‹ Petites ignorances historiques et littérairesChapitre 28 sur 65 · Saint-Simon, Mémoires · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires

guère espérer que, pendant son absence, on chanterait ses louanges ; aussi disait-il tout haut à Louis XIV avant de partir pour l'armée du Rhin : Je vais combattre les ennemis de Votre Majesté, et je vous laisse au milieu des miens1.

Qui voulait plaire à Villars devait s'occuper surtout de donner pâture à sa vanité. Ayant entendu un officier dire à l'un de ses amis : « Je dîne chez Villars u , le maréchal lui fit observer qu'à cause de son rang, il aurait dû dire : » M. de Villars. » L'officier, adroit courtisan, répondit : On ne dit pourtant pas Al. de César. Villars eut l'occasion de goûter la même flatterie dans une circonstance solennelle. Lorsqu'il fut reçu à l'Académie française (23 juin 1714), alors qu'il était au comble de sa gloire, — il venait de signer la paix de Rastadt, — M. de La Chapelle, chargé de lui répondre, lui dit : « Il manque quelque chose à votre gloire et à celle de l'Académie : la fortune devait mettre à ma place Cicéron pour répondre à César. » Dans l'un et l'autre cas, Villars accepta la comparaison; il n'était pas homme à se priver d'un compliment.

Que les circonstances fussent critiques ou non, la jactance perçait toujours; il avait le panache naturel. Lorsqu'il fut grièvement blessé à Malplaquet ( 1709), il voulut être administré devant l'armée : Puisque l'armée, dit-il, n:a pu voir Villars mounren brave, il est bon quelle le voie mourir en chrétien.

Il avait épousé une très belle personne, Mlle de Varangeville, dont il était jaloux au point de l'emmener quelquefois avec lui dans ses campagnes. « Les ridicules furent grands, dit Saint-Simon, et les précautions pas toujours heureuses-. » On

1. « J'ai ouï conter au maréchal de Villars, dit Voltaire à propos de la paix de Rastadt, qu'un des premiers discours qu'il tint au prince Eugène fut celui-ci: « Monsieur, nous ne sommes point ennemis; vos ennemis sont à Vienne et les miens à Versailles. » En eifet, l'un et l'autre eurent toujours dans leurs cours des cabales à combattre. » (Siècle de Louis XIV, ch. xxm.)

a. Lorsque Villars eut fait venir la maréchale à Strasbourg après la prise de Kehl (170}), il écrivit au prince de Conti: « Je sais que sur les terrasses de Versailles et de Marly, moi pauvre diable on me traite d'extravagant, ou par l'amour, ou par l'avarice, ou par la vanité. J'ai oui dire qu'il n'v a que ces trois points dans mon procès; or c'est bien assez pour faire juger un homme pendable. »

aj8 PETITES IGNORANCES

peut se faire une idée des malices qui devaient circuler à la cour sur ce sujet en lisant cette lettre de la princesse palatine (22 septembre 1717) : « Le maréchal de Villars vint un jour me rendre visite, et comme il prétendoit se connoître en médailles, il me demanda à voir les miennes. Baudelot, homme très honnête et savant, qui en a la charge, fut obligé de les lui montrer; ce n'est pas l'homme le plus avisé, et il n'est guère au fait de ce qui se passe à la cour. Il avoit fait une dissertation sur une de mes médailles, pour prouver, contre d'autres savants, que la tête à cornes qui y est figurée est celle de Pan et non pas de Jupiter Ammon. Pour prouver son érudition, le bon Baudelot dit à M. de Villars : « Ah! monsei- « gneur, voici une des plus belles médailles que madame ait; « c'est le triomphe de Cornificius : il a toutes sortes de cornes. n C'étoit un grand général comme vous, monseigneur. 11 a les « cornes de Junon et de Faune. Cornificius, comme vous sait vez, monseigneur, étoit un gérféral habile. » Je l'interrompis : « Passons, lui dis-je; si vous vous arrêtez à chaque mé- 1 daille, vous n'aurez pas assez de temps pour les montrer * toutes. > Mais, plein de son sujet, il répondit : t Ah! ma- « dame, celle-ci en vaut bien une autre. Cornificius est, en i vérité, une des plus rares médailles du monde. Considérez-la, 1 madame, regardez : voilà Junon couronnée qui couronne ce « grand général. » Quelque chose que je pusse dire, je n'empêchai point Baudelot de parler de cornes au maréchal. « Mon- « seigneur, reprit-il, se connoît en tout, et je voudrois bien « lui faire juger si j'ai raison de dire que cescornes sont plutôt « celles de Faune que de Jupiter Ammon. » Toutes les personnes qui étoient dans la chambre se tenoient pour ne pas éclater de rire. Quand on l'eût fait exprès, on n'auroit pu s'y prendre plus fortement. Quand le maréchal fut parti, je me mis à rire aussi. J'eus bien de la peine à convaincre Baudelot qu'il avoit mal fait. 1 [Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans, née princesse palatine.)

