‹ Petites ignorances historiques et littérairesChapitre 6 sur 65 · Histoire de France · texte numérisé non relu

Histoire de France

Dieu le père se faisoic gendarme, il deviendroit pillard ».

En 1427, Richemont, voulant sauver Moutargis, chargea La Ilire et le bâtard d'Orléans, futur comte de Dunois, de ravitailler cette ville. Ces chefs hardis firent plus qu'on ne leur avait demandé : ils tombèrent brusquement, par une chaude journée de juillet, sur un des quartiers ennemis ; tout un corps anglais, fort de quinze à seize cents combattants, fut pris ou jeté à la rivière, et les troupes de secours entrèrent en triomphe dans Montargis. D'après ce que rapporte la Chronique de la Pucelle^ c'est avant de livrer ce combat que La Hire, ayant rencontré un chapelain, s'avisa de mettre ordre à sa conscience. Il appela le chapelain et « dit qu'il lui donnast hâtivement l'absolution; le chapelain lui dit qu'il confessast ses péchés; La Hire répondit qu'il n'avoit pas le loisir, et qu'il avoit fait ce que gens de guerre avoient accoutumé de faire. Sur quoi le chapelain lui bailla absolution telle quelle; et La Hire fit sa prière à Dieu, en disant en son gascon, les mains jointes : Dieu, je te prie que tu fasses aujourd hui pour La Hire autant que tu voudrois que La Hire fît pour toi} s'il étoit Dieu et que tu fusses La Hire. — Er il cuidoit très bien prier et dire. »

Une anecdote souvent reproduite depuis qu'elle a été accréditée par Pasquier, dans ses Recherches de la France, esc celle qu'Edmond Richer racontait ainsi au commencement du xvne siècle : « Vers 1428, le roy Charles VII estoit saisy d'une telle tristesse qu'on avoit bien de la peine à le consoler; et pour se divertir, ayant fait un ballec, La Hire s'estant trouvé comme il répétoit ce ballet, le roy demanda à ce chevalier sans peur ce qui luy en sembloit. Bapcista Egnatius et le chancelier de L'Hospital racontent que La Hire dit qu'on n ' avoit jamais veu ny ouy parler qu aucun perdist si gayement son Estât que lui. «

L'anecdote ne remonte peut-être pas plus haut que le xvi1' siècle; mais, quelle qu'en soit l'origine, elle est heureusement trouvée et peut passer pour historique. Il était bon de faire dire à Charles VII, par un homme qui fut tout ensemble un capitaine et un bandit, que le roi d'un pays désolé par la

guerre et envahi par l'étranger avait à s'occuper d'autre chose que de ses plaisirs.

Les cartes à jouer, telles qu'elles nous sont parvenues, datent du xv siècle, époque où elles ont été définitivement fixées. Elles figurent, dans leur ensemble, ce qui constituait alors la grandeur et la force : les rois, les reines, la noblesse et les armées. Or, lorsqu'on voulut représenter avec les valets les quatre âges de la noblesse ou de la chevalerie, on prit Hector, le vaillant chef troyen, Ogier. un des paladins de Charlemagne, Lancelot. l'un des douze chevaliers de la Table ronde, et, parmi les capitaines du temps de Charles MI, ce fut La Hire que l'on choisit.

En qualité de seigneur de Montmorillon, La Hire fut inhumé dans l'église de la Maison-Dieu de cette petite ville. Voici son épitaphe : Cy gist noble homme Estienne de Vignolles, dit La Hire, en son vivant escuier de Pescurie du roy et baillif de Yermandois, lequel de son temps servit moult le roy Charles VII en ses guerres, et puis trespassa le onzième jour de janvier 144.2.

Journée des harengs. — C'était le 12 février 1429; les Anglais assiégeaient Orléans depuis seize mois, et, grâce à l'héroïque défense des habitants, la lutte durait toujours.

Les Orléanais voulaient enlever un convoi de vivres que le duc de Bedford envoyait de Paris aux assiégeants pour passer le carême, et qui consistait en quatre à cinq cents chariots de farine et de harengs salés. Les Anglais, au nombre de deux mille cinq cents, dont mille de ces Cabochiens quCj leurs passions rendaient l'instrument des étrangers, étaient commandés par un de leurs meilleurs capitaines, sir John Falstolf. Les Français comptaient sur cinq mille hommes environ : quinze cents hommes d'élite sortis d'Orléans, ayant à leur tête La Hire et Saintrailles, et trois à quatre mille cavaliers commandés par le comte de Clermont. Malheureusement, là comme à Poitiers, comme à Azincourt, l'indiscipline et la pétulance des troupes furent cause d'un épouvantable désastre.

