‹ Petites ignorances de la conversationChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE IJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IJ

Égalité d'humeur. — Naturel. -— Politesse. — PréYenance. — Discrétion. — Rapports avec les domestiques. — Préparation à la première communion. — Plaisirs convenables. — Amies. — Décence. — Charités.— Vigilance de la mère. — Alimentation. — Exercice. — Bains. — Vêtements. — Nécessité de modifier Thygiène.

11 faut travailler avec un soin extrême à rendre le caractère de sa fille égal : c'est, de toutes les qualités, celle qui répand le plus de bonheur autour de soi. L'égalité d'humeur est un charme précieux qui rend la vie douce à ceux qui vous entourent et ôte aux épreuves inévitables de la vie ce surcroît d'amertume

qu'elles rencontrent dans la violence ou la roideur du caractère; rien, d'ailleurs, n'est plus pénible que de vivre avec une personne d'humeur inégale, gaie par instants, maussade après, triste sans savoir pourquoi, ou boudant à propos de la contrariété la plus légère. Il faut apprendre à sa flUe que l'existence est une suite de déceptions qu'on doit, pour les autres et pour soi-même, supporter dignement ; que l'humeur et le manque de courage ne font que rendre plus pénible ce qu'on ne saurait éviter ; qu'un mauvais caractère, enfin, finit par nous rendre à charge, même à nos meilleurs amis, et qu'il refroidit à la longue ceux qui nous étaient le plus sincèrement dévoués; que dans cette susceptibilité, il y a révolte égoïste contre ce qui dérange nos capricesou nos idées, et que nous faisons souffrir ainsi les autres de nos ennuis personnels. Les grandes douleurs ont seules le privilège d'absorber ; mais alors on

s'isole des indifférents, et les amis véritables vous comprennent et vous excusent.

Dans le commerce tiabituel, apprenez à la jeune fille à être facile à vivre, bonne, prévenante, à commencer enfin ce rôle de femme qui doit être si complet d'abnégation. Qu'elle soit polie naturellement et sans Tombre d'afféterie : proscrivez tout ce qui ressemble à la grimace ; blâmez devant elle l'affectation, puis également le laisser-aller de certaines femmes mal élevées , qui , ne sachant pas saisir la nuance convenable, manquent de tenue pour éviter la roideur. 11 faut être vraie avant tout, mais d'une vérité aimable. Au surplus, la vraie politesse vient du cœur ; elle sait parfaitement concilier le naturel et la convenance; elle est égale» bienveillante; elle est le signe certain d'une bonne éducation ; elle ne se règle pas sur la fortune, l'apparence, elle est tout une: des fonctions élevées, l'âge, les grandes vertus

ou de grands talents, peuvent seuls justifier une sorte d*inégalité.dans ses attentions; il n'y a pas d'autre exception possible.

Une femme de beaucoup d'esprit, l'abbesse de FontevrauU, une Mortemart, une des plus grandes dames de la cour de Louis XIV, donnait cette admirable définition de la politesse : u La politesse est une disposition naturelle pe^ fectionnée par l'instruction et l'usage du monde. »

Ne permettez jamais qu'on se moque devant votre fille d'une personne laide, ou infirme , ou mal vêtue ; qu'elle sache respecter le malheur, sous quelque forme qu'il se présente; qu'elle y compatisse, qu'elle cherche à le faire oublier à celui ou à celle qui en souffre : en faire l'objet d'une plaisanterie dénoterait un mauvais cœur, et souvent il arrive pourtant qu'on agit, sous ce rapport, sans réflexion, pour imiter ou pour faire rhre les autres.

J'ai vu des gens, par exemple, ne pouvant s'empêcher d'éclater d'un fou rire en voyant quelqu'un tomber, dût*on se casser une jambe: ce sont là de fort mauvaises habitudes qu'il faut empêcher de s'établir. La mëre doit les combattre de tout son pouvoir, comme aussi, en général, les accès de gaieté intempestive qui prennent à certaines jeunes filles, le plus souvent fort mal à propos, et dans lesquels les nerfs ont certainement une bonne part, mais qu'il faut calmer et traiter presque comme une infirmité, et avec des toniques. Rien, en effet, n'est plus inconvenant dans certaines circonstances, et cela blesse toujours profondément les personnes présentes, qui peuvent se croire l'objet d'une moquerie. Les piqûres faites à l'amour-propre ne guérissent que difficilement, les blessures jamais.

