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Bouffon de la troupe italienne

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de Foncrailles, de Fiesque, d'Aubijoux, de Beaupertuis et de Saint-Ybar, cous absurdes autant qu'intrépides et professant les maximes les plus outrées. Leurs chefs étaient le duc de Beaufore et l'évêque de Beauvais, Potier. Ce dernier prit, suivant l'expression du cardinal de Retz, la figure de premier ministre, ne doutant de rien et tranchant les questions avec la légèreté de l'ignorance; les autres personnages du parti obtinrent des pensions, des dignités, des gouvernements. Les allures orgueilleuses, les airs de supériorité qu'ils affectaient leur valurent le surnom d'Importants. C'était Mme Cornuel qui les avait ainsi nommés parce qu'ils terminaient leurs discours par ces mots : « Je m'en vais pour une affaire d'importance 1. » Mais ils n'étaient pas moins incapables qu'importants2, ils devinrent même déplus en plus intrigants, et lorsque Beaufort eut mis le comble à la mesure en voulant se venger sur Mazarin de l'exil de la duchesse de Montbazon (22 août 1643), la reine mère, perdant patience, se débarrassa des Importants. Potier fut renvoyé dans son diocèse, les autres furent emprisonnés ou exilés.

Plus tard, pendant les troubles de la Fronde, quelques débris des Importants se groupèrent de nouveau autour du duc de Beaufort, devenu populaire3; ils s'imaginèrent qu'ils formaient un parti redoutable; ils n'étaient qu'ambitieux et furent

1. Elle a dit depuis que les Jansénistes étaient des Importants spirituels.

2. « J'ai des amis, écrivait Alexandre de Campion, qui n'ont pas toute la prudence qui serait à désirer; ils se font un honneur à leur mode et donnent des habits si extraordinaires à la vertu qu'elle me semble déguisée, de sorte qu'en cas qu'ils aient toutes les qualités essentielles, ils s'en servent si mal que l'applaudissement qu'ils se sont attiré ne servira peut-être qu'à leur destruction. »

3. Sa belle tête et sa grande mine l'avaient rendu cher au peuple, qui lui donna le surnom de roi des halles. « Le duc de Beaufort-Vendôme, petitlils de Henri IV, l'idole du peuple et l'instrument dont on se servit pour le soulever, prince populaire, mais d'un esprit borné, était publiquement l'objet des railleries de la cour et de la Fronde même. On ne parlait jamais de lui que sous le nom de mi Jes halles. Une balle lui ayant fait une contusion au bras, il disait que ce n'était qu'une confusion. » (Voltaire, Siècle Je Louis XIV.) On racontait aussi qu'il avait demandé un jour au président Bcllièvre s'il ne changerait pas la face des affaires en donnant un soufflet au duc d'Elbeuf, et que ce magistrat lui avait répondu gravement: « Je ne crois pas qu puisse changer autre chose que la face du duc d'Elbeuf. »

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une dernière fois ridiculisés. Ils n'étaient plus alors, disait encore le cardinal de Retz, qu'un parti composé de quatre ou cinq mélancoliques qui avaient l'air de penser creux.

Les petits-maîtres. — On désigna sous ce nom les jeunes seigneurs belliqueux, avantageux et superbes qui s'agitèrent autour du vainqueur de Rocroy, et qui reparurent plus impérieux encore pendant la Fronde1 lorsque Condé, ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après l'avoir défendue. Les petits-maîtres se croyaient alors les arbitres de la cour; ils insultaient le gouvernement et prétendaient * faire manger de l'herbe à tous les bonnets carrés » (ainsi qu'ils désignaient les membres du parlement). Ils reçurent le nom de petits-maîtres « parce que, dit Mroe de Mocteville, ils étoient à celui qui le paroissoit être de tous les autres ».

Leurs prétentions et leur vanité furent telles qu'ils laissèrent leur surnom à ces jeunes gens aux manières libres ou impudentes pour qui l'éclat et la parure sont la grande affaire de la vie. « On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la'régence, celle des importans; on appelait celle de Condé le parti des petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'Etat. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que le nom de petit-maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, et le nom de frondeurs, qu'on donne aux censeurs du gouvernement2. »

Lorsque le petit-maître Tut devenu un type ridicule de la

i. Les petites passions, les pamphlets et les chansons qui caractérisèrent les luttes et les intrigues survenues en France de 16+8 à 1652 les firent comparer à une guerre d'écoliers. Bachaumont, en appelant Frondeurs les membres du parlement en rébellion contre le ministère, les traitait comme ces enfants du peuple qui jouaient à la fronde dans les fossés, qui se dispersaient, quand les archers intervenaient, et recommençaient lorsque les archers avaient disparu. La cour, disait-il, viendra aussi peu à bout du parlement que les archers ne viendront à bout des frondeurs.

