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bits et lui faisaient toucher des chapelets comme un saint. De toutes les fenêtres, les dames lui jetaient des rameaux verts et des fleurs. Guise traversa lentement cette foule idolâtre; il était radieux.
Il se rendit à l'hôtel de Soissons, chez la reine-mère. Bien qu'elle l'eût appelé en quelque sorte, elle fut vivement troublée à son aspect. L'imminence de la crise l'épouvanta. Le roi ayant refusé de venir chez elle, comme il en avait été prié, Catherine dut se décider, quoique malade, à mener Guise au Louvre, où elle n'avait pas paru depuis plus de deux ans.
A la nouvelle de l'arrivée du duc, Henri III s'était écrié : 77 est venu ! par la mort Dieu il en mourrai — Au moment où Guise entra, accompagné de la reine-mère, on venait de débattre dans le cabinet du roi la question de savoir si Guise serait mis à mort; Alphonse Ornano, surnommé Alphonse Corse, à cause de sa patrie, avait été mandé et se proposait pour exécuteur des hautes œuvres du roi.
Henri III, blême de colère, dit au duc : Je vous avois fait avertir que vous ne vinssiez pas. — Le duc, s'inclinant avec respect, répondit : Sire. Je me suis venu remettre aux mains de Votre Majesté pour lui demander justice des calomnies de mes ennemis; toutefois je n aurois eu garde de venir si j'en eusse reçu défense expresse. Henri III , sur cette parole, s'emporta contre Bellièvre, qui n'avait pas exécuté ses ordres; et la reine-mère, alarmée, prit à part le roi pour lui peindre le danger de l'exaltation populaire. Le duc, profitant des hésitations du roi, se retira et ne fut pas arrêté. Une seconde entrevue eut lieu à l'hôtel de Soissons, mais le duc avait appris à ne plus se mettre à la discrétion du roi, et cette fois il était gardé par le peuple.
Pendant ce temps, la fermentation des esprits allait toujours croissant; la journée des barricades était proche. L'agitation régnait au Louvre et à l'hôtel de Guise : on suppliait le roi de ne point livrer bataille dans Paris; et Guise, de son côté, faisait demander si les apprêts de guerre étaient dirigés contre lui. On lui répondait que non, puis on lui envoyait
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offrir la paix et le pardon pour ses amis s'il consentait à sortir de Paris. Quelques-uns des gens du duc lui ayant conseillé d'accepter, il leur cria : Que celui qui a peur s'en aille! Il ne répondit pas cependant d'une manière formelle : il prit le temps de s'assurer que le peuple était pour lui, que l'insurrection serait formidable, et quand il vit que les troupes ne marchaient pas contre l'hôtel de Guise, il laissa les événements s'accomplir.
C'est grand' pitié quand le valet chasse le maître. — Premier président au Parlement de Paris et personnification la plus parfaice de cette ancienne magistrature française qui fu t, au xvr siècle, dans sa glorieuse périole, Achille de Harlay (i 536-161 6 laissa la réputation d'un des plus savants, des plus intègres et des plus fermes magistrats qui aient honoré la France. Comme ses ancêtres, il professa pour la monarchie un attachement inébranlable ; il avait, disait son panégyriste, Jacques de la Vallée, le cœur tout semé de fleurs de lis; mais, ami avant tout de la justice, il montra son dévouement en osant dire la vérité.
On sait combien furent inutiles ses remontrances et ses avertissements avec un roi incapable de faire un noble effort et qui cédait sans cesse aux suggestions les plus perfides, se réservant, comme on Ta si bien dit, le dernier recours des lâches, la trahison et l'assassinat.
