Siècle de Louis XV. chapitre xxxm
HISTORIQUES ET LITTERAIRES. 3 + i
d'Auvergne. « Quand l'édition esc finie, écrit-il, le 12 novembre, au duc de Choiseul, quelques officiers m'apprennent des
choses étonnantes, dignes de l'ancienne Rome On me prend
pour le greffier de la gloire; on me fournit de beaux traits, mais trop tard. »
D'après le récit du comte de Rochambeau, qu'on peut croire bien informé aussi, puisqu'il commandait le régiment d'Auvergne, où servait d'Assas, les choses se sont passées un peu autrement que ne le rapporte Voltaire : « Le feu écait engagé; il faisait nuit; d'Assas, capitaine de chasseurs, écait placé touc à l'excrémité de la ligne française. Un officier lui crie qu'il se trompe, qu'il tire sur ses propres camarades. Il sort du rang, tombe au milieu des Anglais, s'écrie : Tire\. chasseurs } ce sont les ennemis! ec meure criblé de coups de baïonnette. »
D'Assas n'était pas marié; et c'est seulement huit ans après sa mort, quand Voltaire en eut écrit le récit, qu'on fit à sa famille une rence annuelle de mille livres, qui, supprimée pendant la Révolution, fut rétablie vers 18 10.
Dans le recueil anecdotique de Lombard de Langres et dans les mémoires inédits de Grimm1, on lit que le mot : A nous. Auvergne, cest l'ennemi! appartient au sergent Dubois, ■ qui accompagnait d'Assas. S'il en est ainsi, c'est ce mot qui, ayant donné l'éveil au chevalier, lui aura faic crier à son tour : Tire\} chasseurs, ce sont les ennemis. Tous deux sont morts en se sacrifiant, et si une rectification est nécessaire, ce n'est pas
1. « J'étais au camp de Reimberg, dit Griinm, le jour du combat si connu par le dévouement d'un militaire français. Le mot sublime: .4 moi, Auvergne, voilà l'ennemi! appartient au valeureux Dubois, sergent de ce régiment; mais par une erreur presque inévitable dans un jour de combat, ce mot fut atiribué à un jeune officier nommé d'Assas. M. de Castries le crut comme tant d'autres ; mais quand, après ce combat, il eut forcé le prince héréditaire à repasser 1j Rhin et a lever le siège de Wesel, des renncuts positifs apprirent que le chevalier d'Assas n'était pas entré seul dans le bois, mais accompagné de Dubois, sergent de sa compagnie. Ce fut celui-ci qui cria: .1 nous, Auvergne, c'est l'ennemi! Le chevalier fut blessé en même temps, mais il n'expira pas sur le coup, comme Dubois; et une foule de témoins affirmèrent a M. Jj Castries que cet officier avait souvent répété àceux qui les transportaient au camp: n Enfants, ce n'est pas moi qui ai crie, c'est Dubois. »
3é2 PETITES IGNORANCES
pour ôter quelque chose à la gloire du chevalier d'Assas, non plus que pour savoir s'il fut tué par ses propres soldats, dans cette nuit profonde, c'est pour faire au sergent Dubois une place d'honneur à côté de son capitaine.
Il compilait, compilait, compilait. — L'abbé Trublet (1697-1770) était quelque chose de plus qu'un compilateur : il avait de l'esprit, sa conversation était agréable, et il s'était concilié, par sa modestie et sa bonté, l'affection de ceux qui le connaissaient bien. Ajoutons qu'au rebours de beaucoup d'abbés de son temps, il honorait le caractère dont il était revêtu. Mais. eh littérature, il partageait les idées de Fontenelle et de La Motte, qui décriaient les vers au bénéfice de la prose1, et il lui arriva de dire, en parlant de la Henriade. ce que Boileau avait dit de la Pucelle de Chapelain :
Et je ne sais pourquoi je bâille en le lisant.
