CHAPITRE PREMIER
ligion. — Achèvement des études. — Talents perfectionnés. Lectures instructives et morales. — Style épistolaire. — Chant. — Piano. — Travaux d'aiçuille. — Ordre. — Obéissance. — Soins et économie domestiques. — Cuinne. — - Office. — Réflexions générales sur l'éducation des femmes.
L'œuvre de la première communion accomie, on doit cherclier à maintenir la jeune le dans les sentiments de piété que ce grand te ne -manque jamais de développer dans
les natures bien organisées. Alors il faut faire en sorte que certaines habitudes religieuses soient contractées, ainsi que je l'ai dit plus haut, de façon à pouvoir être gardées toujours, c'est-à-dire dans la mesure relative à la position qu'on doit occuper dans le monde.
N'oublions pas que la religion, qui doit être un frein pour soi-même, a pour condition première la charité; c'est-à-dire l'indulgence pour le prochain, la pitié pour la faiblesse et les misères humaines; qu'en un mot, ce serait la comprendre fort mal, si elle né nous rendait pas doux, patients, indulgents et bons. Il faut donc éviter tout ce qui ressemble à la médisance, et ne jamais recueillir une parole qui pourrait atteindre la réputation de quelqu'un; on ne doit point négliger surtout de prémunir son élève contre la facilité et la légèreté avec lesquelles certaines gens portent des jugements précipités et les propagent quelquefois; il faut
)ien lui faire comprendre que la vertu réelle «t la plus incrédule à Tendroit du mal: qu'en m mot, la charité est indispensable au cbréien, et que, sans elle, il n'y a pas de religion rentable, solide, ni agréable à Dieu.
La religion, c'est la bonté, la patience, 'amour du prochain, la tolérance pour les lutres, l'attention sur soi -même, l'humilité, la ésignation, le courage dans l'exercice du bien ; î'est, en un mot, le culte du vrai et du bon : î'est la consolation et la force. Quelle folie de Toire qu'on puisse rien sans elle, en éducaion I Gest le principe, l'auxiliaire de tout. La eligion chrétienne renferme la plus pure de toueslesmorales, tout entière dans l'Évangile. Si les lommes, au lieu de le balbutier dans l'enfance, 8 qui est nécessaire pourtant, ne lisaient ce ivre divin que dans toute la plénitude de leur aison et de leur jugement, ils tomberaient à geloux devant cette parole sublime ; et, c'est ce
qui nous explique, jusqu'à un certain point, Tardeur des anciens néophytes : ils voyaient et entendaient» lorsqu'on sait réellement voir et entendre; et Tadmiration se produisait en eui avec la lumière.
N'oubliez pas surtout de faire remarquer à votre élève, en lui rappelant l'ancienneté de la religion, qu'au milieu du besoin de changement incessant qui domine les hommes, seules, cette religion et cette morale divines sont demeurées immuables, parce qu'elles sont les colonnes sur lesquelles s'appuient à la fois les familles et les sociétés.
C'est vers quatorze ans que les études doivent se compléter ; les livres élémentaires commencent à s'épuiser et doivent faire place à des études commentées et raisonnées, qui viennent consolider, en quelque sorte, ce qui est acquis. De bons hvres d'Histoire, des Mémoires, quelque initiation à la littérature française et
étrangère, aux sciepces naturelles, telles que 1 Botanique et un peu de Physique, aux prinipaux phénomènes de Météorologie et de iéologie, achèvent d'étendre successivement es connaissances, aident à former le goût et à e faire Une idée exacte des choses dont on intend souvent parler dans le monde.
Je suis d'avis, en effet, qu*il est des conlaissances dont une femme doit avoir au ttoins quelque teinture, quoique elles nerenrent pas, en général, dans le cadre ordinaire le son éducation. De ce nombre, par exemple,
ist la Botanique, qui est une étude très-attahante par elle-même, et dans laquelle le goût les jeunes filles pour les fleurs leur fera trouer un nouvel attrait; j'engage à leur faire lire a Botanique de Lemaout, qui est fort intéresante. La lecture des Harmonies de la nature, »ar Paulin Beulières, compléterai-ensemble de es études véritablement attrayantes et qui
élèvent la pensée vers le sublime auteur de toutes ces merveilles ; car c'est surtout dans les œuvres de la nature que la grandeur et la bonté de Dieu se révèlent. '
11 en est de même de TAstronomie, que j'engage à cultiver dans la mesure que peut comporter rinstruction d'une femme. L'Astronomie est véritablement la géographie du ciel; il faut les connaître Tune et l'autre ; et puis il y j a, dans cette contemplation d'un beau ciel étoile dont on connaît les constellations, quelque chose qui parle à l'imagination et qui réveille puissamment le sentiment religieux.