La fermeté de caractère et de langage dont ILirlay ne s'est jamais départi dans le cours de sa belle et difficile carrière, il la montra surtout au duc de Guise. Après la journée des barricades, le duc victorieux vint chez Harlay avec les siens, dans l'espoir de lui arracher une adhésion. Ils trouvèrent, dit L'Estoile, « M. le premier qui se pourmenoit dans son jardin, et s'estonna si peu de leur venue qu'il ne daigna pas seulement tourner la tête ni discontinuer sa promenade commencée, pour voir ceux qui talonnoient ses pas, laquelle achevée qu'elle fut et étant au bout de son allée, il se retourna et en se retournant il vit le duc. Alors haussant la voix, il lui
d'il tristement : « C'est grand pitié quand le valet chasse le * maître. Au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est à mon « roy, et mon corps entre les mains des meschants et à la vio- « lence ; qu'on en fasse ce qu'on voudra1. » Le duc de Guise ne se rebuta point ec le pria d'assembler le Parlement. « Quand « la majesté du prince est violée, reprit Harlay, le magistrat i na plus d'autorité. » On le menaça. Il envoya quérir son fils pour mourir avec lui. Le duc et ses gens n'osèrent. »
A quelques jours de là, Guise se présenta au Parlement pour l'amener à ratifier le rétablissement proclamé par les Seize de l'antique liberté des élections municipales. Il retrouva sur son siège de magistrat l'homme ferme et courageux de la scène du jardin. Harlay conjura le duc de ne pas écouter ceux qui lui offraient de vaines grandeurs dont la poursuite ne pouvait le mener qu'à sa ruine, i Pour cette compagnie, ajoutât-il, elle est assise sur les fleurs de lys, et, étant établie par le roy, elle ne peut respirer que pour son service : nous perdrons trestous pluiùt la vie que de fléchir à rien de contraire. »
Le soir de la fuite du roi, Harlay avait déjà parlé au duc de ses dangereuses actions sur un ton qui avait décontenancé, dit du Vair, le vainqueur des barricades : » En sortant de là, ledit sieur de Guise dit tout haut : Je me suis trouvé à des batailles , à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde; mais jamais je n'ai été étonné comme à l'abord de ce personnage. »
Jeté à la Bastille et menacé du dernier supplice, Harlay répondit : i Je n'ay ni teste ni vie que je préfère à l'amour que je dois à Dieu, au service que je veux rendre à mon roy, au bien que je désire à ma patrie. »
Achille de Harlay, comte de Beaumont 1639-1712), petitneveu du grand Harlay, fut aussi premier président du Parlement de Paris. Saint-Simon, qui ne lui pardonnait ni la faveur de Louis XIV ni l'amitié de Mme de Maintenon, Ta traité du-
1. D;ms l'opinion de Mézeray, cette réponse quelque peu déclamatoire a cté une invention royaliste du lendemain et faite après le triomphe.
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rement dans ses Mémoires ; mais il avait la réputation d'un homme d'esprit, et s'il n'a pas eu à prononcer de graves paroles, il a dit quelques mots assez piquants. Le plus connu est la petite leçon qu'il donna en audience et du même coup aux conseillers qui dormaient et à ceux qui causaient : Si ces messieurs qui causent ne faisoient pas plus de bruit que ces messieurs qui dorment, cela aceommoderoit jort ces messieurs qui écoutent.
On raconte aussi que l'évêque d'Autun, Roquette, soupçonné d'avoir inspiré Tartuffe à Molière, se plaignait que les officiers d'Autun L'avaient quitté pour aller à la comédie : « Ces gens-là étoient de bien mauvais goût, lui répondit Harlay, de vous avoir quitté pour des comédiens de campagne. « On lui prête même un calembour : à l'architecte Mansart, qui sollicitait une charge de président à mortier1 pour son fils, il aurait répondu : a iSe mêlez pas, monsieur, votre mortier avec le nôtre. «
Achille de Harlay ne fut pas de ceux qui applaudirent aux réformes apportées à la procédure criminelle par l'ordonnance de 1670; il dit, pour montrer combien peu l'accusé était protégé : Si j'étais accusé d'avoir volé les tours de Notre-Dame, je commencerais par me cacher.
La marquise de Créqui disait : « Je ne vois pas assez Dieu pour l'aimer au-dessus de toutes choses, et je vois beaucoup trop mon prochain pour l'aimer comme moi-même. » Grimm, citant cette boutade dans sa Correspondance, ajoute qu'elle lui rappelle la confession du président de Harlay : « Je me confesse de n'avoir pu aimer Dieu au-dessus de toutes choses, ni mon prochain comme moi-même. »
Ce n'est pas parler en roi. — Non seulement Bernard Palissy 1510-15901 fut un grand savant, un philosophe, un
1. Par assimilation Je forme avec le vase dans lequel ou pile les substances chimiques, le mortier était une sorte Je bonnet que le chancelier de France et les grands présidents, appelés à cause Je cela présidents à mortier, portaient pour marque de leur dignité.
des meilleurs écrivains de son temps et un grand artiste ; non seulement il fut l'infatigable travailleur qui s'écriait : i La nature, la grande ouvrière... l'homme ouvrier comme elle! » mais il fut aussi l'un des plus zélés propagateurs de la foi religieuse. Il embrassa la cause de la Réforme et la soutint, dans les temps les plus difficiles, avec la ferveur d'un saint et l'autorité d'un apôtre. C'est pour la religion protestante qu'il a combattu et souffert, c'est pour elle qu'il est mort dans les cachots de la Bastille.
