CHAPITRE II
Entrée dans le monde. — Modestie. — Aisance. — Natarel.
— Tenue. — Toilette. — Plaisirs. — Spectacles. — Exaltation à combattre. — Dépenses personnelles. — Adresse.
— Charités.
Dix-huit ans I voici le moment de l'entrée dans le monde. Naturellement, toute mère sage fera un choix raisonné sur ce point et mettra des bornes à cette présentation. Les veilles prolongées et suivies fatiguent et fanent une jeune personne ; elles donnent en outre une opinion défavorable de son caractère et de ses goûts, en leur donnant ]*apparence de la futilité
et de Tamour immodéré du plaisir; il faut donc éviter, autant qu'on le peut, que les soirées se succèdent sans interruption. Il est impossible, dans une certaine position, de tenir une jeune personne constamment éloignée du monde et de tout plaisir; il Test également de la laisser s'y précipiter avec trop d'ardeur; avec certaines organisations, il est parfois nécessaire de prendre des moyens différents pour arriver au même résultat.
J'ai connu une mère qui, sachant que sa fille attendait avec une impatience des plus vives son entrée dans le monde, en devança l'époque, pensant avec raison que sa résistance ne ferait qu'aiguillonner ce désir ; la jeune fille avait un peu plus de seize ans. Sa mère la conduisit pendant une semaine, chaque soir^ dans une maison différente : visites, raouts, bals, elle accepta tout ce qu'on est convenu de nommer plaisirs, sans trêve aucune ; elle parut considérer
comme une chose toute naturelle que sa fille la suivît partout. Chaque jour se trouvait pris par les soins qu'exigeaient les détails de la toilette du soir. On se levait tard, il était impossible de songer à faire autre chose. Ce genre de vie, qu'on accepta d'abord avec joie, devint bientôt un travail fatigant lorsqu'il fut transformé en une sorte d'obligation permanente, et la jeune fille demanda grâce avant la fin de la semaine, trouvant le monde beaucoup moins divertissant d'ailleurs qu'elle ne l'avait pensé; et souvent, après cette épreuve, sa mère avait de la peine à obtenir qu'elle" s'y rendît avec elle.
Dans un salon, la place d'une fille est invariablement auprès de sa mère ; elle doit avoir une tenue modeste et naturelle, une politesse de bon goût ; réservée avec les personnes qu'elle ne connaît pas, elle doit attendre que sa mère commence la conservation, et ne s'y mêler en général qu'avec la plus grande me-
sure ; avec les jeunes gens sUrtout, elle évitera toute apparence de conversation particulière. Plus une jeune personne est pure et bien élevée, plus elle est exposée, en parlant trop, à dire une foule de cboses dont elle ignore la portée et qui pourraient prêter à des interprétations fâcheuses de la part d'une jeunesse aussi inconsidérée que la nôtre, et dont les opinions ne se forment mdbeureusexoent pas en assez bon lieu, en général, pour apprécier l'ignorance de la candeur.
Une j eune fille doit parler peu et savoir écou- j ter avant tout. Dans la jeunesse, on a tout à apprendre, et l'on sait naturellement si peu, en croyant parfois tout savoir, que se lancer avec étourderie dans la conversation, c'est s'exposer inévitablement au ridicule et se priver souvent des notions utiles qu'on eût pu recueillir auprès de personnes instruites et expérimentées. L'aplombest seulement de misedans l'âge mûr;
dans la jeunesse, c'est un véritable non-sens lorsqu'on doit ignorer encore ce grand art que le temps et Vbabitude du monde donnent seuls, celui de parler convenablement et.d'intéresser ceux qui nous écoutent. Au surplus, un ton modeste et réservé naturellement, est un signe certain auquel se reconnaissent les jeunes personnes élevées par une mère éclairée ; et c'est seulement ainsi qu'elles peuvent intéresser réellement, dans le monde, les gens dont le suffrage est précieux.