•1. Voltaire, Siècle de Louis XIV.

société, comme plus tard le fashionable, le dandy, le lion ou le gandin, les auteurs dramatiques le mirent sur la scène pour le berner, le mystifier et le siffler. Il fut même spécialement l'objet de plusieurs comédies : le Petit-Maître de campagne (1701); le Petit-Maître corrige, par Marivaux (1734); le Petit- Maître amoureux, par Romagnesi (1734); le Petit-Maître en province, par Harny (1763).

SoUVENEZ-VOUS DE RoCROY, DE FrIBOURG ET DE NoRD-

lingen. — Presque tous les historiens ont répété depuis Volcaire (Siècle de Louis XII ) qu'avant la bataille de Lens, livrée le 20 août 1648, Condé cria à ses soldacs : Amis, souvenez-vous de Rocrov. de Fribourg et de Nordlingen!

Il faut croire que ces paroles ont été prononcées puisque tout le monde est d'accord pour le dire ; cependant, elles ne sont pas regardées comme acquises à l'histoire. Ce qu'on sait avec plus de certitude, c'est que Condé, à Fribourg, jeta sa canne dans les retranchements ennemis, et qu'il a dit, après Rocroy, en apprenant que le vieux comte de Fuentes, qui commandait l'infanterie espagnole, était mort percé de coups : Je voudrais être mort comme lui si je 11 avais pas vaincu.

En tout cas , la version accréditée de la harangue du prince de Condé à Lens se rapporte aussi peu que possible avec ce qu'on lit dans les Mémoires de M""' de Motteville : « Cette bataille avoit été désirée des deux partis. L'archiduc avoit eu ordre du roi d'Espagne de la donner à quelque prix que ce fût, croyant avec raison que s'il la gagnoit, la France, vu l'état où elle étoit, seroit devenue la proie de son ambition. Et pour cet effet l'archiduc avoit envoyé son bagage se reposer dans les villes de Flandre, comme de son côté M. le prince en avoit fait autant; et ces deux grands princes avoicnt chacun le même dessein, qui étoit de combattre à outrance. Aussi tous deux y firent-ils de grandes choses. Le prince de Condé, à son ordinaire, se trouva partout; et le comte de Châtillon conta à la reine que, pour toute harangue, il avoit dit à ses soldats : « Mes amis, ayez bon courage. Il faut nécessai-

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rement combattre aujourd'hui : il sera inutile de reculer; car je vous promets que, vaillants et poltrons, tous combattront, les uns de bonne volonté, et les autres par force. «

Le moment était critique. Condé venait de l'éprouver, car il avait failli être pris, et il était fort opportun de tenir à ses soldats un langage net et sévère à la fois. Tout cela ressemble beaucoup à la vérité.

Ce qu'on incline à conclure de ces deux versions, qui n'ont été réfutées ni l'une ni l'autre, c'est que Condé, à la bataille de Lens, aura deux fois harangué ses troupes : une première fois pour les préparer et les soutenir; une seconde fois, pour les entraîner. Il est possible aussi, comme quelques historiens l'ont admis, que le tout ait été dit dans une même harangue, et que les mots : « Souvenez-vous de Rocroy, de Fribourg et de Nordlingen » aient été le dernier trait, celui qui a frappé et que l'on a retenu.

Les harangues jouent un grand rôle sur les champs de bataille : les meilleures sont d'ordinaire les plus courtes et les plus vives. Avant la bataille de Rocoux (1746), l'aumônier du régiment d'Auvergne voulut faire aux soldats une exhortation qui devenait un peu longue. Le lieutenant-colonel de Chamouroux, perdant patience, l'interrompit en criant : Soldats! Al. l'abbé veut dire qu il n'y a pas de salut pour les lâches ! Vive le roi! tt en avant!

Tous les chefs ne puisent pas leurs arguments aux mêmes sources, et parmi ces arguments, il y en a quelquefois de singuliers. Voici, par exemple, ce qu'au siège de Cadix, en 1702, le général anglais dit à ses troupes : Anglais, qui mange\ tous les jours de bon bœuf et de bonne soupe, souvenez-vous bien que ce serait le comble de Vinfamie de vous laisser battre par cette canaille d'Espagnols qui ne vivent que d'oranges et de citrons.