Au commencement de cette année tristement célèbre de 1588, où s'ouvrit l'un des grands drames de l'histoire française, entre l'émeute des barricades à Paris et le meurtre du duc de Guise à Blois, les ligueurs avaient obtenu l'emprisonnement de Bernard Palissy ainsi que de deux jeunes femmes protestantes, filles du procureur Foucaud. Oublié par les massacreurs de la Saint-Barthélémy, dans l'asile que la reine-mère lui avait donné aux Tuileries, Palissy était ressaisi par la Ligue triomphante. Mathieu de Launay, un des Seize, insistait pour qu'on le conduisît au spectacle public^ c'est-à-dire pour qu'on fît de lui un autodafé solennel. Henri III, désirant le sauver, vint le trouver dans sa prison pour le décider à se convertir : « Mon bonhomme, lui dit-il, il y a quarante-cinq ans que vous êces au service de la reine-mère et de moi; nous avons enduré que vous ayez vécu en votre religion parmi les feux et les massacres; maintenant, je suis tellement pressé par ceux de Guise et mon peuple, qu'il m'a fallu malgré moi mettre en prison ces deux pauvres femmes et vous ; elles seront demain brûlées et vous aussi, si vous ne vous convertissez. — Sire , répondit Palissy, vous m'avez dit plusieurs fois que vous avie z pitié de moi; mais, moi, j'ai pitié de vous qui avez prononcé ces mots : J'y suis contraint! Ce rtest pas parler en roi. Ces filles et moi qui avons part au royaume des cieux, nous vous apprendrons ce langage royal, que les Guisards, tout votre peuple ni vous, ne sauriez contraindre un potier à fléchir les genoux devant les statues, parce que je sais mourir. »
Les Foucaudes, comme les appelle L'Estoile, rivalisèrent de courage avec l'illustre vieillard : elles restèrent inébran-
labiés dans leur foi, et on les pendit en Grève le 28 juin 1588. Les ligueurs n'osèrent pas mettre à mort le grand artiste ; ils l'abandonnèrent dans sa prison. Celui dont Lamartine a dit : « Si un tel homme est petit, qui donc est grand? » mourut là, en 1590, « de misère, nécessités et mauvais traitements ». Il avait quatre-vingts ans.
Dans l'édition princeps (1563) des œuvres de Bernard Palissy, on voit au titre de son premier ouvrage (Recepte véritable par laquelle tous les hommes pourront apprendre à multiplier leurs thrésors) une vignette ayant pour légende : Povreté empesche les bons esprits de parvenir. Cette vignette représente un petit personnage dont le bras droit est lié à une lourde pierre qui le retient à la terre, et dont le bras gauche, ailé et levé vers le ciel, semble invoquer Dieu, qui se montre dans les nues. Palissy symbolisait ainsi sans doute le double sentiment de l'épreuve terrestre et de la céleste espérance.
Il n'oserait ! — Vers la fin de cette année 1588 où il avait dû fuir de Paris, après la journée des barricades, Henri III, étant aux Etats de Blois, dont l'ouverture avait eu lieu le 16 octobre, exposa ses griefs, ses périls aux plus sages de ses confidents, leur demandant de l'aider à se sauver « par un prompt remède ». On lui conseilla l'assassinat du duc de Guise. Henri III était d'avance de cet avis; des idées de meurtre avaient déjà hanté son esprit, et il ne fut plus question pour lui que des moyens d'exécution. Il s'adressa d'abord à Crillon, qui lui répondit avec sa franchise ordinaire : Sire, je fais profession de soldat et non point de bourreau ; s'' il plaît à Votre Majesté que je fisse un appel au duc de Guise et que je me coupe la tforge avec lui. je suis prêt.
Loignac, moins scrupuleux, se chargea de faire le coup avec les Quarante-Cinq1, qui tous haïssaient mortellement le duc de Guise.
1. Ces quarante-cinq gentilshommes formaient la garde particulière du roi; peu de temps après, elle tut réduite à vingt-cinq.
Le duc avait reçu de différents côtés des avertissements sur le danger qu'il courait : il refusait d'"y croire. Les larmes du président de Neuilly semblaient cependant l'avoir décidé à quitter Blois, lorsque l'archevêque de Lyon s'écria : Qui quitte la partie la perd. Guise, très résolu à ne rien abandonner, répondit : Mes affaires sont réduites- en tels termes que quand, je verrais la mort entrer par la fenêtre . je ne sortirois point par la porte pour la fuir.
Le 22 décembre, il trouva sous sa serviette, en se mettant à table, un billet ainsi conçu : Donnez-vous de garde, on est sur le point de vous jouer un mauvais tour. Il écrivit au bas ces deux mots : // n'oserait ! et jeta le billet sous la table. Dans la soirée, son cousin, le duc d'Elbeuf, lui dit nettement qu'on attenterait le lendemain à la vie des princes catholiques ; il lui répondit en riant de s'aller coucher, comme il allait le faire lui-même; et il ajouta, d'après ce que rapporte L'Estoile : Je vois bien, mon cousin, que vous avej regardé votre almanach; car tous les almanachs de cette année sont farcis de telles menaces.
Le lendemain matin, Henri de Guise était assassiné par une cohorte de lâches, dans la chambre même du roi, où Revol, secrétaire d'Etat, était venu lui dire qu'il était attendu1.