Voltaire, qui avait la riposte aussi mordante que facile, rendit à l'abbé la monnaie de sa pièce en lui décochant quelques vers dans la satire du Pauvre diable (1760) :
L'abbé Trublet alors avait la rage D'être à Paris un petit personnage :
Au peu d'esprit que le bonhomme avait L'esprit d'autrui par supplément servait ; Il entassait adage sur adage ; // compilait, compilait, compilait; On le voyait sans cesse écrire, écrire Ce qu'il avait jadis entendu dire, Et nous lassait sans jamais se lasser.
Pour justifier cette critique, Voltaire écrivit dans ses notes : « L'abbé Trublet, auteur de quatre tomes à' Essais de littérature. Ce sont de ces livres inutiles ou l'on ramasse de préten-
1. « La plus grande louange, disait-il, qu'on put donner à des vers, ce serait peut-être de dire qu'ils valent de la prose ; mais je n'en connais point de tels. »
dus bons mots qu'on a entendu dire autrefois, des sentences rebattues, des pensées d'autrui délayées dans de longues phrases. » Ce jugement était plus que sévère; il fut atténué par d'Alembert. « Son livre, de bon qu'il est, pourrait devenir excellent sans y rien ajouter, et en se bornant à n'y faire que des ratures. »
Montesquieu, qui aimait l'abbé Trublet, avait dit avec plus de bienveillance encore : « C'est le premier livre de second ordre. »
Trublet frappa pendant vingt-cinq ans à la porte de l'Académie; on plaisantait de cette persévérance. A ceux qui disaient que c'était la maladie du pauvre abbé, qu'il y pensait nuit et jour, Duclos répondait : « L'Académie n'est pas faite pour les incurables. «
L'abbé, lui aussi, savait à l'occasion manier le sarcasme; il tomba même très juste le jour où il dit à propos de la douceur apparente de M""' de Tencin, qu'il savait capable de tout : « Oui, si elle eût eu intérêt de vous empoisonner, elle eût choisi le poison le plus doux. »
Ce qui contribua surtout à ruiner l'abbé Trublet dans l'esprit de ses contemporains, c'est la façon dont le jugea Mme Geofîrin, qui ne voulait voir en lui qu'une bête frottée d'esprit. Les hommes, d'après la théorie de M""' Geofîrin. étaient un composé de plusieurs petits pots : le petit pot d'esprit, le petit pot d'imagination, le petit pot de raison, et la grande marmite de pure bêtise. Or le destin, voulant faire un abbé Trublet, ne puisa d'abord que dans la grande marmite; ensuite, craignant d'avoir trop pris de ce qu'elle contenait, il ouvrit le petit pot d'esprit, qui bout toujours et qui jette, par conséquent, de l'écume. Le destin, croyant puiser dans ce pot, n'en attrapa que l'écume, et en barbouilla le fond de pure bêtise de l'abbé Trublet.
Ecrasez l'infâme. — Le 20 avril 1761, Voltaire écris ait à d'Alembert : « J'ai souffert quarante ans les outrages des bigots et des polissons. J'ai vu qu'il n'y avait rien à gagner à
être modéré, et que c'est une duperie. Il faut faire la guerre et mourir noblement
Sur un tas de bigots immolés à mes pieds.
« Riez et aimez-moi, confondez Yinf... le plus que vous pourrez. »
A partir de ce moment, la plupart des lettres de Voltaire à d'Alembert se terminèrent pendant cinq années consécutives par les mots : Ecrase^ l'infâme.
