‹ Petites ignorances de la conversationChapitre 9 sur 16 · HYGIÈNE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE

Propreté. —Vêtement. — Régime alimentaire. — Air. — Exercice. — Jouets, poupée. — Habitutle de se coucher de bonne heure.

Sans entrer sur ce point en. des détails trop minutieux, je dirai ce que je crois devoir convenir , en général , à presque tous les enfants.

Au premier rang je mettrai la propreté, qui doit être considérée comme de nécessité absolue. Que Tenfant soit habitué à être layé diaque jour 'avec de Teau, à la température

ordinaire en été, dégourdie en hiver; qu'on le tienne constamment avec du linge blanc et qu'on ne lui laisse jamais rien de sale sur lui : vous le verrez bientôt prendre l'habitude d'une propreté indispensable pour la santé. N'af-* fectez rien cependant, défiez-vous - des systèmes.

Je ne parlerai pas dé ces mères qui , au temps de Jean-Jacques Rousseau, nourrissaient leurs enfants par mode, sans vouloir se priver pourtant ni du monde, ni d'aucun plaisir; lorsqu'on s'impose ce devoir, il faut s'y consacrer entièrement, dans la retraite de la famille. Les veillées, la chaleur des lieux publics et des salons échauffent le lait et le rendent peu sain. Au surplus, cette manière de nourrir quand même a passé de. nos jours , et les mères qui se dévouent à cette tâche le font en général avec conscience.

H y a fort peu d'années encore on élevait ses

enfants à l'anglaise; sans être tout à fait abandonné, ce système a perdu déjà une partie de sa vogue ; nos plus habiles praticiens s'y sont opposés et l'ont combattu. En effet , quoi de plus imprudent que de laisser ces jambes et ces poitrines nues , dans un climat aussi variable que le nôtre, et dans l'âge où il faut favoriser, par tous les moyens possibles, l'expulsion de cette gourme souvent si fatale alors que des transpirations supprimées la font se répercuter intérieurement. J'ai vu une mère perdre troi§ enfants de suite, en s'obstinant à suivre cette marche, et ne parvenir à élever le quatrième qu'en prenant le contre-pied de ce système, c'est-à-dire en faisant porter à son fils des bas de laine et des chemises de flanelle jusqu'après les dents de sept ans , ce que j'ai toujours vu réussir admirablement. On ménage ainsi les transpirations, qui, à cet âge, et alors qu'elles se trouvent supprimées, se

transforment trop souvent en maladies mortelles : la coqueluche, le croup, la fièvre cérébrale, etc.

Un enfant doit être vêtu selon la saisoD et sans exagération. Lorsqu'il sort, en hiver, il doit avoir un pardessus , un pantalon et des chaussures que Thumidité ne puisse pénétrer; ainsi garanti , il peut affronter presque tous les temps possibles. L'air est le plus puissant des toniques; il fortifie, il trempe en quelque sorte le corps ; l'enfant doit y être exposé sans cesse, pour ainsi dire , hors les cas d'impossibilité absolue ou de grand brouillard. Qu'il marche, qu'il coure, qu'il s'amuse avec une brouette , une pelle ; qu'il saute à la corde , qu'il joue au cerceau ; il faut l'initier de bonne heure à tous ces jeux salutaires, avec les modifications qu'y doit apporter telle ou telle disposition physique. Dans les soins généraux d'hygiène, ce qu'on peut dire, en parlant d'un

enfant bien constitué, c'est qu*uft exercice raisonné est une des principales conditions de développement , et d'un enfant délicat, qu'il peut se fortifier ainsi.

Les bains sont bons en général, mais il n'en faut pas faire abus.

Je suis loin d'engager les mères à faire bassiner habituellement le lit de leurs enfants ; mais pourtant je les invite à ne point les coucher, en hiver et par un temps froid, dans un lit glacé; il est important aussi de veiller à ce qu'ils n'aient point lés extrémités froides.

Depuis longtemps on a renoncé aux lisières, et on a bien fait ; tous les inconvénients qu'elles causaient ont été trop détaillés pour que j'en parle ici.

