‹ Petition au Parlement BritanniqueChapitre 2 sur 4 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

noncée vers la destruction de toute vérité. • 11 est peut-être plus probable d’attribuer cet évènenieut, si pK'in de signification, au manque d’ un haut intérêt scientifique, ou du moins au simple défaut de connaissances mathématiques qui, par malheur, se manir fcste aujourd’hui parmi les savane privilégiés de ce pays, jadis si illustre par les découvertes immortelles de iSewton. En effet, pour cette plus grande probabilité, nous avons une condition majeure, que voici.

Le célébré docteur Wollaston, qui a succédé par intérim à Sir Joseph Banks dans la présidence de la Société Royale, et qui est encore aujourd'hui l’un de ses vice-présidens et l’un de scs principaux moteurs, a déployé le plus grand zèle pour le succès de cette affaire. C’est du moins ce que son ami, M. Pond, Astronome-Royal de Greenwich, a assuré au pétitionnaire, en lui apprenant “ que le docteur Wollaston “ ferait tout pourvu qu’il pût acquérir la cer- “ titude de ce que les résultats scientifiques “ qui ont été apportes à I Angleterre, sont “ vrais”. Malheureusement, il n’était pas au pouvoir du pétitionnaire de transmettre au docteur Wollaston cette certitude purement mathématique; et sa ruine fut consommée.

AU

Milords et Messieurs,

Par l’organe de son Parlement, la Nation Anglaise demande à l'Europe des découvertes scientifiques. Un Savant étranger, sacrifiant sa fortune, obtient ces résultats, et les apporte à l’Angleterre. 11 les adresse au llüreau des Longitudes, institué pour les examiner. Ce Bureau décachète les manuscrits, cl les garde assez de temps pour pouvoir les transcrire. Il les renvoie ensuite au savant étranger, en déclarant tout simplement ne vouloir pas s’en occuper. Ce dernier, pour obtenir justice, s’adresse au Conseil du Roi. Les savans du Bureau des Longitudes en imposent à cet auguste Conseil par le mensonge, et récusent même ouvertement son autorité, en se prévalant de la jurisdiction exclusive qui leur est attribuée par le statut du Bureau des Longitudes.

Ainsi, le savant étranger, au lieu de recevoir, pour scs travaux, la récompense qui lui est promise par la Législature Britannique, voit impunément consommer sa ruine. Et, pour comble d’injustice, un an APRÈS, LE Secrétaire du Bureau des Longitudes PUBLIE, sous SON propre NOM, LES • DÉCOUVERTES DE l’ÉTKANGER.

Une pareille spoliation vous inspirera sans doute. Milords et Messieurs, une profonde indignation,

comme elle l’inspirera à tout Anglais et à l'Europe entière. — Jusqu’à ce jour, ou a quelquefois abusé de l’autorité politique, en commettant des concussions, pour s’approprier des deniers publics ou privés ; mais, autant qu’il est notoire, c’est pour la première fob qu'on abuse de cette autorité pour s’approprier des découvertes scientifiques, desquelles précisément dépend la vraie gloire des nations.

Dans une Appellation au Parlement de la Grande- Bretagne, publiée peu de temps après son arrivée à Londres, le savant étranger s’est déjà plaint d’une autre spoliation, non moins grave, consistant dans nne espèce de violation du secret des nouveaux instnimens scientifiques, qu’il avait apportés à l’Angleterre. — Lord Melville, Président du Bureau des Longitudes, doit se rappeller, en effet, que, sur l’instance de feu Sir Joseph Banks, Président de la Société Royale, il a demandé à la Trésorerie l’ordre de faire passer au Bureau des Longitudes les instrumeus, géodésiques et nautiques, qu’à son arrivée en Angleterre, le savant étranger avait laissé déposés à la douane de ce pays. M ais, Lord Melville ignorait alors que cet ordre était contraire aux intérêts et même aux intentions expresses du savant étranger, puisque, ne pouvant obtenir l’avance qu’il avait demandée à titre secret de garantie, ce savant avait déclaré à Sir Joseph Banks, et surtout au Secrétaire du Bureau des Longitudes, qu’il desirait retourner immédiatement sur le Continent, et rapporter avec lui ses inslrumens. — Le savant étranger n’a pas voulu, dans ce temps là, donner de publicité h cette affaire autrement que sous le nom de malentendu, quoiqu’il possédât des preuves authentiques de ce qu’il n’y a pas eu de malentendu, da moins de la part des savans du Bureau des Longitudes, qui ont porté Sir Joseph Banks à cette démarche, si

injuste et si contraire à ses sentimens généreux. Ce savant comptait alors que le Bureau des Longitudes, conscient de cette affaire, lui saurait au moins gré de la délicatesse qu’il avait eu d’attribuer lui-même sa ruine à une apparence de malentendu.

Mais, dans la présente Pétition au Parlement de la Grande-Bretagne, le savant étranger ne saurait même pas exercer cette délicatesse ; car, dans la nouvelle spoliation dont il se plaint ici, on a manqué jusqu’à l’apparence de la loyauté. — La manière surtout dont cette dernière spoliation a été consommée, a quelque chose de si repoussant qu’au premier abord on a de la peine à y attacher foi. Aussi, le savant étranger n’aurait-il pas osé la produire devant l’auguste assemblée du Parlement, s’il n’avait pu en même temps offrir une garantie personnelle, en demeurant en Angleterre, et en se constituant ainsi responsable, devant les Tribunaux Britanniques, de cette accusation, si grave, qu’il porte aujourd’hui, sinon contre le Bureau des Longitudes tout entier, du moins contre les savans de ce Bureau. Cette garantie deviendra d’autant plus valide à vos yeux. Milords et Messieurs, que vous daignerez réfléchir sur ce «juc, jiar suite de scs relations avec le Bureau des Longitudes, le savant étranger a perdu tout ee qu’il possédait, et par conséquent qu’il ne lui reste que la vérité à opposer à ses adversaires, riches et intrigans. Mais, par une heureuse compensation, en se livrant ainsi en Angleterre, ce savant a pour sauve-garde l’honneur Britannique ; et, sous une pareille égide, la vérité lui suffira cèrtainement : la Nation Anglaise est tro|> riche de ses propres découvertes pour vouloir s’approprier celles des autres peuples, et trop grande pour souffrir jusqu’au soupçon d’une pareille déloyauté, B 2

en tolérant, dans son sein, le nouveau genre de concussion qui vient de vous Être signalé, Milords et Messieurs, et dont vous allez lire un exposé détaillé.

Avant de se rendre en Angleterre, le savant étranger a essayé, sur le Continent, de poser les bases à une réforme des sciences mathématiques. — Dés leur production, ces fondemens furent constatés, d’une manière authentique, par l’Institut de France, qui reconnut que toutes les Mathématiques modernes étaient effectivement, et même comme cas très particuliers, soumises’à la loi nouvelle et unique que cette réforme assignait aux sciences mathématiques.

Mais, nous devons ici écarter tout témoignage des corporations scientifiques : le savant étranger repousse ouvertement ce témoignage, par les rai.sons qu’il fait connaître dans l’écrit sur VImposlure publique de» satans à privilt'ges ou des sociétés savantes, qui est anne.\é, comme document, à la présente Pétition. Isous pouvons, pour constater cette direction nouvelle, qu’il a réussi îi donner aux Mathématiques, alléguer le témoignage résultant en Europe de l’étude de ses travau.v.

Nous nous bornerons ici à en alléguer un seul, qui, dans la circonstance actuelle, sera sans doute suffisant : il montrera que d’autres Gouvernemens ont apprécié et protégé les travaux du savant étranger. — Voici ce témoignage de l’Europe éclairée.

Se trouvant, par l’instigation des savans à privilèges, sur le point d’être frustré d’un dé|>é>t sacré, acquis par plusieurs années de haute instruction, et

destiné à la publication de ses résultats scientifiques, le savant étranger se rendit en Piémont, patrie du débiteur et dépositaire, pour y réclamer judiciairement ce dépôt. A son départ de Paris, il reçut une nouvelle marque de la protection honorable de son Gouvernement, dans l’offre que lui fit Son Excellence le Général Pozzo di Borgo, Ambassadeur de Russie à la Cour de France, d’une lettre pour Son Altesse le Prince Kosloffski, Ambassadeur de Russie à la Cour de Sardaigne. Et voici l’accueil et la protection I spéciale qu’il trouva en Piémont.

Copie de la Lettre de S. A. le Prince Kosloffski à M. Hoené IVronski.*

Gènes, le G Novembre, 1817.

