Nom ancien de la bière
Cette poudre merveilleuse, à laquelle on supposait toutes les vertus, était celle qui faisait attribuer un grand pouvoir aux sorciers. Le mot prelinpinpin est de pure fantaisie; on dit aujourd'hui poudre de perlinpinpin , et cela signifie : remède de charlatan, sans aucune efficacité.
A qui serait curieux de connaître en détail toutes les propriétés et tous les pouvoirs de l'argent, il faudrait signaler le poème du calculateur-poète Barrême (1640- 1703), l'auteur du Livre des comptes faits du grand commerce; ce poème se termine par ces quatre vers :
L'argent a tout pouvoir sur la terre et sur Ponde; L'argent sauve la vie et délivre des fers ; L'argent ouvre les cieux et ferme les enfers ; L'argent fait tout le bien et tout le mal au monde.
Reitres et lansquenets. — Les Retires (en allemand Reiter, cavalier, de reiten. aller à cheval, chevaucher) étaient les cavaliers allemands, quelque peu bandits *, qu'on appelait aussi pistoliers. parce qu'ils combattaient avec la pistole 2^ sorte d'arquebuse courte et légère. C'est même à eux qu'on attribue l'introduction de cette arme en France. Les Retires n'avaient pas d'acier sur le corps ; ils portaient seulement des pourpoints de buffle pour amortir les balles, et, contre le mauvais temps, de lourdes casaques qui reçurent le nom de retires.
Ces troupes mercenaires furent souvent employées pendant les guerres de religion du xvie siècle. Se recrutant principale-
1. Dans une lettre datée de Bruxelles, 31 décembre 1^67, le duc d'Albe disait à Philippe II qu'il avait proposé aux ducs Eric, Henri et Philippe de Brunswick, de tenir sur pied pour le roi jusqu'au 4 janvier trois mille chevaux ; mais que la chose avait souffert des difficultés, à cause des levées qui se faisaient pour la France, « où les Allemands aiment mieux aller servir sans solde, qu'ailleurs avec solde, pour les grands désordres et vols qu'ils y commettent». (Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, publiée par Gachard, t. I, n° 710.)
2. Henri Estienne a raconté, dans la Precellence du langage françois, comment le mot pistole ou son diminutif pistolet désigna successivement un petit poignard, une petite arquebuse et un petit écu ; il devina même qu'il se dirait, dans le langage populaire, d'un petit homme bizarre : un drôle de
ment dans les Etats protestants de l'Allemagne, les Retires étaient des alliés naturels pour les huguenots; on en comptaic un grand nombre dans les troupes de Coligny. « Au premier appel de leurs frères de France, dit l'Estoile, ils accouroient. « On se servit des Reltres depuis Catherine de Médicis jusqu'à Louis XIII et même jusqu'au commencement du règne de Louis XIV. Lorsqu'on enrégimenta la cavalerie, les Re.'tres formèrent les régiments de cavalerie allemande qui furent créés de 1635 à 1671.
Les Lansquenets (en allemand, landsknecht, de land. pays plat, et knechtj serviteur), étaient, dans le principe, les goujats, les palefreniers des reîtres; ils les suivaient à pied dans les guerres et portaient leurs armes. A la fin du xve siècle, Maximilien Ier, empereur d'Allemagne, créa une troupe mercenaire d"infanterie, composée en grande partie d'anciens Lansquenets. gens exercés au métier des armes ; et lorsque la réputation de ces sortes de troupes se fut répandue, les Lansquenets, organisés en compagnies, puis en régiments, devinrent des troupes mercenaires employées dans toute l'Europe. Les Lansquenets furent les fantassins comme les reîtres étaient les cavaliers. Ces troupes commencèrent à faire partie de la milice française sous Charles VIII, qui en solda 6,000. Sous Henri II, il y avait 20,000 Lansquenets dans l'armée française; mais jamais ils n'inspirèrent la même confiance que les Suisses : ils se signalaient surtout par le pillage et la férocité. On s'en débarrassa
pistolet. « A Pistoie, petite ville qui est à une bonne journée de Florence, se souloient faire de petits poignards, lesquels, estans par nouveauté apportez en France, furent appelez du nom du lieu, premièrement pistoiers, depuis pistoliers et à la fin pistolets. Quelque temps après, estans venue l'invention des petits harquebuses, on leur transporta le nom de ces petite poignards. Et ce pauvre mot ayant esté ainsi promené longtemps, en la fin encore a esté mené jusques en Espagne et en Italie pour signifier leurs petits escus ; et croy qu'encore n'a- t-iJ pas fait, mais que quelque matin les petits hommes s'appelleront pistolets et les petites femmes pistolettes. » Il faut croire, pour suivre l'indication de Henri Estienne, que la pistoie étant une petite arme, on aura donné son nom, par dérision, à on écu qui n'était qu'un petit écu. « Ayant les escus d'Espagne esté réduicts à une plus petite forme que les escus de France, ont pris le nom de pistolets. » (Claude Fauchet.)