Outre ces études, il en est d'autres que je recommande particulièrement : ce sont celles que j'appellerai littéraires, parce qu'elles sont plus spécialement destinées à élever l'esprit, à former le goût et le style. Parmi les ouvrages qui doivent composer le fond de ces lectures, j'indiquerai entr'autres, dans les chefs-d'œu-
vrede dos maître : Àthalie, Esther^ de Racine, Cinna, Polyeucte^ deCoraeille, et le choix des poésies de Lamartine, recueiUes dans le vo* Imne des Lectures pour tous.
Je n'ai pas besoin de dire que ces études doivent être faites dans une certaine mesure, afin d'éviter toute prétention. Là encore les extraits doivent être continués.
11 faut aussi s'attacher à soigner le style et faire en sorte qu'on écrive convenablement une lettre ; enseigner petit à petit les nuances et les formules qui sont en usage dans la société, et veiller surtout à ce que le corps d'écriture se conserve bon et parfaitement lisible.
On fait assez peu d'attention, en général, à ce modeste talent qui consiste à bien former ses lettres ; quelques personnes qui se piquent de littérature affectent même, sous ce rapport, un laisser-aller déplorable, et croient sans doute qu'une mauvaise écriture est un des at-
tributs indispensables du génie; c'est se donner gratuitement un ridicule, car, en admettant même qu'on fût un personnage célèbre, au lieu d'en avoir seulement la prétention, ce qui arrive le plus souvent, je ne trouve pas, dans ce cas, une excuse suffisante pour ne pas écrire lisiblement. Je ne vois pas pourquoi on n'a pas imaginé aussi de bredouiller et de mâcher les mots en parlant ; toujours, lorsqu'on a du génie ou qu'on est censé en avoir ; l'un doit être la conséquence de l'autre.
Ceci me rappelle qu'il y a quelques années, les artistes musiciens avaient tous une longue mèche de cheveux qui tombait sur leurs yeux, lorsqu'ils étaient ou se croyaient possédés du dieu de l'inspiration; un mouvement de tête rejetait la mèche en arrière, et, comme ce procédé se renouvelait assez souvent, cela donnait à l'exécutant un air d'énergumène très-fatigant pour les spectateurs. Ceci était venu en
imitation d'un artiste véritablement célèbre, à chevelure mérovingienne, et dont les disciples maladroits croyaient imiter le talent en singeant une excentricité.
J'insiste sur la recommandation relative à l'écriture, parce que d'abord il faut faire bien tout ce qu'on fait, et ensuite, parce qu'une jolie écriture prévient toujours en faveur de la personne qui écrit.
Puisque j'ai parlé du style épistolaire, qu'il importe si essentiellement de soigaer, je n'aurai garde d'oublier de recommander la lecture de quelques lettres choisies de M™® de Séyigné, que toutle mondeconnaît, deceslettressiadmirablement écrites, parce qu'elles sont naturelles, et qui ont placé l'auteur, à son insu, au rang des premiers écrivains du siècle de Louis XIV.
La lecture à haute voix, fort négligée en général, est un talent précieux et des plus utiles dans mainte circonstance. Ainsi, par exemple.
tributs indispensables du génie; c'est se donner gratuitement un ridicule, car, en admettant même qu'on fût un personnage célèbre, au lieu d'en avoir seulement la prétention, ce qui arrive le plus souvent, je ne trouve pas, dans ce cas, une excuse suffisante pour ne pas écrire lisiblement. Je ne vois pas pourquoi on n'a pas imaginé aussi de bredouiller et de mâcher les mots en parlant ; toujours, lorsqu'on a du génie ou qu'on est censé en avoir ; l'un doit être la conséquence de l'autre.