Quand Henri III fut assuré que le grand ennemi était bien mort, il sortit de son cabinet, l'épée au poing, et s'écria en poussant du pied le cadavre : Nous ne sommes plus deux! Je suis roi maintenant - ! '
i. a Là, dit Pasquier dans sa lettre à M. Airault, lieutenant criminel d'Angers, il se trouve investi par une douzaine de gentilshommes, qui l'attendoient de pied coi, et salué de plusieurs coups, qui portèrent si vivement, qu'il n'eut moven que de râler. » (27 décembre 1588).
Suivant L'Estoile (Journal de Henri III), « entre autres cris et paroles du duc de Guise, celles-ci furent clairement entendues : — « Mon Dieu, je suis mort, ayez pitié de moi: ce sont mes péchés qui en sont cause. »
2. a Sur ce pauvre corps fut jeté un méchant tapis; et là, laissé quelque temps exposé aux moqueries des courtisans, qui l'appeloient le beau roi de Paris, nom que lui avoit donné Sa Majesté, lequel estant en son cabinet, leur ayant demandé s'ils avoient fait, en sortit, et donna un coup de pied par le visage à ce pauvre mort, tout ainsi que le duc de Guise en avoit donné au
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Ce tragique événement mit la terreur dans toutes les âmes. Le roi, s'épanouissant dans sa victoire, répétait : Morte la bête, mort le venin! De son côté, Catherine de Médicis demandait avec effroi, sans obtenir de réponse, ce que signifiait tout ce bruit, car le meurtre s'était accompli au-dessus même de sa chambre. Le roi descendit chez sa mère, retenue au lit par la goutte, et lui dit en entrant : Madame, ce marin je me suis rendu roi de France: f ai fait mourir le roi de Paris! n Catherine, frappée de stupeur, lui répondit : Vous ave\ fait mourir le duc de Guise! Dieu veuille que cette mort ne soit point cause que vous soye~ roi de rien ! C est bien coupé, mais saurcrvous recoudre?
Trois jours après, le cardinal de Guise, à son tour, était massacré à coups de hallebardes, moyennant 400 écus, par le capitaine du Guast et quatre soldats de sa compagnie.
Henri III enjoignit aux Etats de continuer leurs travaux ; il expédia des circulaires dans toute la France et chargea son ambassadeur à Rome, le marquis de Pisani, d'expliquer au pape la nécessité où il s'était trouvé de défendre sa couronne et sa vie : Vous direj à Sa Sainteté, écrivait-il, que ses saintes et personnelles admonitions et l'exemple de sa justice m'ont os té tout scrupule qui me pouvait retenir d user de ce moyen.
Et il ajoutait en post-scriptum qu'il oubliait de dire qu'il s'était aussi décharge du cardinal de Guise. Ledit cardinal a voit été si impudent de dire qu'il ne mourroit point qu il ne m eût tenu la tête pour me raser et faire moine.
On racontait, en effet, que le cardinal avait juré ne vouloir
feu amiral. Le roi, l'ayant un peu contemplé, dit tout haut : Mon Dieu, qu'il est grand ! Il parait encore plus grand mort que virant. Le cardinal de Guis.-, qui esioit assis avec M. l'archevêque de Lvon au conseil, entendant la voix de son frère qui crioit: Merci à Dieu ! remua sa chaise pour se lever, disant : « Voilà nu m frère qu'on tue. » Lors se levèrent les maréchaux d'Aumont et de Retz, et. l'épée nue à la main, crièrent : « Qu'homme ne « bouge, s'il ne veut mourir. » [ncontinent après, lesdits cardinal et archevêque furent conduits en un galetas bâti quelques jours auparavant pour y loger des feuillants et capucins. Ainsi finit le règne de Nembrot le Lorrain.» (Journal dj L'Estoile.)
pas mourir « avant d'avoir mis et tenu la tête de ce tyran entre ses jambes pour lui faire la couronne avec la pointe d'un poignard ». La duchesse de Montpensier, sœur des Guise, disait, de son coté, que les ciseaux d'or qu'elle portait suspendus à sa ceinture étaient destinés à « faire la couronne monacale à Henri, quand il seroit confiné dans un cloître ».
