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O.V NE GAGNE PAS LES BATAILLES AVEC LES MAINS, MAIS

avec les pifds. — Ce principe, inspiré peut-être au maréchal

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de Saxe (1696- 1750) par sa prédilection pour les combats de cavalerie, est destiné à mettre la célérité des mouvements, les marches habiles et promptes au-dessus des combats.

Le maréchal avait beaucoup étudié l'art de la guerre; plus que personne à son époque, il avait qualité pour dicter des lois. Frédéric II, qui eut avec lui de fréquents entretiens, écrivait à Voltaire le 15 juillet 1749 : « J'ai vu ici (à Sans-Souci) le héros de la France, ce Saxon, ce Turenne du siècle de Louis XV ; je me suis instruit par ses discours, non pas dans la langue française1, mais dans l'art de la guerre. Ce maréchal pourraic être le professeur de tous les généraux de l'Europe. «

C'est lui, Maurice de Saxe, qui, peu enclin au mariage, ne se décida à épouser une jeune fille de seize ans que parce qu'elle s'appelait Victoire1. En avril 1745, au moment où, malgré l'état déplorable de sa santé, il se disposait à aller prendre le commandement de l'armée française dans les Pays-Bas, Voltaire lui représenta qu'il était bien malade. Le maréchal lui répondit :

1. Encore enfant, Maurice de Saxe écrivait à sa mère : «Ah! mon Dieu, que neje un bau cheval, la house et les pistoles que ma chère Cadau me fait espérer, afain d'aler au plus tôt lui montrer mon couraje et de la prier très humble mend de me conserver ses bonne grase. » Là s'arrêtèrent ses connaissances en langue française. Lorsqu'il fut le grand capitaine de son siècle, il y eut des flatteurs pour lui offrir d'être membre de l'Académie française ; il s'en égaya dans une lettre où on lit : « Ils veule me fere de la cadémie, cela miret comme une bage a un chas. »

A défaut d'orthographe, Maurice de Saxe avait une éloquence naturelle. Un jour qu'il avait fait, dans son camp, l'éloge de Chevert, un officier de haut parage dit : « Oui, mais c'est un officier de fortune. » Le maréchal, qui le savait, mais qui feignit de l'ignorer, répondit : « Vous me l'apprenez, monsieur; je n'avais pour lui que de l'estime, je vois que je lui dois du respect, et j'en aurai. »

Par sa taille athlétique et sa grande vigueur, il était né pour être tout jeune sur les champs de bataille plutôt que sur les bancs des écoles. Sa mère, la comtesse Aurore de Kcenigsriiarck, faisait ainsi son éloge: «Son regard est ferme, il porte haut la tête, il tient à l'honneur, il mange de la soupe et du pain ; tout le monde, eu un mot, le trouve charmant. »

2. On ne sait si, un siècle auparavant, une pareille rencontre eût décidé à se marier le maréchal de Gassion (1609-1^7), dont la destinée, disait-il à Gustave-Adolphe, était de mourir soldat et garçon. Il répondait, lorsqu'un lui parlait de mariage: A' ne fais pas asse^ de cas de la vie pour en faire part à quelqu'un.

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// ne s'agit pas de vivre, mais de partir. Après la paix d'Aixla-Chapelle (1748), il dit à Sahuguec d'Espagnac, qui devait être plus tard son historien : « Voilà la paix faite , nous allons tomber dans l'oubli : nous sommes comme les manteaux, on ne pense à nous que quand on voit venir la pluie. » Malgré son ardeur guerrière, il avait grand souci de la vie du soldat : « Il vaut mieux, disait-il, différer de quelques jours plutôt que de perdre un grenadier, qu'il faut vingt ans pour former. «