Ceci me rappelle qu'il y a quelques années, les artistes musiciens avaient tous une longue mèche de cheveux qui tombait sur leurs yeux, lorsqu'ils étaient ou se croyaient possédés du dieu de l'inspiration; un mouvement de tête rejetait la mèche en arrière, et, comme ce procédé se renouvelait assez souvent, cela donnait à l'exécutant un air d'énergumène très-fatigant pour les spectateurs. Ceci était venu en
imitation d'un artiste véritablement célèbre, à chevelure mérovingienne, et dont les disciples maladroits croyaient imiter le talent en singeant une excentricité.
J'insiste sur la recommandation relative à récriture, parce que d'abord il faut faire bien tout ce qu'on fait, et ensuite, parce qu'une jolie écriture prévient toujours en faveur de la personne qui écrit.
Puisque j'ai parlé du style épistolaire, qu'il importe si essentiellement de soigaer, je n'aurai garde d'oublier de recommander la lecture d e quelques lettres choisies de M™® de Séyigné, que toutlemondeconnaît,deceslettres si admirablement écrites, parce qu'elles sont naturelles, et qui ont placé l'auteur, à son insu, au rang des premiers écrivains du siècle de Louis XIV.
La lecture à haute voix , fort négligée en général, est un talent précieux et des plus utiles dans mainte circonstance. Ainsi, par exemple,
de quelle ressource n'est pas à la campagne, dans les longues soirées d'automne , une personne qui lit avec goût quelque ouvrage intéressant pendant les occupations de la famille, ou les intermèdes du piano I Les hommes dessinent ou se reposent ; les femmes brodent ou font de la tapisserie, et chacun écoute avec d'autant plus de plaisir la lecture que l'intérêt personnel qu'il y prend est partagé par tous.
Habituez votre élève à lire posément, avec des intonations justes, à prononcer nettement, de manière à se faire comprendre et écouter avec plaisir. Il est bon, pour obtenir ce résultat sans occasionner de fatigue, de faire prendre de bonne heure l'habitude de hre à haute voix ; de consacrer peu de temps d'abord à cet exercice, puis d'augmenter sa durée petit à petit et à mesure que la poitrine et l'estomac se développent; ménagée ainsi, au lieu de fa-
tjguer les organes, cette habitude les fortifie , comme l'étude du chant lorsqu'elle est dirigée avec soin. Les jambes faibles ne prennent de force que par l'exercice ; il en est de même des autres organes, et en particulier de la poitrine. Seulement , pour le chant , il faut éviter la fatigue et faire travailler modérément, c'està-dire peu de temps à la fois, comme pour la lecture. •
Puisque je me trouve tout naturellement amenée à parler ici du chant, je dirai que je suis persuadée que toutes les natures complètes peuvent chanter comme elles peuvent parler, et que le contraire est l'exception. J'ai dit qu'il était bon de faire apprendre à l'enfant à lire la musique en différentes clefs, et par ces méthodes qui dissimulent et aplanissent une partie des difficultés. A treize ou quatorze ans , selon la force et la santé de l'élève, on peut commencer sérieusement le solfège et
enseigner à chanter ainsi à livre ouvert. Si la voix s'annonce réellement alors, on peut donner suite à cette étude, et vers quinze ou seize ans, toujours relativement au développement de rélève, on peut lui faire apprendre le chant fini, qu'il est bon de commencer par des vocalises. Il y en a d'excellentes de Pœr, de Crescentini, de Bordogni^ etc. Un bon profes-
seur est l'élément indispensable de l'étude d'un art quelconque, et mieux vaut s'abstenir que de donner à sa fille un maître insuffisant^ dont la méthode est fautive, et qui égare son élève au lieu de la placer dans la bonne voie.
11 y a aussi des parents qui , ne s'attachant qu'à jeter de la poudre aux yeux , exigent des professeurs de ne rien approfondir et de faire seulement chanter à leur fille, sans études préparatoires , des romances , voire même de grands airs; il est inutile de m'étendre ici sur
le ridicule et Tabsurdité d*ua pareil système. Encore une fois , on n'est pas forcé de donner les talents à sa fille ; mais , si la nature et un îoût décidé en font entreprendre Tétude, il Taut le faire consciencieusement comme tout ce qu'on fait , et s'attacher à avoir de bons principes. Il en est de même pour le piano :
certains parents croient qu'un mauvais instrument suffit pour apprendre , et ne se rendent pas compte de l'inconvénient immense de faire étudier sur un clavier usé, par cela môme trop facile , et dont le son criard gâte l'oreille , ne permettant , d'ailleurs , ni de phraser ni de nuancer, et réduisant naturellement l'élève à l'état de boîte à musique.