“ Monsieur,

“ J’ai reçu la lettre que vous avez eu la bonté de “ m’apporter de la part du Général Pozzo di Borgo. " Tout agréable qu’elle a pu être pour moi, elle “ était inutile pour vous: votre nom seul suffisait ** pour me faire apporter le plus grand zèle dans une “ affaire qui peut vous intéresser. J’espère que le “ Gouverneur de Nice a déjà reçu des communica- I “ tiens à votre égard ; et, en même temps, je joins " ici la réponse de celui qui est chargé par intérim “ du portefeuille des affaires étrangères, et auquel '* j’ai recommandé de la manière la plus instante vos « justes réclamations. 11 me sera parGculièrcment " doux de réussir dans mes démarches; et si vous

* Le Priace Kulotiski perdonoera sans doute à M. Hflënk 'WroBAkila liberté qa*U prend ici de rendre publique cette lettre si boAorable pour lui, eu cemsidénUon dei circonstancec extrêmes lesquellei ce eavaat te troure diaeë eu Angleterre.

“ venez àTurin, où je vais me rendre incessamment, “ vous apprendrez de tous mes amis combien, sans “ avoir l’honneur de vous connaître, je me suis depuis “ long-temps félicité d’avoir un compatriote dont les " utiles travaux peuvent former une nouvelle époque “ dans la plus grande des scieuces.

“ Agréez l’assurance de ma haute estime et de ma “ considération très distinguée.

“ V'otre très humble et “ très obéissant serviteur,

“ La Prince, Pierre Kosloffski.”

Copre de la Lettre de M. de Laval, chargé du porte-

Jeuille des affaires étrangères, à Son Altesse le

Prince Kosloffski.

“ Mon Prince,

“Je m’empresse de vous accuser la réception de " la lettre que vous avez bien voulu m’écrire le 26 de “ ce mois pour me transmettre le Mémoire de M. “ W'ronski, et de vous annoncer que je l’ai transmis “ à l’autorité compétente, en le recommandant avec " tout l’intérét que lu célébrité du pétitionnaire et le “ désir de pouvoir vous obliger m’ont inspirés.

“ En me réservant de vous faire connaître le ré- “ sultat de cette démarche, je vous prie d’agréer " l’assurance de la considération très distinguée avec “ laquelle j’ai l’honneur d’être,

“ Mon Prince,

" Votre très humble et “ très obéissant serviteur,

“ De Lavai.*

“ Turin, le 29 Octobre, 1817.

Six jours après, le Roi de Sardaigne, daignant, avec une bonté éclairée, témoigner expressément scs égards pour les occupations scientifiques du savant étranger, ordonna un diUgatoire, daté de Stiipinigi, du 4 Novembre 1817, par lequel Sa Majesté déléguait à un tribunal spécial le prompt jugement de cette affaire, en suspendant, pour cette fin, toutes les forroitlités ordinaires de la procédure, et eti dérogeant à toutes les lois existantes qui y seraient contraires. Voici les paroles royales :

“ Vittorio Emauuele, per gratta di Dio, Re di Sardegna, di Cipro e Gerusaleme, SfC. &;c. Ifc.

“ Volendo noi avéré un bcnigno riguardo aile cir- “ costanze esposte, alla natura delle contestazioui, “ ed alla qualité dclie parti, ci siamo, per un tratto “ spéciale di nostra grazia, determinati ad accoglierc “ favorevol mente le fatteci supplicazioni. Eppcrè, “ per le prcsenti, di nostra certa scicuza, rcgia auto- “ rilà, ed avuto il parère del nostro Consiglio, . ,

“ commetiiamo al Consolato Nostro

“ di Nizza, acciè

“ décida e pronunzi definitivamente, in via sommaria, " senza formalité di processo, ed a termini di ra- “ gione ; conferendogli per quest’oggetto, l’autorité “ necessaria ed opportuna, e derogando ad osni “ legge in contrario

" V. Emanuele.”

Cette haute protection des Gouvememens est sans contredit le témoignage le plus honorable pour le savant étranger. Et, d’après la cause que nous avons signalée, cette protection est d’autant plus décisive

que, déjà dans cette affaire, il eut, pour ennemis secrets, une partie des mêmes savans privilégiés qu’il démasque aujourd’hui, et qui, d’après l’aveu de son débitetir, portèrent ce dernier à des démarches tendant à frustrer le savant étranger des moyens nécessaires à la publication de ses travaux ultérieurs.* Alors, comme aujourd’hui, les savans à privilèges ont cherché la ruine de celui qui sacrifiait tout pour fonder l’état péremptoire des Mathématiques ; et aujourd’hui, comme alors, l’opinion publique et l’autorité politique feront, sans doute, triompher la vérité.

Mais, quelque honorable que soit, pour le savant

* Au lieu (le laib^er libre le cours de U juBtice, et de cruindrt plutôt que, par quelque abus, le savant étranger ne fût dépouillé de sa fortune et réduit ainsi à runpossibilité de publier ses travaux, les savans à priûléges ont cherché au contraire à pen’ertir ce cours formel de la justice, en portant l’infidèle dépositaire, le oominé Arsoa, à des publications diflamantes, et en lui rédigeant même ces publiesfions, dans 1a rue de dénaturer la cause le plut sainte qui ait encore exUté. — Insensés! dès lors ils ont prouvé leur incapacité de juger des choses et des hommes! — Le savant étranger, indigné de ces menées CMlienses, saisit cette occasion pour faire dévoiler au inonde des vérités supérieures, et pour faire ainsi tourner à la honte de ses ennemis leurs méprisables intrigues. £n effet, renonçant de luiméme aux avantages judiciaires que lui offrait la haute protection qu’il avait trouvée en l^iémont, et se reposant, d’une manière in- VAitLiBLE, sur les principes moraux, d’un ordre supérieur, que, durant ses rvlations, il avait inculqués dans l’àme de son débiteur, U laissa à sa libre disposition, par ia fameuse provocation ]>ubUque de Ofl ou \oN,racquiHement de celte dette. — Le triomphe fut complet; après plusieurs mois d'une lutte scandaleuse, connue de l’Earope entière, et provoquée iocootcstablement par les savans à privilèges, l'intidcle dépositaire avoua le dépôt et acquitta, de lui< même, sa datte sacrée.

Quant à l’ordre supérieur de vérités et de principes moraux, qui furent dévoilés à cotte fameuse occasion, ils se trouvent indiqnéf dans le 1^' Suméro Hu Sphinx,

étranger, ce témoignage de l’Europe éclairée, il doit, dans la circonstance solennelle où il se trouve ici, c’est-à-dire, devant le Parlement de l’Empire Britannique, lier ses attentes à une anticipation sur le témoignage de la postérité, à laquelle il a déjà légué une partie de ses travaux dans les ouvrages suivans :

1°. Introduction à la Philosophie des Mathématiques (181 1).

2°. Résolution Générale des Equations de tous les Degrés (1812).

3®. Réfutation de la 'Théorie des Fonctions Analytiques de Lagrange (1812).

4°. Philosophie de l’Infini (1814).

5®. Philosophie de la Technie ; Première Section, contenant la Loi Suprême des Mathématiques (1815).

G®. Philosophie de la Technie ; Seconde Section, contenant les Lois des Séries, comme Préparation à la Réforme des Mathématiques (1816 et 1817).

7°. Critique de la Théorie des Fonctions Génératrices de Laplace (1819)-

Dans ces ouvrages, si nous ne nous trompons, les principes philosophiques des Mathématiques, qui demeuraient inconnus, sont enfin dévoilés complètement, et les méthodes assurées de l’application des Mathématiques, qui manquaient partout, sont déjà fixées positivement. — L’étendue de cette réfonne se trouve déterminée, avec précision et détail, dans un opuscule que, par des raisons spéciales, le savant étranger vient de publier à Londres sous la forme à’ Introduction à un Cours de Mathématiques, et auquel, dans la circonstance présente, il doit s’en référer.

Nous ne nous attacherons pas ici à relever l’aspect philosophique que la science reçoit de cette réfonne, et dont elle manquait absolument. Nous nous bornerons, pour signaler ce nouvel aspect, à dire que toute l’immensité des Mathématiques, ce chaos mo-

deme, se trouve débrouillé au moyen d’un seul principe, auquel tous les procédés de ces sciences se ramènent naturellement. Une seule loi, nommée avec raison loi suprême des Mathématiques, offre, sous ce nouvel aspect, non implicitement, mais explicitement, l’ensemble systématique et tous les détails élémentaires de cette vaste science.

