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Correspondance littéraire, novembre 1 7^'S

2. « La place vacante à l'Académie par la mort de ce prélat (l'archevêque de Sens) vient d'être remplie par M. de Buffon, intendant du jardin du roi, auteur de Y Histoire naturelle, homme dont l'acquisition ne peut que faire

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pressé d'aller trouver le roi, ec lui avait sans doute persuadé que l'auteur de la trop fameuse Ode ne pouvait pas s'asseoir à l'Académie dans le fauteuil d'un archevêque.

Ces déconvenues académiques permirent à Piron de continuer ses plaisanteries, ce qu'il fit tout aussitôt en disant : Ils sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre, et en racontant quel eût été son discours de réception. Il aurait dit, en ôtant son chapeau : Messieurs, grand merci : et le président lui aurait répondu, sans ôter le sien : Monsieur, il ri y a pas de quoi.

Il ajoutait sous forme d'argument sérieux : « Il m'eût été bien difficile de faire penser trente-neuf personnes comme moi; et j'eusse pu encore moins penser comme trente-neuf personnes. »

Son dernier trait contre l'Académie est le distique-épitaphe si connu :

Ci-gît Piron, qui ne fut rien, Pas même académicien.

On a beaucoup cité les bons mots de Piron; en voici un comme échantillon : Un jour qu'il était seul, en Belgique, avec J.-B. Rousseau, celui-ci, entendant sonner midi, se mit à genoux pour dire l'Angélus : « Monsieur Rousseau, lui dit Piron, cela est inutile, Dieu seul nous voit. »

honneur à l'Académie, comme son génie en fait depuis longtemps à la nation. ... Cette place était d'abord destinée et par l'Académie et par le cri du public à M. Piron, auteur de Gustave et de quelques autres pièces, et surtout de la Metromanie, qui est un chef-d'œuvre dans son genre, et le seul que nous ayons peut-être depuis la mort du sublime Molière. Deux jours avant celui qui était fixé pour l'élection de M. Piron, le roi fit mander M. le Président de Montesquieu, que le sort avait fait directeur de l'Académie pour cet acte, et lui déclara qu'ayant appris que l'Académie avait jeté les yeux sur M. Piron, et sachant que M. Piron était l'auteur de plusieurs écrits licencieux, il souhaitait que l'Académie choisît un autre sujet pour remplir la place vacante. i> (Grimm, Correspondance littéraire, juillet 1753 .)

Sur les instances de Montesquieu et de Mmc de Pompadour, le roi accorda à Piron, comme adoucissement, une pension annuelle de mille livres sur sa cassette.

Laissez fairk et laisskz passer. — Quesnay ^François), né en 1694 et mort à quatre-vingts ans, était médecin de Louis XV, qui l'appelait le penseur1: le roi l'anoblit et lui donna lui-même pour armoiries trois fleurs de pensée sur un champ d'argent, à la face d'azur, avec cette devise : Propter cogitationem mentis. « C'était, dit Sainte-Beuve, un homme original, brusque, honnête, resté sincère à la cour, sérieux, avec son air de singe, trouvant des apologues ingénieux pour faire parler la vérité. » Quesnay peut être regardé comme le créateur de l'économie politique en France2. Préoccupé surtout du sort des habitants des campagnes et de la misère du peuple, il en voyait les causes principales dans la routine et l'ignorance. S'appuyant sur cette maxime qu'une puissante généralisation est l'âme des faits, il s'efforça, dans plusieurs articles de V Encyclopédie et dans d'autres publications de physique et d'agriculture, d'établir des principes sur toutes les questions qui se rattachent à l'utile^ et c'est ainsi qu'il créa en

