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Mémorial de Sainte-Hélène

2. Le mérite qu'il faut reconnaître à François Ier, c'est d'avoir été, au point de vue de la Renaissance des lettres et des arts, l'homme de son temps. Aucun n'était plus propre à donner une forte impulsion en France au mouvement qui commençait à se manifester: c'est lui qui devait appeler d'Italie des artistes comme Léonard de Vinci, Le Rosso, le Primatice, André del Sarto, Benvenuto Cellini ; c'est lui qui devait donner des encouragements aux poètes, c'est lui qui devait fonder le Collège de France et l'Imprimerie royale. Hors de là, celui qu'on appela le roi chevalier fut trop souvent un roi déloyal dont les actions démentaient les paroles, un homme frivole, épris de voluptés. La comparaison de Tavannes était vraie: « Alexandre voit les femmes quand il n'a point d'affaires; François voit les affaires quand il n'a plus de femmes. »

vive, élevée sans beaucoup de retenue; lui était malade, épuisé. « Il voulut faire du gentil compagnon avec sa femme », dit Fleuranges, et bientôt il put éprouver la vérité d'une de ses maximes : L'amour esc le roi des Jeunes gens et le tyran des vieillards. Brantôme a dit que Louis XII « avoit une jeune guilledrine qui bientôt le mèneroit en paradis tout droit ». Elle n'y manqua pas : au bout de trois mois de mariage, le roi mourait (xer janvier 1515) et disait mélancoliquement à sa jeune femme : Mignonne, je vous donne ma mort pour vos étrennes. La Mignonne accepta le cadeau sans déplaisir, et n'attendit pas la fin de son deuil pour épouser son amant, le duc de Suffolk. Le mariage eut lieu secrètement à Paris; mais Henri VIII, au retour de Marie en Angleterre, fit célébrer cette union à Greenwich, avec les honneurs dus à une sœur du roi d'Angleterre, veuve d'un roi de France.

Il n'y a point de place faible la ou il y a des gens de coeur. — Bayard (1475-1524), le Chevalier sans peur et sans reproche, ainsi que l'appelle son historien, le Loyal serviteur1 , savait aussi bien qu'un autre que les belles phrases ne préservent pas des boulets de canon; mais il n'ignorait pas qu'elles ont, aux heures de crise, le pouvoir d'entraîner les hommes, et, d'ailleurs, les paroles qu'il prononçait, dans sa naïve éloquence, étaient toujours l'expression de ses nobles sentiments.

En 1521, les armées de Charles-Quint envahissaient la Champagne : les Impériaux s'étaient emparés de Mouzon, et Mézières allait être menacée. La question était grave : si Mézières était prise, la Champagne était perdue. Cette ville paraissant hors d'état de soutenir un siège, on proposait de la détruire et de ravager au loin tout le pays pour affamer l'ennemi. Bayard, qui avait horreur des dévastations, répondit qu'il n'y avait point de place faible là où il y avait des gens de cœur pour la défendre. Il assembla soldats et bourgeois, leur fit jurer de se

1. <c La tresioyeuse plaisante et récréative hystoire composée parle Loyal serviteur du bon chevalier sans paour et sans reprouche, le gentil seigneur de Bayart. » 1527.

défendre jusqu'à la mort et leur dit gaiement en terminant sa harangue : « Si les vivres nous manquent, nous commencerons par manger nos chevaux, puis nous salerons et mangerons... nos valets. »

Malgré son courage et l'ardeur qu'il soufflait à ses compagnons, Bayard n'aurait pu sauver la place s'il n'avait dû compter que sur des gens de cœur au nombre de 2,000 à peine pour résister à une armée forte de 35,000 hommes, qui l'attaquait avec violence de deux côtés à la fois. Aussi s'avisa-t-il d'un moyen de mettre la mésintelligence entre Sickingen et Nassau. ses deux assaillants, et son stratagème eut un plein succès. Ce fut grâce à la ruse que Bayard triompha. Ses forces et sa bravoure ne pouvant suffire, il y ajouta son esprit.