Ce sont là les petits côtés de la vie d'un grand homme de guerre. Villars, seul maréchal-général de France, après Tu-

renne, reste toujours le vainqueur de Denain, celui qu'on a nommé à juste titre le sauveur de la France.

Le Français, n'é malin', forma le vaudeville. — Le vaudeville, lorsqu'on le forma, était un petit poème sans forme déterminée, divisé en strophes ou couplets, et qui d'ordinaire était chanté. On le mêla plus tard aux comédies légères, qui devinrent ainsi des comédies à vaudeville, et, par abréviation, des vaudevilles, comme les horloges à pendules sont devenues des pendules.

Le rondeau, la ballade, le sonnet, l'épigramme et le madrigal sont soumis à certaines conditions de forme ou de ton : il est assez singulier que, dans l'énumération qu'il fait (chant II de Y Art poétique) des diverses espèces de petits poèmes, l'exact Boileau se soit servi du mot former en désignant un genre de poésie qui n'est justement assujetti à aucune forme spéciale.

Ce qui fuc formé par le Français, et en cela il ne fut pas plus malin qu'en autre chose, c'est le mot même. Il y avait à Vire, en basse Normandie, au milieu du xv siècle, un ouvrier foulon, Olivier Basselin, qui composait des chansons sur le vin, sur les plaisanteries et sur les événements de son temps. Ces chansons joyeuses prirent le nom du lieu où elles étaient nées, le Val de Vire, le Vau-de-Vire, et, la corruption aidant, le mot vaudeville se trouva formé.

Chantant en nos festins, ainsi les vaux-de-vire Qui sentent le bon temps nous font encore rire.

(Vauquelin de la Fresnaye. 153 5-1607.)

Deux recueils de chansons imprimés de 1561 à 1576, et intitulés : l'un, Chansons et voix-de-ville, par Layolle; l'autre, Recueil des plus belles et excellentes chansons de voix -de-ville, tirées de divers auteurs, par Jean-Charles Davoine, avaient induit à supposer, au xvr siècle, que vaudeville avait pour origine voix de ville, origine qui paraissait d'accord avec la définition du vaudeville, chanson de circonstance qui courait par la ville ; on avait même donné au mot le sens de bruit de ville :

« Il estimoit cette opinion n'estre fondée que sur un simple vaudeville. » (Pasquier, Recherches de la France.)

Le pont Neuf ayant été longtemps le rendez-vous des saltimbanques, des bouffons, des charlatans, des chanteurs de chansons nouvelles, et de tout un monde d'artisans nomades, les chants populaires, les complaintes et les vaudevilles qui y étaient chantés furent longtemps désignés sous le nom de pontsneufs.

Un ancien Grec avait une lyre admirable; il s'y

ROMPIT UNE CORDE ; AU LIEU d'en REMETTRE UNE DE BOYAU, IL EN VOULUT UNE d' ARGENT, ET LA LYRE, AVEC SA CORDE d' AR- GENT, perdit son harmonie. — Cet apologue qui, depuis deux siècles, aurait pu être tant de fois renouvelé, fut dit au sein de l'Académie, en 1675, Par Ouyier Patru (1604-1681), lorsqu'un grand seigneur, qui n'avait d'autre titre que sa naissance, se présenta pour occuper la place devenue vacante par la mort de Conrart. L'allusion était transparente, le grand seigneur fut écarté *, et le remplaçant de Conrart fut le président Rose (1611-1701), qui, s'il n'était, non plus que son prédécesseur, un grand écrivain, était du moins un homme d'esprit 2. Plus avocat qu'écrivain, plus grammairien que penseur, Pa-

1. En 1706, Boileau lutta avec moins de succès contre la nomination d'un autre grand seigneur, le marquis de Sainte-Aulaire, dont le seul titre était d'avoir fait, à soixante ans, un quatrain « impudique». A ceux qui lui représentèrent qu'on devait des égards à un homme de cette condition, Boileau répondit: « Je ne lui dispute pas ses titres de noblesse, mais je lui dispute ses titres du Parnasse. » L'abbé de Lavau ayant répondu que M. de Sainte-Aulaire avait fait de fort jolis vers, Boileau riposta : « Eh bien, monsieur, puisque vous estimez ces vers, failes-moi l'honneur de mépriser les miens. » Voltaire racontait que l'abbé et Boileau convinrent d'apporter à l'Académie des vers du candidat pour prouver, l'un qu'il avait du talent, l'autre qu'il n'en avait point, et que lorsqu'ils présentèrent chacun leur pièce justificative il se trouva que c'était la même.