Mais, nous devons ici insister davantage sur l’application assurée des Mathématiques, qui est le fruit de la même réforme. C’est, en effet, au moyen de cette nouvelle application que le savant étranger a pu obtenir les nombreux résultats pratiques qu’il a apportés à l’Angleterre. — Avant que les nouveaux principes fussent assignés aux Mathématiques, les géomètres n’avaient qu’un seul instrument universel, LES SÉRIES, tel qu’il provenait naturellement de l’application générale du calcul différentiel, découvert par Newton et Leibnitz. Or, comme il est notoire, cet instrument isolé, quoique universel, fut trouvé insufRsant, lorsqu’on aborda la solution des hautes questions de la physique. Et effectivement, toutes ces grandes questions demeurent encore aujourd’hui non résolues. — La réforme actuelle de la science prétend avoir découvert, sous le nom de Technie des Mathématiques, non seulement tous les autres instrumens universels, à côté desquels celui des séries, le seul connu des géomètres, forme le cas le plus élémentaire, mais de plus l’ensemble systématique de ces divers instrumens universels des Mathématiques. Et c’est sur cet ensemble systématique, tel qu’il dérive immédiatement du nouveau principe premier de ces sciences, c’est-à-dire, de leur loi-suprème, c’est, disons-nous, sur cet ensemble systématique de tous les instrumens possibles que la réforme actuelle prétend être en droit de fonder une application ASSURÉE des Mathématiques.

Or, comme nous venons de le dire, et comme cela est exposé plus en détail dans l’opuscule susdit, qui a paru sous le titre A’ Introduction à un Court de Mathèmatiques, c’est précisément en faisant usage de cette nouvelle application de la science, que le savant étranger est parvenu aux nombreux résultats pratiques qu’il a apportés à l’Angleterre, pour répondre à l’appel de sa Législature, — Ces résultats sont les suivans t

1°. Une nouvelle théorie mathématique des fluides, servant de base aux théories nautiques, et dans laquelle on démontre l’erreur de la prétendue théorie des fluides dont les géomètres se servent jusqu’à ce jour.

2°. Une nouvelle théorie mathématique de la figure et de la structure intérieure de la Terre, où l’on découvre que tous les résultats qui, jusqu’ à ce jour, ont été reconnus par les savans, concernant cette figure et cette structure de notre globe, sont erronés.

S°. Une nouvelle détermination géographique des lieux terrestres, servant à compléter l’ancienne détermination par les longitudes et les latitudes, lesquelles s’y trouvent démontrées insuffisantes.

4°. Un nouveau système d’opérations géodésiques, propres à nous conduire, suivant la nouvelle théorie de la Terre, à la connaissance de la vraie figure et structure intérieure de notre globe.

5°. Un nouveau système d’opérations topographiques, propres à la prompte levée des côtes maritimes et des terres nouvellement découvertes.

6°. Une nouvelle théorie micrométrique, servant de base à ime nouvelle application du micromètre au perfectionnement indéfini des instrumeus astronomiques et nautiques.

7°. Un nouvean système d'instromens géodésiqac^ entièrement achevés, fondés sur cette théorie micrométrique, et destinés à réaliser immédiatement le nouveau système d'opérations géodésiques, et le nouveau système d'opérations topographiques, indiqués aux N"' 4 et 5.

S°. Plusieurs instnimens nautiques, fondés sur la même théorie micrométrique, parmi lesquels se trouvait un télromètre marin, destiné à mesurer sur mer, à bord des vaisseaux, la distance des objets sans en connaître les dimensions.

9". Une nouvelle théorie mathématique des marées, résultant de la nouvelle théorie des fluides et de la nouvelle théorie de la Terre, où l’on découvre que l'ancienne théories des marées, spécialement celle de M. Laplace, d'après laquelle ce phénomène est calculé dans la Connaissance des Temps, est tout-à-fait erronée.

10°. De nouvelles tables des marées, entièrement achevées, et propres à calculer, dans tous les lieux maritimes, toutes les circonstances du flux et du reflux de la mer.

11°. Une nouvelle théorie mathématique de la construction de l’atmosphère, et de toutes ses affections mécaniques, spécialement de son état d’équilibre, et de son état de mouvement ou de vents.

12°. Une nouvelle théorie barométrique pour la mesure des hauteurs, et en général pour les nivellemens rigoureux, indispensables dans les opérations géodésiques susdites, où l'on découvre que les diverses formules que l’on a pour ces mesures barométriques, spécialement celle de M. Laplace, sont inexactes.

13°. Une nouvelle théorie mathématique des réfractions, astronomiques et terrestres, indépendante

4e toute hypothC-se sur la construction mécanique rie l’atmosphère.

14°. De nouvelles tables de ces réfractions, entièrement achevées, et servant à calculer ce phénomène, non seulement pour les variations barométriques et thermométriques, mais généralement pour toutes les variations de l’atmosphère, hygrométriques, anémométriques, et autres quelconques, connues ou même inconnues.

15°. Un nouveau système d’application du calcul des probabilités aux observations astronomiques, pour Évaluer, à chaque fois, le degré de leur certitude, et pour fixer, où il y a lieu de le faire, la moyenne la plus probable ; système dont il a été donné un échantillon à M. Pond, Astronome-Royal de Greenwich, pour déterminer ainsi le degré de certitude et la moyenne la plus probable dans l’application de sa belle méthode pour ^xer avec exactitude la position des étoiles.

16°. Une nouvelle Mécanique Céleste, tout-à-fait indépendante de séries ou de simples approximations mathématiques, auxquelles, jusqu’ à ce jour, ont été bornées toutes les questions de la Mécanique Céleste, et offrant, par l’application générale de la loi-suprème elle-même des Mathématiques, une solution rigoureuse et entièrement théorique des principales questions du Système du Monde.

17°. Enfin, une nouvelle théorie des mouveinens de la Lune, formant une partie plus détaillée de cette nouvelle Mécanique Céleste, et donnant, par le moyen de tables lunaires, très faciles h construire, la solution définitive du problème des longitudes sur mer, telle précisément que l’avait desirée Newton, lorsqu'il provoqua la création du Bureau des Longitudes,

Nous savons très bien, d’après ce que l’on a déjà manifesté, que ces résultat» paraîtront, pour le moins, exagérés. Le savant étranger a lui-mème prévu cette espèce d’inconvénient, d’ailleurs si glorieux pour lui ; et il est assez heureux pour pouvoir, dès à présent, offrir quelque garantie pour cette annonce si peu croyable.

D’abord, pour tous ceux de ces résultats qui concernent la nouvelle théorie de 1a Terre, ou qui en dépendent; résultats qui ont été effectivement présentés au Bureau des Longitudes de Londres, dans trois volumes in quarto, manuscrits, de près de mille pages; le savant étranger trouve ici l’occasion heureuse de pouvoir donner une garantie, peut-être suffisante, par un Mémoire, offrant iin aperçu de cette nouvelle théorie de la Terre, qu’il a eu l’honneur de présenter à la Société Royale de Londres, tout à la fois pour témoigner sa profonde déférence au corps lui-même des savans anglais, et pour laisser, parmi eux, un monument de sa malheureuse présence dans leur pays.

Ensuite, pour ceux de ces résultats en question qui concernent l’Atmosphère, et dont les principaux, dépendant de la loi que suit sa construction mécanique, ont déjà été présentés effectivement au Bureau des Longitudes de Londres, dans la nouvelle théorie des réfractions; il nous semble que l’essai qui vient d’être fait par le Secrétaire de ce Bureau de produire, sous son nom, cette importante loi, offre ici une garantie suffisante. C’est en effet, comme nous le verrons à l’instant, cet essai déloyal du Secrétaire du Bureau des Ixmgitudes, si décisif dans cette circonstance, qui est l’objet de la présente Pétition.

Enfin, pour ceux des résultats qui concernent la nouvelle Mécanique Céleste, et plus spécialement la nouvelle Théorie de la Lune, les seuls qui heureusement n’ont pas encore été présentés au Kureau des Lougittides, nous pouvons, pour leur garantie, renvoyer tout simplement à la fin de la première section de la Philosophie de la Technie, où, sous les marques (142), (143), &c., le savant étranger a déjà posé les fondemens mathématiques de cette nouvelle Mécanique Céleste; et nous pensons que ceux qui auront approfondi ces fondemens, n’éprouverons plus de surprise à l’annonce de ces derniers résultats.

Quimt à la théorie micrométrique, et aux divers instrumeiis qui sont fondés sni cette théorie, et qui ont été eifectivement aussi sous les yeux du Bureau des Longitudes, il nous semble que, par l’espèce de violence que le Bureau a exercée pour obtenir ces instrumens, avant de les connaître, cette partie matérielle de résultats n’offre rien d’incroyable; et nous pouvons sans doute nous dispenser de donner ici une garantie pour l’annonce de ces résultats.

