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Œuvres de Rivarol, t. Ier

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titude, ec qu'il faut à la grande majorité des hommes une religion pour mettre un frein à leurs passions par la perspective des châtiments ou des récompenses futures. La morale sans religion, dit-il, c'est la justice sans tribunaux. De là, cette conclusion : « Qu'on ne s'étonne donc pas que les gouvernements s'accordent facilement avec les religions; mais entre eux et nos philosophes, point de traités; il faut, pour leur plaire, ou que le gouvernement abdique, ou qu'il leur permette de soulever les peuples. En un mot, la philosophie divise les hommes par les opinions, la religion les unit dans les mêmes principes : il y a donc un contrat éternel entre la politique et la religion. Tout Etat, si j'ose le dire, est un vaisseau mystérieux qui a ses ancres dans le ciel. »

Rivarol émigra (10 juin 1792), après avoir perdu toute illusion sur la monarchie et tout espoir de la sauver.

La Marseillaise. — Dans la séance du 20 avril 1792, Dumouriez, ministre des affaires étrangères, lut à l'Assemblée législative son important rapport au roi sur la situation politique. Ce rapport se terminait ainsi :

« Considérant enfin que le vœu prononcé de la nation française est de ne souffrir aucun outrage ni aucune altération dans la Constitution qu'elle s'est donnée ; que le roi, par le serment qu'il a fait de maintenir la Constitution, est devenu dépositaire de la dignité et de la sûreté de la nation française ; je conclus à ce que, forte de la justice de ces motifs et de l'énergie du peuple français et de ses représentants, Sa Majesté, accompagnée de ses ministres, se rende à l'Assemblée nationale pour lui proposer la guerre contre l'Autriche. »

Le roi dit alors, avec quelque altération dans la voix :

« Vous venez, messieurs, d'entendre le résultat des négociations que j'ai suivies avec la cour de Vienne. Les conclusions du rapport ont été l'avis unanime de n en conseil. Je les ai adoptées moi-même ; elles sont conformes au vœu que m'a manifesté plusieurs fois l'Assemblée nationale, et aux sentiments que m'ont témoignés un grand nombre de citoyens des

HISTORIQUES ET LITTERAIRES. +oi

différentes parties du royaume. Tous préfèrenc la guerre à voir plus longtemps la dignité du peuple français outragée et la sûreté nationale menacée.

« J'avais dû préalablement employer tous les moyens de maintenir la paix. Je viens aujourd'hui, aux termes de la Constitution, proposer à l'Assemblée nationale la guerre contre le roi de Hongrie et de Bohême. »

Le président répondit :

« Sire, l'Assemblée nationale prendra dans la plus grande considération la proposition formelle que vous lui faites. Votre Majesté sera instruite par un message du résultat de sa délibération. »

Le roi se retira au milieu de l'émotion dont chacun était pénétré dans cette circonstance solennelle. Réunie le soir même en séance extraordinaire, l'Assemblée vota la guerre à la presque unanimité. Il fut décidé en même temps qu'un manifeste déclaratif des intentions de la France serait publié et adressé au peuple français et aux nations étrangères ; la rédaction en fut confiée à Condorcet.

Ainsi se trouva entreprise cette guerre avec l'Autriche qui devait affermir la Révolution victorieuse et changer la face de l'Europe.

Quelques jours après (24 avril), un jeune officier du génie, un peu poète et un peu musicien, Rouget de Lisle (1760-1836), dînait à Strasbourg chez M. de Dietrich, maire de la ville. La guerre fut naturellement le sujet principal de la conversation ; on partageait là comme partout le sentiment d'enthousiasme qui avait accueilli dans la France entière la nouvelle de la guerre avec la principale des puissances confédérées, et le vœu fut exprimé qu'une inspiration poétique, un chant guerrier, vînt répondre au sentiment de la nation. Rouget de Lisle rentra chez lui, la tête remplie de ce qu'il venait d'entendre; les cris de l'enthousiasme général lui revinrent alors à l'esprit1, et il

1. » La Marseillaise n'esl pas sortie (oui armée de l'imagination de Rouget

de Lisle; elle est née dans l'atmosphère des clubs de Strasbourg... c'est l'ex-

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composa la nuic même les six couplets d'un hymne de guerre qu'il fit entendre dans la matinée aux convives de la veille, réunis aussitôt1.