Au bout de cinq semaines, les Impériaux, découragés et inquiets, levaient le siège (17 septembre 1521). Le Loyal serviteur rapporte qu'on dit au duc de Nassau, revenu dans les Pays-Bas : « Eh quoi! vous aviez quarante mille hommes et cent pièces d'artillerie, et vous n'avez pu prendre Mézières, un pigeonnier ? — Le duc répondit : « Le pigeonnier était gardé par un aigle et par des aiglons autrement becqués et membres que toutes les aigles de l'Empire, 1

Bayard fut proclamé le sauveur de la France, et lorsqu'il quitta Mézières, les habitants lui montrèrent la plus vive gratitude. L'anniversaire de la délivrance de la ville fut pendant longtemps l'objet d'une fête publique dans laquelle on prononçait l'éloge du Bon chevalier ; et plus d'un siècle après le siège, en 1624., M. Vallerand-Payon, petit-fils d'un des maîtres de Mézières en 1521, léguait à la ville, qui la conserve dans ses archives sous le nom de coupe de Bayard. une coupe en vermeil destinée à perpétuer le souvenir du glorieux événement.

Envoyé à l'armée d'Italie, que commandait l'incapable Bonnivet, Bayard, dans une retraite, fut blessé d'une arquebusade et mourut deux heures après, entre Romagnano et Gattinara (30 avril 1524). Lorsque Jacques JofFrey, son écuyer, vint l'aider à descendre de cheval, il lui dit : « Appuyez- moi contre cet arbre, et placez-moi de telle sorte que j'aie le visage

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. ioj

tourné vers les ennemis. Jamais je ne leur ai tourné le dos; je ne veux pas commencer en mourant, car c'est fait de moi. ■

C'est là qu'il reçut de tous, amis et ennemis, des témoignages d'attachement et de sympathique admiration; c'est là qu'il dit au traître connétable Charles de Bourbon, qui lui exprimait sa pitié : « Ah! pour Dieu, monsieur, n'ayez pitié de moi, mais plutôt de vous-même, qui combattez contre votre foi et votre roi. »

Les contemporains de l'illustre chevalier disaient de lui qu'il avait trois excellentes qualités d'un grand général : Assaut de bélier , défense de sanglier et fuite de loup.

Les Espagnols, jouant sur les mots gris on et bayard qui signifiaient le premier, un âne, un baudet, le second, un cheval bai1, avaient coutume de dire qu'il y avait en France beaucoup de Grisons et peu de Bayards. A quoi les Français répondaient : S'il y a peu de Bayards en France, il n'y en a pas du tout en Espagne.

On a dit que Bayard détestait la flatterie et qu'il aimait pardessus tout la justice : Tous empires^ royaulmes et provinces sans justice } disait-il, sont forests pleines de brigands; mais il ne paraît pas qu'il ait compté beaucoup sur la justice des hommes, car lorsqu'on lui demandait ce qu'un bon gentilhomme doit laisser à ses enfants, il répondait : « Ce qui ne craint ni la pluie, ni la tempeste, ni la force des hommes, ni la justice humaine : la sagesse et la vertu, i

Tout est perdu fors l'honneur. — Ces paroles ne sont pas textuelles, mais elles sont bonnes'2 : elles résument comme il convient la lettre de François Ipr à sa mère, après la défaite dePavie (24 février 1525), et elles disent, autant qu'on le peut faire en quelques mots, ce qui s'est passé sur ce champ de bataille où le roi de France a été fait prisonnier faute d'assistance et non faute de vaillance.

1. Bayarl était le nom d'un cheval fameux dans les romans de chevalerie; on le voit dans Renaut de Montauba?i, dans Roland furieux, etc.

2. Trois siècles plus tard un autre vaincu, le plus illustre de tous, devait les

io+ PETITES IGNORANCES

Dans sa chronique rimée sur la bataille de Pavie, le héraut d'armes de Charles-Quint, Nicaise Ladam, représente François Ier combattant, seul et abandonné des siens, contre des soldats impériaux qui, attirés par la richesse de ses armes, comptaient faire une importante capture. François Ier l'a raconté lui-même dans son Epître sur la campagne d'Italie, vainement il regardaic autour de lui ; pendant qu'il était ainsi combattu, il ne voyait que peu des siens :

Les trop meschans s'enfuyoient sans combat.