Le meilleur moyen d'amener l'enfant à marcher est, je crois, de le placer dans une chambre où il y a un tapis ; le plus commun vaut autant que le plus élégant; l'enfant y est assis,

il y voyage à quatre pattes^, puis à trois; il se tient à uu meuble, à une cfaaise; il se lève en s'y appuyant ; vous vous placez à une petite distance avec un jouet, il vient à vous et marche bientôt seul ainsi, sans s'en apercevoir.

Il est bon, d'ailleurs, de ne pas provoquer trop tôt ce progrès ; il arrive qu'en voulant le hâter, les jambes de l'enfant, trop faibles encore , se tournent en arc et obligent ensuite à des soins très-longs et très-minutieux. Comme cet inconvénient peut se produire en dépit dés précautions prises pour l'éviter, j'indiquerai ici un moyen dont j'ai vu une mère se trouver à merveille : il consistait à faire infuser des plantes aromatiques dans du gros vin, puis on y ajoutait de la moelle de bœuf après l'avoir fait dissoudre au bain-marie sur le feu ; on trempait des morceaux de flanelle dans ce mélange tiède, et on en entortillait les jambes de l'enfant chaque soir jusqu'au lendemain ma-

tin : i'ai vu, par ce moyen, des jambes entièrement tournées redevenir les plus droites du monde.

Quelques personnes réprouvent les bourrelets; je crois que, dans les premiers temps, ils sont d'un bon usage, et que, légejs et à clairevoie, comme on les fait maintenant, ils n'ont plus l'inconvénient d'appeler trop de chaleur à la tète.

Une chose essenlielle et sur laquelle j'insiste, c'est d'avoir soin qu'un enfant ait toujours les pieds secs et chauds; s'ils sont mouillés, il faut le changer aussitôt que possible, et les lui chauffer dans les mains ou au feu.

On ne saurait trop recommander aux mères d'éviter l'usage de ces petites voitures dans lesquelles on promène les enfants, et qui ont d'abord le double inconvénient de les rendre paresseux à marcher et de les exposer à des

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chutes dangereuses, causées souvent par la gligence des bonnes.

Ce système de promenade, qui les repc plaît, en général, beaucoup à celles-ci; n outre les inconvénients que je viens de sig!

1er, il en existe encore un plus grave, c'es danger réel d*ébranler le cerveau si délicat petits enfants. Sous ce rapport seuleme . c'est une habitude qu'il faut proscrire, et c tre laquelle les médecins éclairés se prononc absolument.

On ne saurait trop recommander à i mère de famille, surtout si elle habite la ca pagne, d'avoir chez elle une petite pharmc composée des objets suivants :

Un grain d'émétique en deux paquets ;

Des sangsues ;

De la farine de moutarde ;

De la farine de graine de lin ;

De la racine de guimauve;

Des têtes de pavot;

De la fleur de tilleul ;

De la fleur de mauve ;

Delà charpie;

De Tamadou h sangsues.

Il est bon d'avoir tous ces médicaments et ces simples sous la main, pour les cas qui, avec les enfants, se présentent subitement et alors qu'on s'y attend le moins. Il est bon, par conséquent, de s'instruire d'avance auprès de son docteur de ce qu'il y aurait à faire en présence de tel symptôme de croup ou de fièvre cérébrale, facile à distinguer dans le premier moment, et en attendant que le médecin puisse arriver.

Pour les rhumes, auxquels les enfants sont

sujets en général, j'ai vu se trouver au mieux

d'une petite tisane onctueuse, adoucissante, et

surtout bien facile à faire.

On prend un morceau de racine de guimauve

fraîche, long d'Un pouce, plus ou moins, selon la grosseur de la racine ; on en gratte et ôte la peau , on le déchire par petits morceaux sans le couper ; puis, dans une théière, avec de l'eau bouiUante jetée dessus, on le fait infuser dnq minutes; on sucre cette tisane avec du sirop de gomme ; elle est excellente ; seulement, il faut la renouveler lorsqu'elle est faite depuis un certain temps, sans quoi elle épaissit trop.

