostre force, et combien vous aimez à nager en grande eau, j'avois bien creu que celles-là ne vous feroient point de peur, et que vous les passeriez aussi glorieusemont que vous avez achevé tant d'autres avantu-
res Quoyquc vous ayez esté excellent jusques
icy, à toutes les sausses où l'on vous a mis, il faut avouer que la saussc d'Allemagne vous donne un grand goust, et que les lauriers qui y entrent vous relèvent merveilleusement. . . . Aussi vous ne sçauricz vous imaginer jusques où s'étend vostre réputation : il n'y a point d'estangs , de fontaines, de ruisseaux, de rivières ny de mers, où vos victoires ne soient célébrées, point d'eau dormante,- où l'on
ne songe à vous; poiat d'eau bruyante où Une soit bruit de vous. Vostrenom pénètre jusqu'au centre des mers, et vole sur la surface des eaux; l'Océan qui borne le monde, ne borne pas vostre gloire. L'autre jour que mon compère le Turbot et mon compère le Grenaut, avec quelques autres poissons d'eau douce, soupions ensemble chez mon compère rE|)crlan : on nous présenta au second, un vieux Saumon qui avoit fait deux fois le tour du monde, qui venoit fraischement des Indes Occidentales, et avoit esté pris, comme espion en France, en suivant un balteau de sel. Il nous dit, qu'il n'y avoit point d'abysmes si profonds sous les eaux où vous ne fussiez connu et redouté, et que les Baleines de la mer Aililantique suoient à grosse goûte, et estoient toutes en eau, dès qu'elles vous entendoicnt seulement nommer. Il nous eust dit davantage, mais il estoit au court-bouillon; et cela estoit cause, qu'il ne
parloit qu'avec beaucoup de difficulté A dire
le vray , mon Compère , vous estes un teriible Brpchet. Et n'en déplaise aux Hippopotames, aux Loups-marins, ny aux Daufins mesmes, les plus grands et les plus considérables hostes de l'Océan, ne sont que des pauvres Cancres au prix de vous, et si vous continuez comme vous avez commencé, vous avallcrez la mer et les poissons. Cependant vostre gloire se trouvant à un point qu'il est asseuié qu'elle ne peut aller plus loin ny plus haut, il esi,
ce me semble, bien à propos qu'après tant de fatigues^ vous veniez vous ralraiscliir dans l'eau de la Seine^ et vous récréer joyeusement, avec beaucoup de jolies Tanches, de belles Perches, et d'honnêtes Truites, qui vous attendent icy avec impatience. Quelque grande pourtant que soit la passion qu'elles ont de vous voir, elle n'égale pas la mienne, ny le désir que j'ay^ de vous pouvoir témoigner, combien je suis,
Yostre très humble et très obéissante servante et commère. La Carpe.
I^cs beaux jours d^Aranjuez touchent à leur fin. — Citation assez fréquemment employée dans la conversation pour exprimer que des plaisirs ou des réjouissances vont bientôt cesser. Elle est empruntée au Don C^r/o^ de Schiller; c'est le premier mot que dit Domingo, au début du drame, à l'infortuné Don Carlos.
llaille à partir. — Avâir inaille à partir avec quelqu'un, avoir une maille à partager ( le partir signifiait autrefois partager ) ; et, au figuré, avoir des différends, des discussions sur des choses de la plus mince valeur. — La maille était une petite monnaie qui ne valait que la moitié d'un denier. Il y avait des mailles parisis, des mailles tournois, il y avait même des demi-mailles. — On
sait que la monnaie à laquelle on donnait le nom de tournois parce qu'elle était battue à Tours était plus faible d'un cinquième que celle de Paris. La différence de valeur a donné lieu à l'expression longtemps en usage de livre tournois : la livre parisis valant vingt-cinq sous, on désignait par livre tournois, la livre de vingt sous, celle dont on se servait plus fréqueumment dans les comptes et que nous appelons aujourd'hui franc.
Le mot maille est resté aussi, avec le sens d'une chose de très-peu de valeur, dans la locution n avoir ni sou ni maille qui veut dire u' avoir aucun bien, aucunes ressources pécuniaires.