D'Alembert ne fut pas seul à échanger avec Voltaire la promesse dC écraser l'infâme : Frédéric II, Helvétius, Diderot, Marmontel, d'Argental , d'Argens, M. Damilaville et M",e d'Epinay furent aussi de la partie. Cela dura de 1756 à 1768, et cela ne prit fin, sans doute, que parce qu'on ne peut guère répéter la même chose pendant plus de dix ans. Frédéric II avait dit au début : « Vous caressez encore l'ïnf... d'une main et l'égratignez de l'autre » (18 mai 1759); et Voltaire pour en finir écrivait à M. Damilaville, le 8 février 1768 : « Je me jette entre les bras de Dieu, et je mourrai également opposé à l'impiété et au fanatisme. 11
Dans la pensée de Voltaire et des autres encyclopédistes, le fantôme hideux, le monstre qu'il s'agissait de confondre, de renverser, d'écraser, était représenté par l'adjectif infâme } et cet adjectif qualifiait un substantif féminin, comme on le voit dans les passages suivants :
« Ecraseï l'inf...} me répétez-vous sans cesse : Eh, mon Dieu! laissez-/a se précipiter elle-même.', elle y court plus vite que vous ne pensez. » (d'Alembert à Voltaire, 4 mai 1762.)
« Votre ami le roi de Prusse, à qui j'ai été obligé d'écrire, m'a félicité d'être toujours occupé à écraser Vinf... Hélas ! je ne l'écrase pas, mais vous la percez de cent petits traits dont elle ne se relèvera jamais chez les honnêtes gens. » (Voltaire à d'Alembert, 26 janvier 1765.)
Or ce substantif féminin, quel était-il? Était-ce la religion
en général, ou, comme on l'a prétendu1, la religion catholique tout entière, ou seulement la fausse religion? A ne consulter que Voltaire lui-même, son cri de guerre visait la superstition beaucoup plus que la religion : « Rendez quelque service au genre humain, écrase\ le fanatisme } sans pourtant risquer de tomber, comme Samson, sous les ruines du temple qu'il démolie; faites sentir à notre siècle toute sa petitesse et tout son ridicule; renversez ses idoles. » (7 mai 1761.) Et ailleurs : « Soyons toujours tendrement unis dans la communion des gens de bien; lisons bien la sainte Ecriture, et écr. l'inf... » (15 décembre 1763 2.)
Voltaire a surtout attaqué les interprètes de la religion et leur fanatisme. Il se montra toujours convaincu de l'existence d'un Etre suprême; il fut déiste, il ne fut pas athée. Malade ou en santé, gai ou sérieux, avec des chrétiens, des athées ou des indifférents, il a toujours professé le même respect pour la religion naturelle. On rencontre plus d'une fois dans sa correspondance les mots : « Adorez Dieu et soyez juste. » Aussi, un jour qu'on parlait à Diderot des propos de Voltaire en faveur de la Divinité, Diderot répondit avec sarcasme : 1 Ne me parlez pas de ce bigot-là. »
Voltaire resta dans l'incertitude sur la spiritualité et même sur la permanence de l'âme après le corps; mais comme il croyait cette dernière opinion utile, il a toujours insisté sur les preuves beaucoup plus que sur les objections. Voltaire, au surplus, n'était pas métaphysicien; il faut s'en tenir avec lui en
1. « On a pu entendre, il est vrai, au dernier siècle, un écrivain qui avait pris pour devise en désignant Jésus-Christ: Ecrase; V infâme ! Mais cette parole n'a pu franchir le siècle qui l'avait prononcée; elle s'est arrêtée, tremblante, aux frontières du notre, et, depuis, aucune bouche humaine, même parmi celles qui ne sont pas i .péter cette parole d'une guerre impie. Elle est demeurée sur la tombe de celui qui l'avait dite le premier, et elle y attend, après le jugement d'une postérité qui est déjà venue, le jugement plus sévère encore de la postérité à venir. » (Lacordaire.)