Je louerois davantage vostre oeuvre, si elle ne me louoit tant. — Marguerite de Valois, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, et première femme de Henri IV, était prisonnière au château d'Usson, sous la garde du marquis de Canillac, lorsqu'elle reçut le livre des Dames illustres où Brantôme célébrait avec enthousiasme ses charmes, ses grâces et même ses vertus. Elle n'accepta pas les éloges exagérés de l'auteur, et pour rectifier quelques faits, sinon pour dire toute la vérité, elle écrivit ses Mémoires et dit au début, s' adressant à Brantôme : « Je louerois davantage vostre œuvre, si elle ne me louoit tant, ne voulant qu'on attribue la louange que j'en ferois plustost à la philaftie qu'à la raison, ni que l'on pense que, comme Themistocle, j'estime celui dire le mieux qui me loue le plus. C'est un commun vice aux femmes de se plaire aux louanges, bien que non méritées. Je blasme mon sexe en cela, et n'en voudrois tenir cette condition. Je tiens néantmoins à beaucoup de gloire qu'un si honnête homme que vous m'aye voulu peindre d'un si riche pinceau, *
Brantôme avait détaillé ainsi avec enthousiasme toutes les perfections de son modèle : • On diroit que la mère nature, ouvrière très parfaicte, mit tous ses plus rares et subtils esprits pour la façonner. Car, soit qu'elle veuille monstrer sa douceur ou sa gravité, il sert d'embraser tout un monde, tant ses traicts sont beaux, ses linéamens tant bien tirés, et ses yeux si transparens et agréables qu'il ne s'y peut rien trouver à redire; et, qui plus est, ce beau visage est fondé sur un corps de la plus belle, superbe et riche taille qui se puisse voir, accompagnée d'un port et d'une si grave majesté qu'on la prendra tousjours pour une déesse du ciel, plus que pour une princesse de la
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terre; encore croit-on que, par l'advis de plusieurs, jamais déesse ne fut veue plus belle ; si bien que pour publier ses beautés, ses mérites et vertus, il faudroit que Dieu allongeast le monde et haussast le ciel plus qu'il n'est; d'autant que l'espace du monde et de l'air n'est assez capable pour le vol de sa perfection et renommée. Davantage, si la grandeur du ciel estoit plus petite le moins du monde, ne faut point doubter qu'elle l'esgaleroit. «
A ces extravagances, Marguerite ne répondit pas précisément à Brantôme qu'il allait trop loin; mais elle lui fit observer qu'elle avait vieilli : « En ce portrait l'ornement du tableau surpasse de beaucoup l'excellence de la figure que vous en avez voulu rendre le sujet. Si j'ai eu quelques parties de celles que vous m'attribuez, les ennuis les effaçant de l'extérieur en ont aussi effacé la souvenance de ma mémoire. »
Le mot de Marguerite de Valois fut répété par Louis XIV lorsque Boileau lui donna lecture des quarante derniers vers de sa première épître : « Voilà qui est très- beau, dit le roi au poète, cela est admirable. Je vous louerais davantage si vous ne m'aviej pas tant loué. Le public donnera à vos ouvrages les éloges qu'ils méritent ; mais ce n'est pas assez pour moi de vous louer. Je vous donne une pension de deux mille livres; j'ordonnerai à Colbert de vous la payer d'avance, et je vous accorde le privilège pour l'impression de tous vos ouvrages. «
Ralliez-vous a mon panache klanc. — Un des coups les plus terribles qui aient été portés à la Ligue est la bataille d'Ivry, livrée le 14 mars 1590. L'armée de Mayenne y fut écrasée, bien qu'elle fût d'un tiers plus nombreuse que celle de Henri IV.
« Le mardi, dont le lendemain on combattit, fut tenu conseil avec MM. les princes et maréchaux de France, où il fut proposé (représenté) à Henri IV que l'on ne donnoit point de batailles sans s'assurer d'un lieu de retraite, en cas de malheureux succès : mais lui, d'un cœur généreux et magnanime, ieur dit qu'il les estimoit tous de même opinion que lui ; et
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que de sa part il ne désignoic aucre lieu de retraite que le champ où se donneroit la bataille, voulant dire qu'il étoit résolu d'y vaincre ou de mourir. Recherchez les apophtegmes de tous ces anciens guerriers, tant de la Grèce que de Rome, vous n'en trouverez point un plus beau 1. »
C'est aussi avant la bataille d'Ivry, lorsque Henri IV quitta Dreux pour aller déployer son armée dans la plaine de Saint-André, entre Nonancourt et Ivry, que, d'après ce que rapporte l'historiographe Pierre Matthieu, le colonel allemand Tich de Schomberg demanda au roi la paye de ses troupes. Henri IV lui répondit, avec sa vivacité ordinaire que jamais homme d honneur ne demandait argent la veille d'une bataille. Au moment d'engager le combat, le roi se rappela cette dure parole, elle lui pesait; il s'approcha du colonel et lui dit : Monsieur de Schomberg. je vous ai offensé; cette journée peut être la dernière de ma vie; je ne veux point emporter l honneur d'un gentilhomme' je sais votre valeur et votre mérite : pardonnej-moi et embrasser-moi . — Schomberg lui répondit : // est vrai. sire. Votre Majesté me blessa Vautre jour, et aujourd'hui elle me tue; car l'honneur qu'elle me fait m'oblige de mourir pour son service. Schomberg tint parole ; il combattit vaillamment et resta sur le champ de bataille.
Le 14 mars, vers dix heures du matin, les deux armées s'ébranlèrent. Henri IV, voulant être reconnu de tous, par ses ennemis comme par ses amis, avait planté sur son cimier un magnifique panache déplumes blanches; en le mettant sur sa tète, il adressa aux siens cette vive harangue : Mes compagnons, Dieu est pour nous ! Voici ses ennemis et les nôtres! Voici votre roi! A eux! Si vous perde~x vos cornettes , ralliez-vous à mon panache blanc: vous le. trouvère- au chemin de la victoire et de V honneur !