Au bal, je n'ai jamais été, je l'avoue, partisan de la valse pour les jeunes filles, même pour les très-jeunes femmes. Aujourd'hui que les contredanses sont passées à l'état de marche, et par cela même devenues fort insipides, on alterne avec des polkas, mazurkas et redowas, autres, espèces de valses qui ne sont pas plus convenables, à mon sens. Espérons que la contredanse, trop soignée dans un temps,
trop négligée ensuite, prendra un mezzo termine qui la rendra possible.
Un maître de danse est chose indispensable, quand ce ne serait que pour bien placer la poitrine, les épaules, donner de la souplesse aux membres, comme gymnastique ; c'est d'ailleurs d'une bonne hygiène, mais il n'y faut pas consacrer un temps trop long, ni en faire une étude trop approfondie.
La toilette a pris maintenant de telles proportions qu'il est bien difficile de la restreindre dans de justes bornes; on peut dire que le luxe, en toutes choses, a atteint son apogée. Une mère sage, sans interdire à sa fille les modes nouvelles, en doit au moins régler l'usage et doit s'efforcer surtout de lui faire comprendre quelles limites il n'est point permis de franchir à une femme bien élevée , et le ridicule, pour ne pas dire pis, qui s'attache aux exagérations de ce genre. Ces excentricités
donnent toujours à celles qui les adoptent je ne sais quel air étrange, indigne d'une femme comme il faut.
Un prédicateur, homme d'esprit, disait aux belles dames qui composaient en partie son auditoire, et à propos de l'ampleur de leurs robes :
« La porte du paradis est si étroite, mesdames, qu'avec l'envergure de vos robes, je crains bien que vous n'y puissiez pas entrer. »
Sans se piquer d'un rigorisme qui ne peut s'accorder avec les exigences du monde, n'exagérons rien, laissons à nos filles une mi^e de bon goût, en suivant la mode avec mesure et dans les limites possibles à une personne bien élevée.
Gela est difficile parfois, certainement; les omtV^sont làî quelques-unes sont mises comme des femmes, et des femmes très-coquettes même ; mais ceci nous reporte à ce choix si
important des compagnes, dont le nombre ik saurait être trop restreint et le personnel trop observé. 11 faut éloigner doucement, et d'ujw façon insensible, ceUes dont Tintimité pourrait offrir, sinon un danger, au moins des in* convénients toujours graves, de quelque peu d'importance qu'ils puissent paraître dans l'origine* On ue touche pas impunément aux . bons enseignements donnés par une mère, et le jour où la jeune fille les discute, tout est bien près d'être perdu.
11 faut donc s'efforcer d'inspirer à son élève une confiance illimitée pour pouvoir, par le fait seul de la parole, amener, je ne dirai pas seulement la soumission, mais la conviction ; et avec quelle habile tendresse une mère ne doil-elle pas amener cette conviction, en faisant parler les faits d'eux-mêmes, parfois sans commentaires I
Vous me direz qu'à m'en croire, une mère
devrait être un diplomate achevé. Ehl mon Dieu, oui ! car il lui faut tout prévoir, tout deviner , tout diriger sans dire tout. Mais ({ue les mères se rassurent ; ce tact , ce coup d'œil qui sait lire dans la pensée, toutes ces facultés divinatoires, tout cela naît sans effort; le cœur opère le prodige.
Quand la mère est bien mère, c'est-à-dire pleine de tendresse et d'abnégation, quand elle veut sa fille aussi accomplie qu'il est permis de Tespérer, alors elle veille sur son enfant, sur les autres et sur elle-même avec une naturelle et admirable intuition ; elle pressent, elle s'impressionne ; le moindre indice est une révélation. En un mot, l'amour lui donne la seconde vue.
La toilette doit donc être simple toujours et sans aucune des exagérations de la mode; je n'ai pas besoin d'ajouter que la plus extrême décence doit y présider.