A la bataille de Minden (1757), le corps des grenadiers de France, que commandait M. de Saint-Pern, était exposé au feu d'une batterie qui en emportait des files entières. Celui-ci, qui tâchait de leur faire prendre patience, se promenait devant la ligne au petit pas de son cheval, sa tabatière à la main : Eh

bien, mes enfants, leur disaic-il, en les voyant un peu émus, qu'est-ce que c est? du canon? Eh bien! ça tue. ça tue. voilà tout! Ce sont là, à coup sûr, des raisons sans réplique. Il paraît, du reste, que tous les moyens sont bons. Frédéric II, voulant faire retourner ses troupes à la charge pour la septième fois, les trouva chancelantes. Il leur cria d'un ton courroucé : Voulei-vous donc vivre éternellement? Et cette apostrophe les décida.

Quand vous m'aurez tué, il ne me faudra que six pieds de terre. — Le premier président Matthieu Mole (1 584- 1656) eut pour règle de sa vie politique le respect de l'autorité royale et l'honneur du Parlement. On sait quelles luttes i eut à soutenir, quels périls mêmes il dut affronter, dans une époque aussi troublée que celle de la Fronde, pour défendre tout ensemble le pouvoir royal et l'ordre public, les prérogatives du Parlement et l'autorité des lois. Aussi Montesquieu lui a-t-il rendu cet hommage : « Mole montra de l'héroïsme dans une condition qui ne s'appuie ordinairement que sur d'autres vertus. »

Dans une des crises les plus violentes de la Fronde, le bruit ayant couru que Mole avait eu une conférence secrète avec Mazarin, il s'ensuivit un débat tumultueux qui se transforma en émeute dans la grande salle et dans les cours du palais où s'entassait la multitude. Mole, sans écouter ceux qui lui conseillaient de rentrer par derrière dans son hôtel, sortit de la grand'chambre et s'avança calme et impassible au milieu d'une foule menaçante. Un des séditieux lui ayant mis son mousquet sur le front en lui criant qu'il allait le tuer. Mole, sans écarter l'arme et sans détourner la tête, lui dit : Quand vous inaurei tué, il ne me faudra que six pieds de terre l. {2j février 1649.)

1. On a touiours quelque peine à laisser les grands hommes s'exprimer simplement. Chateaubriand, dans ses Mélanges littéraires, a donné à ce mot une forme solennelle qui le dénature: Six pieds de terre feront toujours raison au plus grand homme du monde. Aussi, s'est-il cru obligé d'ajouter: « C'est agir comme le vieux Caton et parler comme le vieux Corneille. »

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Ces simples paroles rappellent le caractère grave et modeste de Mole ainsi que son genre d'éloquence1, beaucoup plus que celles qu'on lui a prêtées dans une autre circonstance également périlleuse : « Jeune homme, il y a plus loin que vous ne pensez du poignard d'un séditieux à la poitrine d'un honnête homme. » On est d'autant plus disposé à mettre en doute cette phrase pompeuse que le comte Mole n'y fait aucune allusion dans la notice qu'il a consacrée à son illustre ancêtre. Cependant, Claude Le Peletier, si digne de foi par sa scrupuleuse probité et par sa haute admiration pour Mole, a admis cette réponse dans sa petite biographie intitulée Mémoire sur la vie et les actions de Monsieur Mole, garde des sceaux de France. Voici comment la scène est rapportée et la phrase reproduite : « Etant revenu chez lui (après avoir traversé Paris dans la journée des barricades), une populace encore furieuse se présenta à la porte de sa maison qu'il fit ouvrir, et il se présenta aux séditieux avec une assurance dont ils ne purent soutenir la majesté. Il n'eut qu'à se montrer pour couvrir les mutins de honte et les renvoyer chez eux avec respect pour cet homme intrépide. Lorsqu'il demanda sa robe pour s'aller présenter à cette populace mutinée, l'abbé de Chanvallon, qui a été depuis archevêque de Paris, s'étant trouvé auprès de lui, voulut lui représenter qu'il s'exposoit trop, mais il lui répondit : Jeune homme, apprenez qu'il y a toujours bien loin de la poitrine d'un homme de bien au poignard d'un séditieux. »

Bien plus vraisemblable assurément est la façon dont il renvoya, d'après ce même Le Peletier, les émeutiers qui peu

i. «Cet homme avoit une sorte d'éloquence qui lui étoit particulière. Il ne connoissoit point d'interjection ; il n'étoit point congru dans sa langue; mais il parloit avec une force qui suppléoit à tout cela ; et il étoit naturellement si hardi qu'il ne parloit jamais si bien que dans le péril. » (Cardinal de Retz, Mémoires.)