Le comte de Clermont avaic mandé aux capicaines enfermés dans Orléans de lui envoyer un fort détachement sur la route que devait suivre le convoi des Anglais, et avait expressément recommandé qu'on l'attendît pour attaquer. Mais aussitôt que Favant-garde du comte, formée d'Ecossais conduits par lord John Stuart, eut rejoint les hommes sortis d'Orléans, c'est-àdire près de Rouvray-Saint-Denis, on se mit en branle et le désordre commença. Malgré la défense qui leur en avait été faite, les Écossais, à la vue des Anglais, sautèrent à bas de leurs chevaux et s'élancèrent l'épée au poing ; beaucoup d'autres les suivirent, ainsi que les Gascons de Guillaume d'Albret, dont les chevaux allèrent s'empaler sur les pieux de l'enceinte que les Anglais, voyant le danger qui les menaçait, avaient formée avec leurs chariots. Le comte de Clermont, sous prétexte qu'on avait engagé le combat sans son ordre, fit honteusement volte-face avec trois mille chevaux qui l'accompagnaient, et les restes de l'armée en déroute furent obligés d'abandonner aussi le champ de bataille.

Non seulement la victoire était restée aux Anglais, mais Guillaume d'Albret, les frères John et William Stuart, plusieurs capitaines français et cinq cents hommes d'armes avaient péri. Ce sanglant échec, que les Anglais appelèrent, par moquerie, Journée des harengs, ne découragea pas cette population orléanaise qui avait donné déjà tant de preuves de patriotisme : la résistance dura encore trois mois.

Je serois bien marri d'avoir battu les buissons et qu'un autre eust les oisillons. — Après la Journée des harengs, la situation des assiégés devint de plus en plus critique. Ces troupes, rentrées à Orléans, causèrent dans la population une consternation profonde. La discorde régnait parmi les chefs, et l'on sentait que le terme de la lutte était proche.

Deux moyens furent employés pour ravitailler ou pour sauver la ville, et tous les deux échouèrent. Le comte de Clermont, destiné à être le mauvais génie des Orléanais, décida

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qu'il irait à Chinon demander des secours au roi : il partit avec La Hire et deux mille combattants, et il ne revint pas. Les Orléanais, de leur côté, ne pouvant se décider à devenir Anglais, résolurent d'envoyer une députation au duc de Bourgogne pour lui offrir de mettre leur ville en séquestre dans ses mains, à la condition que le duc de Bedford consentirait à cesser les hostilités.

Très flatté du témoignage de confiance qui lui était donné, Philippe fit le meilleur accueil aux députés d'Orléans. Il les accompagna à Paris auprès du duc de Bedford pour appuyer leur requête. Mais les Anglais se montrèrent vivement irrités de la démarche des Orléanais et surtout des prétentions du duc de Bourgogne : un membre du conseil s'écria que les Anglais n'étaient pas faits f pour mâcher les morceaux au duc de Bourgogne, afin qu'il les avalât « ; et le duc de Bedford, estimant sans doute qu'il avait fait déjà des concessions suffisantes à son beau-frère Philippe, ne dissimula ni sa mauvaise humeur ni son indignation . « J'aurai Orléans à ma volonté, dit-il, et ceux de la ville me payeront ce que m'a coûté le siège ; je serois bien marri d'avoir battu les buissons et qu'un autre eust les oisillons l. »

Les deux ducs se séparèrent fort mécontents l'un de l'autre : Philippe donna l'ordre à tous ses vassaux de quitter l'armée

i. L'Anglais employait ainsi contre nous le vieux proverbe rimé servant à exprimer que le profit n'est pas toujours pour celui qui a la peine :

Tel bat les buissons Qui n'a pas les oisillons.

Au xvie et au xvnc siècle, la rime avait disparu :

Battre les buissons sans prendre les oiseaux.

Rabilais.

On bat les buissons et les autres prennent les oiseaux.

M">« de Skvigné.