Parfois les jeunes filles, cédant à une coquetterie non raisonnée, désirent porter des robes trop élégantes et même des bijoux. Elles ne savent pas tout ce qu'elles y perdent et combien elles gagnent , au contraire , à cette simplicité de bon goût qui sied si bien à la fraîcheur des jeûnes années : une robe de mousseline blanche et des cheveux bien lisses leur siéent bien mieux que les étoffes brillantes et tous les colifichets du monde. Les bijoux ne sont convenables que très-beaux et alors que la forluneet la position d'une femme en justifient le prix ; rien de plus ridicule que cette manie de quelques jeunes filles d'avoir aux doigts une foule de petites bagues, puis des cliaînes, broches, etc., ce qu'on appelle enfin la chrysocalomanie.
Parmi les plaisirs qu'on ne peut interdire absolument à sa fille, il en est un qui demande une extrême attention, et qui, dans
tous les cas , doit être fort rare : je veux parler du théâtre. L'Opéra-ltalien, qui n'est guère qu'un concert animé, est une heureuse exception, mais je n'en vois pas beaucoup d'autres, à part quelques pièces du Théâtre-Français ou de ropéra ; et encore ce dernier devient difficile à cause de la danse, qui a pris des proportions tellement excentriques, que la gymnastique et la voltige semblent l'avoir remplacée, ce qui , par conséquent , rend aux femmes ce spectacle souvent fort embarrassant. Le théâtre, généralement parlant, c'est le roman en action , rendu par cela même plus dangereux encore. Je ne parle pas des pièces décolletées des petits théâtres, où il est impossible de mener une jeune persoime.
Il est un point que j'ai touché déjà et sur lequel je reviendrai pourtant avec insistance : je veux parler de la lecture des romans, qui ne doivent être tolérés sous aucune forme;
une mère prudente doit les proscrire absolument. Rien ne fait travailler davantage l'imagination d'une jeune fille, rien ne lui fait voit la société à travers un jour plus faux. Mainte^ nant que les feuilletons de la plupart des jour* naux sont consacrés à ce genre de littérature souvent fort échevelé , il devient plus difficile encore de s'en garantir ; pourtant la proscription doit en être complète et s'accomplir d'une façon inaperçue ; on doit j arriver avec cette volonté qu'il faut porter aux choses néces* saires.
Je n'ai point parlé des usages à observer dans le monde et que toute mère explique à sa fille avant que de l'y conduire ; tous ces riens, qui sont de première nécessité , s'apprennent facilement par la pratique, et la nature fine et impressionnable des femmes les rend habiles d'ailleurs à saisir les nuances ; c'est une affaire d'observation.
C'est à cette époque de la vie que le carao tère achève de se dessiner, et qu'il faut redou* bler de vigilance et de soin pour donner ces demiei'S enseignements, qui doivent en quel* que sorte régir tout le reste de l'existence. Une mère ne saurait trop se pénétrer de Timportance de ses devoirs; qu'elle combatte, habituellement l'exaltation si dangereuse, le vague si nuisible chez certaines natures ; qu'elle amène chaque tihose , chaque q^estion , sur le terrain du bon sens; qu'elle s'efforce de maintenir l'imagination dans le vrai, et qu'elle s'attache à la fixer par l'emploi du temps ; qu'elle obtienne de son élève un raisonnement simple et juste, élément le plus sûr de cette égalité de caractère sans laquelle il n'est de bonheur ni pour soi ni pour les autres ; qu'elle lui fasse voir, en toutes choses, la ligne dont il ne faut pas s'écarter, le milieu à saisir; la réserve sans la roideur, la politesse sans l'affe^^
tation, la grâce sans la manière, Tordre sans h parcimonie, Téquilibre partout, enfin.