2. Il disait plaisamment à l'abbé Delille, en lui montrant le P. Adam: « Voilà le P. Adam, il a été jésuite, vous le voyez rire à toutes mes facéties sur l'infâme; eh bien, je soupçonne le coquin d'être chrétien, c'est un hypocrite. »
madère de foi aux élans que l'on trouve dans quelques-unes de ses tragédies, à la prière qu'il adresse à Dieu dans son poème de la loi naturelle (1751) :
O Dieu qu'on méconnaît, ô Dieu que tout annonce, Entends les derniers mots que ma bouche prononce : Si je me suis trompé, c'est en cherchant ta loi. Mon cœur peut s'égarer, mais il est plein de toi,
et enfin à la déclaration qu'il fit le 28 février 1778, alors qu'il put croire que sa dernière heure était venue : Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis et en détestant la superstition.
Les Cacouacs. — Au nombre des tracasseries petites et grandes qu'on a suscitées aux encyclopédistes, il faut placer le sobriquet injurieux de Cacouac^ qui, sous l'apparence d'une plaisanterie, assimilait à des factieux, à des perturbateurs de la chose publique tous ceux qu'il atteignait : « Interrogé par MUe Volland sur la signification de ce mot, Diderot lui répondit (17 septembre 1761) : « Les Cacouacs? C'est ainsi qu'on appelait, l'hiver passé, tous ceux qui appréciaient les principes de la morale au taux de la raison, qui remarquaient les sottises du gouvernement et qui s'en expliquaient librement, et qui traînaient Briochet le père, le fils et l'abbé dans la boue. Il ne vous manque plus que de me demander ce que c'est que Briochet. C'est le premier joueur de marionnettes qui ait existé dans le monde. Tout cela bien compris, vous comprendrez encore que je suis Cacouac en diable, que vous l'êtes un peu, et votre sœur aussi, et qu'il n'y a guère de bon esprit et d'honnête homme qui ne soit plus ou moins de la clique. »
Dans un Premier Mémoire sur les Cacouacs. on avait insinué que le mot cacouac signifiait méchant; dans un autre, intitulé Nouveau Mémoire pour servir à l'histoire des Cacouacs. et publié, en 1757, par l'historiographe J.-N. Moreau, inventeur du sobriquet, Montesquieu, Voltaire, BufFon, Diderot, d'Alembert et quelques autres étaient peints comme professant des principes pernicieux pour la société et la tranquillité publique ;
enfin, l'année suivante, l'abbé Giry de Saint-Cyr, membre de l'Académie française, fit paraître une plaisanterie intitulée : Catéchisme et décisions des cas de conscience à l usage des Cacouacs ^ avec un discours du patriarche des Cacouacs pour la réception d'un nouveau disciple. A Cacopolis.
Ce nom de dérision, appliqué aux encyclopédistes par leurs adversaires, devait l'être naturellement à tous les philosophes du xvme siècle. Ils l'employaient même souvent entre eux, et l'on peut juger, en lisant leur correspondance, qu'ils en avaient pris gaiement leur parti. Dans une lettre du 15 février 1758, d'Alembert parle à Voltaire d'un vieux cacouac de ses amis ; et Voltaire, à son tour, lui écrit le 25 mars suivant : « Tous les cacouacs devraient composer une meute; mais ils se séparent et le loup les mange. » Ce sobriquet était si bien passé dans les usages, qu'on le retrouve encore quinze ans plus tard sous la plume de Voltaire : « N'est-ce pas vous, mon illustre Bertrand, qui m'avez adressé M. Delisle, capitaine de dragons ? En ce cas, il faut que je vous remercie ; car il a bien de l'esprit, bien du goût, et il est de plus un des meilleurs cacouacs que nous ayons. » (Lettre à d'Alembert, 15 décembre 1773.)