2. Rose fut le seul des quatre secrétaires de Louis XIV qui en eut véritablement toutes les fonctions, parce que, selon l'expression consacrée, il avait la plume. « Sa plume, dit Saint-Simon, l'avoit entretenu dans une sorte de commerce avec le roi, et quelquefois d'affaires qui demeuroient ignorées des ministres. Avoir la plume, c'est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûteroit la vie à tout autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. 24i

tru n'a été utile censeur pour ses amis Racine, La Fontaine et Boileau qu'au point de vue de la forme et de la correction. Sa réputation de rigidité était si bien établie que quand Racine faisait à Boileau quelques observations un peu trop subtiles, le satirique, au lieu de lui dire le proverbe latin Ne sis Patruus mihi, lui disait : Ne sis Patru mihi.

Le censeur sévère était sans doute un habile ouvrier de la parole ; mais sa judiciaire se trouva singulièrement en défaut lorsqu'il conseilla à La Fontaine de ne point tenter la fable après Phèdre, et à Boileau de ne point faire Y Art poétique après Horace.

Honnête et bienfaisant, Patru termina sa vie dans une situation voisine de l'indigence. « La Fortune, aussi bien que l'Amour, disait-il, a ses heures du berger; mais on ne les trouve qu'avec de la persévérance et de l'assiduité. » Il ne perdit rien pour cela ni de sa dignité naturelle, ni de sa gaieté affectueuse. Il se réfugiait, pour se consoler, dans le sentiment de la droiture et de la vertu. « C'est le vrai bonheur de la vie, écrivait-il à M. de Montausier; tout le reste n'esc qu'illusion, et se passe à s'inquiéter ou de faux honneurs ou de fausses infamies. »

A quatre-vingt-dix ans, Patru revint d'une maladie qu'on

l'écriture du roi qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le roi doit ou veut écrire de sa main et toutefois n'en veut pas prendre la peine... Il n'est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisoit Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu'il écrivoit ainsi, et que le roi signoit toutes de sa main, et pour le caractère il étoit si semblable à celui du roy qu'il ne s'y trouvoit pas la moindre différence. »

Le président Rose fut d'humeur gaie et sarcastique jusqu'à son dernier jour. Les prêtres l'assiégeant à son lit de mort de leurs exhortations, il dit à sa femme : « Ma chère amie, si ces messieurs, quand ils m'auront enterré, vous offrent des messes pour me tirer plus vite du purgatoire, épargnez-vous cette dépense-là: je prendrai patience. »

L'entière confiance que Louis XIV ne cessa de témoigner à son secrétaire durant un demi-siècle avait fait de lui un parfait courtisan. Un jour que Racine était malade, Rose lui indiqua de la par» Je Louis XIV un remède dont le grand poète se trouva bien. « Voyez-vous, lui dit Rose, le roi est le plus grand médecin du monde après Dieu. » — « Il faut encore lui savoir gré, disait plus tard Racine, d'avoir mis Dieu avant le roi. »

a+3 PETITES IGNORANCES

croyait devoir être la dernière de sa vie. Dans sa convalescence, il restait au lit. Comme ses amis le pressaient de se lever : « Hélas ! leur dit-il, je ne crois pas que ce soit beaucoup la peine de m'habiller. »

Pareille réponse avait été faite quinze ans auparavant par un des petits poètes du xvne siècle, Pierre Patrix (1583-1671), qui avait échappé, lui aussi, à une grave maladie. C'est lui qui disait aux savants, au moment de causer avec eux : « Je vais tâter de votre vin. » Son nom a été sauvé de l'oubli par le dizain lugubre connu sous le nom de Songe de Patrix. et intitulé bizarrement par lui Madrigal :

Je songeois cette nuit que, de mal consumé,

Côte à côte d'un pauvre on m'avoit inhumé;

Mais ne pouvant souffrir ce fâcheux voisinage,

En mort de qualité je lui tins ce langage :

« Retire-toi, coquin, va pourrir loin d'ici!

Il ne t'appartient pas de m'approcher ainsi.

— Coquin? ce me dit-il d'une arrogance extresme;

Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi-mesme!

Ici tous sont égaux, je ne te dois plus rien,

Je suis sur mon fumier comme toi sur le tien. » /

Patrix, devenu dévot dans sa vieillesse, désavoua ses premières poésies, et rima sur la pénitence et sur la miséricorde divine ; il fit un cantique dont les dix strophes ont toutes pour refrain :

A quoi bon tout cela pour la vie éternelle?