Lorsque Villars revint de son ambassade à Vienne, et qu'il ne reçut pas les grâces qu'il croyait avoir méritées autant que d'autres ambassadeurs, il ne manqua pas de dire : « Je trouvai, à mon retour, que j'avais battu les buissons, et que mes camarades avaient puis les oiseaux. »

anglaise, et Bedford s'emporta, paraît-il, jusqu'à dire que « le duc de Bourgogne pourroit bien s'en aller en Angleterre boire de la bierre plus que son saoul » .

Deux mois s'étaient écoulés pendant cette infructueuse négociation, et la ville d'Orléans n'avait pas cessé d'opposer aux Anglais la plus opiniâtre résistance. La mauvaise nouvelle rapportée aux assiégés (17 avril 1429) sembla raviver encore leur ardeur : non seulement ils résistèrent aux assiégeants, mais ils les attaquèrent. On eût dit qu'une puissance secrète soutenait leur patriotisme et les poussait à lutter sans faiblir jusqu'au jour où viendrait la libératrice.

Qui a peur des feuilles n'aille pas au bois. — C'est aux oreilles de Barbazan, l'un des plus vaillants capitaines du temps de Charles VI et de Charles VII, que ce proverbe fut étourdiment jeté le 2 juillet 1431. Barbazan se fît tuer pour se l'être entendu dire.

Lorsque Charles II, duc de Lorraine, mourut (25 janvier 143 1), le duché fut disputé par son gendre René d'Anjou, duc de Bar, et par son neveu Antoine, comte de Vaudemont. Charles II avait légué son duché à sa fille Isabelle, femme de René; mais Antoine soutenait que la Lorraine était un fief masculin, qui ne pouvait tomber en quenouille. Pour vider le différend, on eut recours aux armes.

René, dans cette querelle, fut soutenu par les Français ; Antoine, pa,r les Bourguignons. Les deux armées se rencontrèrent entre Sandrecourt et Bulligneville 1. L'armée de René était commandée par Barbazan, alors gouverneur de Champagne. Les Bourguignons s'étant placés de manière à être protégés par une petite rivière, par des fossés , par des haies et par un rempart de charrettes, le vieux chef expérimenté conseilla de différer l'attaque et de forcer les Bourguignons à quitter leur poste en leur coupant les vivre-. A ce sage conseil,

1. Endroits qui se nomment aujourd'hui Sandaucourt et Bulgneville, arrondissement di Neufchâteau (Vosges).

la jeune noblesse répondit : Qui a peur des feuilles n'aille pas au bois! Cette injure fit bondir le brave soldat : « Merci Dieu! répliqua-t-il, j'ai vécu jusqu'ici sans reproche, et aujourd'hui l'on verra si j'ai parlé par lâcheté ou par sapience. » On s'élança sur les troupes ennemies, car le duc René s'était laissé entraîner par ses téméraires compagnons, et, ainsi que l'avait prévu Barbazan, l'issue fut désascreuse : René dut se rendre, Barbazan fut blessé à mort, près de trois mille hommes périrent, et plus de deux cents seigneurs furent faits prisonniers. Une raillerie lancée à la légère avait suffi pour tout perdre.

Il avait été a la peine, c'était biem raison; qu'il fut a l'honneur. — Quand Jeanne d'Arc, l'héroïque jeune fille, fut vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour 10,000 livres, ceux-ci décidèrent qu'elle serait jugée comme sorcière et comme hérétique. Toutes les violences, toutes les perfidies furent mises en œuvre, surtout par l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, président de l'infâme tribunal. pour jeter le trouble dans son esprit et lui arracher l'aveu que le démon seul l'inspirait. « On lui proposait, dit un de ses assesseurs (Isambard de La Pierre), des interrogatoires tellement difficiles, subcils et cauteleux, que les plus grands clercs de l'assistance n'y eussent su répondre qu'à grand'peine. »

Elle répondit à tout, cependant, avec une intelligence, une finesse, une fermeté, plus surprenantes peut-êcre que ses exploits. Sa présence d'esprit ne fut pas plus en défaut que ne l'avait été son courage.