Ce nom de maille aurait pu venir de mrdaiUe dont il eût été une sorte de diminutif barbare ; mais il a été donné, dit-on, à la petite pièce de monnaie qui avait coure sous les rois de la troisième race parce que cette pièce n'était pas plus grande qu'un trou de filet ou qu'une boucle de cotte de mailles. Une iDonnaie qui a disparu aussi et qui nous a laissé son nom, c'est la Gazetta. Les feuilles périodiques qui parurent à Venise au commencement du xvii*' siècle coûtaient une Gazetta; c'est à cette circonstance qu'elles ont dû leur nom, et c'est de là qu'est venu l'usage, dans la suite, d'appeler Gazettes les feuilles quotidiennes qui publient les nouvelles.
>'ous ajouterons, à propos de monnaies qui ne
sont plus en usag<% que le nom du liard a donné lieu à des opinions très-dilTérentes. Ménage le fait venir de hardi {ti hardi pour le hurdi), nom de plusieurs espèces de monnaies en Guyenne; quelques-uns considèrent ce mot comme un adjectif qui en langue romance signifie gris , brun , ou noir, et qui aurait été appliqué aux pièces de billon par opposition aux pièces d'argent qu'on appelait monnaie blanche. D'autres enfin, et nous nous rangerons assez volontiers à l'avis de ces derniers, pensent que cette dénomination vient tout simplement du nom de celui qui le premier fit frapper cette espèce de monnaie (UjO) : Gigue Liard, maître des monnaies en Dauphiné.
Les sept uicpveîlles du monde. — On
désigne sous ce nom les sept ouvrages d'art cités comme les plus célèbres dans l'antiquité. Ce sont: les pyramides d'Egypte, — les jardins suspendus et les murs de Babylonue, — le tombeau de Mausole,
— la statue de Jupiter Olimpien, — le colosse de Rhodes, — le temple de Diane, — et le phare d'Alexandrie.
Pyramides d' Egypte. Ainsi qu'on s'accorde le plus généralement à le reconnaître, ces monu ments gigantesques étaient consacrés à la mémoire des rois et des êtres qui avaient un caractère sacré.
— La plupart des pyramides ont été renversées ;
cependanl les trois que l'on cite comme les plus remarquables, celles qui sans cloute ont valu aux pyramides l'honneur d'être classées au nombre des sept merveilles, sont encore debout : elles sont situées non loin de l'ancienne Memphis^ à trois lieues du Caire. On en fait remonter l'érection au XVIII'' et au xiv*' siècle avant notre ère. La principale, bâtie par Chéops, a 237 mètres de largeur à sa base et 1^5 de hauteur; on y compte 208 assises ayant chacune 67 centimètres de hauteur moyenne; elle a été construite, au rapport de Diodore de Sicile, en vingt ans par cent mille ouvriers. Les deux autres sont moins extraordinaires: l'une, bâtie par Chephren, a 212 mètres do base et 129 de hauteur, et la plus petite, attribuée à Mycerinus, a 91 mètres de base apparente et 53 d'élévation. Les quatre faces de ces pyramides répondent à peu près aux quatre points cardinaux. Jardins suspendus et murs de Babyi.one.
— Les fameuses murailles qui entouraient la capitale de l'empire des xVssyriens et de la Babylonie étaient bâties en briques; elles avaient huit myriamètres de circuit, soixante-six mètres de hauteur et dix-sept mètres d'épaisseur; deux chariots pouvaient s'y promener de front. Quant aux jardins suspendus, ils étaient plantés dans un terrain rapporté sur des voûtes formant terrasses audessus du palais des rois. Ces terrasses étaient
soiilcniies par des colonnes, et les jardins arroses par des canaux et des aqueducs secrets. — Ces merveilles étaient dues à Sémiraniis, qui contribua puissamment à rembellissement de celte ville immense où l'on admirait encore un pont construit sur l'Euphrate, qui traversait la ville du nord au midi, et ce magnifique temple de Behis au milieu duquel s'élevait un édifice composé de huit tours bâties les unes sur les autres.
