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Histoire du Consulat et de l'Empire, t. XX

+. Cette erreur vint surtout de ce que Napoléon aimait à faire accueil aux transfuges de l'ancienne noblesse. On lit dans les Mémoires sur Carnot: « Un jour l'enipereur dit à Carnot : — Bourmont me demande pour ses enfants deux bourses dans un lycée. Faitès-moi le plaisir d'arranger la chose.

— Bourmont! l'ancien chef de chouans! s'écria Carnot. — Autrefois, oui, mais il a bien changé. — En êtes-vous sûr? — Parfaitement. Ney et Gérard m'en répondent. Je lui donne un commandement. »

La Chambre introuvable. — Les élections de 1815 envoyèrent à la Chambre, pour représenter les nouvelles idées politiques, des députés dont le mandat semblait être de faire rétrograder la France. Le roi Louis XVIII avaic pu croire qu'après les longues années de la Révolution et de l'Empire, une Chambre purement monarchique serait introuvable, le mot esc de lui; et son éconnement dut être grand lorsqu'il découvrit, en la voyant à l'œuvre, qu'elle dépassait de beaucoup son attente, qu'elle était plus contre-révolutionnaire que l'Europe, plus monarchique que le roi, et que, par sa véhémence réactionnaire, par la violence et la rigueur de ses lois, elle deviendrait un véritable danger pour la France et pour le gouvernement lui-même.

Après avoir encouragé les massacres du Midi, cette Chambre vota successivement les lois contre les cris séditieux et la liberté individuelle, puis l'établissement des cours prévûtales1, le bannissement des conventionnels régicides, etc. Cette Chambre, dite introuvable lors de sa formation, ne tarda pas à être pour le peuple une assemblée liberticide etmaudite. Louis XVIII finit par le comprendre. Au mois d'août 18 16, il annonça à ses ministres2 la résolution de rompre avec des hommes dont les doctrines et les passions couvraient la France de victimes; et, par l'ordonnance du 5 septembre suivant, la Chambre fut dissoute.

Cette mesure, que les ultra-royalistes regardèrent comme aussi révolutionnaire que les actes les plus violents de la Con-

1. La loi sur les cours prévôtales supprimait la plupart des garanties qu'offrent les juridictions ordinaires: un article allait jusqu'à refuser au roi le droit de grâce, en ordonnant l'exécution immédiate des condamnés.

2. « Messieurs, leur dit-il, le moment est venu de prendre un parti à l'égard de la Chambre des députés; il y a trois mois, j'étais décidé à la rappeler, c'était encore mon avis il y a un mois; mais tout ce que j'ai vu, tout ce que je vois chaque jour prouve si clairement l'esprit de faction qui domine cette Chambre, les dangers dont elle menace et la France et moi sont si évidents, que mon opinion a complètement changé. De ce moment, vous pouvez regarder la Chambre comme dissoute. Partez de là, messieurs; préparez l'exécution de la mesure, et en attendant gardez le secret le plus exact. J'y tiens absolument. i>

vention, fut accueillie dans le pays comme une délivrance. La colère de Monsieur fut grande ; mais ses fils se montrèrent plus soumis : « Le roi a bien fait, dit le duc de Berry; je l'avais dit à ces messieurs de la Chambre ; ils ont vraiment trop abusé, p M. Decazes, le seul des ministres de Louis XVIII qui avait osé regarder la dissolution de la Chambre de 1815 comme nécessaire et même comme possible, fut entouré et félicité. Il répondit modestement : « 11 faut que ce pays soit bien malade pour que j'y sois si important. » Sûrement son influence fut d'un grand poids : le roi seul ne se serait peut-être pas décidé 1. « Ses hésitations étaient très naturelles, dit M. Guizot2; comment dissoudre la première Chambre hardiment royalisce qui se fût réunie depuis vingt-cinq ans, une Chambre qu'il avait lui-même qualifiée d' in trouvât le , et dans laquelle il comptait tant de ses plus anciens et plus fidèles amis? »

La Bande noire 3. — Association formée, vers la fin de l'Empire et sous le règne de Louis XVIII, par des spéculateurs dont le but était d'acheter, pour les démolir, les châteaux, les couvents, les cloîtres et les vieilles églises. Peu soucieux de conserver des débris arcistiques, d'intéressants souvenirs ou d'antiques traditions, ces spéculateurs achetaient les monu-

1 . Ce ne sont pas les insinuations de son ministre de l'intérieur (M. Laine), qui l'auraient affermi dans sa résolution ; la note qu'il lui remit au mois d'août contenait entre autres appréhensions : « Après la dissolution d'éclat, motivée par le danger qu'aurait fait courir la Chambre, il serait difficile de penser que les assemblées électorales soient paisibles. Et si des mouvements se déclarent, la rentrée des étrangers est encore à redouter pour cette cause.

« L'effroi de cette conséquence dans les deux cas fera hésiter le roi, et quelles que soient les atteintes portées au repos public et à l'autorité royale, le cœur de Sa Majesté, dans l'espoir que ce mal sera passager, se déterminera difficilement au remède extrême de la dissolution. »

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