1. Ce passage des Mémoires de Mn,e du Hausset suffit pour montrer que, par la probité du caractère, Quesnay n'était ni de la cour ni de son temps: « Six ou sept commis de l'hôtel des postes triaient les lettres qu'il leur était prescrit de décacheter, et prenaient l'empreinte du cachet avec une boule de mercure ; ensuite on mettait la lettre, du côté du cachet, sur un gobelet d'eau chaude qui faisait fondre la cire sans rien gâter; on l'ouvrait, on en faisait l'extrait, et on la recachetait au moyen de l'empreinte. L'intendant des postes apportait les extraits au roi les dimanches. On le voyait entrer et passer comme les ministres pour ce redoutable travail. Le docteur Quesnay, plusieurs fois devant moi, s'est mis en fureur sur cet infâme ministère, comme il l'appelait, et à tel point que l'écume lui venait à la bouche : « Je ne dînerais « pas plus volontiers avec l'intendant des postes qu'avec le bourreau», disait le docteur. »

2. Les grands hommes d'État de tous les pays et de tous les temps ont été des économistes sans le savoir, a dit M. Rousse en recevant M. Léon Say à l'Académie française (16 décembre 1886); mais c'est au xvmc siècle que l'économie politique, ou, comme on disait alors, Y 'Economie publique , est partout: « Dans les livres, dans ics pamphlets, au théâtre, depuis J.-J. Rousseau et Voltaire jusqu'à Diderot et Beaumarchais, depuis le Contrat social jusqu'à V Homme aux quarante cens, ce ne sont que systèmes de gouvernement, programmes d'administration, projets de finance, utopies et chimères sur le partage équitable des richesses. Les Philosophes, drapes dans le manteau un peu large de Platon et d'Aristote, s'inquiétaient bien moins de la logique d'Aristote et de la métaphysique de Platon que des octrois, des tailles et des gabelles. »

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quelque sorte une science nouvelle, appelée Economie politique. c'est-à-dire gouvernement de la maison, de l'Etat ou de la société. L'un de ses meilleurs disciples, Dupont de Nemours, substitua à ce nom celui de physiocratie, gouvernement de la nature des choses, et ce nom est resté attaché à l'école dont Quesnay fut le fondateur.

Quesnay était d'avis que, pour favoriser l'agriculture, il fallait la laisser se réglementer elle-même, que pour donner au commerce et à l'industrie un complet essor, il ne fallait rien entraver, rien arrêter. Il demandait l'abolition des corvées, la suppression des douanes, la libre circulation des grains, etc. C'est ce que son école résuma par la maxime : Laisse-^ faire et laisse\ passer, généralement attribuée à Gournay, qui n'était pas un physiocrate pur, car il donnait le pas à l'industrie sur l'agriculture comme force productive de la richesse nationale.

On fît des objections, on se moqua des nouvelles doctrines; mais Quesnay était convaincu et se bornait à répondre : « Quand on parle pour la raison et la justice, on a bien plus d'amis qu'on ne croit; il y a d'un bout du monde à l'autre une confédération tacite entre tous ceux que la nature a doués d'un bon esprit et d'un bon cœur. Pour peu qu'un homme qui expose le vrai en rencontre un autre qui le comprenne, leurs forces se décuplent. «

Le mot de nos premiers législateurs en économie politique est resté dans la langue ; mais le sens en a été plus ou moins détourné ; ce n'est pas toujours à propos du libre échange ou de la libre circulation qu'on l'a répété ; il a servi souvent, en politique, à reprocher au gouvernement son inaction ou son indifférence.