Le tombeau de Mausole. — La reine Artémise r% qui se joignit à Xercès dans son expédition contre la Grèce, qui combattit si vaillamment à la bataille de Salamine et qui eut une statue à Sparte parmi les généraux perses, n'a pas laissé u)i souvenir si vif que la reine ArtémiseTI, dont le seul mérite fut de regretter sincèrement Mausole, son frère et mari. Pour immortaliser une femme, surtout quand cette femme est une reine, il n'est pas besoin d'exploits, il suffit d'une vertu. Le tombeau de Mausole, élevé vers l'an 355 avant Jésus-Christ, était situé à Halicarnasse, ancienne capitale 4e la Carie méridionale. Ce magnifique monument avait quatre grandes façades qui regardaient l'orient, le midi, l'occident et le nord; il était couronné par une pyramide sur lacpielle se trouvait un char de marbre attelé de quatre chevaux. La célébrité du tombeau de Mausole a fait donner le nom de mausolée à tout mommient sé-
pillerai somptueux ayant le caractère d'un édifice.
La statue de Jupiter olympien. — Il y avait à Olympie, une des principales villes de l'Elide, sur l'Alphée, un vaste temple dédié à Jupiter, bâti avec une sorte de pierre qui ressemblait au marbre de Paros. C'est dans l'intérieur de ce temple que se trouvait une statue d'or et d'ivoire représentant Jupiter. Cette statue, chef-d'œuvre de Phidias, avait vingt mètres de haut et représentait le dieu assis sur son trône.
Le colosse de Rhodes, statue gigantesque d'Apollon qui se trouvait à l'entrée du port de Rhodes, capitale de l'île de ce nom, située dans la Méditerranée, h l'extrémité sud-ouest de l'archipel. Cette statue était l'ouvrage de Charès, élève de Lysippe ; il la commença vers l'an 300 avant Jésus-Christ et y travailla pendant dix ans. Elle était d'airain, elle avait trente-quatre mètres de hauteur, et les vaisseaux, disait-on, passaient à pleines voiles entre ses jambes*. Le colosse de Rhodes avait coûté près d'un million et demi ; il fut renversé, cinquante-six ans après son érection, par
1. M. le comte de Caylus a démontré que le colosse de Rhodes n'était point placé de celte manière bizarre, il a cité Pline et Strabon qui {ont beaucoup parlé du colosse de Rhodes sans faire aucune allusion à l'écartement des jambes; Ph'Ion de Bysance, qui parle de la base de marbre du colosse, dont les
un tremblement de terre qui le rompit aux deux genoux.
Le temple de Diane était situé à Ephèse, ville d'Ionie. Suivant Pline, il avait cent trente mètres de long sur soixante-sept de large et dix-huit de haut. La nef était soutenue par cent vingt-sept colonnes d'ordre ionique, de vingt mètres de haut. Ce temple fut brûlé par Érostrate, ce fou qui, suivant la tradition antique, voulut s'immortaliser par cet acte d'impiété. La destruction du temple d'Ephèse ayant eu lieu le jour où naquit Alexandre, ce héros offrit de le reconstruire, à condition qu'on y inscrirait son nom ; mais on refusa ses offres et le temple fut rebâti par les Ephésiens.
Le phare d'Alexandrie, tour en marbre blanc, construite sous le règne de Ptolémée-Philadelphe, par l'architecte Sésostrate, dans l'île de Pharos, qui fut réunie par un môle à la ville d'Alexandrie l'an 286 avant Jésus-Christ. On donne une idée de l'élévation de cette tour en disant que du sommet on découvrait les vaisseaux à cent milles en mer. Le Phare d'Alexandrie fut détruit en 1303 par un tremblement de terre. L'île de Pharos a donné
pieds se irouvaient ainsi réunis sur un même bloc et près l'un de l'autre. On a fait remarquer, d'ailleurs avec raison, que si le colosse avait été placé à l'entrée du port, les jambes écartées, il eût été inévitablement renversé dans la mer lors du tremblement de terre qui le brisa.
son nom à ce monument, et ce nom est resté dans la langue pour désigner ces tours surmontées d'un fanal que l'on établit sur certains points pour indiquer le voisinage des côtes ou signaler quelque danger.