Ainsi, autant qu’il est possible de le faire, ou même autant qu’il est désirable, ces résultats annoncés se trouvent ici sufiisamment garantis. Et nous pouvons, sans craindre de paraître abuser de l’attention du Parlement Britannique, poursuivre cet exposé.

Comme il vient d’étre dit, à l’exception de la nouvelle Mécanique Céleste et de la Théorie Lunaire, qui ont heureusement échappé à cette ruine, tous ces divers résultats ont été, bon gré mal gré, sous les yeux du Bureau des Longitudes de Londres. — Et quel accueil y ont-ils trouvé ? — Tout à la fois le plus injuste pour le savant étranger, et le moins glorieu.x pour le Bureau des Longitudes.

On a étudié ces résultats, autant du moins qu'on a su le faire, on les a même transcrits, afin de pouvoir

le les approprier, en les produisant publiquement sous le nom du Secrétaire du Bureau des Longitudes. Et, pour cacher ce jeu indigne, on a renchéri d’arrogance, en foulant aux pieds l’Acte du Parlement, et en cherchant, avec une apparence d’autorité, à se soustraire à l’examen public de ces travaux.

En effet, une partie majeure de ces résultats scientifiques, et nommément la théorie des réfractions, telle qu’elle fut présentée au Bureau des Longitudes par le savant étranger, se trouve déjà produite publiquement sous le nom du Secrétaire de ce Bureau. Et cependant, lors de la présentation dé cette théorie, le Bureau, méconnaissant ouvertement son institution, renvoya, avec une prétention do fierté, le Mémoire du savant étranger, en déclinant, c’est-àdire, en esquivant d’entrer dans l’examen officiel de cette théorie.

La même fierté simulée et la même formule de rféefiner l’examen officiel, furent employées, purement et sin^ement, dans toutes les réponses que le Bureau des Longitudes a faites au savant étranger sur les résultats scientifiques qui, comme nous venons de le dire, ont été, bon gré ou mal gré, sous les yeux de ce Bureau. Et par conséquent, ce savant a malheureusement le droit de s’attendre, pour ses autres résultats, au même sort qu’a subi, auprès du Bureau des Longitudes de Londres, sa théorie des réfractions. Ainsi, d’un jour à l’autre, il s’attend, avec peine, à voir paraître, sous le nom du Secrétaire du Bureau des Longitudes, sa théorie des fluides, sa théorie de la Terre, sa théorie des marées, &c. &.C., qui toutes ont été sous les yeux du Bureau des Longitudes.

Cette attente malheureuse, aussi pénible que fondée, de perdre, par l’abus de l’autorité du Bureau des Longitudes, le fruit de ses longues veilles, et surtout la spoliation réelle, consommée par cet abus, c’est-à-

dire, la spoliation dont il vient d'itre victime dans sa théorie des réfractions, sont les motifs de la Pétition présente, que le savant étranger adresse, avec autant de confiance que de respect, au Parlement de 1 Empire Britannique.

Mais, pour concentrer l’activité de cet auguste tribunal, et pour prévenir ainsi qu’une extension libérale de l’autorité du Parlement ne rende inefficaces ses justes et nobles intentions, nous devons, nousmême, indiquer ici les limites au de-là desquelles la justice ne saurait plus être obtenue aujourd’hui, et par conséquent les limites au de-là desquelles, dans les conditions présentes de l’humanité, nul pouvoir politique ne saurait plus faire triompher la vérité.

Ces limites, en apparence si reculées, sont malheureusement beaucoup plus restreintes qu’on ne se l’imagine communément. Tout ce qui dépend de considérations scientifiques, c’est-à-dire, tout ce qu’il y a d’essentiellement important pour l’homme, comme dépendant de vérités supérieures, auxquelles se rattache éminemment l’existence des êtres doués de la raison, tout cela, disons-nous, est déjà, par le progrès fatal mais nécessaire de la civilisation, arraché au pouvoir de l’humanité, et par conséquent à l'autorité politique. Une classe d’hommes, parés du titre de savans *, sont parvenus, par un abus de l’ascendant réel que la science exerce sur les hommes, et de la dépendance nécessaire où l’humanité se trouve par rapport au savoir, sout parvenus, disons-nous, à arracher à l’autorité souveraine des privilèges inviolables, et à constituer ainsi, au milieu du

* La dénomination de «nraat itrmger par laquelle le pétitionnaire est désigné dans ces écrits, indique seulement ses occupations scientitqnes, et ne doit pas être considérée comme un titsi, tésuluutt d'associatieu scientiflques, et par conséquent de privilèges.

monde politique, im monde savant, dans lequel, comme dans un antre impénétrable aux profanes, le sort de la vérité parmi les hommes est décidé en dernier ressort. — Les Goavememens croieirii faire servir à des &ns glorieuses ces msdratioas, sî respectables en apparence ; mais malheureusement, par suite de l’ignorance scientifique qu’elle partage avec le reste de l’humanité, l’autorité politique, sans qu’ elle puisse s’en douter, est elle-même asservie par le monde savant; et, depuis longtemps, tous les pr«s> grès majeurs de la partie éclairée de notre globe, sont effectivement régis par ce monde invisible.

Pour se former une juste idée de cette autorité supérieure du monde savant, il faut en embrasser l’horizon entier, en ne s’arrêtant pas seulement aux sciences mathématiques et physiques, mais en s’étendant, par degrés, aux sciences politiques, aux sciences morales, aux sciences religieuses, jusqu’à la philosophie, à cette législatrice souveraine du savoir de l’homme, à ce sanctuaire inviolable des destinées de l’humanité. On découvrira alors qu’en principe le monde savant régit effectivement le monde politique, parce qu’il prononce suc tout ce qu’il y a de fondamental dans les actions des hommes, et qu’il ue laisse à l’autorité politique que les décisions secondaires, qui peuvent être rendues pour ainsi dire mécaniquement, en suivant des règles immuables, fixée» d’avance par l’autorité du savoir.

Or, dans un pareil ordre de dépendance, on conçoit facilement quels doivent être, pour le moins, les abus de ce pouvoir sacré, qui est ainsi attaché aux dépositaires du savoir et de la vérité parmi le» hommes. Mais, il est dilBcile à concevoir que, précisément de ce foyer, qui doit éclairer l’homme pour le guider vers sa grande destinée, découlent les maux qui menacent l’humanité de sa destruction. — Ce n’est

pas ici le Heu de dévoiler le secret de cette funeste influence. Autant que cela est nécessaire pour son but présent, le savant étranger vient de soulever le toile, afin de laisser entrevoir cette profonde perversion, dans récrit déjà cité plus haut et intitulé : T/vis lettre! à Sir Humphry Davy, Président de la Société Royale de Londres, sur T imposture publique des sacaru à privilèges ou des sociétés savantes.

Ce document suffira sans doute pour indiquer les limites hors desquelles, dans l’affaire présente, l’autorité politique est absolument impuissante pour faire triompher la vérité.-^Ainsi, quand même, par un mouvement de grandeur, si familier au Parlement de la Grande-Bretagne, cet auguste tribunal voudrait faire rendre une justice entière au savant étranger, en ordonnant l’examen officiel des résultats scientifiques qu’il a apportés à l’Angleterre, pour lui faire décerner les récompenses promises, et pour le dédommager des pertes, constatées authentiquement, qu’il a éprouvées par suite de ses relations avec le Bureau des Longitudes ; quand même, disons-nous, avec sa magnanimité accoutumée, le Parlement Britannique voudrait ainsi faire rendre une justice entière au savant étranger, cet illustre Corps d’Etat se trouverait dans une impuissance absolue de réaliser ses nobles intentions. Comme nous venons de le dire, il arrive aujourd’hui que, par un développement nécessaire de l’humanité, et spécialement par un développement supérieur de la civilisation, le Parlement Britannique, en apparence si puissant, se trouve, comme tous les autres Corps d’Etat de l’Europe, dans une dépendance inévitable d’une autorité supérieure; et, dans le cas présent, cette autorité supérieure paralyserait incontestablement les efforts du Parlement Britannique. En effet, la seule manière légale dont ce c 2

tribunal pourrait faire réaliser ses intentions, ptmf procurer une justice entière au savant étranger, serait de référer à un comité de savans privilégiés l'autorité de prononcer sur les prétentions scientifiques de ce pétitionnaire ; et, d'après les documens incontestables que ce dernier produit dans l’endroit cité, où il démasque l’imposture publique des savans à privilèges ou des sociétés savantes, il est absolument impossible, surtout par le motif de cette imposture publique, qui cette fois-ci consiste dans l’ignokance scieh- TiPigUE des savans titrés, il est absolument impossible, disons-nous, que, par ces hommes, la justice soit rendue au pétitionnaire.