Une semaine ne s'était pas écoulée que l'hymne était exécuté par le bataillon de Rhône-et-Loire, et publié sous le nom de Chant de guerre pour l'armée du Rhin. Par la voie d'un journal dont M. de Dietrich était directeur, la Feuille de Strasbourg, ce chant arriva à Marseille où, à son tour, le Journal des départements méridionaux et des Débats des amis de la Constitution le reproduisit sous le titre : Chant de guerre aux années des frontières. De là, il vint à Paris, chanté par les volontaires marseillais à leur entrée dans cette ville (20 juillet), et alors le peuple, qui l'entendait pour la première fois, l'appela PHymne des Marseillais, ou la Chanson des Marseillais, et enfin la Marseillaise. C'est ainsi qu'un chant fait à Strasbourg, pour l'armée du Rhin, par un officier en garnison à Huningue, et dédié

pression même de l'enthousiasme de tout un peuple, les images, les mouvements, les cris qui étaient familiers aux hommes de la Révolution. « Aux « armes, citoyens ! L'étendard de la guerre est déployé ; le signal est donné. « Aux armes! Il faut combattre, vaincre ou mourir! » C'est ainsi que débute une adresse du club de l'Auditoire, dont Rouget de Lisle était membre, adresse antérieure à la Marseillaise. » (Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution.)

1. Lorsque Rouget de Lis!e publia pour la seconde fois la Marseillaise, en 1825, dans le recueil de ses œuvres, il y mit cette note: « Je fis les paroles et l'air de ce chant à Strasbourg, dans la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, lin avril 1792. » Cependant, la question de savoir s'il est l'auteur de la musique aussi bien que des paroles a été plus d'une fois agitée. On n'a pas mis en doute sa bonne foi ; on a parlé de réminiscence, de ressouvenirs en quelque'^sorte inconscients. Cette musique fut, dans le principe, attribuée à un nommé Allemand, ainsi qu'on le peut voir dans un article de la Chronique de Paris du 27 août 1792, qu'ont reproduit MM. Bûchez et Roux dans le tome XVIII de leur Histoire parlementaire de la Révolution française; puis MM. Castil-Blaze et Fétis ont désigné l'un des deux frères Jullien, dit Navoigille ; puis enfin M. Arthur Loth, dans une étude publiée en 1886 et résumant tous les débats, a entrepris de démontrer que Rouget de Lisle a adapté sa chanson sur une musique qui se trouve au début d'un oratorio composé sous le titre d'Esther par Jean-Baptiste-Lucien Grisons, chef de maîtrise à la cathédrale de Saint-Omer. (Voy. sa brochure intitulée : le Chant de la Marseillaise, son véritable auteur, avec fac-similé original du manuscrit.)

au maréchal Lukner, commandant alors de cette armée, s'immortalisa sous le nom de la Marseillaise.

Le septième couplet, appelé la strophe des enfants, n'est pas de Rouget de Lisle : il fut ajouté par l'abbé Antoine Pessonneaux, professeur de rhétorique au collège de Vienne, au moment du passage des Marseillais dans cette ville, le 14 juillet I"792.

Un décret de la Convention du 28 septembre suivant prescrivit que Y Hymne des Marseillais serait chanté dans toute la République pour célébrer les triomphes de la liberté dans la Savoie.

L'auceur de la Marseillaise n'a été réellement inspiré qu'une fois : ses autres compositions sont presque toutes oubliées. « Rouget de Lisle, ce Tyrtée de la France, comme on l'avait surnommé, et qui avait eu dans sa vie un éclair d'inspiration sublime, n'avait reçu qu'une fois cette visite du génie, ce don de l'à-propos ; à partir du jour où il eut fait, presque sans le savoir, la Marseillaise, et où elle s'était élancée de son sein, il était resté, lui, étonné, ébloui et tout à fait décontenancé ; on aurait dit qu'il n'était plus que la dépouille laissée à terre de son immortelle chanson. L'hymne guerrier, en naissant, avait tué son père, l'avait mis du moins hors de combat1. »

Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. — D'après ce que rapporte Ginguené dans l'étude biographique qu'il publia en tête des œuvres de Chamfort (1795), c'est lui, Chamfort (174. [-1794), qui proposa aux soldats de la République, partant pour combattre les [ennemis, de prendre pour devise : Guerre aux châteaux et paix aux chaumières'1. Ces . dictés surtout par la sympathie qu'inspiraient les vic-

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