LA NUIT
Je me penche au dehors. La nuit glisse sous moi. L'air passe sur mon front et tire mes cheveux en arrière. Le vent remplit ma bouche, le vent roule dans mon cou, le vent coule sur ma poitrine, sur mes épaules, dans mon dos, comme une eau frémissante.
Le bruit rythmé des roues sur le rail
monte comme une musique guerrière, s'exaspère contre les talus, contre les fermes des ponts d'acier où grondent des timbales d'orage. Puis la cadence des roues s'allonge sur des beauces de champs.
Et voici filer des lueurs, des rectangles roses de fenêtres dans une ville ; une lune d'horloge marquant minuit ; des rayons violets ouverts comme des ciseaux, qui se referment, s'ouvrent encore et s'émoussent dans la brume ; et une gare dont toutes les vitres flambent.
La nuit trouée de feux épars ... Le train suit une courbe : et le ciel tourne lentement, avec toutes ses étoiles, comme un astrolabe.