Ainsi, en dépit des grandes vues du Parlement Britannique, qui, dans l’Acte sur lequel le savant étranger fonde ici ses réclamations *, déclare ouvertement ■vouloir avancer “ l’honneur et l’intérêt de la Grande- Bretagne,” et en dépit des sentiniens magnanimes de cet illustre Parlement, qui, dans le même Acte, offre libéralement de grandes récompenses pour l’accomplissement de ses vues éclairées ; le pétitionnaire se trouve, par l’influence funeste et inévitable des savans privilégiés, hors de toute possibilité d’obtenir, même auprès de ce digne tribunal, non seulement la justice entière à laquelle il a droit, mais pas même une justice bornée à ses sacrifices. Il doit donc, pour ne pas perdre tout absolument, prévenir lui-même les nobles intentions que, dans cette occasion solennelle, ou plutôt décisive, le Parlement Britannique aurait immanquablement pour faire triompher la vérité. 11 doit, avec le plus profond respect, s’opposer lui-même à l’extension entière que le Parlement voudrait ici

. • »B' George III. Cap. XX.

donner à sa puissante dictature, parce que cette trop grande extension en rendrait vains les efforts, aussi justes que glorieux. Il doit enfin supplier le Parlement Britannique de concentrer ici son autorité magnanime, en la retenant dans les limites où cet auguste tribunal pourra décider par lui-mème, et hors de toute dépendance du monde savant.

En conséquence, renonçant aux récompenses magnifiques qui sont offertes par la Nation Anglaise, et auxquelles il croit avoir des droits plus que sufhsans, constatés déjà par l’impossibilité scientifique où l’on a été d’examiner officiellement scs travaux; et renonçant même à la réparation des pertes considérables qu’il a essuyées par un abus indigne de ces glorieuses promesses ; le savant étranger se borne à réclamer, auprès du Parlement de l’Empire Britannique, le paiement de la modique récompense qui, en vertu de l’article viii de l’Acte susdit, est due incontestablement à ce savant, pour une théorie des réfractions astronomiques qu’il a présentée au Bureau des Longitudes, et de laquelle ce Bureau a tiré le plus de profit qu’il lui a été possible. En effet, le Secrétaire du Bureau des Longitudes a avoué authentiquement que cette théorie lui a appris à connaître la fausseté des tables de réfractions que le Bureau publie dans T Almanach Nautique, pour l’usage de la Marine Britannique; et de plus, le même Secrétaire du Bureau des Longitudes, pour corriger ces erreurs de l’Almanach Nautique, a produit publiquement, sous son propre nom, les principes de cette théorie, telle qu’elle avait été présentée au Bureau des Longitudes par le savant étranger. — C’est, nous le répétons, au paiement de ce profit recueilli par la Nation et avéré avec authenticité, c’est-à-dire, 1°" la découverte de la fausseté des tables de réfractions, et 2°’ la correction de ces tables

de réfractions, telles qu’elles sont publiées par le Bureau des Longitudes pour l'usage de la Marine Bri'? tannique ; c’est, disons-nous, an paiement de ce service uational que le savant étranger borne ici expressément ses réclamations auprès du Parlement de l’Empire Britannique.

La nécessité impérative, ou du moins le motif puissant de cette limitation extrême des réclamations du pétitionnaire, consiste en ce que, dans ces bornes, le Parlement pourra effectivement prononcer par Inimêine, ou hors de toute dépendance du monde savanL — Il suflira pour cela de constater, non la vérité scientifique elle-même de la théorie des réfractions dont il s'agit, et de laquelle le savant étranger vient d’élre spolié, mais uniquement les faits matériels de cette spoliation, lesquels, sans contredit, au moins aux yeux du Bureau des Longitudes, constituant ici Ip juge compétent, prouvent cette vérité scientifique et» question. ,

Or, sans prétendre nullement imposer an Parlement Britannique le mode suivant lequel il doit constater CCS faits matériels de la spoliation qui est l’objet de la présente Pétition, il nous semble que ce suprême tribunal de la Nation Anglaise ne saurait, sans prOr voquer la preuve juridique du parjure, se refuser ê l’évidence légale d’uue déposition soleunelle, fajte, sous serment, devant le premier magistrat de la Cité de Londres, par un pbbtre de l’Eglise Anglicane, établie par la loi ; déposition qui constate ces f^iu matériels de la spoliation dont il s’agit. — En conséquence, sans vouloir en rien préjuger sur les attribifT tiong de ce Parlement éclairé, et dans la simple conviction de la vérité légale de la dite déposition, nous prenons la liberté de joindre ici cp document imposant. — X æ voici ;

Dépositicn du Rfviretid M. Nolan, faite, tous serment, ■ par devant le lard Maire de la Cité de Londres.

Frétbéric Nolan, prêtre, detnenrant rue d’Earl, en la Cité de Londres, dépose comme suit, et déclare, sous serment, qu’en faisant cette déposition, il n’est mu ni par la faveur, ni par la prévention à l’égard d'aucun des partis sous-mentionnés, mais uniquement porté par la considération de la justice envers celui qu’il croit lésé ; et qu’il fait ainsi solennellement cette déposition dans la vue d’obtenir la foi pour un fait qui, en lui-même, surpasse tellement toute croyance que, sans une pareille attestation, il ne pense pas qu’ on veuille y croire; — savoir : .

1®. Que, dans V Almanach Nautique (•) pour l’année 1822, publié sous l’autorité et avec le privilège (p. xvi) du Bureau des Longitudes, une Table de Réfractions est doimée (p. 145, sqq.), et déclarée, sous les mêmes autorité et privilège (p. 1), “ avoir été calculée d’après une simple formule, dérirée originairement d’un théorie,” et plus expressément (p. 148), “ avoir été calculée suivant les principes exposés, par le Dr. You'ng, dans les Transactions Philosophiques pour 1819.”

2°. Que, par un Acte du Parlement (53'. Geor. III. cap. XX), qui est publié dans le même Almanach, une récompense est oiTerte (Ibid. ^ 8) “ à toute personne qui aura fait des propositions, intentions, et tables, ou des corrections, et améliorations d’anciennes inventions et tables, ingénieuses en elles-mêmes, et utiles à la navigation.” (*)

(*) Oarraga oflciel, destiné pour la marine ao^aise, tel que la Csaaoûsaacs du Timps en France.

3°. Que, en réponse i la demande susdite de la Législature, et confonnérnent à ses deux conditions, un Manuscrit, d'un volume in quarto, contenant une Correction “ de la théorie” de laquelle sont dérivées les Tables de Réfractions, publiées sous l’autorité et le privilège sus-mentionnés, et une Théorie scientifique pour un nouveau système de Tables, fondée sur une loi générale, fut présenté au Bureau des Longitudes par M. Hoëné Wrcnski; et que la réception du Manuscrit contenant cette Correction et cette Théorie, a été accusée, par une lettre de Lord Melville, Président du Bureau des Longitudes, et par une autre lettre du Dr. Young, Secrétaire du Bureau des Longitudes, datées l’une et l’autre du 18 avril 1820 (•).

4". Que, dans la dernière de ces lettres, dan» laquelle le Secrétaire du Bureau constate la réception du Manuscrit de M. Wronski, il avoue lui-même la Correction faite par ce savant étranger dans s^ Théorie des Réfractions, et déclare “ qu’il reconnaîtra, devant le Bureau des Longitudes, que ce savant (M. Wronski) a découvert une bévue dans son rapide Post- Scriptum (**) sur les Réfractions”, lequel Post- Scriptum est offert, sous l’autorité et le privilège du Bureau des Longitudes, comme contenant “ la théorie et les principes” desquels sont “ originairement déduites” les Tables de Réfractions dans l’Almanach Nautique.

(*) Ce manuscrit fut gardé dix jours par le Bureau des Longitudes, B'ayant été remis é la disposition de M. Wronski que par la lettre efficialle du Secrétaire de ce Bureau, datée du »8 Avril, 182 ». .

(*•) C’est sous ce titre de Post-Scriptum que se trouve produite^ dans les Transactions Philosophiques pour 1819 , la 11180110 des Hé, (raclions du Dr, T, Younÿ.