Paix hovteuse. — La guerre de Sept ans (août 1756 à février 1763), que la France unie à l'Autriche eut à soutenir contre la Prusse et l'Angleterre, fut marquée par une série de défaites dont la plus désastreuse fut celle de Rosbach : Frédéric II, avec 22000 hommes, dispersa les 60000 qui composaient l'armée de Soubise, et fit 7 000 prisonniers. Les revers ne furent pas moindres sur mer, en Amérique et aux Indes. La France n'eut que deux succès : la prise de Port-Mahon, capitale de l'ile de M inorque (1756), et le combat de Clostercamp (1760), et ces deux avantages furent pour elle sans résultat. Cette malheureuse guerre, entreprise sur terre et sur mer, avec des chefs sans expérience et sans consistance, comme Soubise et M. de Conflans, étaic l'œuvre de Mme de Pompadour, à qui alors la France obéissait.
jj8 PETITES IGNORANCES
La guerre de Sept ans, qui mie aux prises cous les grands Etats de l'Europe, et qui coûta près d'un million d'hommes, dont deux cent mille à la France, se termina par un traité, signé à Paris le 10 février 1763, par lequel la France perdit définitivement toutes les colonies que l'Angleterre lui avait enlevées : l'Acadie, le Canada, le cap Breton, le golfe et le fleuve Saine-Laurent, la Grenade, Saint-Vincent, la Dominique, Tabago, les comptoirs du Sénégal ; le Mississipi devint la frontière des possessions anglaises. En Europe, Louis XV rendit les villes qu'il possédait encore en Allemagne, restitua Minorque à l'Angleterre, et subit enfin à nouveau l'injurieuse condition de raser les fortifications de Dunkerque, et de ne pouvoir exécuter aucun travail dans le port sans l'autorisation d'un commissaire anglais.
Depuis la paix de Brétigny (8 mai 1360), aucune n'avait été plus désastreuse ni plus humiliante pour la France; aussi est-elle restée flétrie dans l'histoire sous le nom de Paix honteuse.
L'année où fut signé le traité de Paris, ainsi que celui d'Hubertsbourg (15 février 1763). par lequel Marie-Thérèse renonçait à la Silésie, le parlement de Rouen disait au roi, en lui adressanc des remontrances au sujet des impôts : Les maux sont à leur comble et présagent V avenir le plus effrayant.
Et VOILA JUSTEMENT COMME ON ÉCRIT i/HISTOIRE. En
1767, Voltaire écrivit pour le théâtre de Ferney « une pièce dramatique » intitulée : Chariot ou la comtesse de Givry.
Henri IV doit honorer de sa présence le châceau de la comtesse, et, au premier acte, on s'occupe des préparatifs pour le recevoir. Tout à coup on entend les cris : Voilà le roi! c'est lui! On s'inquiète, on s'agite, on ne l'attendait que le soir; mais bientôt on apprend que l'alerte est fausse, et l'intendant vient expliquer les causes de la méprise :
Ils se sont tous trompés selon leur ordinaire. Madame, un postillon que j'avais fait partir
Pour s'informer au juste et pour vous avertir, Vous ramenait en hâte une troupe altérée. Moitié' déguenillée, et moitié surdorée, D'excellens pâtissiers, d'acteurs italiens, El des danseurs de corde et des musiciens, Des rlùtes, des hautbois, des cors et des trompettes, Des feseurs d'acrostiche et des marionnettes. Tout le monde a crié le roi sur les chemins : On le crie au village et chez tous les voisins; Dans votre basse-cour on s:obstine à le croire: Et voilà justement comme on écrit l'histoire.
A la façon dont arrive ce dernier vers, le plus cité peut-être de tous les vers de Voltaire1, on le croirait placé là d'une manière ironique, comme une citation ou une réminiscence; on se demande si Voltaire, en récrivant, ne pensait pas à quelque histoire réelle.
La pièce de Chariot est très faible; les vers généralement sont médiocres ; quelques-uns, cependant, qui se présentent sous forme de locutions ou de maximes, méritent d'être notés.
Quand on porte lunette, on rit peu, mes enfans.
(Act. I, se. 1.)
A l'éducation tout tempérament cède.
(Act. I, se. 1.)
Les vices de l'esprit peuvent se corriger; Quand le cœur est mauvais, rien ne peut le changer.
(Act. I, se. 1.)
Un esprit cultivé ne nuit point au courage.
(Act. I, se. v.)