Il n'est pas sans intérêt de remarquer, à propos des sept merveilles, que le nombre sept tient une place assez importante dans nos souvenirs. Nous avons, en effet, outre les sept qui se retrouvent à chaque page de la Bible et qui ont tous pour piincipe les sept jours de la création, car le nombre sept est un nombre saint, Les sept têtes de l'hydre, ce monstre fabuleux qui vivait dans le lac de Lerne, dans le Péloponèse, et dont les têtes repoussaient à mesure qu'on les coupait. — Les sept vaches grasses et les sept vaches maigres qui annonçaient à Pharaon sept années d'abondance et sept années de disette. — La guerre des sept chefs, l'expédition entreprise par Adraste et les héros argiens pour rétablir Polynice sur le trône de Thèbes. — Les sept chefs contre Thèbes, titre d'une tragédie d'Eschyle. — Les sept sages de la Grèce. — Les sept collines de Rome. — La république des sept îles, la république des îles Ioniennes. — Les sept frères, nom de sept montagnes de la Mauritanie tingilane. — Les sept mers, nom donné autrefois aux sept embouchures par lesquelles le Pô
se jetait dans rAdriati(jue. — Les sept bouches du NU. — Le chdleau des Sept-Tours, à Constantiuople. — La légende des sept évêques envoyés en lîspagne par saint Pierre et saint Paul. Jj;s sept enfants de Lara, célèbres clans les chroniques espagnoles et dont la lin tragique a fourni à Lopez de Ycga le sujet d'un drame. — Les sept électeurs y princes qui avaient le privilège d'élire l'empereur d'Allemagne et qui furent établis en 1292, lors de l'élection d'Adolphe de Nassau. — La guerre de sept ans, guerre à laquelle la Prusse doit d'être devenue puis.^ance de premier ordre.
Ajoutons, pour terminer, que ce fameux chilTre sept est encore un de ceux qui jouent le plus grand rôle dans les choses actuelles de la vie. La semaine a sept jours ; la musique sept notes ; et le prisme sept couleurs; on compte sept planètes, abstraction faite des quatre télescopiques ; il y a sept péchés capitaux; sept sacrements; sept psaumes, et sept parties de l'office. S'il faut en croire les physiologistes, nous changeons de peau tous les sept ans. Nous disons proverbialement ; Prêcher sept ans pour un carême; si le carême durait sept ans, tu serais un habile homme h Pâques. Ou prétend que les plus grands sages pèchent au moins sept fois par jour, et quand nous éprouvons une joie très-vive, nous sommes au septième ciel.
Il n'est pas jusqu'à nos souvenirs d'enfance qui ne parlent du nombre sept : Barbe-Bleue avait pendu sept femmes et les bottes de l'Ogre étaient des bottes de sept lieues.
On est tellement habitué, enfin, à retrouver un peu partout ce nombre sept, qu'on le met même où il n'est pas. On affirme quelquefois que le Styx faisait sept fois le tour des enfers. Nous avons souvent entendu dire aussi : les sept plaies d'Egypte, et l'on n'a pas voulu nous croire quand nous avons affirmé qu'il y en avait dix ^
Faire grève. — La place de l'Hôtel-de-Ville s'appelait autrefois place de Grève ; elle devait ce nom au voisinage du quai de la Grève. C'est sur cette place que se sont réunis pendant longtemps les ouvriers sans travail ; c'est là que les entrepreneurs venaient les embaucher, c'est là qu'ils ont exercé, dans le temps où le travail était rare, cette exploitation pour laquelle on a inventé le mot marchandage.
Quand les ouvriers, mécontents de leur salaire, refusent de travailler à des conditions qui ne leur
1. 1 ^.'S eaux changées en sang ; les grenouilles ; les .petits insérées piquants; les mouches ; la pesle; les ulcères et pustules; la grêle ; les ténèbres épaisses ; les sauterelles ; la mort des premiers nés des hommes et des bôlcs.
semblent pas assez favorables, ils se mettent en grève, ce qui veut dire littéralement qu'ils retournent sur la place de Grève en attendant qu'on vienne leur faire des propositions meilleures. — Cette expression s'est étendue, et elle se dit spécialement aujourd'hui de la coalition que font les ouvriers pour se refuser à travailler tant qu'on ne leur aura pas donné l'augnientalion de salaire qu'ils réclament.
