‹ Petites leçons de littérature et de morale, choix des plus beaux morceaux des prosateurs et des poetes françaisChapitre 9 sur 12 · PORTRAITS, CARACTÈRES, ETC · texte numérisé non relu

PORTRAITS, CARACTÈRES, ETC

L’un s’attache plus à finir le tissu de son style, l’autre à en relever les couleurs. Dans l’un, le dialogue est plus lié ; dans l’autre, il est plus rapide. Dans Racine, il y a plus de justesse; dans Voltaire, plus de mouvement. Le premier l’emporte pour la profondeur et la vérité; le second, pour la véhémence et l’énergie. Ici, les beautés sont plus sévères , plus irréprochables; là, elles sont plus variées , plus séduisantes. On admire dans Racine cette perfection toujours plus étonnante à mesure qu’elle est plus examinée; on adore dans Voltaire cette magie qui donne de l’attrait même à ses défauts. L’un ! vous paraît toujours plus grand par la réflexion, l’autre ne laisse pas maître de réfléchir. Il semble que l’un ait mis son amourpropre à défier la critique, et l’autre à la désarmer. •

Enfin, si l’on ose hasarder un résultat sur des objets livrés à jamais à la diversité des opinions, Racine, lu par les connaisseurs, sera regardé comme le poète le plus parfait qui ait écrit: Voltaire, aux yeux des hommes rassemblés au théâtre, sera le génie le plus tragique qui ait régné sur la scène.

La Harpe.

ET PHILOSOPHIE

La nature démontre V existence de Dieu.

Je ne puis ouvrir les yeux sans admirer l'art qui éclate dans toute la nature. Le moindre coup d’œil suffît pour apercevoir la main qui fait tout.

Arrêtons-nous d’abord au grand objet qui attire nos premiers regards, je veux dire la structure générale de l’univers. Jetons les yeux sur cette terre qui nous porte; regardons cette voûte immense des deux qui nous couvre, ces abîmes d’air et d’eau qui nous environnent, et ces astres qui nous éclairent. Un homme qui vit sans réflexion ne pense qu’aux espaces qui sont auprès de lui, ou qui ont quelque rapport à ses besoins : il ne regarde la terre entière que comme le plancher de sa chambre, et le soleil qui l’éclaire pendant le jour, que comme la bougie qui l’éclaire pendant la nuit ; ses pensées se renferment dans le lieu étroit qu’il habite. Au contraire, l’homme accoutumé à faire des ré-

llexions étend ses regards plus loin et considère avec curiosité les abîmes presque infinis dont il est environné de toutes parts, lin vaste royaume ne lui paraît alors qu’un petit coin de la terre ; la terre elle-même n’est, à ses yeux, qu’un point dans la masse de l’univers ; et il admire de s’y voir placé, sans savoir comment il y a été mis.

Qui est-ce qui a suspendu ce globe de la terre, qui est immobile ? qui est-ce qui en a posé les fondements? Piien n’est, ce semble, plus vil qu’elle ; les plus malheureux la foulent aux pieds. Mais c’est pourtant pour la posséder qu’on donne les plus grands tré-j sors. Si elle était plus dure, l’homme ne pourrait en ouvrir le sein pour le cultiver. Si elle était moins dure, elle ne pourrait le porter; il enfoncerait partout, comme il enfonce dans le sable ou dans un bourbier. C’est du sein inépuisable de la terre que sort \ tout ce qu’il y a de plus précieux. Cette \ masse informe, vile et grossière, prend toutes les formes les plus diverses, et elle ; seule donne tour à tour tous les biens que nous lui demandons. Cette boue si sale se transforme en mille beaux objets qui charment les yeux : en une seule année elle de-

ET PHILOSOPHIE

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