« Il avait reçu du ciel l'âme la plus conforme à son esprit, sereine, calme, intrépide, et le dedans se réfléchissait admirablement au dehors dans un corps sain et robuste, et dans une figure où la force était empreinte. Sa parole était concise et ferme, sans nulle élégance, et son ton presque toujours celui du commandement et de l'autorité. » (Victor Cousin, Mme de Longueville pendant la Fronde.)

de jours après le tumulte du Parlement vinrent à son hôtel pendant qu'il dînait : « Le premier président se leva de table, et ayant ordonné qu'on leur ouvrît la grande porte, il descendit son degré et vint se présenter à cette troupe de séditieux en leur demandant ce qu'ils vouloient de lui. Son visage respectable et son intrépidité arrêtèrent toute la chaleur de ces genslà; et comme ils ne lui dirent rien, après être demeuré quelque temps en leur présence, il leur dit : Alle\-vous-en} vous ave\ chacun gagné votre tes ton ; et il remonta dans sa chambre. » Le teston était la petite pièce de monnaie que recevaient chaque jour les émeutiers.

Les mazarixades. — Toutes les satires, toutes les chan- . tous les pamphlets publiés pendant la Fronde contre Mazarin furent appelés majarinades^ du nom sous lequel parut, en 1649, 1 un des P^us fameux de ces libelles, attribué à Scarron. Le mot s'appliqua bientôt à tous les écrits politiques, qu'ils fussent ou non dirigés contre le cardinal ; on le donna même à des ouvrages historiques étendus, tels que l'Histoire de la prison des princes. Dans la Bibliographie 'des Ma^arinades (3 vol. in-8°). publiée, en 1850-1851, par M. C. Moreau, le nombre en est porté à plus de quatre mille.

Jamais pareille explosion n'avait éclaté en France, jamais les publications politiques n'avaient pris de pareilles proportions. « C'est une chose admirable, dit le Remerciement des imprimeurs à monseigneur le cardinal Mandrin (164.9), ^e queMe façon nous travaillons. Votre vie est un sujet inépuisable poulies auteurs et infatigable pour les imprimeurs. 11 ne se passe pas de jour que nos presses ne roulent sur plus d'un volume de toute sorte d'ouvrages, tant de vers que de prose, de latin que de français, tant en caractères romains qu'italiques, canon, petit canon, parangon, gros romain, saint-augustin, cicéro, etc. Une moitié de Paris imprime ou vend des imprimés, l'autre moitié en compose : le Parlement, les prélats, les docteurs, les prêtres, les hermites, les religieux, les chevaliers, les avocats, les procureurs, les clercs, les secrétaires de Saint-Innocent, les

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filles du Marais, enfin le cheval de bronze et la Samaritaine écrivent et parlent de vous. »

La plupart de ces satires en vers et en prose sont des lazz: contre Mazarin : on se moque de lui, de son accent italien, de ses habitudes efféminées, de ses amours et de ses succès. D'autres ont pour objet les divers incidents qui se produisent pendant la Fronde; mais qu'elles soient bouffonnes, ordurières ou railleuses, presque toujours ce sont des platitudes. Gui Patin1, que son antipathie contre Mazarin devait disposer à applaudir, écrivait au début : a Mais il n'y a encore rien qui vaille. « Le cardinal de Retz exprimait une opinion analogue sur l'ensemble de ces productions : « Il y a plus de soixante volumes de pièces composées dans le cours de la guerre civile, et je crois pouvoir dire avec vérité qu'il n'y a pas cent feuillets qui méritent qu'on les lise. »

Plusieurs pamphlets furent aussi des attaques violentes contre la cour et même contre le Parlement. Ce dernier, pour réprimer les excès, rendit un arrêt contre les libelles sans nom d'auteur ni d'imprimeur. Les diffamations et les injures n'en allèrent pas moins leur train, et cependant, elles furent parfois cruellement punies.