A un certain moment, on crut le roi mort, et les ligueurs criaient victoire : ils avaient vu tomber un officier dont le casque était, comme celui du roi, orné d'un panache blanc.
1. Etienne Pasquier, Lettre à M. de Sainte-Marthe, trésorier général de France en Poitou.
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Touc à coup, Henri IVT reparaît, couvert de sang et de poussière, et crie à ses troupes, devenues inquiètes et chancelantes : Tourne^ visage, afin que si vous ne voulej combattre^ pour le moins vous me voyiej mourir. L'élan fut irrésistible : i Sur cette parole, dit Pasquier, lui et les siens ayant un vive Dieu en la bouche pour le mot du guet, il broche son cheval des éperons, à la tête de tous ses gens, et entre dans la mêlée avec telle générosité, que ses ennemis ne firent plus que conniller (chercher une cachette). »
L'armée en déroute fut poursuivie, mais les choses étant' racoisées (apaisées), le roi voulut épargner le sang français; les lansquenets seuls demandèrent vainement merci : on se souvenait de leur trahison d'Arqués, ils furent massacrés sans pitié. Quartier aux François! avait crié Henri, sauveç la noblesse française et main basse sur les étrangers !
Le soir même de la bataille, Henri IV écrivait ces quelques mots à M. de Curton : « Curton, je viens de battre mes ennemys dans la plaine d'Ivry. Je ne tarde pas à te l'escrirer persuadé que personne n'en recevra la nouvelle avec plus de plaisir que toy. Ce xmf mars, à neuf heures du soir. »
Et par une rencontre singulière, le même jour et à lamême heure, le marquis de Curton écrivait au roi : « Je viens de battre vos ennemis dans la plaine d'I. soire. Le comte de Randan, qui les commandoit, vient de mourir de ses blessures; mon fils a esté aussi blessé, mais j'espère qu'il n'en mourra pas. Rastignac, Lavedan et Chazeron ont fait des merveilles. J*enverray demain un plus long détail à Votre Majesté. Ce xn ij' mars 1590, à neuf heures du soir. »
Le saut périlleux. — Henri IV eût-il pu prendre possession de son royaume sans changer de religion? Il est permis de le penser : les obstacles qui se dressaient encore devant le vainqueur d'Ivry n'étaient pas tels qu'il ne pût les surmonter. Toutefois, la question avait dû être mise sur ce terrain puisque c'était au nom de la religion catholique que combattaient ses fanatiques ennemis , et il faut croire que
les misères de la France eussent été prolongées encore si Henri IV n'avait pas abjuré. Il était grandement temps à coup sûr de mettre fin aux calamités et aux discordes que la Ligue avait semées dans le pays, sans parler du danger de la conquête étrangère par Philippe II.
Au milieu des pressions de diverse nature qui ont agi sur lui, Henri IV a dû céder, on l'a dit, aux raisons politiques, à l'intérêt du pays au moins autant qu'à l'intérêt personnel1; il a dû faire ce sacrifice à l'Etat. Mais lorsqu' après avoir longtemps hésité, le roi prend enfin une résolution, on entrevoit chez lui comme un besoin de ne pas traiter sérieusement une chose sérieuse. Il n'y a aucune raison de croire qu'il ait dit : Paris vaut bien une messe (voy. ce mot), mais d'autres saillies lui ont échappé : il a tenu devant son fou, Chicot, des propos qui ont autorisé celui-ci à lui dire : « Monsieur mon ami, de moi je tiens que tu donnerois en un besoin les papistes et huguenots aux protonotaires de Lucifer, et que tu fusses paisible roi de France », et Pavant-veille de son abjuration il écrivit à Gabrielle d'Estrées qu'il allait faire le saut périlleuse 2.
Gabrielle avait beaucoup poussé Henri IV à abjurer. Sully et Matthieu la supposent guidée déjà par l'espoir de devenir reine de France. Aussi dut-elle recevoir avec plus de joie que de surprise la lettre que voici :
i. L'Esloile raconte, quelque temps après l'abjuration (février 1594), que « le Roy aiant advisé un gentilhomme à la messe qui toujours avoit fait profession de la religion, lui demanda s'il ne l'avoit pas vu au presche, et s'ii «'avoit pas toujours esté de la religion. — « Oui, dit-ii, sire. — Comment donc allés-vous aujhourdhui à la messe? — Pour ce que vous y allés, sire, lui respondit-il. — Ah! dit le Roy, j'entends bien que c'est: vous avés volontiers quelque couronne à gangner. »
2. « Le jésuite Daniel a beau me dire, dans sa très sèche et très fautive Histoire de France, que Henri IV, avant d'abjurer, était depuis longtemps catholique, j'en croirai plus Henri IV lui-même que le jésuite Daniel; sa lettre à la belle Gabrielle, c'est demain que je fais le saut périlleux, prouve au moins qu'il avait encore dans le cœur autre chose que du catholicisme. Si son grand cœur avait été depuis longtemps si pénétré de la grâce efficace, il aurait peut-être dit à sa maîtresse: ces évêques m'édifient, mais il lui dit: ces gens-là m'ennuient. Ces paroles sont-elles d'un bon catéchumène?» Voltaire, Mélanges historiques.)
