L'HOPITAL
Dans la grande salle voûtée en ogive et dont les pleins arceaux figurent une corbeille d'azur renversée, une cavalcade peinte à fresque s'achemine tout au long des murailles.
Les condottières, coillés de diadèmes, vêtus de justaucorps brodés, chevauchent des montures blanches comme
muguet et caparaçonnées de cuir fauve.
Des dames en robe de lampas s'en vont sur des chariots à roues fleuries, traînés par des quadriges, par des licornes ou des léopards.
Les guerriers défilent, avec leurs lances parallèles, leurs morions orfévris de chimères et leurs cuirasses dont les pectoraux d'argent sont illustrés d'allégories.
Des adolescents à cheveux de femme promènent des archets sur des violes, soufflent dans des trompettes, secouent des étendards multicolores : et les chevaux, effarouchés par le tapage des couleurs et des musiques, se cabrent en montrant les gencives.
On voit des singes sur des droma-
daires, des lions dans des cages, des lévriers menés en laisse, des perroquets et des faucons sur des poings gantés.
C'est une bousculade chamarrée, sur la route pavée de jaspes; les traînes s'éboulent jusqu'à terre, les ors scintillent, les pelages et les manteaux chatoient au soleil passionné qui rayonnait dans l'âme du peintre.
Il y a aussi, tout au long des murs, les petits lits blancs de l'hôpital, et dans chacun d'eux un malade en bonnet de coton.
Et trois vieux pauvres, couverts de camisoles rayées, autour d'un poêle de fonte qui ronronne faiblement, se chauffent sans rien dire.