« Le 22 juin 1649, le Chastelet rendit un jugement de grande conséquence et très nécessaire pour réprimer cette licence effrénée qu'un nombre infini de personnes de toutes sortes de conditions avoient prise impunément de faire imprimer et de vendre publiquement au Palais et dans toutes les rues de cette ville quantité de libelles diffamatoires et injurieux, non seulement contre ceux qu'ils appeloient majanns (parce qu'ils n'estoient point séditieux, mais estroitement attachés au service du roi et de F Estât), mais encore contre les magistrats, contre

1. Ce médecin philosophe voyait les Frondeurs d'un très bon œil : « Il y a ici des honnêtes gens qu'on appelle des Frondeurs, qui sont conduits par M. de Beaufort, le coadjuteur, M"ie de Chevreuse et autres. » — C'est le même qui prononçait sur ses malades des oraisons funèbres du genre de celle-ci : « M. de R. est mort comme il a vécu. Il est sorti de ce monde sans avoir jamais voulu savoir ce qu'il y était venu faire. Il a vécu en pourceau et est mort de même. »

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le Parlement, les princes du sang et la reyne mesme. En effet, l'on pouvoit dire sans mentir et sans exagération qu'en moins de six mois on avoit mis au jour et distribué insolemment dans Paris plus de deux mille imprimés scandaleux et pleins de mesdisances atroces en vers, en prose, en françois et en latin, dont le plus modéré n'estoit bon qu'à jeter au feu. Par ce jugement, la veuve d'un libraire et deux de ses enfans ayant esté trouvés saisis de plusieurs exemplaires en vers burlesques, où l'honneur de la reyne estoit meschamment deschiré, avoient esté condamnés, à sçavoir ceux-cy à faire amende honorable devant le Chastelet et à être pendus et estranglés en Grève après avoir été appliqués à la question pour sçavoir l'auteur de cet infâme et décestable ouvrage, et celle-là seulement, parce qu'elle estoit fort vieille et ne sçavoit ni lire ni écrire, d'assister au supplice de ses deux enfans, attachée au derrière de la charrette1. «

Les noms cités parmi les pamphlétaires de la Fronde sont ceux de poètes burlesques, tels que Scarron -, Sarrazin et Loret; d'autres sont plus sérieux : Patru, le cardinal de Retz et aussi Gui Patin, pour qui Mazarin n'est qu'un coupeur de bourses.

Le savant bibliographe Gabriel Naudé prit en main la défense de son protecteur, du fondateur de cette bibliothèque majarine qu'il appelait sa fille bien-aimée. Il publia en 1650 le jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal

t. Supplément an journal d'Olivier Lefèvre J'Ormesson. ■j.. Voici, comme échantillon des mazarinades, les derniers vers delà violente et grossière satire attribuée à Scarron :

On te reverra dans Paris,

El l.'i comme au trébuche! pris,

Et de U rapine publique,

Et de ta fausse politique,

Et de ton sot gouvernement,

Au redoutable Parlement,

Et dont tu fais si peu de compte,

TJltramontain, tu rendras compte ;

Puis, après ton compte rendu,

Cher Jules, tu seras pendu

Au -bout d'une vieille potence,

remords et sans repentance.

Mazarin, depuis le sixième janvier jusques à la déclaration du i" avril Z650. Cet ouvrage, ordinairement désigné sous le nom de Mascurat . est un dialogue entre le libraire Saint-Ange (Naudé) et l'imprimeur Mascurat (Camusat); ils s'entretiennent des libelles publiés contre Mazarin et prennent naïvement la peine de les réfuter.

Mazarin, bien qu'il ait été, dans le pays de la chanson, le plus chansonné des hommes d'Etat, s'était beaucoup moins ému que son fidèle Naudé. Quand de nouveaux impôts provoquaient de nouvelles satires, le cardinal se contentait de murmurer : Ils chantent, ils payeront.

L'habitude de chansonner ne se perdit pas ; on continua de ridiculiser, dans de joyeux couplets, les hommes et les choses des gouvernements, et peu de temps avant la Révolution, on pouvait dire encore avec vérité, comme le fit un homme d'esprit à Chamfort, que le gouvernement de France était une monarchie absolue tempérée par des chansons. — Beaumarchais, vers la même époque, faisait chanter à Brid'oison, dans le Mariage de Figaro (1784), à propos du bon peuple de France :

Qu'on l'opprime, il peste, il crie; Il s'agite en cent fa-açons:

Tout fini-it par des chansons.

La Constitution de 1791 fut mise en vaudeville comme le reste, et l'on y chantait :

Le roi sera le roi de France, Et pourtant il ne sera rien; Mais comme une ombre de puissance Au moindre prince va très bien, On pourra lui laisser, par grâce, Ou pour mieux dire, par abus, Le doux plaisir de voir sa face Empreinte sur tous les écus.