Cul-de-sac. — Les mots réputés malséants perdent entièrement ce caractère lorsqu'ils entrent en composition dans d'autres mots que l'usage a consacrés tout d'une pièce et que personne ne songe à disséquer, les mots cul-de-sac, cul-delampe, cul-de- basse-fosse, cul-de-jatte, cul-defour, et plusieurs de ce genre disent bien ce qu'ils veulent dire, et à ce litre ils sont bons. On les prononce partout, en toute occcasion, sans exciter ni étonnement ni murmure, et ils ne peuvent être considérés comme inconvenants que par une fausse et maladroite pruderie. Tout cela soit dit à propos de cul-de-sac et des mouvements d'indignation de Voltaire : « Comment a-t-on pu, dit-il, donner le mot de cul-de-sac à Cangiportus des liomains? Les Italiens en ont pris le nom d' angipo) to , pour signifier strada sema uscita. On lui donnait autrefois le nom d'impasse, qui est expressif et so-
iiorc. C'est une grossièreté énorme que le mot cidde-sac ait prévalu. »
Et connue Voltaire répétait souvent les choses qu'il avait sur le cœur, il n'a pas laissé échapper une seule occasion de flétrir ce pauvre mot. — « J'en dis autant à Le Breton, imprimeur de i'Aimanacli royal, je ne lui payerai point l'almanach qu'il m'a vendu celte année. 11 a eu la grossièreté de dire que M. le président...., M. le conseiller..., demeure dans le cul-de-sac de Ménard, dans le cul-de-sac des Blancs-Manteaux. Jusqu'à quand k's welches croupirent-ils dans leur ancienne barbarie? Comment peut-on dire qu'un grave président demeure dans un cul?... Fi, mojisieur Le Breton, corrigez-vous, servez-vous du mot impasse ^ qui est le mot propre; l'expression ancienne est impasse. — Nous avons renoncé à des expressions absolument nécessaires, dont les Anglais se sont heureusement enrichis. Une rue, un chemin sans issue, s'exprimaient si bien par non-passe, impasse, que les Anglais ont imité ; et nous sommes réduits au mot bas et impertinent de cid-de-sac, qui revient si souvent, et qui déshonore la langue française. »
On lit enfin dans ta Correspondance Utiéraire de Grimm, à la date du 17 août 1763 : « Vous remarquerez que le grand apôtre veut qu'on dijie Auguste, à la place de ce gothique et barbare
août, qu'on prononce aussi oût. C'est ainsi qu'il veut qu'on substitue le mot d'impasse à celui de cul-de-sac. En écrivant, il y a quelques années, à feu l'abbé Duresnel, par la poste, il mit sur l'adresse : « A M. l'abbé Duresnel, de l'Académie française, dans l'impasse de Saint-Pierre, — et non dans le cul-de-sac, attendu que rien ne ressemble moins à un cul ni à un sac, ciu'une rue qui n'a point d'issue. »
Ce qui résulte de plus clair de toutes ces récriminations et de bien d'autres, car l'auteur de la Pucetlene s'en est pas tenu là, c'est que ceux qui ont partagé son avis sur la grossièreté du mot ctdde-sac n'en auraient peut-être jamais été choqués s'il n'avait pas fait tant de bruit pour si peu. « La métaphore peut manquer de noblesse (quoique, après tout, l'habitude efface le relief de ces locutions), mais elle ne manque pas de justesse, puisque le sac se tient assis sur son fond, et qu'une personne obstinée à traverser une impasse n'en viendrait non plus à bout qu'une obstinée à sortir d'un sac par le fond. » (Génin.)
^%ller au diable au vert. — Faire une expédition dangereuse. Cette locution s'entend particulièrement aujourd'hui dans le sens de aller loin. — Au vert est une corruption de Vaucert; on disait autrefois : aller au diable Vauvert.