Le roi a raconté aussi avec simplicité, sans même dire qu'il était blessé à la jambe et au visage, comment il fut vaincu au milieu des soldats qui se disputaient sa prise :

Mais quoy ! j'estois soubz mon cheval en terre,

Entre ennemys alors porté par terre,

Dont ma derïense à l'heure ne vallut.

Contre mon gré aussi Dieu le voulut!

Bien me trouva en ce piteux arroy

Exécutant, leur chef le vice-roy,

Que, quant me veit, il descendit sans faille,

Affin qu'ayde à ce besoin ne faille.

Las! que diray? cela ne veulx nier.

Vaincu je fuz et rendu prisonnier.

Ainsi fait prisonnier de guerre par Charles de Lannoy, vice-roi de Naples, François Ier fut promené dans tout le camp ennemi , puis enfermé dans le château fort de Pizzighitone, avec MM. de Montmorency, de Brion, de Montchenu, de la Barre et quelques autres gentilshommes. Ses armes, dont on le dépouilla, furent envoyées, comme trophée de victoire, à Charles-Quint, alors en Espagne; l'épée fut déposée au châ-

redire dans tout leur laconisme. Lorsque Napoléon, après la défaite de Waterloo, rentra à Paris (21 juin 1815), la première personne qu'il rencontra en arrivant à l'Elysée fut M. de Caulaincourt; il lui serra silencieusement la main ; mais Drouot, qui accompagnait l'empereur, n'ayant pu s'empêcher de dire à ceux qui l'entouraient : Tout est perdu! Napoléon ajouta vivement: Excepté l'honneur!

teau de Tolède, et l'armure de corps fuc portée en Allemagne. Elle se trouvait à Inspruck lorsqu'elle fut rendue à la France en 1807 *.

C'est du château de Pizzighitone que François Pr écrivit à sa mère, Madame Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, régente de France, cette lettre restée célèbre :

» Madame, pour vous faire sçavoir comme se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m est demeuré que l'honneur et la vie qui est saulve. Et pour ce que, en vostre adversité, ceste nouvelle vous fera ung peu de reconfort, j'ay prié qu'on me laissast vous escripre ceste lettre : ce que l'on m'a aisément accordé, vous suppliant ne vouloir prendre l'extrémité vous mesmes, en usant de vostre accoustumée prudence; car j'ay espérance à la fin que Dieu ne me abandonnera point vous recommandant vos petits enfans et les miens, et vous suppliant faire donner le passage à ce porteur pour aller et retourner en Espaigne, car il va devers l'empereur, pour sçavoir comme il voudra que je sois traicté.

« Et sur ce va très humblement se recommander à vostre bonne grâce

« Vostre très humble et très obéissant filz, « Françoys. 1»

A cette lettre, Louise de Savoie, aussi habile, aussi énergique qu1 elle était corrompue, répondit, en se faisant assister de Marguerite, la sœur bien-aimée de François Irr :

« Au Roy mon très redoubté filz et souverayn seigneur,

1 Monseigneur, je ne puis par meilleur endroit commencer ceste lectre, que de louher Nostre Seigneur de ce qu'il luy a pieu vous avoir gardé l'honneur , la vye et la sente ; dont, par

1 . «1 La seule chose complète et qui ait conservé de l'authenticité est l'armure de François Ier, enlevée à la bataille de Pavie. Elle vient d'InsprucU et m'a été remise par S. A. le prince de Neufchâtcl. Mon intention était de la faire monter dignement et de la joindre aux trophées de la campagne de Prusse. 1» (Lettre de M. Dcnon au grand maréchal du palais Duroc. 21 août 1807. ) Cette armure figure au premier rang dans le musée d'artillerie de Paris.