Maurice de Saxe mourut avec résignation; il dit à Sénac, son médecin : La vie n'est qu'un songe; le mien a été beau; mais il est court. Il avait cinquante-quatre ans. — A propos du fidèle Sénac, Collé raconte, dans son Journal historique, une jolie anecdote, a Au commencement de sa convalescence, le maréchal de Saxe menait partout avec lui son médecin Sénac; un jour qu'au siège d'une ville le maréchal voulut aller reconnaître quelques ouvrages, il fit avancer jusqu'à demi-portée de canon son carrosse, dans lequel était le bon médecin ; il en descend, monte à cheval, et dit à ce cher Esculape : « Attendez t moi là, docteur, je serai bientôt de retour. — Mais, monsei- « gneur, lui dit Sénac, et le canon... Je vois d'ici des canon- « niers qui vont prendre pour but votre carrosse, et moi qui serai ■ dedans ! — Vous n'avez qu'à lever les glaces » , lui dit militairement le maréchal, et il part. Sénac partit aussi, ou du moins descendit sur-le-champ de carrosse, et fut se mettre en sûreté à la queue de la tranchée, jusqu'à ce qu'il vit revenir son convalescent ; et il fit bien. »

Le maréchal de Saxe, en sa qualité de protestant, ne fut pas plus inhumé à Saint-Denis qu'il n'avait été décoré de l'ordre du Saint-Esprit. « Il est bien fâcheux, dit à ce propos la reine Marie Leczinska, qu'on ne puisse dire un De profundis pour un homme qui a fait chanter tant de Te Deum. »

Les versificateurs du temps ne lui épargnèrent pas les quatrains : il eut une inscription pour son portrait :

Rome eut dans Fabius un guerrier politique; Dans Annibal, Carthage eut un chef héroïque.

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La France, plus heureuse, a, dans ce fier Saxon, La tête du premier et le bras du second,

et une épitaphe pour sa tombe :

Il n'est plus, ce guerrier dont, au sein de la gloire, La mort respecta les travaux; Il eut pour maître la victoire, Et pour disciples ses rivaux.

Mais ce qui valut mieux que ces platitudes, pour perpétuer la gloire de l'intrépide soldat, c'est le magnifique monument que Louis XV lui fit élever, par le sculpteur Pigalle, dans le temple protestant de Saint-Thomas, à Strasbourg.

Il ne faut pas oublier cependant les vers que Voltaire a consacrés au maréchal dans l'épure (1743) que le marquis de Rochemore est supposé adresser de l'autre monde à son ancien ami Maurice de Saxe :

Enfin dans ces lieux tout m'apprend Que celui que je vis à table Gai, doux, facile, complaisant, Et des humains le plus aimable.

Devient aujourd'hui le plus grand.

J'allais vous faire un compliment; Mais parmi les choses étranges Qu'on dit à la cour de Pluton, On prétend que ce fier Saxon S'enfuit au seul bruit des louanges, Comme l'Anglais fuit à son nom.

Elles s'embrassent, elles se baisent, elles se disent adieu pour ke se revoir jamais. — Guillaume Bautru, comte de Serrant (1588-1665), était de ceux qui, au xvir siècle, n'exerçaient guère d'autre profession que celle de bel esprit. Elle lui valut des faveurs, d'un côté, des coups de bâton, de l'autre; car on sait que le xvn'' siècle fut l'âge d'or des coups de bâton. Il fut membre de l'Académie naissante, alors que Boisrobert faisait des académiciens avec ses amis et les favoris de Richelieu. On peupla l'Académie, à sa création, comme on

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peuple les villes nouvelles, avec tout ce qu'on trouva, sans choix, pour faire nombre.

Considérant un jour sur une cheminée, un groupe de deux figures s'embrassant et représentant la Justice et la Paix, Bautru dit à quelqu'un : Voye^-vous . elles s'embrassent^ elles se baisent, elles se disent adieu pour ne se revoir jamais.

