DU DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE
DE V9LTAIRE. - / ;
' ^ . Article" Mariage,
L’usage du divorce eR établi dans tous les pays du Nord , 'chez ' tous les Réformés de toutes les Confefîlons^poffibles ,' 6c ^dans "toute l’Eglife Grecque. • C
Le divorce efl probablement" de la même 'date à-peu-près que le mariage,* Je crois "pourtant que le mariage efl de -quelques femaines plus ancien , c’eR-à-dire , qu’on fe què relia ïvec fa femme au bout de quinze ajouts ; qu’on la battit au bout d’un mois, & qu’on s’en fépara après fîx femaines de co-habitation.
Jufiinitn raffembla toutes lesToix faites, avant lui , auxquelles il ajouta les fiennes ,^nonfeulement confirme celle du divorce , mais il lui donne encore plus d’étendue ; au point que toute femme dont le mari était , non pas eficlave , mais fimplement prifonnier de guerre pendant cinq ans , pouvait , après les cinq ans çévolus, contraûer un autre mariage.
, Juflinîm était chrétien , & même théologien ; comment donc arriva-t-il que TEgllfe dérogeât à fes loix ? Ce fut quand TEglife devint fouveraine & légiflatrice. Les papes n’eurent pas de peine à fubftitiier leurs décrétales au code , dans l’Occident 'plongé dans l’ignorance &: dans la barbarie. Ils profitèrent tellement de la Cupidité des hommes, qu’Honorius III, Grégoire I X , Innocent III, défendirent, par,leurs bulles^ qu’on enfeignât le droit civil. On peut dire, de cette hardieffe : ula ncji pas croyahU,y mais celd eji vrai,
. Comme l’Eglife jugearfeuJe.du ^mariage , elle jugea feule du.divor(jet^Point de prince qpi ait fait un divorce,, ôc qui altépoufé une (ççonde femme fans Eordre du pape , ayant Ijenrryill, roi d’Angleterre, qui ne fe paffa du p^p^ qu’apr^s avoir long-temps fcliicité fon proc^çs en cour de Rome. '
. Cette coutume , établie dans des |:emps d’ignorance , fe perpétua dans les temps éclairés, , par la feule raifon qu’elle exiflait. Tout ab^us s’éternife de lui-même; c’ed VécmxQ '^Auglas 41 faut un Hercule ^om la nettoyer. . .
. Henri IV ne put être père d’un roi de France que par une fentence du pape encore fallntil, comme on l’a déjà remarqué , non pas pro^
noncer un divorce, mais mentir en prononçant qu’il n’y avoit point eu de mariage.
extrait
DU DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE DE Voltaire.