io<$ PETITES IGNORANCES

l'escripture de vostre main, il vous plaist m'aseurer; qui a esté en notre trybulacyon tel confort, qu'yl ne se peust sufysemment escripre, et aussy de quoy vous estes entre les mains d'un tant homme de bien et duquel vous estes sy bien trayté, vous asseurant, monseigneur, que ayent entendu les chouses desus dictes, et qu'il vous plaist dellyberer de pourter vertueusement toutes les choses quy plest à Dyeu vous envoyer, comme Mompezat m'a aseurée, que ainsy de ma par je soutyendré, celon vostre yntencyon et desyr, la fortune en telle sorte, pour le secours de voz petys enfens et afères de vostre roiaume, que je ne vous seray ocasyon de vous adjoindre peyne daventayge, suplyant le Créateur, monseigneur, vous avoir en sa seynte protectyon, comme luy requyer de bon ceur

« Vostre très humble, bonne mère et subjecte,

« Loyse.

a Vostre très humble seur,

i Marguerite. »

Voici comment, de son côté, le vice-roi de Naples annonçait la victoire à l'empereur Charles-Quint :

« Nous donnasmes hier la bataille, et plust à Dieu vous donner victoire, laquelle fut suivie de sorte que avez le roy de France prisonnier, et luy en mes mains.... Je vous supplie, autant que m'est possible, penser à vos affaires et tost exécuter ce qui convient, puisque Dieu vous envoyé le temps. Et ne aurez jamais meilleur saison pour prendre vos couronnes qu'à ceste heure; car vous ne tenez obligation à aucun de Italie, ni eux espoir sur le roy de France, car vous le tenez en vos mains.... Sire, je crois que vous souvient que M. de Bersele disoit que Dieu envoyé aux hommes en leur vie un bonne août, et que si le laisse passer sans le cueiller, qu'il y a danger que ne le retrouverez plus. Je ne dis ceci pensant que Vostre Majesté doive laisser passer le temps sans en faire vostre proffit, mais seulement pour mon devoir.... Sire, M. de Bourbon s'est bien acquitté et a fait bien bon devoir... Sire, la victoire que Dieu vous a

donné a esté le jour S'-Mathias, qui est jour de voscre nativité.

« Du camp, là où le roy de France estoit logé, devant « Pavie, le 25 février 1525.

1 Charles de Lannoy. 1

Il n'est pas sans intérêt de rapprocher cette lettre de celle de François Ier : cet Italien, préoccupé de mettre à profit l'occasion favorable du moment, et ce Français qui, prenant bravement son parti, espère, puisque l'honneur est sauf, que Dieu ne l'abandonnera pas, offrent un intéressant contraste : on se demande si le vainqueur, avec ses inquiétudes, est plus heureux que le vaincu, avec ses espérances.

En résumé, François Ier a justifié, sur le champ de bataille et même pendant sa captivité, le fameux mot qui laissait l'honneur intact au milieu du désastre. Il a eu le droit d'écrire aux grands du royaume : J'ai plustost esleu honneste prison que honteuse fuite1.

1. Lettre du roi François Ier aux grands du royaume et aux compagnies souveraines :

« Mes amys et bons subjets, soubs la coulleur d'autres lettres, j'é eu le moyen et lyberté de vous pouvoyr escripre, estant seur vous randre grant plesyr de savoyr de mes nouvelles, lesquelles selon mon infortune, sont bonnes, quar la santé et l'onneur, Dyeu mercy, me sont demeurés sayns, et autre tant d'infelysytéz n'ay receu nul plus grant plesyr que savoyr l'obéissance que portez à Madame, en vous montrans bien estre vrays loyaulx subjetz et bons Françoys, la vous recommandant tousjours et mes petys enfans qui sont les vostres, et de la choze publyque, vous asseurant qu'en contynuant en dylygence et desmontrassyon qu'avez fet jusques ycy, donercs plus grant envie à nos ennemys de me delyvrer que de vous fere la guerre. L'empereur m'a ouvert quelque party pour ma delyvrance et ay espérance qu'il sera raysonnable et que les choses bientost sortyront leur elTet; et soyez seurs que, comme pour mon honneur et celluy de ma nassyon, j'é plustost esleu l'onneste pryson que l'onteuse fuyte, ne sera jamès dyt que sy je n'é esté sy eurculx de fayre bien à mon royaulme, que pour envye d'estre delyvré je y face mal, se estimant bien cureulx pour la lyberté de son pays toute sa vye desmeurer en pryson.