Ce que je viens de dire pour le chant et le piano s'applique également au dessin , à l'aquarelle, etc. , que je comprends, alors qu'ils peuvent amener à faire une bonne copie réduite des œuvres des grands maîtres , un por-
irait d'après nature ou un site dont on veut garder le soutenir. La peinture à l'huile, qui demande plus de temps et des études plus suivies , veut aussi des dispositions tout à fait marquées et une de ces positions indépendantes par la fortune, qui permette de consacrer beaucoup de temps à cet art. Mais enfin, quel que soit le genre qu'on adopte, il faut être dirigé habilement, ou ce sera , je le répète y du temps et de l'argent dépensés en pure perte.
Qu'on ne s'étonne pas si j'insiste dans certaine position surtout, sur la culture raisonnée des arts. Si la nature a doué Télève de dispositions réelles, par exemple, et qu'elle appartienne à des parents qui aient de la fortune, n'est-ce pas une jouissance que ces talents qui charment l'intérieur de la famille, remplissent les moments de solitude et conjurent l'ennui ? La connaissance des arts ne donne-t-elle
;)as aussi l'appréciation intelligente des œuvres les maîtres, et n'est-elle pas le complément j'^ine éducation soignée? Dans la mauvaise fortune, les talents ne peuvent-ils pas, en outre devenir une ressource utile? Tout consiste à en faire un emploi judicieux.
J'ai vu des mères de famille négligeant totalement les soins de leur intérieur, revêtir dès le matin la blouse classique, et montées sur le marchepied du peintre, s'exercer à de prétendus tableaux d'histoire, le tout au préjudice de leurs devoirs de maîtresse de maison.
J'en ai connu d'autres qui, cultivant la musique, prenaient des allures d'artiste, ne se levant que pour dîner, et s'imposant le régime le plus sévère lorsqu'elles devaient chanter le soir. J'ai vu des femmes recevant chez elles une société nombreuse, s'interdire de parler à aucun de leurs invités dans la crainte de fatiguer leur voix. On comprend qu'eh de telles
exagérations, il y a à la fois un tort et un ri-
dicule.
Puisque nous parlons de talents, je reviendrai encore sur la recommandation que j'ai faite à la mère, d'éviter avec le plus grand soin de surexciter outre mesure Vamour-propre de sa fille. On remarque quelquefois chez certaines jeunes personnes des souffrances mal dissimulées à propos du talent d'une compagne ; ceci rentre dans le domaine de l'envie et de la jalousie de la pire espèce. Pourquoi ne pas rendre hommage à ce qui est bien? il y a tant de grâce è être juste, en pareille circonstance ! L'on ne saurait d'ailleurs y rien perdre soi-même ; mais convenons aussi que les pauvres mères ^ neprêchentpas toujours d'exemple dans ce cas; il en est qui ont cette faiblesse de souffrir impatiemment les talents qui peuvent rivaliser avec ceux de leurs filles ; quel triste enseignement ! On en voit, par contre, s'effacer de bonne
grftce devant les supériorités réelles, les rechercher et y applaudir ; c'est là une preuve de tact) quand même cela ne tiendrait pas à un sentiment naturel de bienveillance et de justice.
L'étude des langues suivra son cours ; c'està-dire qu'à celle de l'anglais, commencée déjà depuis quelque temps, succédera celle de l'italien.
L'aiguille doit être exercée plus jamais ; elle fait partie des soins que l'intérieur rédame.
Vers quinze ou seize ans, il faut habituer une jeune fille à veiller sur le linge de la maison, à le donner en compte, le recevoir, le vérifier et le raccommoder. Elle doit apprendre à confectionner son linge personnel et une parlie de ses vêtements. Elle apprendra également à festonner, à broder, .etc., et tous ces petits ouvrages qui exercent l'adresse et sont, de plus,
un délassement et un plaisir, le soir, autour Ai la table de famille.