Dites-le donc du cœur, ainsi que de la bouche.
(Act. I, se. M.
On est gai le matin, on est pendu le soir.
(Act. II, se. vu.)
1. De mêm ne de prose, non moins célèbre que ce vers, se trouve
enfouie dans un coin à peu près ignoré des œuvres de Voltaire : On doit des égards aux vivans ; on ne doit aux morts que la vérité. Cela est dit à propos de Chaulieu, dans une note Je la première des lettres sur Œdipe, à M. de Gcnonvillc (1719). ,
3So PETITES IGNORANCES
Ne vaut-il pas bien mieux Tuer quatre marquis qu'être tué par eux?
(Act. III, se. i.)
Quand tu voudras parler, ne dis mot pour bien faire.
(Act. III, se. n.)
Ces vers sont généralement inconnus ; il n'y a pas lieu d'en être surpris puisqu'ils sont dispersés dans une comédie médiocre et tout à fait oubliée. D'autres, cependant, qui sont devenus populaires, se trouvent dans des pièces oubliées aussi depuis longtemps. Tels sont :
, .4 tous les cœurs bien nés que la patrie est chère,
première parole de Tancrede au commencement du troisième acte de la tragédie de ce nom ; et :
Les mortels sont égaux : ce n'est point la naissance, C'est la seule vertu qui fait leur différence*,
ainsi que :
Et qui sert son pays n'a pas besoin d'aïeux,
vers que disait coup sur coup Alcméon dans la scène irr de l'acte II d'Eriphyle. Il est vrai que Voltaire, ayant retiré du théâtre la tragédie cXEnphyle, où l'ombre d' Amphiaraùs avait produit un fâcheux effet, eut la prudence, pour ne pas entraîner ces trois vers dans le naufrage entier, de les transporter, les deux premiers dans Mahomet, en les enchâssant dans une tirade d'Omar (acte Ier, se. iv) :
Ne sais-tu pas encore, homme faible et superbe, Que l'insecte insensible enseveli sous l'herbe, Et l'aigle impérieux qui plane au haut du ciel, Rentrent dans le néant aux veux de l'Eternel ?
i. Mise en vers de la maxime orientale : Tous les hommes sont égaux; la vertu seule, et non la fortune, doit mettre de la différence entre eux.
HISTORIQUES ET LITTERAIRES. 3 s i
Les mortels sont égaux : ce n'est point la naissance,
C'est la seule vertu qui fait leur différence.
11 est de ces esprits, favorisés des deux,
Qui sont tout par eux-même, et rien par leurs aïeux;
ec le dernier dans Alérope. en lui faisant subir une légère modification. Polyphonie dit à Mérope (acte Ier, se. IIl) :
Un soldat tel que moi peut justement prétendre A gouverner l'Etat quand il l'a su défendre. Le premier qui fut roi fut un soldat heureux; Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux.
C'est un homme qui passe sa vie a peser des oeufs de
MOUCHE DANS DES EALANCES DE TOILE d' ARAIGNÉE. Pour
peindre le genre d'esprit et de talent de Marivaux (1688-1763), toutes sortes de choses ont été dites par ses contemporains, t C'est un homme qui se fatigue et me fatigue, a dit une femme bel esprit, en me faisant faire cent lieues sur une feuille de parquet. » Suivant l'abbé Desfontaines, il brodait à petits points sur un canevas de toile d'araignée; suivant La Harpe1, il avait la malheureuse facilité de noyer dans un long verbiage ce qu'on pouvait dire en deux lignes 5 suivant Grimm2, son genre minutieux ne manquait ni d'esprit ni parfois de vérité, mais le goût était mauvais et souvent faux; suivant d'autres, il connaissait les sentiers du cœur, il en ignorait la grande route. On parla de futilités, de caquetage, de raffinements, de genre maniéré, de jargon tout à la fois précieux et familier, et en fin de compte le mot marivaudage* fut créé à propos de celui qui,