« Votre Roi, <c Françoys.

<( De la Barre, bailly de Paris. »

Cette lettre est écrite de la main de La Barre et signée par le roi, mais elle n'est pas datée. Elle est vraisemblablement de la fin du mois de mars 15^5.

io8 PETITES IGNORANCES

Monsieur de La Palice. — Le maréchal Jacques de La Palice est devenu légendaire ; il doit sa popularité à une complainte. Rien pourtant, dans la vie de ce vaillant capitaine, ne donnait prise au ridicule. Il combattit sous Charles VIII, sous Louis XII, sous François Ier, et sur tous les champs de bataille, il se signala par son courage et de brillants faits d'armes 1. Nommé maréchal de France en 15 15, il fut un des héros de la journée de Marignan. La bataille de Pavie (1525), où il devait trouver la mort, fut livrée malgré ses sages conseils. Son cheval étant tombé blessé et l'ayant entraîné dans sa chute, il fut fait prisonnier par un Italien auquel un Espagnol réclama sa part de la rançon qu'offrait le maréchal. L'Italien refusa, et l'Espagnol tua La Palice à bout portant.

Les soldats du maréchal, qui avaient pour lui une sorte de culte, célébrèrent ses exploits dans des chants guerriers. Pour exprimer que leur vaillant chef avait combattu jusqu'à la dernière heure, ils dirent, sans se douter qu'ils prêteraient à rire, quelque chose de semblable à ceci :

Monsieur d'ia Palice est mort,

Mort devant Pavie, Un quart d'heure avant sa mort

Il était encore en vie.

Ce couplet était destiné sans doute à peindre l'imprévu, la soudaineté de la mort de La Palice; mais le côté comique de

1. 11 ne faut pas avoir parlé, même occasionnellement, de Jacques de La Palice sans rappeler un des nombreux traits qui ont honoré sa belle carrière. Lorsque la ville de Ruvo tomba au pouvoir des Espagnols (1503), La Palice, blessé à la têt':, fut fait prisonnier ; et comme la citadelle tenait encore, Gonzalve le menaça de la mort s'il ne donnait à son lieutenant l'ordre de la rendre. Conduit au pied des remparts, il appelle son lieutenant Cormon et lui crie: Gonzalve, que vous voye\y menace de m'oter la vie si vous ne vous rende\ promptement. Mon ami, regarde\-moi comme un homme déjà mort; et si vous pouvez tenir jusqu'à l'arrivée du duc de Nemours, faites votre devoir. Cormon se défendit, la citadelle ne fut prise que d'assaut; mais Gonzalve n'exécuta pas sa menace; il se borna à refuser les offres qu'on lui fit pour la rançon de La Palice, qui ne fut délivré que plus tard.

cette naïveté n'échappa pas aux railleurs, et peu à peu la chanson fut continuée sur le même ton par des plaisanteries qui en firent une longue série de niaiseries. C'est au xvii* siècle que la vieille complainte fut remise en vogue. La Monnoye (1641-1728) la ressuscita en y mêlant un certain nombre de couplets de son cru et probablement en retouchant les autres; il y en eut plus de cinquante. La Monnoye avait pour les facéties rimées un goût qui explique sa collaboration à la fameuse complainte1.

Paix des Dames. — C'est au //W/e de Cambrai (5 août 1529), si funeste à François Ier et à la France, si funeste aussi à l'Italie, forcée, à partir de ce jour, de courber la tête sous le joug espagnol et allemand, que l'histoire a donné le nom de Paix des Dames. Ce fut l'un des actes détestables et heureusement le dernier de ce mauvais génie du roi qui s'est appelé Louise de Savoie. La fin de ces grandes guerres d'Italie qui avaient duré plus d'un tiers de siècle a été négociée par des femmes et surtout par Marguerite d'Autriche, tante de Charles- Quint, et Louise de Savoie, mère de François Ier. Ces deux princesses ayant reçu leur pouvoir, l'une de l'empereur d'Allemagne, l'autre du roi de France, se rencontrèrent à Cambrai; les pourparlers durèrent un mois, et quand François Ier eut fait toutes les concessions, et que Charles n'en eut fait qu'une, on signa.