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« J'arrivay arsoir de bonne heure ec fus importuné de Dieu-gard jusques à mon coucher. Nous croyons la trefve et qu'elle se doit conclurre ce jour d'huy. Pour moy, je suis, à l'endroict des Ligueurs, de l'ordre de Saint-Thomas. Je commence ce matin à parler aux evesques l. Oultre ceulx que je vous manday hier pour escorte, je vous envoyé cinquante harquebusiers qui valent bien des cuiraces. L'espérance que j'ay de vous voir demain retient ma main de vous faire plus long discours. Ce sera dimanche que je fairay le sault périlleux. »
Ne semble-t-il pas, à ce langage, que Henri IV" veuille s'étourdir sur une action douteuse , ou n'attacher qu'une importance secondaire à ce qu'il regarde comme un moyen ou un instrument? Tout en tenant compte de la vivacité d'esprit de Henri IV, ce ton de légèreté gênerait un peu si l'on voulait se persuader, comme l'ont dit de graves historiens, que son abjuration fut une affaire entre lui et sa conscience, et qu'il changea d'autel parce qu'il vit la vérité du côté où il voyait la couronne. L'évêque Péréfixe lui-même avoue que Henri ne céda pas uniquement à l'impulsion de la grâce, mais qu'il obéit aussi à des motifs humains, c'est-à-dire d'intérêt et d'ambition. Bien qu'il ait tenu sa parole aux évêques et qu'il soit resté loyalement catholique, on incline volontiers à croire, avec Gabriel d'Amours, qu'au moment de l'abjuration le roi n'avait « faute de science, mais un peu faute de conscience ».
Pendant tout le règne de Henri IV, il y eut beaucoup de gens, parmi les catholiques comme parmi les protestants, pour ne pas croire à la sincérité des sentiments religieux du roi.
i. Ce fut, en ellet, le même jour, 2j juillet 1593, qu'il entra eu conférence avec Renaut de Beaune, archevêque de Bourses; Philippe du Bec, e\èqnc de Nantes; Nicolas de Thou, évêque de Chartres; Claude d'Antennes, évêque du Mans, et du Perron, évêque d'Evrcux, chargés de le convaincre. Ces prélats ne pouvaient ^uére soupçonner sa lettre à Gabrielle lorsqu'ils l'entendirent répondre sérieusement a leurs arguments, et qu'il termina en leur disant: Je mets aujourd'hui mon âme entre vos mains. Je vous prie: prene\-y garde; ear là oit vous me faites entrer, je n'en sortirai que par la mort; et de cela je vous le jure et proteste. On dit même que des larmes lut vinrent . ix yeux.
i48 PETITES IGNORANCES
Quatre ans après son abjuration, un cordelier fut arrêté parce qu'il avait prêché en chaire « que le Roy, dit L'Estoile, estoit un vray excommunié, et qu'il n'estoit en la puissance de tous les papes de l'absoudre » ; et le mardi gras de 1597, on lisait sur les murs des environs du Louvre un placard intitulé : Les dix commandemens au Roy.
Hœrétique point ne seras, de fait ni de consentement; Tous tes pecchés confesseras au Saint-Père dévotement; Les églises honoreras, les restituant entièrement ; Les bénéfices ne donneras qu'aux gens d'Eglise seulement; Ta bonne seur convertiras par ton exemple doucement ; Tous les ministres chasseras, et huguenos pareillement ; La femme d'autrui tu rendras, que tu retiens injustement; Et la tienne tu reprendras, si tu veux vivre saintement; Justice à un chacun feras, si tu veux vivre longuement; Grâce ou pardon ne donneras contre la mort iniquement ; Et ce faisant te garderas du couteau de frère Clément.