C'est lui qui appelait le cabaret : « le lieu où Ton vend la folie en bouteilles * ; c'est lui aussi qui disait à propos des femmes qui se fardent pour se rajeunir : « Je n'aime point voir une femme qui a dix ans de plus que son visage. » — M. Lambert battait son cheval, et le cheval regimbait; Bautru luti dit : « Montrez-vous le plus sage. » — L'abbé de Rivière, parti dans l'espoir de se faire nommer cardinal, ne rapporta de Rome qu'un gros rhume : « C'est, dit Bautru, parce qu'il est revenu sans chapeau. » — En Espagne, il alla visiter la fameuse bibliothèque de l'Escurial et s'aperçut 'que le bibliothécaire était un ignorant. Il dit au roi, qui l'interrogeait sur ce qu'il avait remarqué : « Votre Majesté devrait donner à celui qui garde cette riche bibliothèque l'administration de ses finances. — Et pourquoi? — Parce qu'il ne touche point au dépôt qui lui est confié. » Ayant dit à un poète que son ouvrage était trop long, celui-ci lui demanda ce qu'il devait faire : « Retrancher la moitié, lui dit Bautru, et supprimer l'autre. « — Quelqu'un l'ayant félicité de ce qu'il avait ôté son chapeau en passant devant un crucifix : « Nous nous saluons, dit-il, mais nous ne nous parlons pas. »

Voilà quelques échantillons de ce qu'on appelle l'esprit de Bautru1. Il mêla aussi des bons mots à ses mésaventures. Le duc d'Epernon lui fit administrer une volée de coups de bâton pour certains propos qu'il s'était permis contre lui ; les exécuteurs de cette correction y allant trop rudement, Bautru leur cria : « Hé, messieurs, la vie ! la vie ! « Trois mois après, un de cq^ gens de main rencontra Bautru et lui dit pour le nar-

I. Les autres diseurs de bons mots du temps de Louis XIII étaient le prince de Guémenée, Engevin, k comt^ de Lude et le marquis de Jarzet.

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guer : « La vie ! la vie ! » Bautru, au lieu de se fâcher : « Vraiment, voilà un bon écho, dit-il, qui répond longtemps après. » Pour se venger, Bautru publia un livre dont toutes les pages étaient blanches, et qu'il intitula : Les hauts faits duducd'Epernon.

Le rôle que jouèrent les coups de bâton dans la vie de Bautru fit dire au prince de Guémenée, qui le voyait un bâton à la main : « Bautru porte son bâton comme saint Laurent son gril : c'est l'instrument de son martyre. »

Comme à tous ceux qui s'habituent à se moquer des autres, il arriva aussi à Bautru de rencontrer quelqu'un pour lui river son clou, i Une fois, raconte Tallemant des Réaux dans ses Historiettes, qu'il y avoit icy des députés du Mirebalais (en Poitou) qui vouloient parler au cardinal de Richelieu, Bautru, qui cherchoit à le divertir, demanda à celuy qui portoit la parole : « Monsieur, sans vous interrompre, combien valoient les i asnes en vostre pays quand vous partistes? » Ce député luy respondit : « Ceux de vostre taille et de vostre poil valoient « dix écus. » Bautru demeura desferré des quatre piez. «

Bautru ayant la réputation de dire rarement la vérité, Marigni disait de lui qu'il était né d'une fausse couche, qu'il avait été baptisé avec du faux sel, qu'il ne logeait jamais que dans des faubourgs, qu'il passait toujours par de fausses portes, qu'il cherchait toujours des faux fuyants, et qu'il ne chantaic jamais qu'en faux bourdon.

Un homme, que Bautru avait sauvé de la corde, lui fit un remerciement qui dut être de son goût . « Je vous remercie, monsieur. Ce n'est pas que le monde ne soit composé de gens qui sont pendus et de gens qui ne le sont pas. »

NOUS NE SERIO.VS l'AS GRANDS SANS LES PETITS; NOUS NE DE- VONS l'être c^ue pour eux. — Marie Leczinska (1703-1768), qu'une fortune inespérée porta sur le trône de France (1^251. fut, pendant les premières années de son mariage, aussi heureuse qu'aurait pu l'être une simple bourgeoise mariée à un jeune homme tendre, timide et très amoureux. Mais la reine

de France avait sept ans de plus que son royal époux, et cet époux s'appelait Louis XV. Quelques maladresses de la reine et une dévotion un peu excessive suffirent pour éloigner le roi : le règne des favorites commença, et le temps fut passé pour toujours où Louis XV demandait, lorsqu'on lui parlait de la beauté d'une femme : « Est-elle plus belle que la reine? »