Il est mort un homme qui faisait honneur a l'homme. — Le 27 juillet 1675, au moment d'en venir aux mains avec le général autrichien Montecuculli, Turenne fut tué à Salzbach d'un boulet de canon, à l'âge de soixante-quatre ans. Saint- Hilaire, lieutenant général de l'artillerie, lui montrait du geste une colonne ennemie qui s'avançait lorsqu'un boulet, parti de la hauteur opposée, enleva le bras de Saint-Hilaire et frappa Turenne au côté gauche. Le maréchal fit quelques pas encore sur son cheval, puis tomba mort sans pousser un seul cri. Le

fils de Saint-Hilaire pleurait sur son père, mutilé à côté de Turenne : i Ce n'est pas moi, lui dit Saint-Hilaire, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer. Pauvre armée, que vas-tu devenir? »

Les soldats, frappés de la grandeur de cette perte, s'écrièrent : f Notre père est mort, nous sommes perdus ! » Ils ajoutèrent aussitôt : t Nous voulons venger notre père! » Et ils le vengèrent, en effet, avec furie dans la première rencontre (tcr août 1675) 1u' suivit ^a mort de celui qui n'était plus là pour lutter contre Montecuculli, le plus célèbre tacticien de l'Europe.

Le peuple s'associa du fond du cœur à la douleur de l'armée; ce fut un deuil public. La gloire de Turenne était la plus nationale de toutes les gloires, sa mort fut la plus regrettée *. Fléchier et Mascaron prononcèrent des oraisons funèbres, Saint-Evremont et Lamoignon écrivirent des éloges, les académies, les universités, les parlements répondirent, dans leurs discours, à la douleur publique, et enfin, — ce n'est pas là le moins caractéristique des éloges, — un paysan champenois voulut casser son bail, parce que M. de Turenne étant mort, disait-il, les ennemis pouvaient entrer en France, et l'on n'était plus sûr de .récolter.

Mais ce qui honore singulièrement la mémoire de Turenne, c'est que la noblesse de son caractère autant que son héroïsme le fit admirer de ceux mêmes contre lesquels il combattait. Les habitants de la Souabe laissèrent en friche la place où il avait péri, et conservèrent avec respect l'arbre sous lequel il s'était assis peu de temps auparavant. Quant à Montecuculli, il eut sans doute, comme général ennemi, un mouvement de joie en apprenant la mort d'un adversaire redoutable; mais il ne

1. <c Le roi a été afflige comme on doit l'être de la mort du plus grand capitaine et du plus honnête homme du monde; toute la cour fut en larmes, et M. de Condom pensa s'évanouir. On étoit pris d'aller se divertir à Fontainebleau, tout a été rompu; jamais un homme n'a été regretté si sincèrement; tout ce quartier où il a logé, et tout Paris, et tout le peuple étoit dans le trouble et dans l'émotion ; chacun parloit et s'attroupoit pour regretter ce héros. » i'M"'e de Sévigné à M. de Grignan, 11 juillet 1675.)

put s'empêcher de dire presque aussitôt : Il est mort aujourd'hui un homme qui faisait honneur à l'homme.

Cet éloge, est profondément juste. Turenne n'était pas seulement un courageux soldat et un grand capitaine : par sa modestie, par son intégrité, par sa bienfaisance et sa bonté, il était un homme dans la pleine et belle acception du mot.

Soyez plutôt maçon' si c'est votre talent. — Boileau (1636- 171 1) nourrissait une vieille rancune contre Claude Perrault (161 3-1688), le Perrault de la colonnade du Louvre, qui se mêlait aussi d'écrire, bien qu'il fût déjà médecin et architecte. Il était dans les aptitudes des frères Perrault de tout connaître et de tout essayer.

Le médecin Claude a-t-il traité Boileau? Il l'a dit et son frère Fa soutenu; mais Boileau l'a nié dans cette épigramme un peu brutale :

Ton frère, dis-tu, l'assassin, M'a guéri d'une maladie ; La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin, C'est que je suis encore en vie.

Quoi qu'il en soit, les colères de Boileau contre Claude Perrault avaient une autre cause que la médecine : Claude, dans le monde, s'était déchaîné contre l'auteur des Satires pour venger ses amis Quinault et Chapelain ; il avait même insinué que Boileau dans ce vers :

Midas, le roi Midas a des oreilles d'ânes,

visait sournoisement Louis XIV, et aucune imputation n'était mieux faite pour toucher au cœur celui que Voltaire appelle :

Zoïle de Quinault, et flatteur de Louis.

Boileau ne résista pas au plaisir de la vengeance. Il écrivit à M. de Vivonne (1676) : « J'ai souffert quelque temps avec modération le déchaînement de M. Perrault; mais enfin la bile

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. 2+s

satirique n'a pu se contenir, si bien que dans le quatrième chant de ma poétique, j'ai opéré la métamorphose du médecin qui

De mauvais médecin devint bon architecte. »

Dans ce quatrième chant de l'Art poétique :

Notre assassin renonce à son art inhumain;

El désormais la régie et l'équerre à la main,

Laissant de Galien la science suspecte,

De méchant médecin devint bon architecte.