Ne permettez donc, en aucune circonstance, un mot ironique, surtout sur un absent» Ap^

plaudir à Tesprit en pareil cas, c'est rendre le plus mauvais de tous les services, c'est encourager un travers dangereux et dévier de la voie sérieuse que Ton s'est tracée. L'esprit qui consiste à saisir les ridicules est le plus facile de tous à acquérir ; par cette raison, il est souvent le premier qui se présente à la jeunesse : on produit de l'effet, on prend le rire pour de l'admiration, et l'on ne sait pas ce que les rieurs eux-mêmes disent derrière vous. Point d'esprit aux dépens des autres : c*est plus dif- 'ficile, sans doute, mais c'est une habitude à prendre ; et l'on peut- être parfaitement aimable, gaie, spirituelle, l'être même pour tout le monde, sans employer un moyen d'autant plus attrayant et dangereux, qu'il cache, sous l'appât d'un succès, l'écueil auquel il vous conduit.

Persuadez surtout à la jeune fille que rien ne saurait justifif r un ton désobligeant ou im-

pertiDent. M"*« de Genlis a dit fort judicieusement qu'il n'y avait d'impolies que les servantes parvenues ou les^ filles de duchesse mal âevées.

La discrétion et la réserve doivent acjcompa-

[ gner les autres qualités sociales ; on ne saurait trop tôt s'attacher à dominer le penchant à la curiosité et au babillage, trop commun chez les jeunes filles; ces défauts, que ne doit point avoir une personne bien élevée, peuvent, de plus, occasionner de grands malheurs. J'ai vu une femme du monde, par ses propos incon-

- sidérés, être la cause de plusieurs duels; un mot rapporté, commenté, devient' souvent chose grave, et, dans un pays où Ton est si délicat sur le point d'honneur, il peut avoir les conséquences les plus funestes. La curiosité dénote des habitudes vulgaires, et d'ailleurs on n'est pas curieux sans être bavard ; ces deux défauts marchent de conserve et causent un

véritable éloignement. Il faut donc travailler à en garantir les jeunes personnes par tous les moyens possibles.il faut aussi que la jeune fille sache écouter, qu'elle parle peu, et se tienne modestement dans le salon de sa mère, quand il lui est permis d*y rester ; qu'elle soit prévenante, attentive, qu'elle réponde naturellement lorsqu'on s'adresse à elle. Il y a un juste milieu à tenir entre un aplomb toujours nuisible dans la jeunesse et une timidité poussée à l'excès, qui paralyse les moyens et donne l'apparence du crétinîsme. Lorsqu'on est élevée par une mère distinguée et attentive, et qu'on s'habitue à être convenable dans l'intimité de la famille et de l'intérieur, on peut être naturelle, on peut être soi partout sans crainte; il n'y a que les gens de mauvais ton qui soient obligés de faire dos efforts en bonne compagnie; ceux qui ont quelque intelligence sentent, en pareil cas, ce qui leur manque, et,

pour paraître ce qu'ils ne sont pas, se livrent parfois à un travail rarement couronné de ' succès, ou bien sont guindés et fort mal à Taise. 11 faut qu'une jeune fille apprenne de bonne heure à éviter d'attirer Tattenlion sur elle; qu'elle ne cherche pas à briller ; qu'elle voie sans envie la beauté, la fortune, les talents de ses compagnes mieux partagées qu'elle sous ces rapports ; qu'elle applaudisse à leurs succès; qu'elle s'associe à la justice qu'on leur rend. Tout ceci dépend beaucoup du cœur, certainement ; mais ce cœur, une mère doit le diriger. Ainsi je conseillerai d'éviter certaines maladresses, comme de faire, devant sa fille et sans cesse, l'éloge d'une de ses amies, en la comparant à elle, en prenant tels ou tels avantages pour texte de reproches on d'exigences outrées. J'ai vu des mères traiter durement leur fille parce qu'elle n'avait pas la beauté ou la tournure élégante de telle ou telle autre jeune

personne, ou parce qu'une autre avait exécuté un morceau de piano avec plus d'assurance et qu'elle était plus avancée dans ses études.

Cette excitation inopportune de l'amour-propre a toujours pour effet de rendre une jeune personne envieuse. On doit, au contraire, si l'on fait l'éloge d'une autre jeune fille devant elle, le faire avec mesure et surtout pour des qualités dignes d'être appréciées, jamais pour la fortune, la beauté ou des choses futiles. Il faut parler de ces avantages avec calme, et ne pas leur attribuer plus d'importance qu'ils n'en doivent avoir aux yeux d'une personne sensée ; il faut réserver son estime pour les qualités du cœur et le mérite réel.