Le F a été mangé dans la rapidité du discours, et il a fini par disparaître si bien, qu'on a été amené à couper en deux, pour lui donner une sorte de sens, le reste du mot : auvert. — Le château de Vauvert ou Val-Vert, situé près de Paris, du côté de la barrière d'Enfer, avait été habité par Philippe-Auguste après son excommunication ; il passait depuis cette époque pour être hanté par des revenants et des démons. Saint Louis, pour désensorceler ce château, le donna aux chartreux en 1257.
C'est vraisemblement le souvenir diabolique de ce Heu maudit qui a fait donner le nom d'Enfer à la rue qui y conduisait et qui s'était appelée auparavant chemin de Vauvert. Il y a cependant d'autres opinions sur l'origine du nom de cette rue. Huet prétend qu'elle a été ainsi nommée parce qu'elle fut longtemps un lieu de débauches et de voleries. D'autres pensent que le mot enfer n'est autre chose ici qu'un tronçon de mot corrompu. La rue Saint-Jacques s'est nommée via superior, la rue d'Enfer, qui lui est parallèle, fut désignée, par opposition, sous le nom de via inferior^ viainfera; c'est ce mot infera altéré qui serait resté comme dernière dénomination à la rue d'Enfer.
Gaî eommc piiiisioii. — Nous en savons tout juste assez en ornithologie pour distinguer un char-
donncret d'un serin, et le chant de la fauvette de celui du rossignol. Ne connaissant donc que trèsimparfaitement les mœurs et les habitudes du pinson, nous aurions continué h répéter avec tout le monde : gai comme pùisoîiy si le spirituel auteur de l'Esprit des bêtes n'était venu nous dire ce qu'il fallait croire de cette comparaison peu fondée: « Gai comme pinson, dit- il, est encore un de ces adages menteurs qui contribuent si déplorablement à enraciner les préjugés et les erreurs dans l'esprit des populations. Un oiseau gai, c'est le tarin, c'est lesizerin, lelinot, le serin, un oiseau qui toujours frétille, sautille et babille, qui prend son mal en patience, et le temps comme il vient ; qui, comme le chardonneret, mange devant sa glace quand il est seul, pour se faire accroire à lui-même qu'il dîne en société. Or le pinson n'a jamais affecté ces allures joviales ; au contraire, il s'observe constamment, fait tout avec mesure, réflexion et solennité; il pose, comme on dit, quand il marche, quand il mange, quand il chante. Au lieu de prendre le temps comme il vient, il se laisse aller à des plaintes mélancoliques pour peu que la pluie menace. La captivité le démoralise, le rend aveugle, le tue. Ce ne sont pas là des façons d'oiseau gai. » (Alphonse ïousscnel. — Ornithologie passionnelle.)
Faire la moiiclie du coche, — Cette ex-
pression signifie faire Tenipressé, le nécessaire ; se mêler de tout sans se rendre vraiment utile, et s'attribuer le succès des choses auxquelles on n'a nullement contribué. La raison de cette locution devenue proverbiale est dans la fable de La Fontaine intitulée Le coche et la mouche, dont voici la morale :
Ainsi certaines gens faisant les empressés,
S'introduisent dans les afl'aires :
Ils font partout les nécessaires, Et, partout importufis, devraient être chassés.
Cris de Alerlusine. — Merlusine est une corruption de Méliisine^ nom d'une fée qui appartient aux chroniques fabuleuses du moyen âge. — Fille d'Elinas, roi d'Albanie, et de la fée Pressine, Mélusine eut à supporter, ainsi que ses deux sœurs, Méline et Palestine, tous les malheurs que leur père attira sur la famille en violant l'engagement qu'il avait pris de ne point chercher à voir leur mère. Elles s'en vengèrent en enfermant Klinas dans une caverne où il périt. — Condamnée, en expiation de ce crime, à devenir, le samedi de chaque semaine, moitié femme, moitié serpent, xMélusine devait rester serpent si son mari la voyait dans sa métamorphose. Elle éj-ousa Raymondin, (ils du comte de Foiez, en lui faisant promettre de ne point chercher à connaître son secret. Mais
tourmenté, lui aussi, par le démon de lacuriosilé, il fit avec son épée une ouverture au mur de la chambre où se cachait Mélusine, et l'aperçut sous la forme d'un serpent. Aussitôt, la malheureuse fée s'envola par la fenêtre, et elle resta enfermée depuis dansun souterrain du château de Lusignan. Elle ne sort de sa retraite, ajoute la tradition, que pour apparaître de temps en temps au-dessus de la grande tour et annoncer par ses cris aigus que le malheur ou la mort menace de frapper un des membres de la famille.