Il n'y a point de grand homme pour son valet de chambre. — Tous, pauvres mortels, nous sommes soumis aux faiblesses, aux exigences, aux infirmités de l'espèce humaine;

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. i9i

aucun n'y échappe, si haut qu'il soie placé, et personne ne le sait mieux qu'un valet de chambre. Avec lui, dans l'abandon, dans le négligj de la vie intime, adieu l'éclat des triomphes, adieu le prestige de la grandeur. M1"- Cornuel (1605-1694), cette personne « accorte et fine » qui, d'après ce que rapporte Tallemant des Réaux, remplit le xvne siècle de mots agréables ou piquants, a donc touché juste une fois de plus en disant : // n'y a point de grand homme pour son valet de chambre. Il est vrai qu'elle avait eu, pour lui souffler cette vérité, un célèbre contemporain et un illustre devancier. Le maréchal de Cannât disait : // faut être bien héros pour l'être aux yeux de son valet de chambre; et Montaigne avait écrit dans ses Essais : « Tel a esté miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien veu seulement de remarquable; peu d'hommes ont esté admirez par leurs domestiques ; nul a esté prophète non seulement en sa maison, mais en son pais, dicc l'expérience des histoires. » (Liv. III, ch. 11. Du Repentir.)

Il y a aussi La Rochefoucauld qui a dit : « La plupart des héros sont comme certains tableaux : pour les estimer, il ne faut pas les regarder de trop près. « Puis Massillon, qui a parlé de ces hommes dont le nom seul semble être grand, dont la réputation rougirait de la bassesse de leurs mœurs et de leurs penchants. Et de nos jours Lamartine a écrit :

Pour son siccle incrédule un héros n'est qu'un homme.

Fontenelle se plaignait de ce que les étrangers et surtout les Anglais faisaient plus de cas de lui que ses compatriotes. Son amie Mme Geoffrin lui répondit : « C'est que nous vous voyons de trop près. Vous savez que nul n'est grand homme pour son valet de chambre. »

J.-B. Rousseau (1671-1741), lui, dans son Ode a la fortune. a mis le héros, non plus en présence de son valet et de son siècle, mais en face des revers; et, la aussi, d l'a montré se dépouillant d'une vaine grandeur :

Montrez-nous, guerriers magnanimes.

Votre vertu dans tout son jour;

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Voyons comment vos cœurs sublimes Du sort soutiendront le retour.

Tant que sa faveur vous seconde, Vous êtes les maîtres du monde, Votre gloire nous éblouit ; Mais, au moindre revers funeste, Le masque tombe, l'homme reste, Et le héros s'évanouit.

J'aime qui m1 aime, j"estime qui le mérite, et je fais plaisir a qui je puis. — Ainsi parlait en toute sincérité Gilles Ménage (1613-1692), qui se piquait en outre, sur le ton de la plaisanterie, de se connaître en œufs frais, en pommes de reinette et en amitié, mais qui ne bornait pas là ses prétentions, car Ménage ne fut pas un érudit modeste. Il a laissé une telle réputation de pédantisme, d'outrecuidance et de préciosité, qu'il n'est pas inutile, pour rétablir un peu l'équilibre, de rappeler, par ce mot, qu'il eut aussi d'excellentes qualités. Malheureusement, à force de prôner lui-même ses bonnes actions, il finissait par les gâter. C'est ainsi que Gombauld1, qu'il avait obligé, se crut autorisé à lancer ce quatrain :

Si Charles 2, par son crédit, M'a fait un plaisir extresme, J'en suis quitte; il l'a tant dit, Qu'il s'en est payé Iny-mesme.

Tallemant des Réaux, qui n'aime pas Ménage, qui s'est efforcé, dans les Historiettes . de faire ressortir ses défauts, celui tout particulièrement d'être vain à outrance, s'est vu cependant obligé d'écrire : « A la vérité, on ne peut pas nier qu'il ne serve ses amys quand il peut; mais on ne sçauroit aussi nier qu'il ne s'en vante furieusement. Il n'est point in-

1. Le même qui, dans l'enquête entreprise par l'Académie française contre les mots surannés, lutta pour faire réformer l'expression fermer la porte, déclarée impropre :

Or pour avoir moins froid à la fin de décembre, On va pousser sa porte, et l'on ferme sa chambre.

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