o<5 PETITES IGNORANCES
sous Henri IV. lorsqu'il fuc enfin reconnu que la roture française écait capable de bien combattre et pouvait former des armées.
Un jeu de cartes où le hasard est tout, où le savoir n'est rien, devait avoir été inventé par ces soldats d'aventure, enclins à la tromperie et au vol; aussi lui laissèrent-ils leur nom : le lansquenet.
Louis XII, dit le père du peuple. — t Ce fut notre bon roi Louis, douzième de ce nom, dit Pasquier, qui pour ses bons et doux déportements, fut, après son décès, honoré du bel éloge de Père du peuple. »
Pasquier se trompe sur l'époque : c'est du vivant de Louis XII, et lui présent, que ce beau titre lui fut décerné.
Louis XII était l'idole de la bourgeoisie ; il avait pour elle de grands égards et savait qu'il pouvait compter sur son appui. Il s'agissait pour lui, en 1506, de résoudre la question politique du mariage de sa fille Claude avec le prince qui devait être un jour François Ier1. Jugeant sage de se faire imposer ses propres résolutions par les états généraux, qui depuis longtemps n'avaient pas été appelés à s'occuper des affaires publiques, il invita les députations des cours de justice, des corps de ville et autres corporations à venir exposer leurs vœux. La noblesse et le haut clergé ne figurèrent à ce congrès du tiers état que comme ornement du trône; ils ne votèrent pas.
L'assemblée solennelle eut lieu le 14 mai 1506, dans la grande salle du château de Plessiz-lez-Tours. Thomas Bricot, chanoine de Notre-Dame et député de Paris, porta la parole, au nom des états; il énuméra les bienfaits et les nobles actions
1. « Pour laquelle chose (le mariage de Madame Claude de France avec François, comte d'Angoulême) traicter, voulut audict lieu de Tours tenir conseil. Dont envoya à tous ses parlements de France et à toutes ses villes, pour faire venir vers luy de chacun lieu gens saiges et hommes consultez. Et tant que en peu de temps furent en la dicte ville de Tours, de chascune cour de parlement, présidents et conseillers, et, de toutes les principales villes de France, hommes saiges, ordonnez et députez par les dictes villes et pays de France, comme dict est. » Jean d'Auton, Hist. de Louis XII.)
du roi : la réduction des tailles aux trois quarts, la répression des désordres des gens de guerre, la réforme de la justice, et décerna à Louis XII le titre de Père du peuple 1. Puis, mettant le genou à terre, ainsi que tous les autres membres de l'assemblée, il lui dit: « Sire, nous sommes venus ici, sous votre bon plaisir, pour vous faire une requeste tendant au bien général de votre royaume, à savoir qu'il vous plaise donner votre fille unique à M. François ci-présent, qui est Tout François, »
Le roi pleura en s'entendant nommer de » ce doux et saint nom de père du peuple », et toute l'assistance partagea son attendrissement.