Je le répète, ces appréciations appartiennent à la mère, à l'entourage, et il n'est guère de na" turel, quelque mal disposé qu'il soit, qui ne s'amende au contact de la bonté intelligente et de la justesse de l'esprit.

11 est bon d'éviter toujours, avec les domestiques, les relations autres que celles que leur service impose; leur conversation et leurs idées ne peuvent qu'être nuisibles jusqu'à ce qu'une éducation relative et rationnelle se soit répandue sur toutes les classes de la société. Que la jeune tille soit bonne, polie dans ses rapports avec eux ; qu'elle évite de leur causer des fatigues qu'il dépend d'elle de leur épargner; qu'elle serve d'intermédiaire entre eux et sa mère, pour en obtenir quelque grâce, quelque pardon : en un mot qu'elle prélude à cette vocation si belle de la femme: entretenir au sein de la famille et dans le cercle de ses relations cette bonne harmonie toujours si précieuse et si souvent menacée.

Voilà le rôle que Dieu a confié aux femmes ; il faut les en pénétrer dès la jeunesse la plus tendre.

I^ première communion, qui termine celte

seconde phase de Téducation, doit en quelque sorte mettre le sceau à tous les principes de morale dont on a cherché à pénétrer son élève, et les imprimer d'une manière ineffaçable dans son cœur. En vue de cette récompense divine, on peut obtenir d'immenses progrès dans la voie du bien, et la tendresse de la mère, appuyée sur la sagesse éclairée du directeur, peut faire de cet acte l'œuvre de perfectionnement de la jeune fille.

L'année de la première communion , consacrée en partie aux devoirs religieux et à l'éducation qui leur est relative, fait époque dans la vie ; elle sépare la jeune fille de l'enfant; elle exerce une influence remarquable sur la morale, rinteliigence norême, et l'on est étonné des transformations qu'elle produit dans les natures les moins malléables en apparence. Il ne faut donc pas regretter le retard momentané que Taccomplissement de cet acte apporte

forcément dans les études d'un autre genre ; rinstruction de Tàme est plus pfrécieuse encore que celle de Tesprit, et d'ailleurs, je le répète, ces aspirations divines apportent avec elles la lumière; et l'intelligence en sort plus vive et plus dégagée de ses voiles.

Je n'ai pas besoin de détailler ici les ouvrages pieux qui doivent être donnés à une jeune fille; dans cette circonstance , le directeur doit guider entièrement. Je me contenterai de citer ces livres inimitables qu'il laut savoir par cœur à force de les admirer : V Imitation^ la Vie des Saints^ puis ces prières de chaque jour du mois , si courtes , si bien raisonnées, et qui se trouvent dans la Journée du Chrétien.

Je ne dirai pas davantage quelle attention plus clairvoyante encore, s'il est possible, doit être réclamée autour de la néophyte pendant ces temps de recueillement. Le moindre pro-

circonstance, il faut enseigner sans approfondir.

Enfin, la tâche de la mère devient grave, absorbante; elle sent la nécessité d'une attention plus vigilante, plus éclairée, que le développement de l'intelligence réclame et qui devra la guider jusqu'au jour où elle déposera aux mains d'un mari tous ses pouvoirs, non toutes ses sollicitudes.

L'hygiène ne tiendra ici que fort peu de place : une alimentation saine , l'exercice chaque jour, au grand air, autant que possible ; quelque temps passé à la campagne pendant la belle saison, voilà les principales conditions de santé pour une jeune fille. Il faut y ajouter la plus grande régularité dans les heures de repas et l'absence totale de veilles ; exiger de longues courses sans amener une trop grande fatigue ; faire baigner de temps en temps, et à la rivière en été, si la santé n'y met pas obs-

tacle; garantir les pieds do toute humidité; couvrir, enfin, modérément et selon la température.

11 est utile pour une jeune personne de savoir se coiffer; c'est une habitude facile à prendre, et de toutes manières on s*en trouve mieux. D'abord, c'est une dépendance de moins, et puis on est, en général, bien mieux accommodée à l'air de sa figure.

Pour l'habillement , il y a des précautions à prendre. Tant que la taille n'est pas tout à fait formée, il pourrait y avoir danger à laisser une jeune fille se lacer ; mais, lorsque la prudence ne s'y oppose plus , il est bon de lui faire prendre également l'habitude de s'habiller seule.

Toutes ces prescriptions, que le bon sens indique , peuvent être observées par tout le monde, en tout temps et toujours.

. Vf.

ir:

Page 1