Je ne parlerai de nouveau des dépenses personnelles, que j*ai traitées précédemment, que pour faire observer qu*à Tépoque de la présentation dans le monde, le chiffre doit en être naturellement augmenté en proportion de la fortune des parents, ]a toilette exigeant plus de frais. J'ajouterai surtout que le développement plus complet de l'intelligence et de l'adresse sera d'un grand secours pour cet objet et pour mettre à même d'étendre le chapitre des charités; on peut, en faisant soimême une foule de choses, éviter des dépenses qui tournent en bienfaits, sans que le budget s'en augmente.
Plus tard, lorsque la jeune fille sera mariée, elle aura deux écueils à éviter : l'élégance exagérée dans sa toilette el la trop grande négligence.
11 est des jeunes femmes qui éloignent d'elles parle peu de soin qu'elles prennent de leur personne, demeurant des journées entières dans le négligé le plus complet, ne se trouvant jamais prêles pour une promenade, une sortie improvisée ; ce qui finit par donner petit à petit aux maris l'habitude de sortir seuls.
n en est d'autres qui, par une recherche outrée, font de leur toilette Tunique affaire de leur vie, espèces de poupées incapables de parler d'autre chose que de marchandes de modes, de cbuturières et de chiffons. Le moindre inconvénient de ce travers est d'attacher aux femmes un cachet de nullité, quand il n'est pas une cause de dépenses mineuses pour la maison.
Ce sont ces deux excès dont il faut préserver
l'avenir, et qu'il est utile de combattre d'avance
par une habitude de bonne tenue dans une
mesure relative à la fortune qu'on est appelé à posséder un jour, et qui, dans tous les cas, ne doit pas dépasser, comme je l'ai dit, certaines limites que ne franchissent jamais les femmes du monde bien élevées.
J'ai déjà parlé des amitiés entre jeunes personnes et du soin que la mère doit apporter au choix de ces liaisons ; j'ajouterai qu'il sera bon d'empêcher, dès le principe, ces aparté et ces causeries, ces chuchotements, ces rires étouffés, en un mot, toutes ces allures de pensionnaires et tout ce qui indique clairement aux personnes présentes qu'elles sont l'objet de remarques tout au moins fort déplacées.
Celte détestable habitude est commune aui jeunes personnes qui ont beaucoup d'amies ; elle frise le mauvais ton, et, en les rendan particulièrement désagréables à une foule d( gens, peut leur être fort nuisible.
Une mère doit combattre sans relâche le pen
chant à répigramme et à la moquerie, s'il se manifeste chez sa fille ; rien ne fait plus d'ennemis dans le monde. Il y a des gens qui s'imaginent que leurs mines et l'expression de leur visage échappent aux intéressés; ils se trompent complètement 5 rien de plus clairvoyant que l'amour-pfopre, et il est des silences faciles à traduire. D'ailleurs, on n'échappe point à la punition de son manque d'indulgence pour les autres : on se fait tout bonnement détester.
Le plus souvent, je le répète, ces travers Viennent de la communication avec d'autres jeunes filles ; il faut donc être très-sobre de cette sorte de liaisons, surtout éviter qu'elles prennent les proportions d'une intimité trop complète, et qui amène toujours les conversations mystérieuses, les confidences, etc. Rien ne doit intervenir entre la mère et la fille ; il ne faut pas qu'un mot indiscret vienne détruire
cat édifice préparé avec tant de sollicitude et d'amour; il est donc nécessaire de choisir et de veiller*
GHAPITRE ni
Mariage. — Dernières instructions de la mèrt. ~ Courage. — Fermeté. — Dignité. — Respect de soi-môme à inspirer. — Qaelqaes mots sur les jeanes personnes exoebtriques.