Je l'ai vaincu, il faut me vaincre moi-même. — Louis XII, le Père du peuple, et La Trémoille, le Chevalier sans reproche j firent des prodiges de valeur à la bataille d'Agnadel (14 mai 1509). Le roi « s'exposa au feu, dit Fleuranges, comme le plus petit soudoyer 1, et il répondit aux représentations des siens que « quiconque avoit peur se mît derrière lui} et que vrai roi de France ne mouroit point de coup de canon ». La Trémoille, de son côté, dit à ses gens pour les enhardir à bien faire : Enfants , le roi vous voit.
Le général Alviano, qui commandait l'armée vénitienne, fut fait prisonnier et conduit au camp des Français; il avait un œil crevé et le visage couvert de sang. Louis XII lui assura qu'il serait bien traité et l'encouragea à « bonne patience » ; mais Alviano, qui se fût regardé comme le plus victorieux des hommes s'il avait gagné une bataille contre un roi de France, ne répondit aux avances de Louis XII qu'avec une brusque fierté. « Il vaut mieux le laisser, dit le roi, je m'emporterais
1. 0 Et ici le mot peuple a une grande valeur et annonce une révolution : ce n'est point un mot banal appliqué à une foule depuis longtemps gouvernée par un maître; c'est un mot nouvellement introduit dans la langue pour désigner une jeune nation affranchie, formée des débris des serfs et des corvéables de la féodalité. » (Chateaubriand, Analyse raisonnâe de l'Histoire de France.)
et j'en serais fâché. Je lai vaincu, il faut me vaincre moimême. »
Le plus sûr est pourtant de ne pas s'y fier.
Dans cette même Italie, où Louis XII fit, après la journée d'Agnadel, de rapides conquêtes, il ne se montra pas toujours ni aussi généreux ni aussi maître de lui-même. Lorsqu'il rencontra de la résistance ou que son orgueil fut offensé, il oublia facilement les belles paroles pour s'abandonner à la colère et à la cruauté.
Journée des éperons. — Le 9 août 15 1 3, Henri VIII arrivait devant Térouenne, place d'armes des Français dans la marche d'Artois, dont un corps d'armée anglais avait commencé le blocus dès le 17 juin. Il était rejoint trois jours après par l'empereur Maximilien qui, préférant le profit à la gloire, servait sous ses ordres, aux gages décent couronnes d'or par jour. La garnison de Térouenne s'était vaillamment défendue jusquelà; mais les vivres manquèrent, et le seigneur de Piennes, gouverneur de Picardie, fut chargé par Louis XJI, qu'un accès de goutte retenait à Paris, de la ravitailler. Il fut résolu, à cet effet, par les généraux, qu'une troupe de quatorze cents lances ferait une fausse attaque du côté de Guinegate pour attirer l'attention de l'ennemi, et que, pendant ce temps, huit cents cavaliers albanais au service de la France fondraient d'un autre côté sur les lignes ennemies, les traverseraient au galop, pénétreraient jusqu'aux fossés de la place et jetteraient des munitions et des vivres, emportés au cou de leurs chevaux.
Tout alla du côté des Albanais comme on l'avait espéré. Il n'en fut pas de même du côté de la gendarmerie française qui, après avoir escarmouche pendant quelque temps contre les cavaliers de Henri VIII et de Maximilien, fut surprise, en se retirant, par deux gros corps d'infanterie anglaise et allemande qui avaient tourné la hauteur sans être vus et qui manœuvraient pour couper la retraite aux Français. Ceux-ci, à
l'aspect si imprévu de ces milliers d'hommes, munis de canons, furent saisis d'une terreur panique ; ils prirent la fuite et coururent 1 à bride avalée », sans tourner la tête, jusqu'à ce qu'ils fussent en sûreté dans leur camp. Les chefs s'étaient jetés à l'arrière-garde pour arrêter les fuyards; mais la lutte fut impossible et presque tous furent faits prisonniers; le chevalier Bayard était du nombre.