Son exemple est pour nous un précepte1 excellent:

$pyeç plutôt maçon si c'est votre talent,

la gloire de Perrault n'était entamée encore qu'à moitié; mais Boileau avait l'humeur vive; il n'était pas moins chaud dans ses aversions que dans ses amitiés, et il n'attendit pas longtemps pour décocher contre son adversaire un nouveau trait non moins injuste que violent. « Il (Perrault) n'avoit pourtant pas sujet de s'offenser, continue-t-il dans sa lettre à M. de Vivonne, puisque je parle d'un médecin de Florence, et que, d'ailleurs, il n'est pas le premier médecin qui, dans Paris, ait quitté sa robe pour la truelle. Ajoutez que si, en qualité de médecin, il avoit raison de se fâcher, vous m'avouerez qu'en qualité d'archuecte il me devoit des remerciements. Il ne me remercia pas pourtant ; au contraire, comme il a un frère chez M. Colbert, il cria fort hautement contre ma hardiesse; jusque-là que mes amis eurent peur que cela ne me fît une affaire auprès de cet illustre ministre. Je me rendis donc à leurs remontrances, et pour raccommoder toutes choses, je fis une réparation sincère au médecin par l'épigramme que vous allez voir :

Oui, j'ai dit dans mes vers qu'un célèbre assassin, Laissant de Galten la science infertile, D'ignorant médecin devint maçon habile.

Mais de parler de vous je n'eus jamais dessein,

i. Perrault s'etant plaint à Colbert de l'insolence de Boileau, le grand ministre ne put s'empêcher de sourire en entendant le satirique lui. répondre : « 11 a tort de se plaindre, je l'ai lait précepte. »

at6 PETITES IGNORANCES

Lubin, ma muse est trop correcte:

Vous êtes, je l'avoue, ignorant médecin, Mais non pas habile architecte.

i Cependant regardez, monseigneur, comme les esprits des hommes sont faits; cette réparation, bien loin d'apaiser l'architecte, l'irrita encore davantage; il gronda, il se plaignit, il me menaça de me faire ôter ma pension. A tout je répondis que je craignois ses remèdes et non pas ses menaces. Le dénouement de l'affaire est que j'ai touché ma pension, que l'architecte s'est brouillé auprès de M. de Colbert, et que si Dieu ne regarde en pitié son pauvre peuple, notre homme va se rejeter dans la médecine. »

Claude Perrault répondit à son illustre antagoniste en appropriant à la circonstance la fable de Phèdre : le Loup et la Cigogne^ qu'il intitula : le Corbeau guéri par la Cigogne, ou V Envieux parfait. Boileau est là représenté par

Un oiseau de brigandage Malencontreux, noir et vilain,

qui demande assistance à la cigogne pour lui tirer un os du gosier, et qui la paye de la plus noire ingratitude; car Perrault prétendait toujours avoir soigné et guéri Boileau. Celui-ci s'en est défendu, depuis son quatrain, dans la Première des réjlexions critiques sur Longin, où il signale, comme tout conseil donné par Perrault, une saignée au pied qui l'obligea de garder le lit pendant trois semaines. « C'est là toute la cure qu'il m'a jamais faite, que je prie Dieu de lui pardonner en l'autre monde. ■

Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire. — A la question : Boileau fut-il le flatteur des grands seigneurs et surtout du grand roi? il faudraic répondre en renversant le mot de l'abbé Maury (voy. A la lanterne) : Beaucoup si on le considère; très peu si on le compare. On sait quelle émulation de servitude et de bassesse régnait autour de ce monarque, qui avait soif de louanges et qui s'accommodait si bien d'être traité de dieu. Il aurait fort peu goûté le précepte des Arabes : * Les

louanges exagérées tournent contre ceux qui les reçoivent, s précepte que Mercier a condensé dans ce beau vers :

L'encens noircit l'idole en fumant pour sa gloire.

Boileau a loué Louis XIV outre mesure. Il lui dit à propos de son âge : « Sire, je suis venu au monde un an avant vous pour annoncer les merveilles de votre règne » ; et il se rajeunissait d'un an pour faire cette flatterie. Il a répandu l'encens à profusion dans cette laudative épître vin (1677), ^ com" mence par les mots :

Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire ',

et qui se poursuit sans relâche dans une série de vers où le grand roi,

Affame de périls et de gloire, Court d'exploits en exploits, de victoire en victoire.

Déjà dans l'épître iv (1672), Louis XIV était loué de ce que, grâce à sa grandeur, il avait pu ne pas s'exposer au danger :

Louis, les animant du feu de son courage,

Se plaint de sa grandeur qui rattache au rivage.