A la question: Savez-vous être en la grâce de Dieu? » elle répondit : « Si je n'y suis, Dieu m'y mette ! et si j'y suis, Dieu m'y maintienne ! s

On lui demanda si, en quittant ses père et mère, elle ne croyait point pécher. — « Puisque .Dieu,. le commandait, il le convenait de faire. Quand j'auraiseu cent pères et mères, et que j'eusse été fille de roi, je serais partie. «

« Dieu hait-il les Anglais ? — De l'amour ou de la haine

que Dieu a aux Anglais, je ne sais rien ; mais je sais bien qu'ils seront boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront, et que Dieu enverra victoire aux Français contre les Anglais. »

Presque toujours aussi, sa naïve ironie déconcertait ses juges : harcelée de sottes questions au sujet de la forme sous laquelle lui était apparu saint Michel : « Portait-il une couronne? avait-il des habits? n'était-il pas tout nu? » elle répondit: « Pensez-vous donc que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir1? »

On citerait ainsi de très nombreux exemples, témoignant à la fois de la justesse de son esprit, de sa hardiesse et même de son habileté.

L'étendard de Jeanne fut un des objets sur lesquels l'interrogatoire insista :

« Si un des gens de votre parti vous eût baillé son étendard à porter, eussiez-vous eu aussi bonne espérance comme en celui qui vous était donné de Dieu, ou en celui de votre roi? — Je portais plus volontiers celui qui m'était ordonné par Notre-Seigneur, et toutefois du tout je m'en attends i je m'en remets) à Notre-Seigneur. «

« Ne fit-on pas flotter ou tourner votre étendard autour de la te te du roi, comme on le sacrait à Reims ? — Non, que je sache. »

(i Pourquoi fut-il plutôt porté au sacre, en l'église de Reims, que ceux des autres capitaines? — 77 avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. «

Le procès de Jeanne, qui a révélé en elle tant de suprêmes facultés, nous a fait connaître aussi qu'elle n'a gardé les troupeaux que dans son enfance : lorsqu'on lui a demandé si elle avait un métier, elle a répondu que sa mère lui avait appris à coudre, qu'elle ne pensait pas qu'une femme de Rouen sût lui en apprendre aucune chose, et que depuis qu'elle avait été

i . Déjà, dans les premiers mois de son arrivée près du roi, un des docteurs de Poitiers ayant voulu absolument savoir de quel idiome se servait l'archange i en lui parlant, elle avait répondu finement à ce Limousin : « Il parle un meilleur français que vous. »

grande ec avait eu entendement, elle n'était pas allée aux champs garder les brebis et autres bêtes. Le nom d'héroïque bergère^ qu'on s'est habitué à lui donner, n'est donc pas tout à fait exact : quand Jeanne est devenue héroïque^ il y avait longtemps qu'elle n'était plus bergère.

Ecorcheurs. — Dernière dénomination spéciale sous laquelle ont été connues et maudites, pendant la première moitié du règne de Charles VII, les compagnies de brigands qui onc infesté la France au moyen âge. Le mot se passe de commentaires : aucun n'était plus propre à peindre tout ensemble la désolation et la colère des paysans, ces éternelles victimes des routiers. Les ecorcheurs avaient reçu d'aucres noms qui n'étaient pas moins significatifs : trente mille diables, houspillons, tondeurs et retondeurs . « car ils retondaient, dit Olivier de La Marche dans ses Mémoires^ ce que les premiers avoient failli de happer et de prendre ».

Ces bandes avaient cela de caractéristique qu'elles étaient formées en grande partie de cadets et de bâtards de familles nobles, suivis de leurs serviteurs, de leurs vassaux, et commandées par de puissants seigneurs : « Tout le tour du royaume, dit le même chroniqueur, écait plein de places et forteresses dont les gardes vivoient de rapines et de proie, et par le milieu du royaume alloient et chevauchoient les ecorcheurs de pays en pays, sans épargner les pays du roi ni du duc de Bourgogne, et furent les capitaines principaux, le bâtard de Bourbon frère du duc Charles de Bourbon), le bâcard d'Armagnac, Rodrigue de Villandras 1 Rodrigo de Villandrando1), Antoine de Chabannes (depuis comte de Dammartin2), etc. Pothon de Saintrailles et La Hire furent de ce pillage et de cette écor-

1. La plus redoutable bande était celle de cet aventurier espagnol, qui . ait la France apr :rvic contre les Anglais.

a. Quand Ch le mari de il. fut

attache au parti de Ch. 11 - VII, , dans un jour de gaieté, le salua du

titre de capitaine des ecorcheurs; Chabannes lui répondit : «Je n'ai jamais écorché que vos ennemis; et île que leur peau vous a fait plus de

profit qu'a moi. »

chérie ; mais du moins ils combattoient les ennemis du royaume, et tenoient les frontières contre les Anglais, à l'honneur et recommandation de leurs renommées. » Les chroniqueurs du temps accusent même le roi et les seigneurs de la cour d'avoir soutenu « les pilleries » .