Dans les toux violentes que précède l'oppression , j'ai vu employer , toujours avec un grand succès, un emplâtre large comme la main, composé d'un morceau de papier brouillard sur lequel on étend du suif tiède; on l'applique sur la poitrine de l'enfant, où on le fixe par deux mouchoirs placés en croix et attachés derrière le dos; en une nuit l'oppression cède généralement à ce moyen.

Je ne terminerai pas ce chapitre, où j'ai

traité la question des vêtements, sans parler de la nécessité d'éviter tout ce qui peut exciter chez les petites filles Tamour de la toilette, qu'elles apportent, il faut le dire, en naissant; mettre trop d'importance à leur habillement me paraît dangereux.

Certaines mères, obéissant à un amour-propre peu réfléchi, font de leurs enfants des espèces de poupées. J'en ai vu, dans ces dernières années notamment, qui poussaient l'excentricité du costume jusqu'au ridicule le plus complet. Une mise simple et de bon goût a le double avantage d'inspirer le soin de la personne sans donner le goût trop prononcé de la parure. Et, à propos de ceci, j'ajouterai qu'on ne saurait trop recommander aux gens qui entourent les enfants de s'abstenir de louanges outrées sur leur figure et leur toilette. Je sais que, pour obtenir cette réserve, il faudrait que les enfants ne quittassent jamais, pour ainsi

dire, leur mère ; mais on peut jusqu'à un certain point imposer son système autour de soi, et cela est nécessaire.

Je recommanderai, pour la nuit, des chemi' seS'SacSf très-longues et fermant dans le bas par une coulisse. L'usage en est parfait, et les enfants peuven t s'en servir j usqu'à l'âge de sept ans.

Les jeux d'appartement doivent être calculés et choisis en général pour calmer et reposer l'enfant après l'exercice au grand air . Il est bon de ne pas lui laisser prendre l'habitude de briser ses jouets, ni d'en avoir une trop grande quantité ; il faut ne lui en laisser que peu à la fois : il ne s'en amuse que davantage. Il faut aussi Thabituer aies serrer dans un endroit désigné, et à ne rien laisser traîner après lui ; qu'il en donne parfois à ses petits amis, quand l'occasion s'en présente, car, tout en lui inspirant l'ordre et le soin, il ne faut pas lui enseigner la parcimonie et l'égoïsme.

La poupée est un excellent auxiliaire, il ne faut pas la négliger : elle fait naître l'adresse ; ' elle sert merveilleusement parfois aux observations que Ton veut faire. J'engage les mères à en favoriser le goût et à laisser leurs filles prolonger cet amusement aussi longtemps qu'elles y trouveront du plaisir ; elles en deviendront plus adroites et plus intelligentes ; plus tard, ou concurremment avec ce jouet, elles s'amuseront à faire des découpures, des enluminures, ce qui peut amener le goût et ridée du dessin.

Le r^me à observer pour la nourriture doit être relatif au tempérament de l'enfant; en thèse générale, un régime sain , composé d'un peu de viande rôtie ou bouillie, d'œufs, ^ de laitage , de légumes, de fruits cuits ou crus, bien mûrs, et en quantité modérée, de vin trempé d'eau, est ce qui convient le mieux.

Il faut éviter en général les ragoûts et les mets trop épicés.

La gourmandise doit être réprimée ou plutôt évitée, s'il est possible ; il est utile, sous plusieurs rapports, de tâcher de s'en rendre maître*

Je crois que le moyen le plus sûr est de donner à Tenfant ce qu*on peut lui accorder raisonnablement, et de ne paraître attacher devant lui aucune importance à ce que Ton mange; de montrer, au contraire, le dégoût qu'inspire la gloutonnerie, et de ne jamais donner, par exemple, une friandise pour récompense.