Le supplice de Marie Leczinska dura plus de trente ans. Rarement elle fit entendre une plainte : pleine de douceur et de bonté, elle reporta son affection sur les malheureux et sur la petite société qu'elle appelait « ses honnêtes gens ». C'est dans cette société, dont faisaient partie le duc et le cardinal de Luynes, le président Hénault, et Moncrif, le dispensateur de ses aumônes, qu'elle exprimait ses sentiments en liberté, et que cette généreuse parole a été recueillie : Nous ne serions pas grands sans les petits } nous ne devons l'être que pour eux.

Plusieurs de ses autres observations sont empreintes du même caractère1 :

« Tirer vanité de son rang, c'est avertir qu'on est audessous.

i. A la générosité de ses sentiments, Marie Leczinska joignait beaucoup de finesse ; Mme Campan, dans ses Mémoires, en a donné cet exemple : « Le comte de Tessé était premier écuyer de la reine. Elle estimait ses vertus, mais s'amusait quelquefois de la simplicité de son esprit. Un jour qu'il avait été question des hauts faits militaires qui prouvaient la noblesse française, la reine dit au comte: « Et vous, monsieur de Tessé, toute votre maison s'est aussi bien distinguée dans la carrière des armes ? — Oh ! madame, nous avons tous été tués au service de nos maîtres. — Que je suis heureuse, reprit la reine, que vous soyez resté pour me le dire ! »

Le cardinal Fleury lui ayant dit : « Le travail m'accable, j'en perdrai la tête )), elle lui répondit en riant : « Gardez-vous-en bien : je doute que celui qui trouverait un si bon meuble voulût s'en dessaisir. »

Un jour qu'une de ses dames écrivait au président Hénault, elle prit la plume et mit au bas de la lettre : « Devinez quelle est la main qui vous souhaite ce petit bonjour? »

Le président répondit :

Ces mots tracés par une m in divine Ne m'ont causé que trouble et qu'embarras : C'est trop oser si mon coeur les devin;, C'est être ingrat que ne deviner pas.

a Le contentement voyage rarement avec la fortune, mais il suit la vertu jusque dans le malheur.

• Les bons rois sont esclaves et leurs peuples sont libres.

« Il vaut mieux écouter ceux qui vous crient de loin : Soulagez notre misère, que ceux qui nous disent à l'oreille : Augmentez votre fortune. »

La pauvre reine eut la douleur de voir mourir son père et six de ses enfants. Aussi lorsque, triste et résignée, elle fut à son tour sur le point de s'éteindre, elle dit aux médecins qui cherchaient un remède à ses maux : « Rendez-moi mon père et mes enfants, et vous me guérirez. »

Coin de la reine. — Coin du roi. — C'est de l'arrivée des bouffons italiens à Paris, en 1752, que datent les factions théâtrales qui se sont appelées le Coin de la Reine et le Coin du Roi. « Les Bouffons firent à la musique italienne des sectateurs très ardents. Tout Paris se divisa en deux partis plus échauffés que s'il se fût agi d'une alfaire d'Etat ou de religion. L'un, plus puissant, plus nombreux, composé des grands, des riches et des femmes, soutenait la musique française; l'autre, plus vif, plus fier, plus enthousiaste, était composé des vrais connaisseurs, des gens à talent, des hommes de génie. Son petit peloton se rassemblait à l'Opéra, sous la loge de la reine. L'autre parti remplissait tout le reste du parterre et de la salle; mais son foyer principal était sous la loge du roi. Voilà d'où vinrent ces noms de partis célèbres dans ce temps-là, de coin du roi et de coin de la reine. La dispute, en s' animant, produisit des brochures (il y en eut plus de soixante). Le coin du roi voulut plaisanter : il fut moqué par le Petit Prophète; il voulut se mêler de raisonner : il fut écrasé par la Lettre sur la m it sic] ue française l . 1

Ces deux écrits, l'un de Grimm2, l'autre de Rousseau, ajou-

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