5*. Que, dans le Journal dtt Sciencei (•) pour juillet I8SI (quinze mois après la présentation du Manuscrit de M. Wronski), le Secrétaire du Bureau des Longitudes, qui, par office, est directeur de l’Almanach Nautique (Act. uti supr. SI), reproduit “ la théorie” offerte sous l’autorité et le privilège susdits, comme contenant “ les principes” desquels sont “ originairement dérivées” les Tables sanctionnées par le Bureau des Longitudes ; et, d’une manière encore plus claire et plus expresse, il expose ses. " bévues”, et professe de les rectifier dans ce qu’il appèle “une correction entre parenthèses”; et que “ les corrections”, proposées ainsi par le Secrétaire du. Bureau des Longitudes, et Directeur de l’Almanach, Nautique, sont identiques avec celles qui ont été présentées par M. Wronski au Bureau des Longitudes,^ et accusées, comme ayant été reçues, par lettres du Président et du Secrétaire. ,

6°. Que, dans cette reproduction “ de la Théorie”, de laquelle les Tables de Réfractions, sanctionnées; par le Bureau des Longitudes, sont déclarées avoir été “ originairement dérivées”, une section entièrement nouvelle (N°. 5) est introduite par son auteur, (le Secrétaire du Bureau), et sous son nom ; et que cette section propose de nouveaux principes pour autorité des Tables susdites, lesquels, non seulement dépassent les principes offerts, sous le privilège du. Bureau, comme autorité pour les Tables publiées sous la sanction de ce Bureau, mais de plus sont iden-, TIQUES avec les principes présentés par M. W'ronski au Bureau des Longitudes (quinze mois auparavant),' comme fondement de sa nouvelle l'héorie et de ses nouvelles Tables ; en tant que ces principes consistent

' (*) OvYiage piriodiqoe anglais, publié sous les auspices des ptini pipaua sarans dt Londras. . - - >

dans une loi générale, ayant la même (*) expression théorique, “ laquelle, (comme l’observe ce savant étranger dans son Adresse au Bureau, p. 70, 1. 1 1)> étant une fois reconnue, la détermination des réfractions se réduit à une simple question algorithmique”.

7®. Que, tandis que “ la correction” des erreurs “ de la théorie” de laquelle sont “ originairement dérivées” les Tables de Réfractions sanctionnées par le Bureau des Longitudes, demeure ainsi “ avouée” par son auteur lui-même, remplissant non seulement les fonctions de compilateur de l’Almanach Nautique, mais agissant de plus dans la double capacité de membre annuel et de secrétaire du Bureau des Longitudes ; et tandis que les Tables de Réfractions, publiées sous le privilège et l’autorité de ce Bureau, demeurent ainsi dépourvues de toute autorité, si ce n’est celle qui est déduite de la loi générale, sous la même expression théorique, sous laquelle M, Wronski a fait connaître »] Bureau des Longitudes sa nouvelle Théorie des Réfractions, ayant été attiré par la promesse d’une “ récompense pour des propoàtiont, inventions, et tables, ou des corrections et améliorations d’anciennes inventions et tables”: ce savant étranger se trouve réduit à voir, non seulement que la récompense pour le service national, qu’il a rendu sur la foi d’une oflfre de la .Législature, lui est retenue ■ far ut Bureau des Longitudes, mais que de plus le SsCBiTAlRE DR CB BUREAU s’EST AFPROPRli

(*) Le R^ferend M. NoUb aorsit pu dire ayant UitéralemaU la sème expreaaioB*’ ; car, duie cette poUication de la loi de M. Wroneki| publication rraiment éhontée, le Secrétaire du Bureau n’a paa même pris la peine de changer la forme dea expressione algébriqnee, et ae borne, pour tonte finoMei 4 remplacer la lettre ^ par la lettre

•ES coBRECTioNS ET INVENTIONS; — nonobstant que ce savant étranger efit protesté formellement contre l’influence du dit Secrétaire, en tout ce qui concernerait “ les Propositions” que ce savant faisait en réponse à un Acte de la Législature, nonobstant, dis-je, qu’il eût protesté ainsi formellement lorsqu’il confia sa Théorie des Réfractions au président du pureau des Longitudes.

■' Signé, Frêd. Nolan,

^ Prêtre de l’Eglise Angli-

cane, établie par la loi.

iluré par devant nous, à Mansion Ifouse, ce jourd’hui , , 14 N.ovembre, 1821.

■ ■ ' Signé, Maonay,

Lord Maire.

£n se fondant sur cette Déposition, comme sur une preuve légale suffisante, le pétitionnaire supplie le Parlement de l’Empire Britannique de lui faire rendre Ja justice qui lui est due; c’est-à-dire, en se fondant sur ce document impérissable, le savant étranger réclame le paiement qui a été promis dans l’article viii du statut du Bureau des Longitudes. ^ ^ ^

Sans doute, la justice seule de celte réclamation suffira, auprès du Parlement Britannique, pour, appeler sa gracieuse attention. Mais, il existe, en outre, deux motifs majeurs que le savant étranger, qui ÿ l’honneur de s'adresser ici au Parlement, ne doit pas pmettre de porter à sa cpnnaissance.T— Les voici.

^ D’abord, comme cela est déjà notoire, ce savant a été retenu forcément à Londres par la violation de tes instrumens déposés à la douane, et par l’enchaînement inévitable des circonstances qui en son(

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résultées. Il a été «nsi obligé de contracter, dan<ce pays, des dettes pour sa subsistance. Or, c’est uniquement pour payer ces dettes à des individus Anglais, et pour pouvoir librement retourner sur le Continent, que le savant étranger, sacrifiant par nécessité tout le reste, réclame au moins la modique récompense qui lui est due incontestablement.

Ensuite, comme cela a déjà été prouvé plus haut, ce savant se trouve exposé à voir, d’un jour à l’autre, produits publiquement, sous le nom du Secrétaire du Bureau des Longitudes de Londres, les travaux scientifiques qu’il a présentés à ce Bureau. Il lui importe donc essentiellement que, par la justice rendue sur la réclamation présente, le Parlement daigne désavouer d’avance toute spoliation future que le Bureau des Longitudes pourrait exercer sur ces travaux scientifiques du savant étranger.

Tel est. Milords et Messieurs, l’exposé de ce nonveau genre de concussion ou d’abus de l’autorité publique, dont le pétitionnaire est la victime en Angleterre. 11 l’a porté à votre connaissance avec toute la confiance que votre sagesse et votre justice inspirent à l’Europe entière.

' 11 ne lui reste donc qu’ à légitimer. Milords et Messieurs, le manque de formalités qu’il commet en vous adressant publiquement cette Pétition. — II est assuré, par la même sagesse et la même justice, qui sont les traits distinctifs du Parlement Britannique, que vous trouverez une légitimation complète dans les circonstances suivantes.

Lorsque le Révérend M. F. Nolan eut fait sA

déposition devant le Lord Maire de la Cité de Londres, il en fut donné copie à Sir Humphry Davy, comme au Président de la Société Royale; à Lord Melville, comme au Président du Bureau des Longitudes; et à Lord Liverpool, comme au Premier Ministre de l’Angleterre. Le profond silence que ces illustres personnages gardèrent sur cet envoi, en n’y donnant aucune réponse, devenait, pour le savant étranger, une indication suffisante de ce que ses instances auprès des membres du Parlement, dans la vue de les porter à présenter sa pétition, demeureraient infructueuses. En effet, considérant qu’il s’agissait d'une affaire scientifique, tout membre bienveillant aurait jugé convenable, et avec raison, de prendre quelques informations sur cette affaire; et certainement, les dispositions secrètes qui étaient traliies par le silence que nous venons d’accuser, et qui résultaient nécessairement de l’influence des savans à privilèges, ne laissaient aucun espoir de succès par la voie de cea informations.

Mais, pour ne pas nous fonder sur de simples suppositions, quelque probables qu’elles soient, nous devons, afin de prouver cette puissante influence des savans à privilèges, alléguer ici le fait grave qui est cité dans la dernière des lettres que le savant étranger vient d’adresser publiquement à Sir Humphry Davy, pour y démontrer l’imposture de ces savans privilégiés. —Le voici.

Peu de temps avant que fut produite la Déposition du Révérend M. Nolan, un illustre personnage de l’Ejnpire Britannique, ayant appris de cet ecclésiastique la situation déplorable du savant étranger, daigna, dans une lettre officielle du 19 Octobre,' faire espérer à ce savant sa puissante protection. Et, dès

que la Déposition de M. Nolao fut produite, de laquelle ce grand personnage eut connaissance, l’influence des savans â privilèges fut assez puissante pour faire abandotmer sa généreuse promesse à ce grand homme, dont le caractère énergique est reconnu de l’Europe entière. '

Peut-être dira-t-on que le savant étranger aurait dA an moins faire des tentatives auprès des membres da Parlement, afin d’obtenir un refus positif qu’il pourrait alléguer pour sa légitimation présente. — Ces tentatives ont été faites, autant du moins que la situation infortunée de ce savant lui a permis de les faire. Lorsqu’il publia son jippeliation au Parlement Britannique, il en envoya un exemplaire à presque tous les membres, alors présens à Londres ; et malheureusement, aucune réponse, oflfrant un appui légal, ne lui fut donnée, sans doute par la raison qa’il s’agissait d’une affaire scientifiqne. Bien plus, le savant étranger s’adressa alors à un membre du Parlement*, qui s’occupe de sciences mathématiques, et qui, dans ce temps là, avait bien voulu lui faire de grands complimens sur ses découvertes; mais, ce membre distingué s’excusa, d’une manière indirecte, en décourageant le savant étranger sur cette démarche : il prétendait que le Parlement rejéterait la pétition, par la raison qu’il s’agit d’un objet scientifique, qui est entièrement du ressort du Bureau des Longitudes.