Je le répète , le tempérament peut seul déterminer complètement certaines prescriptions d'hygiène, dans lesquelles un docteur expérimenté peut et doit guider la mère. Je me suis bornée à indiquer légèrement, et en thèse générale, ce qui peut convenir à l'enfant placé

dans des conditions ordinaires de santé; jV jouieraï^ qu'en toutes choses : modération , telle doit être la devise qu'il faut suivre, sans s'écarter des indications que la nature donne.

Ainsi je suis d'avis qu'il est à propos qu'un enfant s'habitue à manger de tout ce qu'on lui sert, à moins d'une de ces répugnances qu'on ne saurait persister à dompter sans inconvénient; pour distinguer le caprice dans le refus, employez un moyen que j'ai vu couronné de succès.

Une petite fille avait refusé d'un mets que sa mère lui offrait : celle-ci, au lieu d'exiger qu'elle en acceptât, lui dit qu'on ne lui en donnerait plus à l'avenir qu'elle n'en demandât* Seulement, elle n'eut pas autre chose à la place : ce fut un plat de moins à son dîner, voilà tout ; on ne lui en parla plus ; elle tint bon la fois suivante ; mais , à la troisième épreuve, elle tendit son assiette et pria sa

mère de lui donner du plat refusé, dont i a mangé constamment depuis cette époqi J*ai vu, d'un autre côté, des enfants ai quels on avait imposé de manger d'un plat < leur répugnait en être très-incommodés, n

lad es même assez gravement.

Donc, s'il y a caprice, il cédera au proc( que j'ai indiqué d'abord ; s'il y a répulsi on ne saurait insister sans se rendre coupa d'imprudence.

Il faut habituer l'enfant à manger d'une e nière convenable, et, quelque fortune qu' ait, ne point lui laisser gaspiller les mets qu lui sert. Représentez-lui combien de pauv enfants sont privés du nécessaire, et inspir lui, en quelque sorte, le respect du moim petit morceau de pain.

11 est très-sain de coucher sans lit de pi mes : un matelas et un sommier de crin, sommier en dessus, est ce qui convient

— gomieux ; un oreiUer ou ud traversin, de crin paiement, suffisent dans l'enfance et la jeunesse, et sont d'un usage favorable au développement de la taille, en laissant le corps presque droit. 11 faut éviter de trop couvrir le lit ; une couverture de coton ou un simple drap en été, pendant les grandes chaleurs, une seconde couverture en hiver, doivent suffire, sauf les cas de froid extraordinaire. Le sang-froid, la suite et l'observation, sont les auxiliaires indispensables d'une éducation, et ne sont pas moins nécessaires dans l'âge le plus tendre que dans l'adolescence et la jeunesse; l'enfant est très-observateur de luimême et très-rusé ; il tâte, il pressent, il devine, il vous étudie en quelque sorte : les paroles dures, l'emportement, ont bien moins d'influence sur lui que le calme, le raisonnement et la tenue. Soyez sobre de pénitences ; je n'ai pas besoin de dire que le fouet doit

être à jamais relégué parmi les traditions fossiles ; il irrite, il dégrade, il rend Tenfant plus mauvais ; si ron frappe, on fait une brute.

On peut priver d'un joujou, d'un plaisir; plus tard, de lire ou d'écrire ; si le cas est grave, on peut refuser d'embrasser l'enfant et lui représenter qu'il se rend désagréable à Dieu.

S'il a parlé désobligeamment à quelqu'un, il faut exiger qu'il lui fasse des excuses.

11 ne faut pas souffrir qu'il boude ; le bon moyen pour le corriger de ce défaut sera de ne pas paraître s'en apercevoir.

Que de soucis, que de sollicitudes, quelle foule de détails réclame d'une mère ce petit être presque aveugle et sourd en apparence I Combien il faut de tact et combien il faut veiller sur soi pour demeurer conséquente ! Mais combien aussi la récompense est douce, alors qu'on peut suivre, jour par jour, les progrès que Ton obtient de son élève, et qu'on voit

s'accomplir doucement, sous ses yeux, l'œuvre de transformation à laquelle on s'est dévouée tout entière ! 11 y a là de ces jouissances infinies que la Providence place toujours à côté des grands travaux et des grands dévouements.

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