A plusieurs reprises, de 1433 à 1439, les assemblées nationales, représentées surtout parle tiers état et le clergé, firent au roi des tableaux déchirants : la guerre des Anglais était un moindre mal que l'épouvantable règne des écorcheurs. Il faut lire, pour s'en convaincre, les récits des contemporains. Toutes les atrocités, toutes les horreurs de la dépravation et de la férocité ont été commises pendant de longues années par ces hordes d'incendiaires et d'assassins. « On eût cru, dit Michelet, que la France était envahie par des essaims de damnés rapportant de l'enfer des crimes inconnus. »

Pour purger la Bourgogne de ces bandits, le comte de Fribourg recourut à une levée en masse : on fit un tel carnage d'écorcheurs que la Saône et le Doubs « regorgeoient de leurs charognes ». Plus tard, le dauphin Louis, de son côté, en conduisit quelques milliers à la bataille meurtrière de Saint- Jacques contre les Suisses; mais il en serait resté ou revenu toujours, si la réorganisation des finances, nécessitée par la haine de l'impôt arbitraire, si surtout l'organisation d'une armée régulière n'avaient mis fin à de détestables excès et assuré pour l'avenir l'ordre général, la force contre l'ennemi, et le respect des droits de chacun. L'heure sonna enfin (édit du 2 novembre 1439) où il fut défendu, sous peine de confiscation de corps et de biens, de lever des soldats sans commission expresse du roi; où toutes pilleries et violences furent imputées à crime de lèse-majesté, aux capitaines et aux soldats ; où il fut enjoint à tous de résister à quiconque pillerait, et où la mort d'un pilleur, de quelque condition qu'il soit, était réputée t à mérite et à bienfait » pour celui qui l'avait * occis ». Les officiers de justice qui auraient refusé de poursuivre les pilleurs seraient punis comme fauteurs des coupables et dégradés de tous honneurs et offices. L'app'ication de cette ordonnance fut

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malheureusement retardée par la révolte qui s'est appelée Praguerie. C'est seulement plusieurs années après que le chroniqueur Jacques Duclercq1 put écrire sans trop d'exagération : « Grâce à la bonne ordonnance des gens d'armes, larrons ni brigands n'osoient se tenir en France, et tous marchands et autres bonnes gens pouvoient voyager par tout le royaume, leur poing plein d or . aussi sûrement par les champs que parmi les bonnes villes. »

La Praguerie. — L'ordonnance de réformation de l'armée, rendue le 2 novembre 1439 pour répondre aux vœux exprimés par les états généraux, soumettait à l'autorité du roi et à la discipline les innombrables compagnies d'hommes d'armes qui ravageaient le royaume. Le roi se réservait le droit de nommer les capitaines et de fixer le nombre de leurs soldats, et défense était faite à qui que ce fût de lever des troupes.

Rien n'était mieux fait pour exciter une révolte qu'une mesure qui frappait ainsi du même coup les seigneurs et les écorcheurs, en mettant un frein à tous les abus, à tous les excès, en interposant le pouvoir central entre le seigneur et ses sujets, en s'effbrçant enfin de dompter ces prétentions traditionnelles et ces mauvaises passions qui désolaient et ruinaient le pays.

Les ennemis de l'ordre, grands et petits, furent aussitôt d'accord pour la révolte. La Trémoille, jaloux du connétable de Richemont, se mit à la tête du complot, et les ducs de Bourbon et d'Alençon, les comtes de Vendôme et de Dunois entraînèrent avec eux le dauphin, ce même prince ambitieux qui déclarait alors qu'il ne voulait plus être sujet comme par le passé, qui se sentait en état de <t faire très bien le profit du royaume », et qui devait plus tard, sous le nom de Louis XI, porter lui-même de si rudes coups à la féodalité.

Le roi Charles VII, soutenu par les conseils de Richemont, opposa une vigoureuse résistance à laquelle les révoltés ne s'étaient pas attendus: presque sur tous les points l'insurrection

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