1. Boileau avait écrit cette épître dès 1675 pour remercier le roi de la pension qu'il lui avait donnée; mais des revers étaient survenus: Turenne était mort, nos troupes avaient dû repasser le Rhin, et le maréchal de Créqui avait perdu la bataille de la Taverne. Si la campagne suivante n'avait été marquée par de brillants succès, Boileau se serait résigné à remplacer ce vers par cet autre, beaucoup moins heureux :

Grand roi, sois moins louable, ou je cesse d'écrire.

Deux siècles plus tard (2 août 1877), le vers de Boileau devait être pariphrasé par Dumas fils dans un très spirituel discours à l'Académie française sur les prix de vertu :

Grands cœurs, cessez d'aimer, ou je cesse d'écrire,

Et Dumas ajoute, tout en sachant bien que cela est très possible : « L'esprit sentirait-il tout à coup des limites là où le cœur n'en voit pas ? a

Ce qui fit écrire à Voltaire :

Satirique flatteur, toi qui pris tant de peine Pour chanter que Louis n'a pas passé le Rhin.

L'excuse de Boileau est dans sa reconnaissance, dans l'aflection profonde qu'il avait pour la personne du roi, dans l'air de flatterie qu'on respirait à la cour, et aussi, disons-le, dans l'admiration universelle que Louis XIV a longtemps inspirée.

De tous ceux qui ont prodigué à Louis XIV des louanges fades et outrées, Boileau est le seul qui n'ait pas craint, à l'occasion, de lui dire la vérité. Il osa lui conseiller de renoncer à la guerre pour s'occuper du développement des arts utiles et de la prospérité publique; et lorsque Louis XIV lui demanda son avis sur des vers de sa composition : « Sire, lui dit-il, rien n'est impossible à Votre Majesté; elle a voulu faire de mauvais vers et elle a réussi1. » Il disait la vérité en riant, mais enfin il la disait. Il avait blâmé l'habitude qu'on avait prise à la cour d'employer gros à la place de grand, et il dit au roi, qui tenait pour le mot gros : « Cependant, sire, la postérité distinguera toujo'urs Louis le Grand de Louis le Gros. »

i. Il est vrai que Louis XIV ne lui avait pas tendu le même piège qu'au maréchal de Gramont (160+-1678) : « Le roi se mêle depuis peu de faire des vers; MM. de Saint-Aignan et de Dangeau lui apprennent comment il faut s'y prendre. 11 fit l'autre jour un madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin il dit au maréchal de Gramont : m Monsieur le « maréchal, lisez, je vous prie, ce petit madrigal, et voyez si vous en avez « vu un si impertinent; parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on « nren apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien toutes choses ; il est vrai que voilà <c le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais vu. » — Le roi se « mit à rire et lui dit: « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est un fat. — « Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh ! bien, dit le « roi, je suis charmé que vous m'en ayez parlé si bonnement; c'est moi qui « J'ai fait. — Ah! sire, quelle trahison! que Votre Majesté mêle rende; je « l'ai lu brusquement. — Non, monsieur le maréchal, les premiers sentiments « sont toujours les plus naturels. » Le roi a beaucoup ri de cette folie; et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le roi en fit là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître la vérité. » (M11"1 de Sévicné, lettre à M. de Pomponne. ier décembre 166+.)

La LECTURE FAIT A L'ESPRIT CE QUE VOS PERDRIX FONT A

mes joues. — Gabriel, duc de Mortemart (1600- 1675), Pre" mier gentilhomme de la chambre et gouverneur de Paris, eut quatre enfants dont deux, M"'" de Montespan (1641-1707) et le duc de Vivonne ^1636-1688), occupèrent, à des titres différents, une très grande place à la cour de Versailles.

Particulièrement bien placé dans les bonnes grâces de Louis XIV, le frère de M""' de Montespan fit une belle et rapide carrière. Il était général des galères à l'âge de trentetrois ans, et six ans après, il devenait maréchal de France (1675). Le duc de Vivonne ne manquait ni de courage ni de résolution, et ce n*est pas à la seule faveur qu'il dut son élévation. Cependant, ses saillies sont connues autant que ses exploits; ce sont elles et son goût pour les lettres qui ont le plus contribué à sa réputation.