La jeune fille devra connaître aussi de tous les détails d'une maison et être initiée aux dé penses qu'elle nécessite; qu'elle apprenne lei petits secrets d'économie intérieure si précieux qu'à une certaine époque, elle soit chargée d< donner les ordres, de commander le menu avec contrôle et observations de la mère qu'elle soit au fait de la valeur des denrées e des moyens de se les procurer à un prix modéré, quoique de bonne qualité; qu'en un mot toute l'administration intérieure du ménage lui soit familière, et que tous les détails lui en passent, pour ainsi dire, par les mains. Il est bon de lui allouer par mois une petite somme pour ses dépenses personnelles de toilette, charités, etc., et de lui faire contracter l'habitude d'en tenir un compte exact et régulier; qu'elle l'additionne au bout du mois, puis par
trimestre, de façon à trouver le total à la fin de l'année; qu'elle le communique à sa mère pour en raisonner ensemble, et s'habituera tenir l'équilibre entre les recettes et les dépenses.
L'ordre est une qualité indispensable chez une femme; c'est la prospérité du ménage.
Une personne exacte et ordonnée porte partout avec elle le soin et l'arrangement, et, d'un autre côté, le penchant contraire se retrouve dans tous les actes, même les plus indifférents. Je ne sais pas de défaut plus pernicieux pour une jeune 'fille destinée à devenir un jour femme et maîtresse de maison: les conséquences en sont des plus graves. Une femme sans ordre est un élément de ruine pour sa maison, et les plus belles qualités ne sauraient racheter l'absence de celle-ci. L'ordre est de première nécessité, dans quelque situation qu'on se trouve, et il n'est pas de fortune qui
puisse résister au gaspillage, suilc inévilable du laisser-aller et du défaut de soin.
Dans une condition médiocre, cette précieuse qualité supplée à tout, elle devient un talisman qui rend toute chose possible.
Au surplus, il ne faut pas s'y tromper, c'est de la paresse que découle le manque d'ordre, c'est elle qui engendre et nourrit ce défaut déplorable; c'est donc elle qu'il faut combattre avant tout.
Une jeune fille bien dirigée ne doit quitter sa chambre le matin qu'après y avoir tout replié dans un ordre parfait : un objet qui a une place déterminée, et qu'on y remet chaque fois qu'on s'en est servi, ne s'égare jamais. Les vêtements plies chaque soir se retrouvent plus frais pour la toilette à laquelle le soin et la propreté la plus minutieuse doivent présider; s'ils sont froissée, il faut en effacer les plis à l'aide d'un fer. Je n'ai pas besoin de dire
que les taches sont inadmissibles ; il faut naturellement indiquer des précautions pour les éviter, et s'il en survient, exiger qu'elles soient enlevées de Suite. Enfin, tout dans la toilette d'une jeune fille, comme dans tout ce qui est à son usage, doit porter le cachet de l'ordre et de la régularité.
Les cahiers d'étude doivent être toujours tenus nets et propres ; ainsi des livres et de la musique, qui doivent être rangés soigneusemens dès qu'ils ne sont plus nécessaires. Au retour de la promenade, le chapeau, le mantelet et les gants, doivent être remis en place, et non pas jetés au hasard. Tous ces petits détails sont indispensables ; leur ensemble constitue l'ordre, dont chacun d'eux est, en quelque sorte, un chaînon.
Tout se tient tellement, en fait d'ordre, qu'il suffit d'un coup d'œil*donné dans l'appartement d'une femme, ou à sa toilette, pour la
juger sous ce rapport; et à propos de te n'allons pas confondre le soin et la tenu la recherche et la coquetterie.
Quant à la manière de dépenser son i certes, il faut éviter tout ce qui resseml vilenie et à Tavarice ; mais il faut pourU prendre de bonne heure à calculer sa d d'après son revenu; à ne pas céder à price lorsqu'il peut gêner pour une choi essentielle. Enfin, à moins d'avoir une fortunes considérables dévolues à un bi tit nombre, le moyen de pouvoir suffi dépenses nécessaires et d'agir noblemer l'occasion, c'est d'élre économe à pro dans les petites dépenses journalières au les on ne fait pas assez d'attention à ca la médiocrité du chiffre, mais qui, au b l'année, forment très-souvent des somn sez fortes, qui eussent pu être bien utilement employées.