Quelques-uns ont prétendu qu'en disant cris de Merlusine, on faisait allusion aux cris étouffés que les habitants du pays croyaient entendre sortir du château; mais il faudrait alors que notre exprèssion fût synonyme de plaintes ou gémissements, et ce n'est point avec cette signification qu'elle est entrée dans notre langue : Poiisser- des cris de Meriusine a toujours voulu dire pousser des cris perv'^ants.
Arriver comme luaréc en earéme. — Arriver à propos. Une expression qui est aussi d'un usage très-fréquent, est : Cela vient comme mars en carême, cela ne manque jamais d'arriver à une certaine époque. — Il n'est pas rare d'entendre employer ces deux expressions l'une pour l'autre, et nous croyons utile d'insister sur le sens diffé-
lent de chacune. La marée peiU manquer, le pauvre Vatel en sut quelque chose; si donc elle vient, et si elle vient surtout au moment où l'usage de la viande est proscrit, elle ariive très'à propos. Mars, au contraire, est inévitable, il ne peut manquer d'arriver, et toujours il arrive à l'époque du carême. La première expression se dit donc d'une chose qui vient à point nommé, au moment où on la désire; la seconde, d'une chose qui arrive toujours en son temps et qui ne peut pas faire défaut.
\ demain les affaires sérieuses. — On répète h chaque instant cette phrase pour exprimer qu'on veut être tout à ses plaisii's, qu'on oublie, pour un jour, le tracas des affaires. Nous rappellerons les circonstances dans lesquelles elle a été dite pour la première fois. Les Thébains gémissaient sous l'oppression d'Archias et de Léontidas. — Pélopidas, IMelon, Damoclides, Théopompe, Epaminondas et quelques autres forment le projet de les affranchir de ce joug odieux. — Philidas, l'un des conjurés, se fait nommer greffier d'Archias et de Philippe, qui étaient alors polémarques, et les invite à un magnilique souper , afin de les livrer aux conjurés au moment où ils seront plongés dans le vin et énervés par la débauche. C'est pendant ce souper qu'un exprès envoyé d'Athènes vint apporlei à Archias une lettre contenant un détail exact de
la conjuration. « (]e courrier, conduit auprès d'Arcliias, lo trouva plein de vin ; et, en lui remettant la lettre, il lui dit que la personne qui l'envoyait le priait de la lire sur-le-clianip, parce qu'il y était question d'affaires sérieuses, « A demain les affaires sérieuses, » lui répondit Archias ; et mettant la lettre sous le chevet de son lit , il re])rit sa conversation avec Pliilidas. Ce mot « à demain les affaires » est passé depuis en proverbe, et il est encore en usage parmi les Grecs K »
I^es Français. — C'est sous ce nom ({u'on désigne communément le premier théâtre de France et, par conséquent, • — nous le disons par amouide la vérité plus encore que de la patrie, — la première scène du monde. De ce qu'un théâtre de Paris a spécialement le nom de Français, un sauvage intelligent pourrait se croire autorisé à conclure que tous les autres théâtres sont étrangers. On sait quelle serait son erreur: aux théâtres du Gymnase, des Variétés, du Vaudeville, du Palais- Royal et dans les nombreux théâtres du boulevaid du crime, on parle un français plus ou moins français, mais enfin on y parle le français. — La dénomination <ki théâtre de la rue Richelieu remonte à l'époque où il n'y avait d'autres théâtres impor-