Au passage du Rhin, où il se distingua, il montait un cheval blanc qui passa des premiers et qui faillit le renverser; quoiqu'il fût atteint au même instant d'un coup de feu à l'épaule, il apostropha ainsi son cheval : « Tout beau, Jean le Blanc, voudrais-tu faire mourir en eau douce un général des galères ) »

Louis XIV, fier des merveilles qu'il avait exécutées à Versailles, dit un jour à Vivonne, en se promenant avec lui dans le parc : « Vous souvient-il qu'il y avait là un moulin? » Le duc répondit : « Oui, sire, le moulin n'y est plus; mais le vent y est encore. »

Une autre fois, le roi, majestueusement ignorant1 et très

1. La belle-sœur de Louis XIV, Charlotie-Elisabeth de Bavière (princesse palatine), écrivait en octobre 1716: « Il n'est pas étonnant que le feu roi et Monsieur aient été élevés dans l'ignorance. Le cardinal Mazarin vouloit régner; s'il avoit l'ait instruire les deux princes, on ne l'auroit plus ni estimé ni employé ; voilà ce qu'il vouloit prévenir : il avoit l'espoir de vivre plus longtemps qu'il n'a fait. La reine mère trouvoit bon tout ce que le cardinal faisoit ; il lui convenoit aussi qu'on ait besoin de ce prélat. C'est un miracle que le roi ait pu devenir ce qu'il a été.» — Quand Voltaire dit à Frédéric II qu'il écrivait mieux que Louis XIV, lequel ne sav.iit pas l'orthographe, Frédéric lui répondit: « Louis XIV était un prince grand par une infinité d'endroits; un solécisme, une faute d'orthographe, ne pouvait ternir en rien l'éclat de sa réputation, établie par tant d'actions qui l'ont immortalisé. »

2so PETITES IGNORANCES

dédaigneux des livres, lui demanda à quoi servait la lecture. Vivonne, qui avait un embonpoint florissant et de belles couleurs, lui répondit : La lecture fait à l'esprit ce que vos perdrix font à mes joues.

Sa grosseur était souvent un sujet de plaisanterie. En arrivant d'un voyage, il dit à sa sœur, Mme de Thianges, dont la taille était opulente : <r Embrassons-nous, si nous pouvons. » Louis XIV lui ayant reproché, devant le duc d'Aumont, qui était très gros aussi, de ne pas faire assez d'exercice, Vivonne lui dit en riant : « C'est une médisance, sire, il n'y a pas de jour que je ne fasse au moins trois fois le tour de mon cousin d'Aumont. »

Les sœurs du duc de Vivonne, M,ne de Montespan 1, la marquise de Thianges et l'abbesse de Fontevrault, avaient aussi, dans la conversation, cette vivacité, cette finesse, ce tour léger qu'on a appelés l'esprit des Mortemart. Cependant Mme de Caylus, dans ses Souvenirs, a établi une distinction : a Mme de Montespan était femme savante; Mme de Thianges, femme glorieuse et entichée de sa noblesse ; Mme de Fontevrault, femme naturelle et sans prétention. » L'abbé Têtu disait des trois sœurs : « Mme de Montespan parle comme une personne qui lit; Mme de Thianges, comme une personne qui rêve ; Mme de Fontevrault, comme une personne qui parle. »

IS 'aurez -vous pas l'éternité entière pour vous reposer? — Arnauld (i 6 12-1694), à qui la postérité a conservé le surnom de grand que lui avaient décerné ses amis, fut le dernier d'une famille de vingt-deux enfants et celui en qui se concentra l'indomptable persistance de sa race. Sa longue existence fut une lutte perpétuelle dans laquelle il se dévoua avec héroïsme à la défense de ce qu'il croyait la vérité.

1. On cite de Mme de Montespan la réponse qu'elle fit à quelqu'un qui s'étonnait de la voir faire maigre en carême: De ce que j'ai fait une faute, ce n'est pas une raison de les commettre toutes. Elle fut imitée en cela par Louis XV qui, lui aussi, observait exactement les jours d'abstinence et de jeûne, sous prétexte qu'il ne faut pas commettre des péchés de tous les côtés.

Nicole (1625-1685), bien qu'il n'adoptât pas sans réserve toutes les opinions des jansénistes1, tint longtemps fidèle compagnie à son ami Arnauld; il le suivit même dans l'exil. Mais la fatigue le gagna, elle devint une souffrance, et, à bout de forces, il exprima naïvement le besoin de se reposer. L'infatigable Arnauld lui répondit : N'aurei-vous pas V éternité entière pour vous reposer? Nicole en nourrissait l'espoir dans une parfaite confiance; mais la nature n'avait pas fait de lui un lutteur; d'humeur pacifique et d'une extrême timidité, il n'était propre à se défendre que la j>lume à la main2. Il voulut se reposer et il se reposa.

Je donnerais pour l'avoir fait les succès de toute Ma vie. — Ces paroles ont été prononcées par Vauban (1633- 1707), à propos de ce canal des deux mers, qui fut pendant si longtemps l'âme et la vie de la province du Languedoc3. Et comme Vauban, le plus illustre ingénieur que la France eût encore produit, construisit trente- trois places neuves, répara trois cents places anciennes, conduisit cinquante-trois sièges et se trouva à cent quarante actions de vigueur, l'éloge, dans sa bouche, vaut quelque chose. Ajoutons qu'il emprunte une valeur de plus au caractère de l'homme, chez qui l'élévation des idées et la noblesse des sentiments étaient à la hauteur de l'intelligence.

