LE CYPRES
Au sommet de la colline, il y a un cyprès tout droit, d'un contour lisse et ferme, toutes ses ramures jointes en faisceau, avec une cime arrondie.
On découvre de là-haut Sienne, vigilante au cœur de ses murailles, avec ses tours gracieuses, ses bigarrures, ses campaniles accrochés dans l'air vapo-
reux. Les oliviers lui font une ceinture satinée. Et le ciel suspend au-dessus de la ville son arche lumineuse.
Le cyprès est comme un point d'exclamation en face de la beauté du paysage.
LA CATHÉDRALE INACHEVEE
Ayant fondé l'assise d'après un plan gigantesque, établi les murailles jusqu'au faite, posé les colonnes et jeté les travées de fût en fût, les dévots comprirent la folie de leur enthousiasme; et la cathédrale n'eut jamais d'autre voûte que le ciel somptueux et paisible.
Mais ils continuèrent d'ornementer l'ouvrage où ils l'avaient laissé.
Ils fleurirent de roses les croisées : ils enroulèrent des rinceaux autour des frises ; ils mirent des quatre-iéuilles aux balustrades, des mosaïques sur les tympans: ils peuplèrent d'oiseaux les consoles et les culs-de-lampe. Dans le chambranle des porches sans battants, ils logèrent des personnages et des zodiaques. Ils polirent le marbre des colonnes; ils festonnèrent de feuillages les chapiteaux et les impostes : ils fouillèrent les cintres aériens.
Puis ils étendirent dans la nef sans toiture un pavement de marbres rares dont la lumière avive la géométrie multicolore.
Le temple ainsi paré, sous le berceau
céleste, semble attendre la consécration d'un évèque.
Mais le soleil qui descend dans l'église avec sa chape dorée, célèbre l'office .
Et le vent tient les orgues.