' Cecrme rappelle un fait qui s'est passé dernièrement sous mes yeux. Une jeune femme qui jouit d'ailleurs d'une assez jolie fortune avait, depuis longtemps, "envie d'un bracelet qu'elle avait vu chez Jannisset. Ce malheureux bracelet ne lui sortait plus de la tête ; pourtant, comme il était question de deux mille francs environ, elle résistait à son caprice. Lorsqu'un jour, passant justement, avec son mari, devant le magasin, elle lui montra le bijou convoité elle fit tant et si bien que le mari, trop faible, céda et le lui acheta; mais qui fut bien étonné lorsque, revenus chez eux, sa femme'le prit à partie et lui reprocha sérieusement cette folie.
— Gomment, dit le pauvre mari tout ébahi, vous en mouriez d'envie, j'ai cru vous faire plaisir; et d'ailleurs, vous l'auriez acheté.
— Eh bien ! reprit M"»* de ***, il eût fallu m'en empêcher... au lieu de me le donner.
Les mères doivent donc être impitoyables
sai ce chapilre et employer tous les moyens possibles pour faire contracter à leurs filles cette qualitié précieuse sans laquelle toutes les autres seraient annulées.
11 est une autre qualité que les mères doivent savoir inspirer à leurs filles, et qu'elles doivent exiger d'elles à tout âge, parce que cette qualité précieuse est la base de tout bon système d'éducation : c'est l'obéissance. De quelque intelligence que l'élève puisse être douée, une direction sage et éclairée est d'une si haute importance, que, sans elle, les plu rares dispositions peuvent se trouver perdues; la confiance et la docilité doivent donc être sans bornes; d'ailleurs n'est- il pas bien doux de s'en remettre ainsi aux soins et à la sollicitude de ceux qui nous dirigent et nous instruisent! « Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander, » lisons- nous dans le plus admirable des livres, l'Imitation de Jésus-Christ.
Et à propos d'obéissance et de sounis* sioB, il m'en revient à la mémoire un exemple que je veux citer ; la cause en est légère, mais, par cela même, peut-être, l'exemple en est-il plus frappant : Une jeune personne de dix-huit ans, Mil® de..,., fille d'une amie de ma famille, devait aller le soir dans le monde, et, sa toilette achevée, se rendit auprès de sa mère qui l'attendait pour partir.
— Quelle, robe avez-vous donc mise? dit M™* de ... . en voyant paraître sa fille I allez changer votre toilette.
La jeune personne obéit et revint avec une robe différente.
— En vérité, ma fille, s'écria la mère, on (lirait que vous le faites exprès ; ôtez cette robe, qui ne saurait me convenir.
La pauvre enfant, les larmes aux yeux, obéit sans dire un seul mot, et ce ne fut qu'à la troisième fois que M^^^de ... se montra satisfaite. 11
— uo —
fauttiire, pourla justification de cette dernière, qu'elle commençait à ressentir les atteintes d'un mal qui devait l'enlever à sa famille un an plus tard, et qui avait aigri malheureusement son caractère.
La petite scène avait eu un témoin, M. ***, ami de la famille. Il fut si touché d'une soumission aussi respectueuse, que, dès ce moment, M*** de... quidevintplustardsa femme, fixa son choix sans retour.
C'est que la docilité, l'abnégation et tout ce qui annonce enfin la douceur du caractère, exercent un grand charme sur tous et présagent le bonheur à ce qui doit nous entourer.
Je dirai, par contre, que rien ne paraît plus déplacé dans une jeune fille que la présomption et .des volontés trop arrêtées; ce qui dénote un caractère entier, difficile, et éloigne d'elle toute sympathie.
Je suis non-seulement d'avis qu'une jeune
personne doive savoir commander un dîner et veiller à l'économie intérieure, mais qu*il est bon encore qu'elle ait quelques notions de la cuisine. On me contait dernièrement qu'une dame haut placée s'émerveillait en voyant un navet qu'on avait laissé hors de terre dans le jardin potager, et demandait ce que c'était que cette racine. On comprend les inconvénients d'une pareille ignorance pour une maîtresse de maison, si riche qu'elle soit d'ailleurs.