1. Partageant de moins en moins les sentiments de Port-Royal, il perdit beaucoup de son crédit. Aussi disait-il, sur la fin de ses jours : « Depuis un temps, je suis un saint à qui l'on n'otîre pas beaucoup de chandelles. »

2. Nicole disait, parlant d'un homme qui s'exprimait avec assurance et facilité : « Il me bat dans la chambre, mais je ne suis pas plus tôt au bas de l'escalier que je l'ai confondu. » Nicole eût voulu qu'Arnauld passât seul pour l'auteur de la Perpétuité de la foi : Ce n'est pas la vérité qui persuade les hommes, lui disait-il, ce sont ceux qui la disent.

3. La pensée première de mettre en communication l'Océan et la Méditerranée remonte aux Romains et à Charlemagne. Elle fut étudiée ensuite sous François Ier, puis reprise sous Henri IV; mais les événements politiques ne permirent pas d'y donner suite. Elle fut réalisée par Colbert à l'instigation de Paul de Riquet (1604-1680), issu d'une famille llorentine, les Arrighetti ou Riquetti, dont une autre branche devait donner naissance à Mirabeau. Secondé par l'ingénieur militaire François Andréossy, qui lit les dessins, Riquet

On doit beaucoup à Vauban pour ce qu'il a fait; on lui aurait dû plus encore pour ce qu'il avait voulu faire. Incessamment préoccupé de servir son pays et « touché toute sa vie de la misère du peuple et de toutes les vexations qu'il souffrait », Vauban travailla pendant vingt ans à un projet de réforme complète de l'impôt. Il s'agissait d'appliquer un principe de justice dont la conquête était réservée à la Révolution. Tout sujet devait contribuer à tous les besoins de l'Etat en proportion de ses facultés . et non en proportion de ses besoins, et tout privilège qui exemptait de cette contribution était injuste. Tel était le programme du Projet d'une dîme royale, i Mais ce livre avoit un grand défaut, dit Saint-Simon dans ses Mémoires. Il donnoit à la vérité au roi plus qu'il ne droit par les voies jusqu'alors pratiquées; il sauvoit aussi les peuples de ruines et de vexations, et les enrichissoit en leur laissant tout ce qui n'entroit pas dans les coffres du roi à peu de chose près, mais il ruinoit une armée de financiers, de commis, d'employés de toute espèce; il les réduisoit à chercher à vivre à leurs dépens, et non plus à ceux du public, et il sapoit par les fondements ces fortunes immenses qu'on voie naître en si peu de temps. »

Vauban seul, absorbé par sa passion pour le bien, pouvait se faire quelque illusion sur l'accueil que son beau travail trouverait auprès de Louis XIV, circonvenu d'avance par ses cour-

consacra son temps, son génie et sa fortune à cette œuvre gigantesque ; c'est à lui que s'adressent les flatteuses paroles de celui que Saint-Simon appelle le grand patriote. Le canal du Midi, creusé à travers plus de six cents kilomètres de pays, fut commencé en 1666 et ouvert en 1681 ; il coûta dix-sept millions, dont les deux tiers furent fournis par la province; Colbert et Riquet firent le reste. Le nombre des ouvriers employés à cet immense travail pendant les quatorze années qu'il dura, s'est élevé jusqu'à onze mille. Malheureusement, Paul de Riquet ne put inaugurer le canal dont il était le créateur; il mourut, accablé de fatigues et de tourments, six mois avant l'achèvement. Boileau, peignant, dans sa première épître (1669) les bienfaits et les douceurs de la paix, n'oublia pas le canal du Midi, alors en cours d'exécution :

l'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées.

tisans et les intéressés. Son livre fut saisi et supprimé par arrêts du conseil (14 février et 19 mars 1707), et quelques jours après, le pauvre grand homme mourut (31 mars) sous le coup de cette injure faite à son génie et à son dévouement. Les immenses services rendus par Vauban furent instantanément oubliés. « Le roi, dit encore Saint-Simon, ne vit plus qu'un insensé pour l'amour du public, et qu'un criminel qui attentoit à l'autorité de ses ministres, par conséquent à la sienne... et le malheureux maréchal, porté dans tous les cœurs françois, ne put survivre aux bonnes grâces de son maître pour qui il avoit tout fait, et mourut peu de mois après, ne voyant plus personne, consumé de douleur et d'une affliction que rien ne put adoucir, et à laquelle le roi fut insensible, jusqu'à ne pas faire semblant de s'apercevoir qu'il eût perdu un serviteur utile et si illustre. »

Si j'avois fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet

Page 1