, L'heure de la séparation approche : le mariage, enfin , ce but vers lequel tendent tous les vœux d'une mère, dans les conditions qui peuvent assurer le bonheur de sa fllle. Qu'il me soit permis de dire ici dans quel inconvénient, et j'oserai dire aussi dans quel ridicules, ce désir, bien légitime sans doute, fait tomber quelques mères, chez qui rétablissemeiïi de
leurs filles tourne à l'idée fixe. Outre que cette t
préoccupation doit réagir à la longue sur une |i jeune personne, il est impossible que sa délicatesse ne soit pas blessée par les petites ruses employées pour la mettre en relief et chercher ^ à prendre» pour ainsi dire, à Tbameçon , tous les hommes mariables ; ce qui, soit dit en passant, cause une frayeur et un éloigncment très-prononcés à ceux qui sont l'objet ou les témoins de ces spéculations, et qui se méfient toujours, disent-ils, des filles qu'on veut leur jeter à la tête ; de sorte que cette conduite, outre qu'elle n'est pas de bon goût, est on ne peut plus impolitique. f
Cette affaire si sérieuse du choix d'un mari est d'autant plus grave, que celle qu'elle concerne ne peut la décider elle-même ; c'est une responsabilité effrayante pour les parents, qui ne peuvent l'accepter que dans la conviction intime d'agir avec la conscience de l'affection
la plus tendre. 11 est des circonstances qui commandent et ôtent parfois jusqu'à un certain point la liberté du choix ; on n'est point toujours maître de décider du sort de son enfant ; mais, lorsque la position permet d'attendre et de n'accepter que celui qui réunit le plus de qualités désirables , on ne saurait trop s'attacher, après ces premières conditions dont on ne peut s'écarter quand même, je veux parler de la délicatesse et des sentiments d'honneur, on ne saurait trop se préoccuper, dis-je, de cet accord des goûts qui, plus que tout le reste peut-être, fait les unions heureuses. On peut se contraindre huit jours, un mois, six mois, à la rigueur, mais toute la vie, c'est impossible sans être souverainement malheureux.
Au moment de former ce lien qui doitôter à la jeune fille l'appui de sa mère, pour la soumettre à une autorité nouvelle et la laisser, sous certains rapports, voler de ses propres
ailes, il est bon de parler à sa raison et à son cœur, et de lui faire entrevoir quelques-unes des difâcullés qui l'attendent; combien, passé ce premier temps de la lune de miel, il lui faudra de raison, de patience, de courage et de résignation peut-: être !
11 faut lui inspirer un grand respect d'ellemême et de sa propre dignité, en même temps que le dévouement et l'abnégation. On ne doit pas lui faire considérer le monde comme un lieu de divertissement semé de bals, de spectacles et de plaisirs; le mariage comme ud affranchissement et le signal delà liberté, et un ciel sans nuages; enfin, le mari comme un adorateur éternellement à ses genoux ; mais il faut faire envisager à la jeune fille cette position nouvelle sous son véritable point de vue. Qu'elle comprenne que le monde ne donne que ce qu'il reçoit; que ses louanges ne sont que f umée ,• qu'une maladie ou des revers
'éloignent de vous, et qu'il oublie avec une facilité sains égale , même ses plus chers favoris.
Il faut qu'elle apprenne à envisager le ma- •iage comme Tacte le plus grave de la vie, ceui qui impose les plus impérieux devoirs et joûvent les plus immenses sacrifices; une épreuve à deux enfin, puisque Vexistence la 3lus heureuse n'est que cela.
Combien déjeunes personnes, au contraire, le considèrent le mariage quecomme une occasion déporter des bijoux, des cachemires, et le jouir du privilège de s'entendre appeler : Madame! Combien d'autres, hélas! apportent \ celte association si sérieuse les pensées les plus romanesques, fruit d'une éducation peu raisonnée, et s'imaginent trouver dans un mari m attentif dont la galanterie ne doit jamais se lémentir ! Que d'illusions s'évanouissent alors! Quelles déceptions les suivent I
Il faut donc tâcher, sans désenchanter com-
plétement cette imagination inexpérimentée dans sa foi, de faire pressentir à la jeune 611e, pr^ de devenir femme, une partie (Jes épreuves que peut lui réserver Tavenir. Il faut combattre comme un élément de malheur un penchant trop prononcé à la jalousie, et lui persuader qu'en certaines occasions le pardon et Toubli peuvent devenir les meilleures armes.