Permettez nous donc. Milords et Messieurs, de vous faire savoir actuellement quelle est la justice que ce Bureau des Longitudes a faite aux réclamations du savant étranger; et vous n’hésiterez plus à trouver

* M. D. Gilbert, trènorier d« U Société Rojralc de I.ai>drev.

légitime la démarche publique qu’il fait aujourd’hui pour porter à votre connaissance ses malheurs, si peu mérités.

Nous ne parlerons pas ici des refus illégaux et grossiers avec lesquels le Bureau des Longitudes a voulu masquer son appropriation secrète des travaux du savant étranger; refus que nous avons déjà accusés plus haut. Nous ne parlerons pas même de l’imposture hardie avec laquelle les savans du Bureau des Longitudes ont repoussés les justes et bienveillantes intentions du Conseil du Roi, lorsque, attribuant ces refus illégaux et grossiers à l’ignorance du Secrétaire de ce Bureau, qui paraît en être le directeur, le savant étranger avait présenté, par l’organC de l’Ambassadeur de son pays, une humble pétition à Sa Majesté Britannique, ayant pour objet d’obtenir des juges compétens pour les travaux qu’il avait apportés à l’Angleterre sur l’appel du Parlement. Nous nous bornerons ici à faire connaître le procédé injuste et grossier avec lequel, pour consommer cette oeuvre inique, le Bureau des Longitudes a traité les réclamations concernant la dernière des spoliations dont ce savant est la victime en Angleterre, c’est-àdire, concernant la spoliation qui est l’objet de la présente Pétition. — Vous y verrez. Milords et Messieurs, la nécessité morale qui autorise le savant étranger à réclamer, auprès de vous, la justice, et à la réclamer publiquement.

Avant de donner la moindre publicité à sa Déposition, le Révérend M. Nolan l’envoya à Lord Melville, comme au Président du Bureau des Longitudes, en l’accompagnant de la lettre pleins de réserve, que voici :

Copie de la lettre du Utoérend M. Nolan, j 1/jrd Mekille, Président du Bureau des Longitudes, ayant pour objet la production de la Déposition précédente.

le 16 Novembre, 1821.

Milord,

Cédant à ce que réclament le respect pour la (cience et la voix impérative de l’humanité, je me soumets au devoir pénible de produire devant votre Seigneurie le document ci-joint.

En comparant le reflet que jète, sur le caractère de la Nation, le procédé qui est exposé dans ce document, en comparant, dis-je, ce reflet avec l’objet professé par un acte de la législature, consistant à avancer " l'honneur et tintlrét de la Grande-Bretagne,” je n’hésite pas à croire qu’il doit y avoir ici quelque motif de malentendu ou d’erreur, que je ne suis pas à même d’approfondir. Et dans cette supposition, je prends la liberté de produire devant votre Seigneuirie la Déposition ci-jointe, pour être soumise, selon votre yolonté. Milord, au Bureau des Longitudes, qui a encore le pouvoir de réparer les torts accusés dans çette Déposition. — Quelle que soit la marche que ce Pureau suivra pour remplir officiellement les fonctions qui lui sont confiées par la législature, moi, du-moins, je m’acquitte, par cette démarche, de toute responsabilité future, qui pourrait résulter dans le cas où le document que j’ai fourni, devrait, pour l’obtention de la justice, être employé sous une forme plus publique, ou devant un tribunal plus élevé.

.Fe ne puis croire que le devoir pénible qui m’est tombé en partage, soit consciencieusement rempli, sans que je soumette iei un point de plus, non autant à la justice, qu’à l’humanité du tribunal

»Bprès duquel cette malheureuse cause demeure encore pendante. — Tandis qu’on s’approprie le fruit, et que l’on retient la récompense des nombreux jours de travail et des nuits sans repos du savant étranger, qui, par un sacrifice sans exemple de toute sa fortune aux intérêts de la science, a droit de se reposer sur la foi de la Notion; je suis obligé d’attester, eu sa faveur, par la connaissance personnelle que j’ai de ces circonstances, que ”

— Ici suit un triste exposé des cin'onï.tances fâcheuses auxquelles M. Hoi-nè Wronshi a été réduit en Angleterre, par suite de ces injustices.)

“ J’ai l’honneur d’être,

Milord, &c. 8cc.;

Signé, Frêd. Nolan.”

Cette lettre, et la Déposition elle-même, restèrent sans réponse de la part de Lord Melville, Président du Bureau des Longitudes. — Alors, un prélat de l'Eglise Anglicane, le mécène du Clergé et l’un des premiers personnages de l’Empire Britannique, homme de bien et de caractère, écrivit à Lord Melville, en lui produisant les témoignages les plus honorables pour M. Nolan, et en lui renouvelant l’objet de la Déposition de cet ecclésiastique. Mais ce fut en vain; contre tous les égard.s, cette démarche imposante resta également sans réponse. —Le même prélat, pénétré sans doute plus profondément de cette injustice, insista dans une seconde lettre, auprès de Lord Melville, sur une déclaration quelconque de sa part. Mais, cette dernière démarche fut traitée avec le même manque d’égards, et resta de nouveau sans réponse,

Ce silence obstiné de la part du Président du liurcnu des Longitudes, que vous trouverez sans doute, Milords et Messieurs, aussi peu fondé que peu respectueux de la part d’un homuie aussi dis» tingué que l’est Lord Melville, vous découvre enfin clairement la nécessité morale où se trouve le savant étranger de recourir auprès de vous-même pour obtenir justice en Angleterre. Et si vous daignez combiner les dispositions que trabit ce silence, avec celles que nous avons signalées plus haut comme provenant de la puissante influence des savans à privilèges, vous reconnaîtrez, Milords et Messieurs, que le savant étranger est fondé en raison lorsque, craignant un abus certain de Y Jlitn-Bill, qui aurait empêché toutes scs démarches, il se voit forcé de manquer aux formalités, et de porter publiquement à votre connaissance les injustices sous lesquelles U succombe en Angleterre.

Oui, Milords et Messieurs, c’est la justice, et uniquement la justice qu’il demande par cette réclamation publique; réclamation qui, dans les circonstances qui l’environnent, lui parait seule pouvoir vous parvenir. Les occupations scientifiques, et surtout les occupations philosophiques du savant étranger sont d’un tel ordre, comme il croit l’avoir prouvé dans ses ouvrages publics*, qu’il peut, sans craindre de s’attribuer un mérite, déclarer ici que, parmi les relations sociales, la justice seule demeure encore un objet d’intérêt pour lui : le point de vue scientifique sous lequel il envisage les destinées de l’humanité (Voyez le l*'- du Sphinx), le prive du plaisir de jouir de la considération que lui ac-

• Voyc» ÏP8 Sphinx.

corderaient ses contemporains ; et le principe irréfragable de ses actions (Voyez le même Numéro), lui rendrait odieuse la diffamation qu’il ferait luimême des coupables. — Il peut d’ailleurs alléguer ici, du moins pour la dernière de ces assertions, des preuves positives; les voici.

Durant deux années, le savant étranger a souffert, au milieu des savans anglais, les injustices les plus criantes, les peines physiques qui en étaient la suite, et les humiliations sans nombre auxquelles l’exposait l’ignorance de vils intrigans. Et nennmoins, nulle plainte publique, qui pourrait déceler l’intention de diffamer ces hommes coupables, n’a transpiré dans les réclamations réitérées que ce savant a faites publiquement auprès des autorités compétentes. La preuve positive de cette assertion se trouve dans ces réclamations publiques elles-mêmes, et nommément dans l’Appellation au l’arlement, dans la Pétition à Sa Majesté Britannique, dans l’Adresse au Bureau des Longitudes, et dans le Supplément à cette Adresse, où rien ne se trouve qui puisse décéler chez l’auteur l’intcution de diffamer ses ennemis.