Lks croouants. — Au commencement de l'année 1594, alors que les grands traitaient avec le roi Henri, qui venait de recevoir la soumission de Paris (21 mars 1594), et que les villes de la Ligue s'empressaient de se rendre et d'ouvrir leurs portes, les paysans du sud-ouest de la France se soulevèrent par milliers et prirent les armes contre la noblesse et les receveurs des tailles qui les écrasaient et les suçaient jusqu'au sang1. Cette révolte, au moment où la lassitude de la guerre civile faisait déposer les armes à ceux qui s'étaient battus si longtemps pour le roi ou pour la Ligue, fit donner à ces insurgés le sobriquet de tard avisés ; mais ce nom n'est pas celui qui leur resta. Lorsqu'aprés avoir refusé de payer les tailles, les dîmes, les droits féodaux, ces révoltés coururent sus aux percepteurs, aux gens de guerre, aux nobles, à tous ceux enfin qui croquaient le pauvre peuple, leur cri de guerre fut : Aux
1. « Ils en vouloient surtout, dit L'Estoile à propos de cette Ligue des crocans, aux gouverneurs et aux trésoriers, qui estoient cause que le roy dit, jurant son venire-saint-gris et gossant à sa manière accoustumée, que, s'il n'eust point esté ce qu'il estoit, et qu'il eust eu un peu plus de loisir, qu'il se fust faict volontiers crocan. »
HISTORIQUES ET LITTERAIRES. i+9
Croquants! Ce mot, qui' signalait leur présence, les nobles le leur renvoyèrent, et il servit désormais à les designer. Telle est l'origine admise par l'historien de Thou, par le P. Daniel, et par le chroniqueur Palma-Cayet. Pour d'Aubigné, le nom de croquants vient de ce que la ville de Crocq fut, en 1592, le berceau de l'insurrection1 ; et d'après le dictionnaire de Trévoux, le nom de ces révoltés vient du croc dont ils s'étaient fait une arme. Quoi qu'il en soit, le mot, devenu synonyme de paysan, est resté dans la langue, comme terme de mépris, pour désigner un homme de rien.
Le nombre des croquants s'éleva jusqu'à quarante mille. Ils tinrent en armes plusieurs assemblées populaires, ils envoyèrent des députés au roi pour lui représenter l'oppression du peuple et les excès d'une grande partie de la noblesse.
Le roi conjura la tempête en remettant tous les arrérages des tailles et subsides. Les croquants se calmèrent, se dissipèrent peu à peu, et le maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne, acheva d'épuiser leurs forces en enrôlant ceux qui avaient été soldats pour les employer contre les Espagnols. Les croquants ne furent entièrement soumis qu'au bout de deux ans.
D'autres insurrections de paysans, ayant pour cause éternelle les impôcs et les percepteurs, éclatèrent dans la première moitié du xvn" siècle ; elles furent appelées, comme la première, révoltes des croquants. Les plus considérables furent celles de 1624, réprimée par le maréchal de Thémines, et celle de 1637, qui fut écrasée par le duc de La Valette, lieutenant général de Guyenne, et où périrent plus de douze cents paysans.
Je VOUS AI ASSEMBLÉS POUR ME METTRE EN" TUTELLE ENTRE VOS MAINS, ENVIE QUI NE PREND GUERE AUX ROIS, AUX
barbes grises et aux victorieux. — Lorsque Henri I\r put songer, vers la fin de 1 596, à la réorganisation intérieure du
1. « La petite guerre des croq unis, ainsi nommez pour ce que la première bande qui prit les armes fut d'une paroisse nommée Croc, de Limousin. » {Histoire universel!?.
pays, particulièrement dans l'administration financière, il compta avec raison sur le dévouement et le génie de son fidèle de Rosny, qui, déjà en 1593, avait rédigé un mémoire sur le rétablissement du royaume » ; mais il pensa aussi qu'il devait faire appel à la nation. Le moment semblait favorable pour convoquer les Etats généraux : Henri IV, par son caractère et par son genre d'esprit, était appelé plus que tout autre à rendre à la France ses anciennes libertés, et à gouverner habilement avec le concours du pays. Cependant l'expérience récente des Etats généraux factieux de Blois et des États généraux mercenaires de Paris n'était pas de nature à lui inspirer une grand e confiance; il hésita à partager le pouvoir avec une autorité qui pouvait devenir gênante, susciter des troubles, des conflits, et il se borna à convoquer une assemblée de notable s ayant pour mission, dans sa pensée, non de dicter des lois, mais d'apporter des lumières et de donner des conseils. « Les troubles qui n'étoient pas éteints par la France ne permettoient pas plus grande convocation : les cœurs des peuples n'étoient pas encore assez ployés à l'obéissance1. »
Le 4 novembre 1596, le roi ouvrit à Rouen la session de l'Assemblée des notables en prononçant cette harangue, quelque peu gasconne au fond, mais franche et vive dans la forme, qui est restée comme un modèle de droiture et de bon sens :
« Si je voulois acquérir le tiltre d'orateur, j'aurois apprins quelque belle et longue harangue, et la vous «prononcerais avec assés de gravité ; mais, messieurs, mon désir me poulse à deux plus glorieux tiltres, qui sont de m'appeller libérateur et restaurateur de cest Estât. Pour à quoy parvenir, je vous ay assemblez. Vous sçavés à vos despens, comme moy aux miens, que lorsque Dieu m'a appelle à ceste Couronne, j'ay treuvé la France non seulement quasy ruinée, mais presque toute perdue pour les François. Par la grâce divine, par les prières et bons conseils de mes serviteurs qui ne font profession des armes,