Il y eut très peu d'hommes tués dans cette triste affaire ; mais Térouenne, n'espérant plus de secours, se rendit quelques jours après (22 août). La déroute de Guinegate (16 août) reçut le nom injurieux de Journée des éperons, parce que les Français y firent plus usage de leurs éperons pour fuir que de leurs armes pour combattre. On chansonna cette malheureuse déroute, et les gendarmes furent appelés des lièvres armés.
Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes. — En dehors de la politique extérieure où il rivalisa de violence et de perfidie avec les héros de Machiavel, Louis XII, enclin à la justice, était soucieux du bien de son peuple et très préoccupé de ménager les deniers de l'Etat. Il se plaisait à dire lui-même : Bon roi, roi avare. J'aime mieux être ridicule aux courtisans que lourd au peuple^-. Il ajoutait comme corollaire : t Le menu du peuple est la proye du gentilhomme et du soldat, et ceux-ci sont la proye du diable. »
1. Les basochiens se faisaient, avec plus de malice que de bon sens, les échos des courtisans et des gentilshommes, et raillaient, dans leurs farces allégoriques, l'économie excessive du roi. Ils allèrent jusqu'à mettre en scène Louis XII sous la figure de Y Avarice. Le roi leur permit de rire en liberté, pourvu qu'ils ne parlassent point de sa femme et respectassent l'honneur des dames. Peu lui importait, d'ailleurs, les malices décochées contre lui, puisqu'on jetait 1j ridicule sur le pape, dont les prétentions étaient plaidées et condamnées; c'était pour lui un appel à l'opinion, une sorte de lit de justice populaire.
Anne de Bretagne ne fut pas épargnée autant que le roi l'avait voulu : les basochiens l'attaquèrent par des allusions hardies au procès du maréchal de Gié, et les représentations furent interdites pendant quelque temps. — Louis XII ayant fait une grande maladie à Blois en 1S05, Anne de Bretagne pouvait redouter, si le roi mourait, la haine de Louise de Savoie, qui deviendrait alors reine-mère. Aussi, avait-elle préparé sa retraite en Bretagne, et elle
ioo PETITES IGNORANCES
Mais les rois économes sont dans le cas des pères avares, ils ont presque toujours des successeurs prodigues. Le comte d'Angoulême, qui devait régner sous le nom de François Ier, épousa Claude, fille aînée de Louis XII ; et lorsque le roi vit que son gendre empruntait des sommes considérables, abusant du crédit que lui donnait sa position près du trône, il pensa que ce gros garçon gâterait tout par son amour pour la gloire, pour l'éclat et les plaisirs. La prédiction se réalisa : François Ier, moins jaloux d'être que de paraître, n'eut dans l'âme aucun sentiment élevé, ne fonda rien de vraiment grand, et mérita jusqu'à un certain point que Napoléon dise de lui1 : « François IPr, après tout, n'était qu'un héros de tournois, un beau de salon, un de ces grands hommes pygmées2. i
Pour resserrer son alliance avec l'Angleterre, Louis XII, après la mort d'Anne de Bretagne, épousa en troisièmes noces (9 octobre 15 14) la princesse Marie, sœur de Henri VIII. Il avait alors cinquante-deux ans et elle en avait seize; elle était belle,
ne pardonnait pas au maréchal de Gié d'avoir fait arrêter les bateaux chargés d'objets précieux qu'elle avait envoyés à Nantes. Des que Louis XII fut guéri, elle fit exiler le maréchal, qui, se croyant quitte par cette disgrâce, s'était retiré dans une charmante habitation appelée le Verger, où il avait pris pour devise: A la bonne heure m'a pris la pluie. Mais Anne la vindicative n'avait pas assouvi sa vengeance: elle voulut le faire condamner à mort. Le parlement de Toulouse ne répondit pas à ses vœux ; il se borna à prononcer la confiscation des biens du maréchal. La reine se consola en s'écriant: « Je suis bien aise qu'il vive pour sentir plus vivement sa peine. » Le mot fut répété et les basochiens dirent, dans une de leurs farces, qu'un maréchal ayant voulu ferrer un âne, reçut un coup de pied qui l'avait jeté de la cour dans le verger.