Bien plus, il avait lui-même cherché ù cacher leur honte, en attribuant la violation du secret de ses instrumens ù un malentendu ; et, pour repousser jusqu’à l’intention d’imputer sa ruine au corps des savans anglais, il s’est soumis à l’humiliation de présenter un Mémoire à la Société Royale de Londres, afin de prouver par là une déférence pour ces savans, qu’il desirait faire croire au public. Mais, ce qui est une preuve positive et de plus irréfragable de la candeur de ses intentions, c’est que, après avoir tout perdu, et se voyant déjà près du terme déplorable qu’il signale à la fin de sou S 2

opuscule sur V Jmpoature publique des Savons à privilèges, le pétitionnaire, pour éviter un scandale aux sciences, sacrifiait tout ressentiment à leur bien, et écrivait encore à M. Pond, Astronome-Royal, et à Sir Humphry Davy, Président de la Société Royale, qu’il n’accusait point de ses mallicurs le corps des savans anglais (Voyez, dans l’opuscule cité, qui sert de document à la présente Pétition, les pages 3, 15, 16, 41, et 66).

Malheureusement, Milords et Messieurs, par un aveuglement inconcevable, tant de condescendance, ou tant de sacrifices pour le bien de la science, n’ont été interprétés que comme faiblesse du savant étranger, ou du moins n’ont servi qu’à encourager l’insolence des savans à privilèges. Sa ruine fut enfin consommée; l’odieux complot obtint le succès désiré, et le but infâme d’empêcher ce savant de publier ses travaux manuscrits, offrant les résultats matériels de la grande réforme philosophique qu’il a réussi à assigner à la science, fuf complètement atteint.

Cette situation du savant étranger, qui est loin d’être exagérée, loin même d’être signalée dans toutes ses conséquences, lui commande, au fond de sa conscience, un sacrifice plus grand encore, celui de porter publiquement à la connaissance du Parlement Britannique ce tissu d’iniquités; tissu impur dont les savans à privilèges voilent le sanctuaire des sciences. En effet, Milords et Messieurs, permettez nous de nous adresser ici à l’honneur de tout Anglais, à celui de l'Europe entière, pour demander si l’on peut désavouer que cette situation du savant étranger ne lui impose l’obligation impérative de porter à votre connafssance une si grave injustice, et qu’elle ne le place dan; la nécessité

ihorale de dévoiler publiquement des menées si odieuses, afin de déjouer, auprès de vous, leur puissante extension l Lui du moins, il porte, au fond de son âme, la conviction de ce qu’il ne demande que la Justice, et de ce qu’il ne connaît aucun autre mo3’cn de l’obtenir.

Hélas ! même ce dernier devoir, que lui prescrivait impérativement sa profonde situation, ne pouvait être rempli : dans sa ruine, l’impossibilité de toute réclamation publique avait également été préméditée. Aussi, abandonnant tout au Ciel, réparation des torts et vengeance de l’injustice, le savant étranger fut forcé de se résigner au sort affreux qui l’attendait, et qu’il a déjà signalé à la fin du document cité plus haut. — Privé d’habitation, de vetemens, et de moj-ens de subsistance, il était sur le point de se livrer, au milieu de l’hiver, à la merci de ceux qu’il aurait rencontré dans sa route de Londres à Douvres, pour aller implorer, sur les côtes de l’Angleterre, la générosité de quelque vaisseau français, qui l’aurait ramené en France, dans ce pays où naguères il avait trouvé une si longue et si honorable hospitalité.

Mais, par une Providence manifeste, la veille même du jour projeté pour ce funeste déjtart, il reçut, bien avant dans la nuit, une lettre de S. £. le Comte Lieven (*), dans laquelle cet Ambassadeur

(*) Le savant étranger ne peut s’empêcher d’exprimer ici publi» quement sa vive rcconnaÎMame à Leurs Excellences le Comte Lieven et le Baron Nicolay, pour Tintérét continu que ces Minis* très éclairés ont bien voulu lui témoigner durant son malheureux séjour en Angleterre. C’est en effet, et nous devons le dire par gratitude envers la Russie, c’est à l’Ambassade Kus.se que ce savant doit principalement d’avoir échappé au précipice qu’on creusait sous ses pas à Londres, pour engloutir, avec lui, jusqu’è U possibilité de toute réclamaüua publique.

lui annonçait ane nouvelle marque de la monificeoc* de l’Empereur Alexandre, comme “ une preuve d« l’intérêt que sa situation avait inspiré à Sa Majesté Impériale”. — Le doigt de Dieu était ici trop visible pour que le savant étranger p6t méconnaître que la vraie destination de ces jno}-ens providentiels était d’exposer, par la voie de la publication, à la connaissance du Parlement Britannique, les injus> tices insignes dont ce savant est la victime en Angleterre, et qui, en sapant visiblement lea bases elles-mêmes de l’établissement de la vérité parmi les hommes, portent ainsi une atteinte directe à leurs destinées absolues.

Malheur à l’homme qui pourrait ici méconnaître le doigt de Dieu! Malheur à celui qui ne pourrait sentir la nécessité supérieure du devoir dont s’ac> quitte ici le savant étranger, en considérant spécialement la haute influence de ce devoir sur les destinées elles-mêmes de l'humanité! Malheur enfin à l’homme qui pourrait ici ne pas croire à la pureté des intentions de ce savant, lorsque surtout, après de longues privations, et au milieu d’un dénuement entier, il sacrifie, poor l'accomplissement de son devoir, les premières et uniques ressources dont la Providence dispose en sa faveur!

Ce sacriiiee n’est pas même le seul titre qui constate la pureté du devoir sacré dont il s’agit, et que vous apprécicrcü sans doute, Milords et Messieurs, dans toute son étendue. Le savant étranger connaît, en outre, tout ce qu’il doit redouter de cette publication des méfaits des savana à privilèges, sinon de la part des autorités publiques, auprès desquelles, comme nous en manifestons plus haut la confiance, l’honneur britannique lui ofl're une garantie suffisante, mais au moins de la patt

de* ÎDtrigan* qui «ont signalés et atteints dans cette publication présente. — Déjà, depuis long-temps, un doeteur, dont nous articulerons le nom s’il en est besoin, ouvrit l’avis “ de ce que, pour l’ordre social, (étrange ordre social !), il serait à souhaiter que le •avant étranger allât une nuit se reposer pour ne plus se relever le lendemain ”

S’il faut donc sa vie pour accomplir ses sacrifices, il est prêt à la donner. — Le triomphe de la vérité qu’il obtient ici, n’en sera que plus éclatant.

Mais, ce qu’il a de plus précieux que sa vie, ce sont ses manuscrits. — Déjà, ils ont également été l’objet de vives inquiétudes pour lui. Sans signaler ici les motifs réitérés de ses craintes, nous nous bornerons à dire qne, depuis long-temps, il a été obligé, au milieu d’une Nation civilisée, de disséminer et de cacher ses manuscrits dans des demeures de particuliers obscurs. Quel contraste avec la glorieuse sûreté qu’ont trouvée, au milieu des flammes de St. Pétersbourg, les manuscrits de l’illustre Euler! L’Impératrice Catherine, ayant appris que l’incendie ravageait le quartier où demeurait ce grand homme, ordonna au Comte OrlofF de sacrifier, s’il le fallait, la ville entière pour sauver à l'humanité des vérités peut-être précieuses, pour la découverte desquelles les hommes vivent en société et bâtissent des villes. Sans doute, il n’appartient pas au savant étranger de comparer scs travaux à ceux du grand Euler; mais, il a au moins le droit de signaler ici, par ce contraste, les inquiétudes déchirantes qu’il éprouvait à Londres en voyant, à chaque instant, sur le point de périr ce qu’il croyait mile à l’humanité. — Heureusement, une famille distinguée, à laquelle ce savant exprimera publiquement sa profonde gratitude, lorsqu’il en sera temps, ayant

eu connaissance de ses tourmens, s'indigna contre tant de méfaits; et, pour faire honneur au nom anglais, voulut bien se charger de la garde de ce dépôt sacré, et de sa restitution sauve sur le Continent.

Ainsi, libéré de la seule obligation qui pouvait lui imposer le soin de son existence, c’est-à-dire, assuré de la conservation de ses travaux, quand même il perdrait sa vie, le savant étranger est prêt, s’il le faut absolument pour établir ce triomphe de la vérité, il est prêt, disons-nous, à sceller de son sang l’accomplissement de ce grand devoir.

Il a l’honneur d'ètre, avec le plus profond respect. Milords et Messieurs,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Londres, Han 1622. HOENE WRONSKI,

Ancien Officier Supérieur de Ruesiea

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