Enfin, si Ton ne peut garantir absolument l'avenir de toute souffrance, il faut s'efforcer.au moins de donner d'avance les préservatifs, et de faire envisager la vie sous son point de vue réel, afin que la pratique, en détruisant des rêves trop exaltés, n'amène point un jour le découragement, le désespoir peut-être, et tous les maux qui sont la suite de la perte d'une illusion, chez certaines organisations trop ardentes. Il est des jeunes filles qui, par un caractère tout opposé, ne conservent rien delà jeunesse; elles ont l'air décidé, la parole tranchante et
un aplomb imperturbable. On m'en citait une qui faisait en dansant la nomenclature des hommes à marier de sa société, ajoutant :
a M*** n'a que trois cents mille francs, il n'est pas assez riche pour moi ; b une autre exigeait que, dans son contrat de mariage, on portât quinze cents francs par an pour ses ports de lettres. Ces demoiselles-là appellent certains hommes par leur nom de baptême et donnent des poignées de main aux artistes ; elles comptent tenir en se mariant le sceptre de la mode ; elles se feront remarquer achevai dans les promenades pubUques, suivront les courses, tireront le pistolet et se donneront, en un mot, toutes les allumes des femmes qu'il n'est pas permis de chercher à imiter : c'est ce qu'on appelait des lionnes il y a quelques années ; j'espère que le bon sens public et une meilleure éducation en feront peu à peu disparaître l'espèce.
n existe encore une autre variété de ce gente excentrique : je veux parler de ces jeunes f élûmes à Tair blasé, s'occupant uniquement de leur toilette, parlant d'une voix nonchalante et traînant dans les spectacles, les bals et tous les lieux de divertissement, leur ennui, qu'elles considèrent comme du meilleur genre. Leur salut est une espîîce de petit mouvement sec et affecté ; elles ne prononcent pas les r, par exemple, et disent : bo'jou, mà'am, 11 j a quelques années, les hommes parlaient ainsi ; c'était le genre, disait-on. ^
Un jour, l'un d'eux, s'inclinant devant une jeune femme, lui dit :
— Ma'am, voulez-vous m' fai l'honneu rf' dansé ave moi ?
A qiloi la malicieuse danseuse répondit ;
— Oui, monsieur, car je suppose que vous m'invitez à danser.
A combien de jeunes filles du monde élégant
De devrait-on pas faire maintenant quelque réponse analogue !
Ces jeunes personnes ont un jargon, des coteries à elles; courent, Télé, les eaux ou les bains de mer en vogue, et passent leur vie dans un tourbillon perpétuel, avec ctîtte figure impassible où la satiélé s'est gravée avant Tâge comme la ride sur un fruit précoce. Dans cette obligation de plaisirs qu'elles se créent, sans paraître y prendre aucune part réelle, j'en ai vu dont les maladies les plus graves de leurs enfants, les événements les plus tristes de leur intérieur, n'interrompaient pas les distractions. J'en entendais une, un soir, au bal, qui disais à son cavalier : « Imaginez la chose Ifli plus singulière du monde, qui vient de m'arriver tout à Theure • au moment de partir, en entrant dans mon cabinet de toilette où j'avais oublié mon éventail, j'ai trouvé ma femme de chambre par terre, morte ! » Ceci fut jeté au
milieu des sourires d'une contredanse. Pour des travers de cette espèce, qui sont surtout le résultat d'une mauvaise éducation, je suis un peu de l'avis de ce philosophe de Tantiquité qui) voyant un jeune homme faire une chose repwchable, donna un soufflet au père.