En Allemagne, c'est un usage répandu généralement qu'une femme sache l'office et même la cuisine, quelle que soit sa fortune ou sa position. Aussi la table est-elle toujours servie, dans ce pays, avec soin, abondance et économie tout à la fois, et les maris sont-ils fort contents de ces talents modestes qui concourent si efficacement au bien-être. Que la jeune fille apprenne cette foule de petites recettes.
de ménage si utiles et si agréables ; qu'elle fasse elle-même les compotes, gelées de fruits, entremets, confitures, sirops et conserves; qu'elle prépare et dresse le dessert : toutes ces choses sont préférables, indépendamment qu'elles sont bien moins coûteuses, faites dans l'intérieur. 11 faut insister plus que jamais sur ce genre de talents, dont l'emploi peut se trouver de nécessité ; j'engage toutes les mères prudentes à ne le point dédaigner. Tout ce qui peut simplifier la vie, en cas de revers, est d'une sage prévision ; on ne saurait trop méditer, je le répète, cette importante question. En réfléchissant à tout ce que je viens d'indiquer pour les études des jeunes filles, je ne puis m'empêcher de penser que nous sommes bien loin du temps où Fénelon, se plaignant du peu de soin qu'on apportait, en général, à l'éducation desfemmesdeson temps et de l'ignorance de la plupart d'entreelles,se bornait àleurdeman-
der « un peu d'orlhogtaphe et assez de grammaire pour ne pas prendre un temps pour un autre. » 11 est vrai que par compensation, il y avait bien de Tesprit dans cette belle et brillante société des femmes du dix-septième et du dix-huitième siècles, lesSévigné,les Lafayette, les Coulanges, les Delaunay, les du Deffant, les Lespinasse, les d'Épinay et tant d'autres. Mais il n'en est pas moins certain que l'éducation générale des femmes était fort négligée à cette époque même où tant d'illustres écrivains portaient cependant si haut la gloire des lettreî? françaises.
Depuis ce temps, l'éducation a fait de grands progrès chez les femmes ; elle est même devenue générale au point de ne pouvoir s'en dispenser ; il faut donc se mettre en mesure de ne point faire tache parmi les autres.
Autrefois, lorsque toute l'instruction des jeunes personnes consistait à peu près à savoir
placer une mouche, danser le menuet, et faire la révérence , celles qui étudiaient, par exception, se targuant de l'espèce d'avantage qu'elles avaient sur leurs compagnes, pouvaient avoir le mauvais goût d'être orgueilleuses et pédantes, ce qui leur a valu de la part de notre grand poète comique Tépilhète ironique de femmes savantes; et cependant, cette faiblesse pouvait s'expliquer, à la rigueur. Mais maintenant l'ignorance seule fait l'exception ; le pédantisme n'aurait aucun prétexte de se produire .chez les femmes; il est relégué avec les chaises à porteurs, les perruques poudrées et les Trissotins. En fait de science, que savons-nous d'ailleurs ? Si peu de chose, en comparaison des hommes 1 Parler et écrire assez convenablement notre langue, un peu d'histoire*, de géographie, quelque teinture de littérature, des arts, l'anglais ou Tilalien parfois , tandis que les hommes sont en possession des
études sérieuses qui forlitient l'esprit et forment le jugement. Il n'est pas d'écolier de rhétorique qui n'en puisse remontrer à la femme citée de nos jours comme la plus instruite. Voilà de quoi nous rendre humr blés de reste, j'espère; aussi je ne vois pas pourquoi nous ne chercherions point à agrandir le domaine de nos connaissances, afin de combler un peu les distances.
De nos jours l'épithète de ha» bleus, qui est une expression anglaise, a remplacé celle de femmes savantes pour désigner celles qui, se livrant exclusivement aux travaux d'esprit, négligent entièrement les soins de leur ménage et jusqu'à ceux de leur personne. Mais ce n'est pas l'instruction qu'on tourne en ridicule, en pareil cas ; c'est la prétention et le pédantisme qu'on supporte avec peine dans un homme, et qui sont plus choquants encore dans une femme. Il n'y a qu'un seul moyen^pour celles-ci
d'éviter la critique, c'est d'être modestes et toujours naturelles* Ou ne leur en voudra pas du talent et de l'instrucCion qu'elles auront le bon goût de rendre aimables, ^ on leur saura gré de pouvoir parler d'autre chose que de futilités, conversation malheureusement trop ordinaire dans le monde.
Le temps nécessaire pour les nouvelles occupations se trouve naturellement pris sur les lacunes que laissent les premières études achevées, vers l'âge dont nous nous occupons, de eize à dix-huit ans.