1. La Monnoye, devenu populaire par ses Noëls bourguignons, était un poète érudit; il eut, dans sa jeunesse, la singulière fortune de remporter cinq fois de suite le prix de poésie aux concours de l'Académie française, et l'on a raconté que l'illustre compagnie, pour avoir d'autres lauréats, le fit prier de s'abstenir. C'est dans un de ses poèmes couronnés, la Fureur des duels abolie par Louis XIV (1671), que La Monnoye faisait aux invalides ce singulier compliment :

Moins vous êtes entiers et plus on vous admire.

La Monnoye était conseiller-correcteur à la chambre des comptes de Dijon. Il disait, avant de quitter sa province: « A Dijon, je ne suis qu'un simple correcteur : à Paris, je serai forcément un bel esprit, profession aussi dangereuse que celle de danseur de corde. »

no PETITES IGNORANCES

L'excuse de François, ont dit quelques historiens, est dans l'amour paternel : ses enfants souffraient de la captivité, comme il en avait souffert lui-même; il voulait à tout prix les délivrer. Ces considérations, très respectables chez un particulier, ne sont pas suprêmes pour un souverain; et, d'ailleurs, le tort de François Ier ne fut pas là tout entier ; il était inconséquent, versatile; il était faible, sans puissance sur lui-même, et se laissait trop aisément guider par une conseillère haineuse, avide d'argent et d'autorité, qui fit beaucoup de mal à lui et au pays. Jamais il ne fut moins à propos à un fils de ne point déplaire à sa mère, selon ses expressions.

Deux ans plus tard (14 septembre 1531), Louise de Savoie mourait, n'emportant les regrets de personne, délivrant le roi d'une influence fatale, et laissant des sommes considérables dans les coffres où s'étaient engloutis les fonds destinés à la subsistance de nos armées. Cet argent réveille deux tristes souvenirs : la perte du Milanais et le supplice de Samblançay.

La belle Paule. — Ainsi fut surnommée la Toulousaine Paule de Viguier (1518-1610 , issue de deux bonnes familles du Languedoc. Agée de quinze ans à peine et dans la fleur de sa ravissante beauté, elle fut choisie par les capitouls de Toulouse pour débiter une harangue poétique au roi chevalier lorsqu'il vint dans cette ville (1533U François Ier ne put voir cette belle jeune fille sans pousser un cri d'admiration, et de ce moment Mlle de Viguier fut appelée la belle Paule. Aussi sage, aussi soumise qu'elle était charmante, elle dut épouser d'abord, pour obéir aux vœux de sa famille, un conseiller au parlement, M. Baynaguet; mais quand ce premier mari fut mort, ce qui ne tarda guère, elle épousa l'homme de son choix, Philippe de La Roche, baron de Fontenille, et fut heureuse jusqu'à l'âge de quatre-vingt-douze ans.

La belle Paule reçut les compliments de Catherine deMédicis, qui la déclara au-dessus de sa réputation; et du connétable de Montmorency, qui proposait de la placer au nombre des merveilles de l'univers. On venait exprès à Toulouse pour admirer

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. lu

cette beauté incomparable, et lorsqu'elle sortait, la foule, avide de la voir, lui faisait cortège. Cet enthousiasme donna lieu à une légende. La belle Paule. pour se soustraire à ces admirations indiscrètes, ne sortait plus de chez elle que la tête voilée. Les capitouls lui intentèrent un procès, et elle fut condamnée à paraître deux fois par semaine à visage découvert, pour ne pas priver ses compatriotes du bonheur de la contempler.

La beauté de la baronne de Fontenille, chantée par les poètes contemporains, a été longuement célébrée par un sien cousin, Gabriel de Minut, dans un livre qui a pour titre : De la Beauté^ discours divers P suivis de la Paulographie . ou Description des beaute\ d'une dame Tholosaine. nommée la belle Paule (1587).

Paule de Viguier ne se contenta pas d'être exceptionnellement belle : elle eut de l'esprit, elle cultiva même les lettres, et l'on a conservé d'elle ce souvenir poétique :

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