Le sile.vce des peuples est la leço\t des rois. — L'abbé de Beauvais (1731-1790), évêque de l'ancien siège de Senez, dans les Alpes, prêcha quelquefois à la cour de Louis XV; il y fit entendre des vérités dures et hardies; celles-ci, par exemple . « Sire, mon devoir de ministre d'un Dieu de vérité

m'ordonne de vous dire que vos peuples sont malheureux, que vous en êtes la cause et qu'on vous le laisse ignorer. • C'est le jeudi saint, quarante jours avant la mort du roi (10 mai 1774), que le bon évêque tenait ce langage sévère, et, comme s'il eût été prophète, il avait pris pour texte de son sermon ce mot de Jonas : « Dans quarante jours, Ninive sera détruite. »

Le 27 juillet 1774, le même prélat prononçait à Saint-Denis l'oraison funèbre de Louis XV. Ce fut alors qu'il dit, en s'efForçant de concilier le devoir du panégyriste avec le devoir de l'homme de bien : t Si le respect et l'obéissance sont un devoir inviolable, l'amour des peuples, la plus belle gloire et la plus douce récompense de la Royauté, l'amour des peuples est un sentiment libre, qui n'est du qu'aux bienfaits et à la vertu. Alors quand le prince paraît en public, il n'entend plus retentir autour de lui les acclamations de ses sujets ; le peuple n'a pas sans doute le droit de murmurer, mais sans doute aussi il a le droit de se taire, et son silence est la leçon des rois 1. »

Cette parole si juste serait tombée peut-être dans l'oubli si quinze ans plus tard elle n'avait été relevée par une voix retentissante. L'abbé de Beauvais, envoyé aux états généraux par le clergé du bailliage de Paris, extra-muros, put entendre Mirabeau s'écrier, à l'Assemblée nationale, le lendemain de la prise de la Bastille : Le silence des peuples est la leçon des rois 2.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. — Ce mot est devenu populaire 3 depuis qu'il a servi à

:. fermons, panégyriques et oraisons funèbres de l'abbé Je Beauvais» P. tris, 1807.

■1. M. de Liancourt ayant annoncé à l'Assemblée que le roi, de son propre mouvement, s'était déterminé à venir au milieu des représentants de la nation, la salle retentit d'applaudissements réitérés. Plusieurs orateurs alors s'élevèrent contre cette explosion de joie inconsidérée et réclamèrent le silence. « Attendez, dit Mirabeau, que le roi nous ait fait connaître les bonnes dispositions qu'on nous annonce de sa part... Le silence des peuples est la leçon des rois. »

3. Un autre mot non moins populaire est celui que nous a laissé Beaumarchais pour exprimer qu'on donne rarement les places à ceux qui sont capa les de les remplir: // fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. (Mariage de Figaro, acts V, se. ni.)

résumer la tirade de Bazile à Bartholo sur la calomnie, dans le Barbier de Séville (act. II, se. vin), représenté le 23 février 1775.

Le comte de Derby, dans une lettre à son fils, l'attribue à Machiavel1; mais l'idée ne doit pas êcre beaucoup moins ancienne que la calomnie elle-même ; on la trouve citée par François Bacon (1560-1626) dans deux de ses ouvrages2 : Audacter calumniare. semper aliquid hœret (Calomnie avec audace, il en restera toujours quelque chose). Cela est si vrai, et la calomnie fait un tel chemin, lorsqu'elle s'acharne, qu elle lais.^e des traces même dans l'âme de ceux qui protestent et nous défendent avec le plus de chaleur. Aussi, l'idée a-t-elle été reproduite souvent. « La calomnie s'étend comme une tache d'huile, a ditMlle de Lespinasse : on s'efforce de l'ôter, mais la marque reste. » Et J.-B. Rousseau, dans son Epître aux Muses :

Quelque grossier qu'un mensonge puisse être, Ne craignez rien; calomniez toujours:

Quand l'accusé confondroit vos discours, La plaie est faite ; et, quoiqu'il en guérisse. On en verra du moins la cicatrice.

Et enfin Casimir Delavigne, dans les Enfants d'Edouard :

Plus une calomnie est difficile à croire,

Plus pour la retenir les sots ont de mémoire.

(Acte Ier, se. m.)

Guerre des farines. — Turgot (1727-1-81], cet homme de bien et ce grand homme d'Etat à qui la France est redevable de tant de réformes financières, commerciales et administratives, eue pour premier soin, dés son arrivée au pouvoir

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