Quel malheur que ce besoin incessant du monde et ce désœuvrement promené de salon en^ salon ! Je ne prétends pas dire assurément qu'il faille s'enfermer, mais il faut user de la société et des distractions qu'elle présente, avec une modération convenable, et savoir passer au moins une partie de ses soirées chez soi. Une jeune fille a tant de moyens d'occuper- agréablement son temps I la lecture, les travaux d'aiguille, la musique, le dessin, sont autant d'auxiliaires pour la vie d'intérieur. Quant à moi, je n'ai jamais compris les femmes qui s'ennuyaient chez elles, at home, comme disent les Anglais : et j'ai toujours
éprouvé, quand j'ai été obligée de passer plusieurs jours de suite dans le monde, un plaisir réel à me retrouver chez moi.
Je plains celles à qui la foule est indispensable. Quelle fatigue d'abord! puis quel décousu! quel vide! et quelles déceptions lorsqu'arrive l'âge mûr et qu'il faut renoncer à ces plaisirs dont se composait toute son existence ! que devenir alors ! quel sombre automne, et quel triste hiver on s'est préparé I
il y a certainement des devoirs à remplir dans le monde, selon le rang et la position qu'on y occupe; et d'ailleurs la distraction qu'on y va chercher n'a rien que de fort naturel. Mais, dans l'intérêt de ce plaisir même, il faut y mettre de la mesure, et ne pas croire surtout que l'on ne peut s'amuser que dans les grandes et tumultueuses réunions. Ce qu'on appelle le petit comité n'est-il pas souvent bien préférable, lorsqu'il est composé de personnes
aimables et instruites, dont la conversation étend et perfectionne l'esprit, et dont les talents offrent une mine inépuisable de jouissances?
Les salons où Ton cause sont rares à présent, et c'est un malheur.; car, pour le dire en passant, c'était là que la jeunesse puisait autrefois la politesse et les bonnes manières, si peu répandues maintenant. 11 existe rependant encore quelques-unes de ces réunions privilégiées, et toute femme d'esprit placée dans une certaine position sociale, peut en faire naître autour d'elle. Une personne de goût les préférera cent fois aux raouts, bals, etc., où l'on se connaît à peine, et où, passé le premier coup d'oeil et le premier mouvement d'amourpropre donné h une jolie toilette, on n'éprouve bien souvent que fatigue et qu'ennui.
En résumé, toute mère sage devra s'attacher à faire de sa fille une personne sensée, et à lui
faire envisager le mariage sous son aspect réel,* et non pas comme un roman dont le héros est le mari. Elle devra lui faire comprendre que, destinée avant tout à être Tamie, elle doit être souvent aussi la consolatrice. Résignée aux épreuves, qui seront presque inévitablement son partage, qu'elle les subisse avec courage et dignité ; qu'elle cherche incessamment à réunir les rameaux épars de la famille, sans faire de Fégoïsme de son amour pour les siens; qu'elle s'apprête aux souffrances qu'amènent des affections nouvelles; qu'en un mot, elle se fortifie et voie de grands devoirs à remplir là où d'autres ne comptent trouver que plaisirs, indépendance, et qu'un mari toujours épris.
Il y a, en vérité, un grand danger à laisser des idées aussi fausses s'établir dans l'imagination d'une jeune personne; le désenchantement pourrait arriver trop vite. En cela, lareli-
gion sera toujours le plus efficace de tous les toniques moraux ; elle seule donne cette énergie qui soutient, qui nous suit partout et i travers la vie la plus éprouvée; elle sert de base à toutes les idées saines et vraies sur le monde, et ses encouragements peuvent seuls aider à supporter le fardeau le plus lourd ; elle est encore la sauvegarde de celle qui s'y appuie ; en : un mot, tf est cette religion divine, par laquelle réducation commence, qui doit aussi l'ache^ ver.
Que la mère, en se séparant de sa fille, lui laisse au moins ce puissaiit auiiliaire cl celte consolation des mauvais jours*